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Le blog "langue-bretonne.org"
7 mai 2012

Road-movie

Depuis un quart de siècle, c’est donc la première fois que le candidat de gauche est élu Président de la République. François Hollande, fort de sa constance, l’a emporté.
C’était donc soirée électorale obligée sur les radios et sur les chaînes de télévision. Mais quelle tristesse. France 2, mais aussi TF1, a passé son temps à pister le candidat élu, à pied, à moto ou en voiture. Alors qu’il s’est posément exprimé à deux reprises devant la foule et devant les micros, on nous a infligé à longueur de soirée des courses poursuites invraisemblables et des présentateurs qui n’avaient rien d’autre à faire et à dire que d’attendre derrière une porte ou sur les marches et de faire part de leur désarroi de ne pouvoir arracher à l’improviste une phrase ou deux au nouvel élu. Le téléspectateur, lui, a passé son temps à attendre.
D’autant plus pitoyable que l’écran était divisé en trois ou quatre, et que l’homme ou la femme politique invité(e) à s’exprimer pendant ce temps-là ne se voyait que dans une portion d’écran pas plus grande qu’un timbre-poste. Lamentable. Comment, dans de telles conditions, réconcilier le citoyen avec la chose publique ? Pas question, bien évidemment, de faire appel pendant ce temps-là à l'analyse de spécialistes ou d'intellectuels qui pourraient aider à la compréhension de l'événement. Si, on a quand même entendu un témoignage de Guy Bedos. Mais pourquoi pas plein d'autres ? C'est la vacuité totale. C'est le trou noir de la télévision.

Je reçois du réalisateur Ariel Nathan un décryptage de cette soirée télévisuelle. Je le reproduis avec son aimable autorisation.

Soirée électorale ou course de motos ?
Faut-il s'y résoudre ? La course en moto pour saisir le salut au peuple du nouveau président est devenue une figure imposée.
C'est Benoît Duquesne sur France 2 qui a créé le genre avec Jacques Chirac en 1995 (au temps de la Citroën CX) et depuis les rédactions TV nous imposent un direct de plus en plus pénible. Hier, sur France 2, nous avons eu droit à plus d'une heure de moto entre Tulle et Brive, puis entre le Bourget et la place de la Bastille.
Par deux fois, le nouveau président est apparu pendant quinze secondes, baissant la vitre teintée de sa calèche. Pendant une heure, le spectateur était convoqué au Bol d'or des journalistes casqués, un direct routier "passionnant" qui éclipsait les commentaires du plateau. C'est ainsi que Lionel Jospin avait droit à un petit quart d'images, en bas d'écran, pendant que l'info principale se situait au kilomètre 40 entre Tulle et Brive, la caméra braquée sur les feux arrières d'une berline noire.
Le pouvoir de la télévision repose sur la force du direct. Le travelling motocycliste dans la nuit, c'est la tentation d'un suspense qui nous donnerait strictement la durée réelle de la distance entre Tulle et Paris. Il manque juste des avions suiveurs pour ne pas lâcher le héros de cette TV-réalité électorale. Outre la pauvreté de l'image, on peut s'interroger sur l'abolition des consignes élémentaires de sécurité routière. La performance du président, les commentaires des invités, les réactions des citoyens, la mise en perspective historique de l'événement sont éclipsés par ces longs plans de motards, le seul suspense, pour le téléspectateur, devenant l'attente d'une chute en direct - ce qui se produisit, mais en hors-champ, vers 23 h 12.
Le spectacle que nous ont offert les chaînes publiques lors de la soirée d’élection du Président est indigne du service public.
La tyrannie de la course en motos a atteint un point limite insupportable. À la télévision, le changement doit commencer par le retour de caméras piétonnes, à hauteur d'homme. Cela s'appellerait une télé citoyenne.
Ariel Nathan

Commentaires
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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