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Le blog "langue-bretonne.org"
9 novembre 2009

11 novembre

L'an dernier, c'était le 90e anniversaire de la fin de la première guerre mondiale. Cette année est donc le 95e anniversaire de son début. Ce n'est pas à l'occasion du 11 novembre qu'on devrait en parler, puisque c'est en août que la guerre fut déclarée. Mais la célébration de l'armistice est sans doute beaucoup plus présente dans la mémoire collective. Plusieurs publications récentes reviennent sur cet événement qui a énormément marqué l'histoire de la Bretagne comme celle de la France et celle de l'Europe tout entière.

Mshab_115La Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne vient ainsi de faire paraître les mémoires du colloque qu'elle avait tenu l'an dernier à Saint-Nazaire. Au sommaire, divers articles sur les guerres franco bretonnes aux XIVe et XVe siècles, sur Nantes en 1487 (année où l'armée française était venue mettre le siège devant le château du duc de Bretagne), sur la période de la Révolution et la chouannerie, sur la construction et reconstruction de Saint-Nazaire… Les amateurs d'histoire sont gâtés : il y en a 750 pages en tout.
J'en viens aux trois articles qui concernent la guerre 14-18. Bertrand Frélaut revient sur le décompte du nombre véritable des victimes bretonnes de la Grande Guerre. Ce débat a longtemps été dominé par ce qu'il appelle "le mythe" des 240 000 Bretons morts pour la France. Jean-Yves Broudic en traitait déjà l'an dernier dans son livre sur le suicide et l'alcoolisme en Bretagne (voir message du 25 août 2008). Des relevés systématiques ont été effectués sur les monuments aux morts des 261 communes du département du Morbihan : ils aboutissent à un total d'un peu plus de 24 000 morbihannais morts pour la France pendant la première guerre mondiale. On peut en déduire, d'après Bernard Frélaut, que 130 000 à 150 000 Bretons sont morts entre 1914 et 1918.

Du breton sur les monuments aux morts

Annick Mévellec et Bernard Carré se sont penchés quant à eux sur l'histoire des 340 monuments aux morts érigés avant 1940 dans le département des Côtes-du-Nord (actuelles Côtes d'Armor). Ils s'intéressent à la chronologie, aux matériaux, aux sculpteurs. Ils ont également relevé les inscriptions en langue bretonne figurant sur les monuments d'une douzaine de communes (dont ils reproduisent le texte, avec traduction française en regard) et signalent les discours prononcés en breton lors des inaugurations : les acteurs "désirent montrer de cette façon leur solidarité, leur empathie et leur proximité dans ce moment de l'inauguration dans la langue que les populations connaissent le mieux". La même recherche mériterait d'être conduite dans les autres départements.
Laurence et Patrice Maillard, avec Thérèse Roger, ont étudié le courrier expédié par les 662 habitants de Campbon mobilisés pendant le conflit. Campbon est alors une commune rurale d'un peu plus de 3 000 habitants, à 25 km de Saint-Nazaire. Elle se distingue par "une mémoire très catholique de la guerre". Il est vrai que parmi les mobilisés originaires de la commune, 204 ne reviendront pas : le monument aux morts et (ce qui est plus rare) des monuments privés en témoignent.

Abjean_116La guerre finira bientôt ?
René Abjean vient également de retrouver dans un grenier plus de 700 cartes postales adressées par son grand-père à sa femme et à ses enfants pendant quatre ans. Il leur écrit pratiquement tous les jours et leur prédit que cette guerre qui n'en finit pas "finira bientôt". René-Noël Abjean, qui sera maire de Plouguerneau entre les deux guerres, maîtrise parfaitement le français, mais ses cartes sont entrecoupées de phrases en breton pour désigner secrètement le lieu où la guerre l’a conduit, au front ou à l’arrière. Il lui arrive pour cela d’être censuré.
Dans sa correspondance, il raconte les épisodes tragiques qu’il a connus, mais aussi la vie routinière près des tranchées ou à l’arrière. En même temps, les lettres qu’il reçoit au front nous renseignent sur la vie à Plouguerneau à la même époque. René-Noël Abjean témoigne de la manière dont ont été vécus dans le Léon les grands événements de la première moitié du XXe siècle.

Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, tome LXXXVII, 2009 : 1, rue Jacques Léonard, 35000 Rennes. Site internet : www-shabretagne.com
René-Noël Abjean. La guerre finira bientôt : 1914-1918 à Plouguerneau et au front. Édition présentée par René Abjean. Un volume de 341 pages. Vient de paraître aux éditions Emgleo Breiz. Contact.

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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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