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Le blog "langue-bretonne.org"
19 août 2025

Tout ce que peut révéler un projet d’achat d’une maison en ruine à Dinéault (Finistère). Deuxième partie.

 

Alors que Sandrine Rousseau, la députée écologiste du 9e arrondissement de Paris, souhaite faire l’acquisition sur la commune de Dinéault d’une résidence secondaire qui, en l’état, est une maison en ruine, elle fait l’objet d’une véritable cabale (voir message précédent).

Une longue « chronique » qui veut aller « au-delà de l’affaire Sandrine Rousseau » (ce qui est louable en soi) a également été publiée sur ce sujet le 11 août par Philippe Argouarch et chatGPT (soyons moderne) pour ABP, soit l’Agence Bretagne Presse, qui n’est cependant pas une agence de presse. Philippe Argouarch en est le directeur de la publication et de la rédaction et le webmaster.

 

Une perte de terrain agricole, vraiment ?

Les constats égrenés dans cette chronique sont alarmants : disparition d’une exploitation tous les deux jours en Bretagne, une chute de 40 % du revenu moyen des agriculteurs (sans indication de la période concernée) et 529 suicides d’agriculteurs en 2016 en France. Le diagnostic se veut sans complaisance : « chaque perte de terre agricole, chaque installation empêchée, est vécue comme un coup supplémentaire porté à une profession déjà fragilisée. »

La question qui vient immédiatement à l’esprit est de savoir si l’acquisition éventuelle d’une résidence à Dinéault par la députée de Paris contribuerait à une perte de terrain agricole (et de quelle surface) et si elle est susceptible de bloquer toute installation d’agriculteur à cet endroit. La réalité paraît bien plus prosaïque : le bien qui l’intéresserait n’est en l’état qu’une maison en ruine.

Philippe Argouarch reconnaît lui-même que de multiples facteurs sont en cause : « la polémique Rousseau met en lumière […] la pression foncière sur les terres agricoles bretonnes […] grignotées par l’urbanisation, les projets d’aménagement et l’essor des résidences secondaires. »

Le directeur d’ABP poursuit en assurant que

  •  « Dans de nombreuses communes rurales, des terrains à vocation agricole sont rachetés pour un usage résidentiel ou de loisirs, souvent par des acheteurs extérieurs à la région. »
  • « Résultat : dans certaines communes, une proportion importante des habitations ne sont occupées qu'un ou deux mois par an. »

 

Les résidences secondaires en Bretagne : où y en a-t-il ? combien ? à qui elles appartiennent ?

Les éléments à charge (mis en italique ci-dessus par mes soins) ne sont guère étayés. Il n’est pourtant pas sans intérêt de savoir que, selon l’INSEE en 2023, un peu plus de 230 000 logements étaient fiscalement considérés comme des résidences secondaires en région Bretagne, soit un taux de 12 %. Les détenteurs de résidences secondaires localisées en Bretagne sont pour 43 % des ménages résidant dans la région et pour 8 % dans celle des pays de la Loire, pour 30 % en Île-de-France et pour 7 % dans un pays étranger.

Deux résidences secondaires sur trois sont situées, non pas à en zone rurale, mais sur le littoral, à moins de 2 km du rivage. Ces habitations, de fait, ne sont pas occupées à l’année, alors qu’une crise du logement, dont ne parle d’ailleurs pas l’ABP, sévit dans ces territoires. D’autre part, les principales stations balnéaires de la région hébergent chaque été, mais aussi à d’autres périodes de l’année, des milliers de touristes désireux de passer leurs vacances en Bretagne.

 

L’exode discret des jeunes Bretons ?

Philippe Argouarch, évoquant « un exode discret », observe qu’aujourd’hui « de nombreux jeunes Bretons partent pour faire leurs études ou exercer des professions de cadres à Paris, à Lyon ou à l’étranger […] En parallèle, les maisons libérées ou mises en vente sont souvent acquises par des retraités ou des familles urbaines à fort pouvoir d'achat. » Il n’est cependant pas précisé si les acquéreurs sont Bretons ou « extérieurs à la région ».

Peut-on réellement parler d’exode pour des jeunes qui quittent la région pour leurs études ? Est-on sûr par ailleurs que tous les jeunes Bretons qui partent à Paris, Lyon ou l’étranger comme étudiant ou comme cadre soient propriétaires d’une belle maison qu’ils voudraient vendre avant de partir ? Et la vendre à un prix tel de surcroît que seuls des acheteurs à fort pouvoir d’achat puissent l’acquérir ? Ça ne paraît pas très cohérent.

Autre incohérence manifeste à propos des communes « confrontées à des acquisitions de résidences secondaires sur des terrains jusque-là agricoles. » Si les terres sont agricoles, elles sont en zone non constructible. Là où ont déjà été construites des résidences, qu’elles soient principales ou secondaires, les terres ne sont plus agricoles.

 

Peut-on pour autant parler de remplacement ?

Ce que n’hésite pas à faire le directeur de l’Agence Bretagne Presse. Pour être précis, il parle de « petit remplacement », S’il y a des « petits » remplacements, c’est qu’il y aussi un « grand remplacement ». L’écrivain Renaud Camus est le premier à opter pour cette expression dans le titre d'un ouvrage qu’il publie en 2011. En 2019, il en publie un autre intitulé Le petit remplacement.

Selon Wikipedia, il s’agit d’une théorie complotiste de l’extrême-droite identitaire qui prétend qu’il existerait en France un processus de substitution de la population française et européenne par des populations non-européennes. Ces thèses se fondent plus sur des impressions que sur des données démographiques réelles. Cette extrême-droite adopte la croix celtique comme emblème après la dernière guerre.

 

La transformation silencieuse des territoires ruraux bretons ?

Invoquant « certains sociologues » et « des historiens » (non cités), Philippe Argouarch parle aussi de « repeuplement » : « En tout cas, écrit-il, il y a une dynamique économique et sociale manifeste qui montre ce repeuplement. Cette transformation silencieuse modifie la structure démographique et l'identité des territoires ruraux bretons. » Il est donc vrai que les acquéreurs sont souvent des personnes extérieures à la région ? Et c’est donc bien cela sa hantise, qu’il n’y ait bientôt plus de Bretons de souche en Bretagne ? La Bretagne devrait-elle donc rester un isolat ?

 

Conclusion

Avant de conclure, le directeur de la rédaction de l’ABP – à moins que ce ne soit chatGPT ? - assure que « le projet immobilier de Sandrine Rousseau n'est pas un cas isolé », comme si des promoteurs immobiliers envisageaient de construire une barre d’immeubles au pied du Menez-Hom ou du Menez Bré, ou un quartier résidentiel en plein champ à Dinéault ou Tréglamus.

Soyons concret : la Bretagne ne sera ni la maison de retraite géante qui lui donne des sueurs froides ni sans doute le tigre celtique qui exploiterait des métaux rares partout dans le sous-sol breton et qu’il appelle de ses vœux. À Tréguennec, en pays bigouden, les habitants ne veulent déjà pas qu’on exploite l’important gisement de lithium qu’on a identifié en pleine zone Natura 2000.

Commentaires
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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