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Le blog "langue-bretonne.org"
6 janvier 2012

Diglossie italienne

Un personnage extraordinaire, apparemment, l'écrivain italien Erri De Luca. Je n'avale pas en un week-end tous les nouveaux suppléments du Monde et je viens donc seulement de lire son interview dans les pages "Culture et Idées" de samedi dernier.
Naissance en 1950 dans une famille bourgeoise de Naples. Milite pendant dix ans à l'extrême-gauche. Préfère devenir ouvrier plutôt que de suivre certains de ses camarades dans la lutte armée. Apprend l'hébreu pour lire la Bible dans le texte. Pratique l'alpinisme. Est devenu l'un des écrivains les plus célèbres d'Italie. Il faut lire son interview.

  • Erri De Luca se refuse à prononcer le nom de Berlusconi : il l'appelle "l'Innominato". Il estime qu'avec lui, l'Italie "est devenue le pays le plus corrompu qui soit." Même si c'est fini pour l'ancien président du Conseil, il pense que "ce qui se passe est une prophétie […]. Ce qu'annonce l'Italie, c'est le passage du citoyen au client." Le diagnostic est implacable.

Erri De Luca n'est pas, dit-il, un intellectuel engagé, mais "quelqu'un qui a pris des engagements." Il s'est insurgé. Les drapeaux, les hymnes nationaux, ça ne l'émeut pas beaucoup. Aujourd'hui il a "honte des expulsions [et] de cette loi qui interdit aux patrons de pêche de secourir un clandestin en mer, même s'il risque de se noyer." Il a quand même de l'espoir pour son pays.

Un Italien de Naples
"Qu'est-ce qu'être italien ?" C'est la première question qu'a posée la journaliste Raphaëlle Rérolle à l'écrivain. Alors que beaucoup sont bien embarrassés pour répondre à une telle question, lui fait immédiatement référence à la langue :

  • "être italien, dit-il, c'est habiter ma langue. J'ai ma résidence en italien. C'est une seconde langue, car je suis d'abord de Naples, où l'on parle le napolitain."

C'est son père qui lui a appris l'italien :

  • il "imposait qu'on le parle à la maison, quand dehors tout le monde s'exprimait en napolitain. L'italien est plus lent, plus calme que le napolitain […]. On peut parler, chanter, se disputer, pleurer, mais pas écrire en napolitain. L'italien m'a offert quelque chose qui correspond à mon tempérament plus 'nordique'".

Une situation de diglossie assez ordinaire, finalement, qui rappelle sans doute quelque chose à un certain nombre de Bretons, et à d'autres.

Pour en savoir plus :
Erri De Luca. "Le citoyen est devenu client." Propos recueillis par Raphaëlle Rérolle. Le Monde Culture et Idées, 31 décembre 2011, p. 7.

Commentaires
K
Auteur majeur, absolument. Un régal. Ne pas oublier mar plij les traducteurs et le travail remarquable de Danièle Valin, responsable de toutes les traductions françaises de EdL.<br /> <br /> A quand une traduction en breton ?
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C
Erri de Luca est pour moi un des plus grands italiens vivants, peut-être le plus grand. Il faut évidemment faire un tri dans son oeuvre car certains de ses livres sont plus spécifiquement consacrés à des études sur la Bible.<br /> <br /> Ce que j'aime chez lui, c'est sa sensibilité, son humanité, son attention aux autres, qui transparaîssent d'ailleurs dans cette très belle interview publiée par Le Monde. Des valeurs que ne brandissent pas à l'heure actuelle nos hommes politiques, que ce soit en Italie ou en France....<br /> <br /> Erri de Luca est venu au moins une fois en Bretagne, en tant qu'invité du festival Etonnants Voyageurs, en 1998, si je m'en souviens bien.
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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