Amélie Nothomb prénoms

Tous les journaux commencent à parler de la rentrée littéraire et des 567 romans qui sont proposés à la voracité des lecteurs qui n'en demandent sans doute pas tant. En passant en revue les auteurs emblématiques du moment, Le Monde de vendredi dernier, dans "L'été des livres", n'a pas souhaité "oublier" de citer Amélie Nothomb, "indissociable, depuis 1992", écrit-il, "du rituel de la rentrée chez Albin Michel". 

Le Télégramme – autrefois de Brest, aujourd'hui Le Télégramme tout court – publie déjà, dans son édition dominicale, une interview de l'écrivaine par Jean-Luc Wachthausen sur son 27roman. On se demande pourquoi tant de précipitation à présenter un roman qui pourrait après tout n'être qu'une variation sur un thème récurrent :

  • "une femme dévouée, un mari absent et leur fille silencieuse dans une histoire où il est question d’amour, de haine, d’ambition, de vengeance, de manipulation…"

Mais le titre de l'article – "Les Finistériens sont solides" - nous met la puce à l'oreille. Et l'on apprend, dès la quatrième question, que s'il y a dans ce nouveau roman, "du Chanel 5, du champagne Deuz, le verbe « to crave » (avoir un besoin éperdu de, NDLR), Shakespeare" – rien que ça - il y a… Brest aussi. Le scoop, il est là.

Amélie Nothomb reconnaît qu'elle connaît peu la ville, tout en précisant tout de suite que "ce n’est pas un hasard si [elle l'a] choisie". Figurez-vous : les trois personnages du roman (la femme, le mari et leur fille)

  • "ne pouvaient pas être méditerranéens, parisiens ni belges". Et pourquoi donc ? Parce qu'ils sont tout simplement "trop frivoles pour vivre des passions aussi longues, pour être d’une telle constance". Les ostracisés vont apprécier.

Ces trois personnages, qui du coup obtiennent le statut de "personnalités", ont en effet la particularité, selon l'auteure, d'être "des têtes dures". On en a immédiatement l'intuition, et ça n'a pas raté : "de telles personnalités ne pouvaient être que des Finistériens". On ne serait pas dans le cliché, là ? D'habitude, on le dit des Bretons dans leur ensemble. Il est vrai que les Finistériens ont par ailleurs la réputation d'être les plus bretons des Bretons : ils sont "courageux, solides et d’une obstination extraordinaire", sous-entend Amélie Nothomb. Elle ne doit pas le savoir, mais en breton on les appelle des "pennou kaled".

Elle assume en trois phrases péremptoires ce qu'elle croit savoir, sans barguigner. "Je connais, dit-elle, des Finistériens, ils sont vraiment comme ça. L’amour qu’ils ont pour leur Bretagne, ça dépasse tout. Pour moi, il n’y a qu’eux, les Corses et les Japonais pour éprouver un tel amour éperdu pour leur terre."

On est en bonne compagnie. Au moins, nous - je veux dire, les Bretons -, on n'est pas frivoles. Les Corses, qui sont incontestablement des méditerranéens, seront ravis d'apprendre qu'ils ne le seraient pas non plus. Pour les Japonais, c'est d'évidence. Ne reste plus qu'à lire "Les prénoms épicènes" pour savoir si tant de sentiments contradictoires font de la bonne littérature. L'auteur a belle réputation. L'écriture parviendrait-elle toujours à transcender les lieux communs ?