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Le blog "langue-bretonne.org"
20 novembre 2017

Télévision régionale : le breton, une langue menacée ?

Louarn Lena  Milin Rozenn

C’était "L’heure du débat" hier matin, dimanche 19 novembre, sur France 3 Bretagne et pour une fois il était question de la langue bretonne, ce n’est pas si courant à la télévision régionale. La chaîne diffuse certes deux heures hebdomadaires de programmes en breton, elle suit l'actualité du breton dans ses journaux et distille quelques pastilles dans sa matinale, mais il y a aussi matière à traiter plus largement du breton dans des programmes en français comme de tout autre sujet de société, la preuve. La question posée dimanche était de savoir s’il est une langue menacée. Le constat formulé d’entrée de jeu par Antonin Billet, l’animateur de l'émission, se basait sur deux observations en apparence contradictoires : la langue a retrouvé (?) une place dans l’enseignement, les médias, l’édition alors que le nombre de locuteurs ne cesse de régresser. Serait-elle donc condamnée à disparaître ?

Disons qu’aucun des invités n’a répondu par oui ou par non à la question. Mais le parcours de chacun d’entre eux et les propos qu’ils ont tenus donnaient aisément à comprendre qu’aucun n’envisage une telle éventualité. Dès le début de l’émission, Lena Louarn, qui intervenait à la fois comme vice-Présidente du Conseil régional de Bretagne et comme présidente de l’Office public de la langue bretonne, insistait sur le fait qu’il faut "absolument" développer l’enseignement du breton, "décupler" le nombre d'ouvertures de classes et d'écoles chaque année et en ouvrir "de 20 à 36 par an" au lieu de 10 ou 15 seulement actuellement.

Derbré-Salaün  Molac Paul

Disons par ailleurs qu'il n'y a pas eu réellement débat, dans la mesure où les différents intervenants partageaient, si ce n'est à la marge, le même point de vue et les mêmes engagements. C'est donc le présentateur qui, à défaut d'autre contradicteur, se chargeait quelquefois et d'un air éventuellement distancié d'instiller le doute par son questionnement. S'il n'était pas sans intérêt de demander à Yves-Marie Derbré-Salaün, représentant le collectif Ai'ta sur le plateau, s'il ne vaut pas mieux aujourd'hui apprendre l'anglais que le breton, il était quelque peu incongru cependant de tenter d'assimiler les militants de la langue bretonne à des "indépendantistes" (même s'il y en a), "dangereux" de surcroît. Ni l'une ni l'autre question ne l'ont perturbé.

Rendre le breton obligatoire à l'école ?

Ce n'est qu'à la toute dernière minute de "L'heure du débat" (c'est le nom de l'émission) que Rozenn Milin, revenait sur le rôle "capital" de l'école par rapport au breton. En Corse, en Alsace, mais aussi au Pays basque, dit-elle, la langue régionale est obligatoire : "pourquoi un tel tabou, demandait-elle, pour rendre le breton obligatoire à l'école ? Pourquoi pas trois heures de breton  pour tous à l'école ?" Tout en nuançant "au moins en Basse-Bretagne".

La revendication faisait écho, d'une certaine manière, à celle formulée lors de l'ouverture d'un nouveau centre de formation de Mervent à Quimperlé quelques jours auparavant par Lena Louarn : son objectif, déclarait-elle, est de former 5 000 nouveaux locuteurs par an, de manière à "reconstituer 150 000 brittophones" en une génération, soit en trente ans (Ouest-France, 18 novembre). Passons sur le terme "reconstituer". Mais la dernière question d'Antonin Billet : "que faire ?" est venue bien trop tard pour qu'il ait été possible de prendre la mesure de tels enjeux, discuter de leur pertinence et en évaluer la faisabilité. Sans compter que, dans cette éventualité, la présence d'autres acteurs de la société civile ou des représentants des milieux de l'enseignement aurait sans doute pu contribuer utilement au débat.

Quinquis Emilie

Par son naturel et sa spontanéité, l'arrivée de la chanteuse Émilie Quinquis sur le plateau dans le dernier quart d'heure a fait l'effet d'un petite brise soufflant depuis Ouessant. Elle et son conjoint, le musicien Yann Tiersen, se sont investis dans l'apprentissage du breton en six mois, au point d'avoir été désignés comme "brittophones de l'année" lors des Priziou de janvier dernier (ce qui n'a d'ailleurs pas été rappelé à l'antenne).

Dès qu'elle a commencé à chanter en breton, a-t-elle reconnu, elle a trouvé un nouvel équilibre et "soudain j'ai été plus préoccupée par d'autres sujets que moi-même". Ça n'a pas du tout été pour elle un handicap, bien au contraire : en lui permettant d'étendre son audience, "ça a plutôt eu l'effet inverse". Elle n'envisage pas, par contre, de faire du "100 % breton", car il ne faut pas, assure-t-elle, "faire du breton une langue différente des autres alors que c'est une langue comme les autres. Il ne faut pas que ce soir trop poussif, mais une langue normale. Mon envie, a-t-elle ajouté, c'est de me laisser la liberté de choisir la langue que je veux, que ce soit l'espagnol ou le breton."

Swhwartz Ankou-1

Un dernier mot sur les dessins d'Olivier Schwartz, qui ont accompagné le déroulé de l'émission. Il y en avait d'assez drôles, d'autres qui tombaient plus à plat. Mais comment donc feraient les dessinateurs s'ils ne pouvaient pas puiser leur inspiration dans les clichés ou dans les idées reçues ?

Voir ou revoir "L'heure du débat" du dimanche 19 novembre :

Heure du débat

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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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