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Le blog "langue-bretonne.org"
27 décembre 2010

La Poste et les noms de lieux : une nouvelle affaire ?

Non, je ne vais pas parler ici de l'humour si spécial du journal Le Télégramme, le dimanche particulièrement. Un humour décalé en tout cas - et je l'apprécie d'autant plus à sa juste valeur - puisqu'il fait référence, là en fin décembre, à une actualité qui date quand même de… début mai. C'est pas grave. Il n'est jamais trop tard pour sourire.
Non, je voudrais plutôt parler de l'info diffusée juste avant Noël par le quotidien de la pointe de Bretagne selon lequel les lieux-dits du Léon seraient en sursis. Hervé Gestin, le nouveau directeur "courrier" à Saint-Pol-de-Léon, souhaite en effet que les 18 communes qui sont de son ressort puissent bénéficier dès que possible des nouvelles performances de lecture optique de La Poste. Le but est de livrer plus efficacement le courrier aux particuliers. Pour cela, chacun d'entre eux devrait disposer désormais d'une adresse postale constituée d'un numéro et d'un nom de voie. Selon les propos de M. Gestin, tels qu'ils sont rapportés dans Le Télégramme du 23 décembre, les simples dénominations de lieux-dits devraient donc disparaître prochainement.

Pas mal de reuz
L'affaire n'a pas manqué de provoquer du reuz : je traduis "du buzz", au cas où M. Gestin ne sache pas le breton et qu'il ne maîtrise pas les bretonnismes. Plusieurs dizaines de commentaires ont été postés en quelques jours sur le site internet du Télégramme.
Il y en a qui ironisent sur ceux qui veulent rester au Moyen-Âge : "je ne suis pas étonné que les Bretons passent pour des "ploucs" et des arriérés aux yeux d'une grande partie des habitants de notre pays, quand je constate ici à quel point certains sont réfractaires à toute forme d'évolution, de changement, même quand il s'agit de leur rendre la vie plus simple et plus confortable !"
Et il y a tous ceux qui proclament haut et fort qu'il "n'est pas acceptable de franciser les lieux-dits." La Poste "est complètement rétrograde", dit l'un. "Du goudron et des plumes" pour son directeur, dit l'autre sans la moindre retenue (puisque le Léon, ce serait aussi… le Far-West). D'autres parlent de "négation de la culture léonarde" ou affirment que "nous ne laisserons pas faire cette uniformisation linguistique".
Il y a enfin ceux qui relativisent : "mettre un numéro supplémentaire n'est pas grave. Rebaptiser une route, un chemin, par contre, est plus grave." Et ceux qui sont partisans des grands travaux : "je propose de creuser un canal pour faire de la Bretagne une île…" C'est symbolique ou c'est pour de vrai ?
Dès la veille de Noël, la direction de La Poste a tenu à faire une mise au point par l'intermédiaire de son service de presse : "La Poste n'a pas du tout, mais alors pas du tout, l'intention de supprimer les noms de lieux-dits. Le but est de proposer une numérotation complémentaire afin d'améliorer la desserte des habitants en réduisant le nombre de voies "anonymes"".

Le français plutôt que le breton ?
Cette histoire rappelle en tout cas celle qu'avaient déjà suscitée en janvier 2009 les propos d'un certain Yves Amiard, à l'époque directeur du courrier pour l'Ouest-Bretagne. D'après lui, les nouvelles machines de tri de La Poste n'aimaient ni les noms de hameaux ni l'orthographe des noms de lieux exprimés en breton, et surtout pas les apostrophes qui "perturbent la lecture optique". Et c'est pourquoi M. Amiard "recommand[ait] de choisir le français plutôt que le breton pour les dénominations".
Ces déclarations avaient provoqué un tollé en Bretagne. Le PDG de La Poste, Jean-Paul Bailly, avait tenu à expliquer lui-même que les nouvelles machines ultraperformantes "lisent encore mieux et plus vite les adresses, qu'elles soient en français ou en breton" et que La Poste est favorable, dans le respect des valeurs de la République, à "la diversité linguistique et culturelle". Quelques mois plus tard, La Poste me confirmait avoir "mis au point une nouvelle version informatique du système de reconnaissance des adresses [qui] permet d’interpréter automatiquement des adresses comportant des libellés de communes ou de voies rédigés en langue bretonne." (Voir message du 6 juin 2009).
Le problème ne devrait donc pas être celui-là. La question est seulement de savoir ce que La Poste va exactement demander aux 18 communes situées autour de Saint-Pol-de-Léon en matière d'adresse postale, et comment vont réagir les élus de ces 18 communes.

Pour en savoir plus :
Page internet du Télégramme : http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/la-poste-les-lieux-dits-du-leon-en-sursis-reagissez-23-12-2010-1158552.php
Sur ce  site :  message du 6 juin 2009
Une synthèse :
Fañch Broudic. La Poste et la langue bretonne : retour sur un malentendu. Article paru dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, tome CXXXVII, 2009, p. 247-252.

Commentaires
B
bonjour cher Monsieur , <br /> Je suis " l'autre qui n'a pas la moindre retenue ..." et qui n'en a pas l'intention , de toute façon y'a plus de freins... <br /> Comme vous le savez "quand les bornes sont dépassées il n'y a plus de limite " et c'est exactement ce qui arrive avec les irresponsables de la Poste (entre autres) quand on les laisse faire : ils ne se retiennent pas non plus ...<br /> Mais comme vous ne le savez peut-être pas " il n'est rien de plus spirituel ( au sens des choses de l'esprit ) que de parler de choses graves avec désinvolture " , je vous laisse donc le soin de retrouver l'auteur de cette sentence et vous promets de fournir le décodeur la prochaine fois que je m'essaierai à l'humour potache en réaction aux atteintes sournoises au peu qui reste du patrimoine culturel qu'on nous a légué !<br /> a galon memestra !
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Y
J'habite Roc'h Vras (un bel affleurement de schiste bordant la départementale donne son nom au lieu-dit). Des administrations ou des routeurs ne disposant pas de machines programmées pour les apostrophes me transmettent hélas souvent du courrier à l'adresse "Roc H Vras". Mais le plus beau est que des vendeurs dont je n'ai pas sollicité les services m'envoient de temps à autre leurs offres à l'adresse "Rocade Henri Uras"... Véridique! Je propose que l'on érige une statue à ce célèbre Henri, chantre de la francophonie postmoderne ; il sera représenté tel St-Michel, foulant aux pieds la plouquitude armorique. Mon voisin, néorural illettré même en français, venu de la banlieue parisienne, n'a pas de problème de courrier et encore moins d'états d'âme ; il libelle son adresse "Rock Vraze" (également véridique) et ça arrive. D'ailleurs, si je prononçais "rock" comme le fait Johnny, je ne serais pas obligé de répéter 3 fois "céapostrophehache" quand une guichetière -pardon, une hôtesse d'accueil- me demande mon adresse. Mais je tiendrai bon, staget 'vel eur vernikenn war ar roc'h...
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B
Hopala, nom de lieux voici un problème qui semble dépasser les connaissances du commun des mortels, ce qui a le plus retenu mon attention c'est plutôt la comparaison "sensément" humoristique établie par le TG. Je bénéficie d'une offre promo par téléphone, le JOURNAL m'est livré sans frais chaque matin, TG ou Tournée Générale à domicile... à moi de donner mon avis ensuite et de prolonger quant à la prolongation du bail du JOURNAL sur mon paillasson tous les matins entre 6h30 et 7h30. Je pense que le numéro de ce dimanche m'aidera à faire mon choix.
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L
La numérotation des foyers de distribution postaux Léonards(voire Finistriens ruraux) risquent fort d'être concentrés ou englobés à l'extrémité des axes routiers ou chemins de campagne via des batteries "normalisées" de boites à lettres individuelles juxtaposees, dans un but d'uniformasisation du tri lié à ces boites aux lettres normalisés, aussi certains noms de hameaux ne seront plus repris sur le plan postal sur les adresses mais le seul nom du lieu dit où se situera cette<br /> batterie avec numero individuel plus code barre optique de l'usager client sur la porte de leur boîte.<br /> Espérons que l'office de la langue bretonne à Carhaix aura l'idée d'éditer un code postal bilingue avant fin 2012, soit avant l'automatisation intégrale du courrier sur le <br /> département 29, celà permettrait de developper un partenariat intelligent avec la poste, en nomenclaturant ou repertoriant l'ensemble toponymique de nos lieux dits finisteriens, soit un encart dans le calendrier du facteur fin 2012...Aux machines de tri automatiques numériques de les mémoriser sur le plan optique bien sûr! Possible! Et cela inciterait les usagers expéditeurs à conserver le nom du hameau d'origine sur la correspondance de leur <br /> destinataire...avant que le reseau internet ne s'en charge!<br /> Enfin, il est aberrant que l'usager à mobilité reduite soit tributaire de ces futures batteries au bout de la rue , la législation postale est elle claire sur les textes "handicap"!
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Le blog "langue-bretonne.org"
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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