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Le blog "langue-bretonne.org"
24 mars 2017

Les dictionnaires bretons : soutenance de thèse de Malo Morvan à Paris 5 Descartes

Grégoire de Rostrenen

Cette soutenance s'annonce d'autant plus intéressante, voire passionnante, qu'aucune autre thèse ne me paraît avoir été consacrée à se sujet depuis, sous réserve d'inventaire, celle de Gwenole Le Menn en 1981 et qui se présentait comme une simple "Contribution à l'étude de l'histoire des dictionnaires bretons", en un millier de pages tout de même.

L'approche de Malo Morvan est bien différente, et devrait contribuer à renouveller l'approche que nous avons de nos dictionnaires, comme en témoigne l'intitulé de sa thèse :

  • Définir la "langue bretonne". Discours concurrentiels d'origination et d'identification dans les paratextes des dictionnaires bretons

Résumé de sa thèse par l'auteur

Si l'on connaît les dictionnaires comme lieu des définitions, ils en fournissent une que l'on ne perçoit pas toujours : celle de la langue elle-même. Au sein de l'hétérogène et du mouvant des usages linguistiques quotidiens, ceux-ci en circonscrivent et délimitent un certain nombre, qui se verront alors consacrés, dotés d'une certaine officialité. Les critères de sélection par lesquels les éléments lexicaux sont retenus ou écartés dépendent, entre autres contraintes, des convictions de leurs auteurs concernant les usages linguistiques qu'ils considèrent comme plus représentatifs de la langue que d'autres. Souvent conscients tant du pouvoir social de tels ouvrages que de la sélection qu'ils impliquent, leurs auteurs s'en justifient parfois dans des paratextes introductifs où sont alors explicitées leurs convictions linguistiques

Les discours que l'on y trouve peuvent se fonder sur des définitions, associations d'idées, et valorisations que les auteurs peuvent tenir pour acquis, ou au contraire détourner, subvertir, contester ; quoiqu'il en soit, ils tentent souvent de fonder performativement une définition de la langue que la liste lexicale mettra ensuite en pratique. Dans certains contextes de conflictualité politique où la définition de la langue ne va pas de soi, les préfaces de dictionnaires peuvent alors devenir de véritables arènes où s'affronteront des définitions concurrentes de la langue que chacun tentera de faire reconnaître.

En travaillant sur un corpus constitué des paratextes de dictionnaires bretons publiés de 1499 à 2015, nous analysons l'évolution des discours sur la langue en fonction des situations historiques, sociales, et politiques, où se trouvent les auteurs. Nous mettons l'accent en particulier sur différents processus discursifs, notamment ceux d'identification et de différenciation, par lesquels les auteurs délimitent les frontières entre les pairs et les autres, ainsi que ceux d'origination, par lesquels ils ancrent leur situation actuelle au sein de continuités et ruptures diachroniques perpétuellement redessinées.

Nous abordons ainsi en particulier la manière dont la définition des "Celtes" a évolué en fonction des différents contextes discursifs : désignant d'abord, dans le discours celtomane, une langue mère de toutes les autres dont la bretonne était la seule forme restée pure, l'usage du terme s'orientera progressivement vers une fonction distinctive envers leurs voisins français, ceci en accord avec l'émergence d'un cadre de pensée nationaliste. C'est à la même période, vers le XIXe siècle, qu'apparaîtra l'interceltisme, comme thèse d'un cousinage ethnique entre les populations de certains territoires en petite et Grande-Bretagne. Nous étudions la manière dont ce discours, né de nécessités de différenciation politique, se transfère dans les catégorisations savantes, véhiculant en même temps son lot de concepts et méthodes implicites concernant la définition de la langue.

Par ailleurs, les changements sociaux survenant au XXe siècle en Bretagne auront également pour conséquence un progressif clivage entre différents profils de locuteurs : à ceux pratiquant la langue dans un contexte surtout oral, pratique, et quotidien, dont le nombre diminue, se substituent progressivement des locuteurs l'apprenant dans une démarche volontariste et militante, à partir d'un rapport scriptural-scolaire à la langue. Cette cohabitation de locuteurs ayant appris et pratiquant le breton dans des situations différentes mettra en concurrence les définitions de la langue. Alors que les différents courants auront en commun une volonté de distinction envers le français héritée du discours différentialiste ayant émergé au XIXe siècle, chacun investira la nécessité de s'en distinguer dans différentes dimensions de la langue, cohérentes par rapport aux différents modes de socialisation linguistique. Les valeurs tant de l'"authenticité" que de la "modernité" seront alors mobilisées dans ces débats concurrentiels pour tenter de légitimer les pratiques des uns contre celles des autres.

Le jury

Malo Morvan soutiendra sa thèse mardi 28 mars prochain, à 15 heures, à l'Université Paris 5 Descartes, 45 rue des Saints-Pères, bâtiment principal, 2è étage, salle de conférence R 229, devant un jury composé de

  • Cécile Canut (co-directrice, Paris 5 Descartes),
  • Yves Déloye (co-directeur, Sciences Po Bordeaux),
  • Jean-Michel Éloy (rapporteur, Amiens Université de Picardie Jules Vernes),
  • Ronan Calvez (rapporteur, Brest UBO),
  • Alexandra Jaffe (California State University)
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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