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Le blog "langue-bretonne.org"
8 août 2025

La faillite de Coop Breizh : l’onde de choc

 

 

C’est il y a soixante-huit ans, c’est-à-dire en 1957, qu’à l’initiative de Kendalc’h a été fondée la Coopérative Breiz (« sans le h », dixit Wikipedia, omettant d’indiquer que l’orthographe universitaire a été largement utilisée et diffusée dans ces années-là, et bien après). C’est une simple association au début, avant qu’elle ne devienne une entreprise coopérative culturelle dont l’objet était la diffusion de livres, de disques et de produits.

 

Le site de Coop Breizh à Spézet en 2022. Cliché ci-dessus de Jérémy Kergourlay, Wikipedia, C C-BY-SA-4.0

 

Robert Le Grand fut le directeur de la coopérative à La Baule de 1962 à 1982. Le charismatique Yann Goasdoué, rentré de Marseille où il avait vécu plusieurs années, avait proposé dès 1976 d’intégrer sa propre société de diffusion dans la coopérative, devenue entretemps Coop Breizh. Il est embauché comme directeur commercial, puis succède à Robert Le Grand comme directeur de1982 à 1999.

Coop Breizh va devenir une société anonyme au capital variable et à fonctionnement coopératif. Elle ne cesse de grandir et de se diversifier et s’installe dans de nouveaux locaux à Spézet en 1986. Ils seront agrandis dans les années 1990, puis à nouveau en 2006. À cette date, elle emploie 28 salariés. Elle a à son catalogue 5 000 références de livres, disques et autres produits. Elle distribue la production de plus de 800 éditeurs et labels divers et variés. En 2021, le chiffre d’affaires s’élève à 3 500 000 €.

 

La fin de l’épopée Coop Breizh

Ce bilan flatteur occultait de réelles difficultés, dont témoignent les changements rapides de directeur. Des analystes comme Erwan Chartier Le Floch ont pointé un management déficient depuis plusieurs années, qui a conduit lentement mais sûrement à l’inéluctable.

Pour autant, sa mise en liquidation judiciaire au début de cette année 2025 a créé une onde de choc dont l’épicentre a forcément été le siège de la coopérative à Spézet. Cette onde de choc s’est accentuée le 17 juin, puique le tribunal de commerce de Brest n’a validé aucune des offres de reprise partielle qui lui avaient été soumises. Le jugement a conduit à la fermeture immédiate du site ainsi que celle de son dernier magasin à Lorient, entraînant la perte immédiate de leur emploi pour 13 salariés. C’est la fin de l’épopée Coop Breizh.

 

Les éditeurs que diffusaient Coop Breizh impactés

L’onde de choc a continué de se propager, affectant à leur tour la quarantaine d’éditeurs qui faisaient confiance à la coopérative pour la diffusion et la distribution de leurs ouvrages. Parce qu’est advenu un moment où Coop Breizh ne disposait plus de suffisamment de liquidités pour leur régler le montant de leurs ventes, s’élevant pour les plus importants d’entr’eux à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Il est vraisemblable que les créanciers ne pourront jamais récupérer leur dû, ce qui risque de fragiliser nombres d’acteurs de l’édition bretonne à plus ou moins long terme. Il semblerait, en revanche, qu’ils ont pu récupérer leur stock d’invendus.

 

 

L’interview de l’éditeur Jean-Marie Goater dans le magazine Bretons : les points sur les i

 

Dans le numéro 223 du magazine Bretons de ce mois d’août, la journaliste Maiwenn Raynaudon-Kerzerho, devenue il y a peu la rédactrice en chef, revient sur ce sujet avec le président de l’Association des maisons d’édition en Bretagne (AMEB), Jean-Marie Goater, lui-même éditeur à Rennes : il met les points sur les i. La journaliste lui demande s’il existe beaucoup de maisons d’édition en Bretagne : il répond carrément que « c’est un mythe. » Les statistiques lui donnent raison : quand il se publie 70 000 titres par an en France, il n’en paraît que 700 en Bretagne, dont 70 en breton et 7 en gallo. Les chiffres sont des arrondis.

Maiwenn Raynaudon-Kerzerho a voulu savoir ensuite comment se porte le monde de l’édition en Bretagne. J.-M. Goater le présente comme « un milieu en mouvement », ce n’est cependant pas une spécificité bretonne. Il fait observer à juste titre qu’il y a des créations de maisons et d’autres qui viennent s’installer ici. Car la Bretagne est accueillante pour le livre : « c’est dû à la politique de soutien à l’édition de la Région Bretagne. » C’est dû aussi, ajoute-t-il, au réseau de médiathèques et au nombre de librairies en ville (si ce n’est qu’il n’y en a pas partout). Il ne faudrait pas oublier que des maisons d’édition disparaissent aussi, j’en ai vécu la douloureuse expérience il y a dix ans, lorsque Emgleo Breiz a dû déposer son bilan en novembre 2015. Avec 659 ouvrages et 275 auteurs à son catalogue, elle était depuis soixante ans un pôle majeur de l’édition en langue bretonne. (Lire dans le n° 20 de la revue La Bretagne linguistique, p.183-190, accessible en ligne).

 

Les maisons d’édition diffusées par Coop Breizh vont "souffrir" 

La rédactrice en chef de Bretons considère que la faillite de Coop Breizh est « un événement [qui] a secoué le monde du livre en Bretagne ces derniers mois […] Est-ce de nature à mettre en danger l’édition bretonne ? demande-t-elle au président de l’AMEB. Ce dernier précise que « toutes les maisons d’édition bretonnes n’étaient pas diffusées par cette structure […] C’était un modèle intéressant, unique en France […] C’est un drame qui ne signe pas la fin de l’édition en Bretagne […] Mais les maisons d’édition diffusées par Coop Breizh vont souffrir. »

 

La Fondation Elkar, captation d'écran

 

Un modèle basque transposable en Bretagne ?

Jean-Marie Goater est satisfait de savoir qu’un autre acteur, Palémon-PLM, s’est positionné sur le créneau de la diffusion, mais il faudra, dit-il, « attendre quelques mois pour voir ce qu’il va se passer. » Il aspire à l’émergence de nouvelles initiatives. Car personne, constate-t-il, ne pourra éditer en langue bretonne ou gallèse à notre place : « c’est un univers peu rentable, qui sort de la sphère économique. » Ça, on le savait déjà.

Le président de l’AMB pense au modèle sur lequel s’est constituée la fondation Elkar au Pays basque, tant au nord qu’au sud et même au-delà, pour faire travailler de concert des maisons d’édition, des librairies, une imprimerie, la distribution… Coop Breizh n’a pas été déjà presque tout ça ? Un tel modèle est-il transposable en Bretagne ? Reste à savoir ce que vont en dire les acteurs de terrain.

 

 

Pour en savoir plus

  • L’entretien de Maiwenn Raynaudon-Kerzerho avec Jean-Marie Goater a été publié p. 16-18 du n° 223 d’août 2025 de Bretons, avec une photo grand format de l’interviewé par Emmanuel Pain. Disponible chez votre marchand de journaux en version papier et en version numérique sur service.clients@ouest-france.fr
  • Il ne vous aura pas échappé que Bretons est un magazine proposé par Ouest-France, comme l’annonce un encadré en bas d page de couverture et, comme indiqué dans l’ours, une publication de l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste, éditée par les Éditions Blanc et Noir à Vannes.
  • Un six-pages est consacré à Eugène Riguidel, qui figure aussi en couverture. Le navigateur a gagné la Transat en double en 1979 : c’est une forte personnalité s’il en est, qui se disait anarchiste, ravi qu'on lui apprenne qu'il est libertaire. Ses propos, parfois détonants, ont été recueillis par Didier Le Corre, conseiller éditorial à Bretons, et retranscrits en un texte dense.
  • Bretons reprend aussi un des trois articles en breton que publie désormais Dimanche Ouest-France et qui sont rédigés directement par des journalistes bretonnants de la rédaction de Bretons. Astucieux : un QRcode perrmet à ceux qui ne savent pas le breton d'accéder à la traduction française. C’est une bien meilleure formule que celle, complexe, pour laquelle avait d’abord opté le quotidien (voir sur ce blog le post du 12 septembre dernier). Cette fois, c’est le portrait d’un groupe de chanteuses attachant et prometteur, Kaolila, d’ailleurs primé lors des derniers Priziou de France 3, que publie Bretons sous la signature de Marion Deniau.
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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