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Le blog "langue-bretonne.org"
2 avril 2013

François-Henri Pinault ne sait pas le breton

Il l'a annoncé, et toute la presse en parle : le 18 juin prochain le groupe PPR (Pinault Printemps Redoute) va changer de nom et s'appellera désormais Kering. Une belle opération marketing pour symboliser la nouvelle identité du groupe et son recentrage sur le luxe et le lifestyle.

  • Comme on nous l'explique, le nouveau nom est indubitablement à consonance anglo-saxonne : le suffixe "ing" est adopté pour donner une impression de mouvement. Soit.
  • Le lexème "Ker" est présenté quant à lui comme un clin d'œil aux origines bretonnes de la famille Pinault. Et l'on nous répète partout que "Ker" signifie "foyer, maison" en breton.

Eh bien non !

Ce n'est pas le mot "ker" (sans accent) qui traduit les termes "foyer" ou "maison" en breton, mais le mot "kêr" (avec un accent circonflexe). Encore ce monosyllabe a-t-il d'abord le sens de "ville, village, villa", puis celui de "chez soi", correspondant à peu près à l'anglais "home". Certes, le terme "ker", ainsi transcrit, entre aussi dans la composition d'énormément de noms de villes et de lieux-dits en Basse-Bretagne : c'est aussi dans le sens de "village".

La famille Pinault ne l'a sans doute pas fait exprès, mais en optant pour "ker", ainsi écrit, elle a choisi un terme qui symbolise bien mieux que tout autre la nouvelle orientation du groupe vers l'industrie du luxe. Le mot breton "ker" se traduit en effet en français par "cher".

Oui ! Et dans tous les sens du terme :

  • pour marquer l'affection, mais assez peu usité : "keneil ker", cher collègue
  • et surtout pour qualifier ce qui est cher : "ker eo ar hwez-vad", ce parfum est cher…

L'avenir dira si, pour générer de la plus-value, l'intuition irréfléchie de François-Henri Pinault était juste.

Voilà donc la langue bretonne propulsée à l'international par un grand groupe qui ne l'est pas moins. À l'heure où la France semble hésiter à ratifier la Charte européenne des langues régionales, la question se pose : cette brittomanie changera-t-elle quelque chose pour son devenir ?

Commentaires
J
Je crois qu'à l'origine, "ker"(caer) avait pour signification "endroit fortifié" et ça me fait bien marrer de voir "La Redoute" bretonnisée en "Ker" :-))<br /> <br /> <br /> <br /> Je doute que Pinault parle breton. Mais le titre de l'article me quand même laisse sonjeur... Car si mes parents savent le breton, je ne pense pas qu'ils sachent non plus que "kêr" prenne un accent circonflexe. Je regarde donc l'omission de cet accent avec indulgence. D'autant plus que la plupart des bretons n'ont de contact avec le breton écrit que via les panneaux routiers. Et comme vous l'indiquez, l'accent est omis dans les noms de lieux (y compris lorsqu'ils sont écrits en breton). Et si je regarde la premiere page du Cheval d'Orgueil de PJ Hélias, je lis bien: "ne oe dezañ nemed eul leo da vale evid dond euz merouri Kerveyen"; Kerveyen et pas Kêrveyen. <br /> <br /> <br /> <br /> Bon, l'acronyme PPR (Pinault-Printemps-Redoute) remplacé par un mot breton suivi d'un suffixe anglais, ça va faire grincer les dents de quelques nationalistes français. Mais ça, pour être franc, je m'en fiche un peu.
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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