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18 octobre 2019

Le ~ (tilde) sur le n de Fañch : la Cour de cassation valide

petit Fañch-3

Tous les médias en parlent depuis hier : même The Gardian, au Royaume-Uni, il est vrai d’après une dépêche de l’AFP diffusée depuis Rennes. Ainsi se clôt un feuilleton qui perdurait de rebondissement en rebondissement depuis la naissance du petit Fañch Bernard. Le 17 mai 2017, en effet, un officier d’état civil de la ville de Quimper, tenant compte de la réglementation en vigueur, n’avait pas voulu enregistrer le prénom du nouveau-né avec un ~ sur le n. À compter de ce jour, les épisodes s’enchaînent, avec l’intervention de l’élue quimpéroise Isabelle Le Bal pour réintroduire le ñ, puis la contestation assez confuse du procureur de la Réublique de Quimper. S’en sont suivis un procès (perdu pour le ñ) à Quimper, puis un autre en appel (gagné) à Rennes, et enfin un recours (décisif) en cassation.

Les parents de Fañch sont évidemment très heureux de ce dénouement : leur fils va pouvoir garder, à l'écrit, le prénom qu’ils voulaient lui donner dès sa naissance et, disent-ils, "personne ne pourra le lui retirer", ce qui est exact. L’association Skoazell Vreizh [Le secours breton], qui a accompagné les parents tout au long de la procédure judiciaire, crie "victoire". 

De facto, l’arrêt de la Cour d’appel de Rennes autorisant le tilde dans le prénom Fañch devient définitif. Mais c’est d’une certaine manière une victoire par défaut. Pourquoi ? Tout simplement, et l’avocat de la famille, Jean-René Kerloch, l’explique très bien : parce qu’elle a été obtenue pour vice de forme. Le parquet rennais avait en effet formé son recours uniquement contre les parents, en oubliant de le faire "contre ès qualités de représentant légal de l’enfant". Fatale distraction : la Cour de cassation, qui n’a pas à juger sur le fond, a tout simplement jugé le pourvoi du procureur général de Rennes irrecevable. 

Me Kerloch souligne en conséquence dans Le Monde que "maintenant, il va être difficile de refuser le tilde à un autre enfant". Soit. Mais attendons de voir, car en matière de justice, la faille se niche dans le détail. Surtout qu’en sera-t-il pour les autres signes diacritiques prohibés par la circulaire du 23 juillet 2014 sur les actes de l’état civil ? Elle n’est pas abolie du fait de l’arrêt de la Cour de cassation.

Au fil des mois, l’affaire du tilde a pris une dimension symbolique très forte et suscité une mobilisation inédite : où se mobilise-t-on ailleurs pour une lettre de l’alphabet ? De là à affirmer que "nous avons gagné une liberté fondamentale"… Bernez Rouz, le président du Conseil culturel de Bretagne fait observer à juste titre que "le ñ n’est donc pas inconnu de la langue française, c’était une évidence. Mais nos langues, ajoute-t-il, restent inconnues de la République". Ce qui n’est pas tout à fait exact non plus. Mais il est bien vrai que le statut de la langue bretonne et des autres langues de France est loin de correspondre aux attentes de leurs défenseurs. En attendant, les parents de Fañch Bernard vont bientôt fêter cela comme il se doit.

Le tilde sur le n de Fañch : à lire également sur ce blog :

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10 octobre 2019

Des universitaires bretons au colloque celtique de Harvard

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Deux enseignants-chercheurs du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) vont participer à compter de demain au colloque annuel qu’organisent les étudiants du département de celtique de l’université Harvard aux États-Unis pendant deux jours. Le "Harvard Celtic Colloquium" en anglais.

Si j’en crois la présentation qu’ils en font sur leur site, le colloque concerne les étudiants et les universitaires d’Amérique du Nord, d’Irlande, de Grande-Bretagne et d’Europe. Curieuse formulation, car l’Irlande et la Grande-Bretagne se situent aussi en Europe, non ? Mais il est vrai qu’à Harvard, on s’intéresse surtout aux langues et cultures celtiques d’outre-Manche : Irlande, Écosse, Pays de Galles et Cornouaille. Sur la trentaine de communications annoncées sur les deux journées, seules trois concernent le domaine breton.

  • L’une sera présentée par Joe Wolf, sur les gloses en vieux breton dans leur contexte juridique. Joe Wolf est lui-même un doctorant en histoire et études celtiques de l’université Harvard.
  • Nelly Blanchard interviendra samedi sur Studi var an astrou (1848), le premier texte scientifique rédigé en breton. Elle posera la question : existe-t-il un breton des Lumières ?
  • Yves Coativy s’exprimera pour sa part sur la langue bretonne au Moyen-Âge, sa perception et son explicitation.

Tous deux enseignent à la Faculté Victor Segalen, à l’Université de Bretagne occidentale (Brest).

Les organisateurs du colloque de Harvard annoncent vouloir traiter de tous les aspects concernant les langues celtiques, leurs littératures et leurs cultures, quelle que soit leur époque. Mais rituellement, c’est de l’histoire et de l’état ancien de ces langues qu’il est surtout question lors de ce rassemblement annuel. C'est parfaitement légitime et respectable. Mais qui sait ? Lors du 40e anniversaire du colloque en 2020, on parlera peut-être aussi de leur état présent ?

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04 octobre 2019

La création du Centre de recherche bretonne et celtique : les origines

CRBC 50 ans-1  CRBC panneau-1

C’est très exactement à la rentrée universitaire de septembre 1969 qu’a été créé le CRBC, au sein de la Faculté des lettres de Brest, dans la toute jeune Université de Bretagne occidentale. C’est ce qui a motivé le laboratoire à fêter son 50e anniversaire tout au long de la présente année 2019 en organisant plus d'une vingtaine de manifestations. Et c’est la raison pour laquelle j’ai été invité, ainsi que Chantal Simon-Guillou, à intervenir jeudi dernier lors d’une "méridienne spéciale 50 ans" sur les origines et les premières années du centre de recherche. 

La méridienne est un espace de rencontre et d’échange jouxtant la bibliothèque du CRBC, qui peut accueillir quelques dizaines d’auditeurs. Nous avons été l’un et l’autre les documentalistes et les responsables administratifs du centre, moi pendant six ans et Chantal Guillou tout au long de sa carrière professionnelle.

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De gauche à droite : Fañch Broudic et Chantal Guillou, lors de la méridienne "spéciale 50 ans" du 26 septembre.

Pour ma part, j’ai d’abord tenu à souligner que la création du CRBC n’a été rendue possible que parce que deux conditions avaient été préalablement réunies. La première fut l’ouverture à Brest d’un Collège scientifique universitaire (CSU) en 1959, puis celle d’un Collège littéraire universitaire (CLU) en 1960, la même année que celui de… Nantes ! Les deux collèges brestois furent au début des succursales des facultés rennaises. Leur ouverture faisait suite à un rapport rédigé en 1957 par l’historien Yves Le Gallo, alors professeur de Lettres supérieures, avec le concours et le soutien de collègues comme Eugène Bérest, futur maire de Brest, Edmond Soufflet, un latiniste, et Robert Gravot, proche des milieux économiques. Le rapport avait été présenté notamment lors du congrès du CELIB à Carhaix. Son président, René Pléven, ancien Président du Conseil, le soutient, tout comme le maire de Brest de l’époque, Yves Jaouen.

Aux yeux d'Yves Le Gallo, il était indispensable de proposer des formations supérieures sur place aux cohortes de plus en plus nombreuses de bacheliers du Finistère, mais aussi de surmonter "les maléfices originels" de la Basse-Bretagne (absence d’équipements culturels de haut niveau), "aggravé par l’isolement d’une fin de continent". Il était inconcevable à ses yeux qu’il n’y eût pas d’université en Basse-Bretagne et que la seule chaire universitaire de breton soit située à Rennes. Il fallut surmonter bien des réticences du côté de Rennes, voire des oppositions, mais cela s’est fait. Le CLU a d’abord fonctionné dans des baraques et des préfabriqués (à l’emplacement de l’actuelle faculté Ségalen) que j’ai connus. Son rayonnement commence à s’élargir assez vite au-delà du Finistère : en 1964, nous sommes quelques-uns à venir nous y inscrire des Côtes-du-Nord de l’époque.

La création de l’UBO (Université de Bretagne occidentale) proprement dite interviendra plus tard, le 27 mars 1969. L’implantation de l’enseignement supérieur à Brest est décisive : elle s’impose comme un contrepoids à l’omniprésence séculaire de la Marine et a changé le visage de Brest et celui de la Bretagne occidentale (qui n’est peut-être pas tout à fait la Basse-Bretagne).

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Brest, au début, ce ne sont que quelques centaines d’étudiants, quelques milliers en 1968. Eux aussi participent aux mouvements de mai et de juin, j’en sais quelque chose, avec notamment la mise en place d’une commission paritaire étudiants-enseignants. L’important est ce qui s’en est suivi : la transformation et la mutation de l’université, à Brest comme ailleurs en France. Et c’est là le second préalable dont je parlais et qui a conduit à la création du CRBC.

Le fait remarquable est qu’elle intervient moins de dix ans après la création du CLU (1960). On crédite généralement Yves Le Gallo d’en avoir été le créateur. Mais lui-même raconte dans ses souvenirs d’un universitaire bas-breton que le projet en avait déjà été formulé dès avant 1966 par Pierre Trépos, professeur de celtique à Brest et premier directeur du CLU. Yves Le Gallo ajoute que 

  • "le cours des événements étant devenu favorable aux cultures régionales, il revint à Alice-Saunier-Seité d’en assurer la réalisation".

Cette dernière était professeure de géographie, spécialiste de l’Arctique. Elle a été directrice du CLU avant de devenir doyen de la Faculté des Lettres à sa création juste après mai 1968 (et première femme doyen de France). Elle sera plus tard secrétaire d’État aux universités, puis ministre des Universités jusqu’en 1981. J’ai l’impression qu’on tend aujourd’hui à occulter son implication pour la mise en route du CRBC et pour le développement de la Faculté des Lettres. Il est vrai qu’elle a quitté Brest assez rapidement après. Dans un texte inédit, Edmond Monange, ancien professeur d’histoire et assesseur du doyen, témoigne du rôle d’Alice (comme tout le monde l’appelait) dans cette affaire, d’autant qu’elle était l’épouse de Jérôme Seité, un promoteur de la modernisation de l'Université et de la pluridisciplinarité, en poste à ce moment-là au cabinet d’Edgar Faure, le ministre de l’Éducation nationale de l’après-68.

Alice-Saunier-Seité va réellement impulser la création du CRBC à la rentrée 1969. Au hasard d’une rencontre fortuite au milieu de l’été, le jour de clôture de l’avant-dernier Festival des cornemuses de Brest, elle m’annonce que le Centre allait être créé à la rentrée au sein de la Faculté des lettres, ce que j’ignorais. Je suis encore plus surpris qu’elle se propose de me recruter comme documentaliste au sein du nouveau laboratoire. Je commence à y travailler dès le 1er septembre 1969 dans un bureau (avec balcon, s’il vous plaît) au premier étage du bâtiment B de la Faculté des lettres, dont les locaux venaient d’être construits en dur avenue Le Gorgeu, sur le plateau du Bouguen. Le 29 septembre, Yves Le Gallo, qui avait manifesté quelque réticence au début sur le périmètre du nouveau centre, est élu directeur. Il le restera dix-huit ans, jusqu’en 1986, donnant d’emblée au CRBC une aura qu’il a su préserver et amplifier.

On doit tant à Alice Saunier-Seité et Jérôme Seité qu'à Yves Le Gallo l’inscription du centre, dès son lancement, dans une démarche originale de recherche réunissant linguistes, historiens, ethnologues et littéraires. Mais c'est Yves Le Gallo qui décide concrètement de créer la bibliothèque qui porte aujourd’hui son nom à la Faculté Victor Segalen. Il y avait bien, déjà, un fonds breton à la bibliothèque municipale de Brest, la plus proche bibliothèque spécialisée se trouvant quant à elle à plusieurs dizaines de kilomètres, à l’abbaye de Landévennec. Yves Le Gallo tenait à ce qu'une telle bibliothèque soit implantée au cœur du monde universitaire, tout en étant ouverte vers l'extérieur. 

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Visite du CRBC le 1er octobre par une amicale d'anciens étudiants brestois, les BQD (Branle que dalle)

Si, de par l’intuition et la volonté de son premier directeur, cette bibliothèque du CRBC est devenue la référence incontournable que l’on sait pour les études bretonnes et celtiques en France, ses débuts ont été aussi modestes que discrets. Car c’était une bibliothèque sans le moindre livre à son lancement, avec juste une ou deux tables et quelques chaises. Il a fallu tout constituer ex nihilo. Un local lui avait cependant été attribué pour stocker et inventorier ses premières acquisitions : le sous-sol bétonné des murs au plafond du bâtiment B déjà évoqué, où la lumière du jour ne pénétrait qu’avec parcimonie par de simples vasistas. Dois-je rappeler que l’informatique n’avait pas encore été inventée ?

Une politique méthodique d’acquisitions avait été définie à l’instigation d’Yves Le Gallo et de l’ethnologue Jean-Michel Guilcher, le directeur adjoint, qui venait d’arriver à Brest avec sa réputation d’ethnologue. Deux bibliothèques entières de bibliophiles, celle du notaire Francis Even à Tréguier et celle de l’historien Daniel Bernard à Cléden-Cap-Sizun, ont été acquises par leur entremise. Je m’appliquais pour ma part à repérer les nouveautés de l’édition en rapport avec les thématiques du laboratoire, compulser les catalogues de bouquinistes et fréquenter les ventes aux enchères.

Mais là je me suis trouvé en concurrence frontale avec un autre acheteur, le fondateur d’une importante chaîne de supermarchés, qui constituait au même moment sa propre bibliothèque bretonne sous le pseudonyme de Saint-Louis, avec des moyens incomparablement supérieurs à ceux de l’université. Avec l’assentiment de l’évêché, j’ai pu aussi prospecter les presbytères à la recherche d’ouvrages anciens que nous n’aurions pas encore. J’ai par ailleurs commencé à élaborer et publier des outils de bibliographie, dont je pressentais l’utilité : celle de tout ce qui se publiait en breton d’une part, et celle des publications traitant du breton d’autre part. 

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Puis il a été prévu que le Centre de recherche bretonne et celtique, ses chercheurs et sa bibliothèque emménagent enfin dans des locaux plus adaptés et plus spacieux, au 3e étage du bâtiment C de la Faculté des Lettres (située alors avenue Le Gorgeu). Sur ce dossier aussi, l’implication d’Alice Saunier-Seité a été déterminante au démarrage du projet. 

Ce que je ne vous ai pas encore dit, c’est qu’une dizaine de jours à peine après avoir commencé à travailler à la Faculté des lettres en septembre 69, j’ai reçu la visite inopinée de Charles Le Gall, plus connu sous le nom de Charlez ar Gall, puisqu’il était le présentateur des émissions en breton de la radio et de la brève séquence du vendredi soir à la télévision régionale. J’avais fait sa connaissance dès mon arrivée à Brest. Il m’explique que sa femme, Chanig, qui le secondait à la radio, n’avait pas pu reprendre son émission quotidienne en breton après l’été pour raison de santé. 

Il me sollicite pour la remplacer. Je lui objecte que je ne le pouvais pas puisque je venais de m’engager au CRBC. Il était désemparé. J’ai donc fini par accepter. Il ne s’agissait, n’est-ce pas, que d’un remplacement de quelques semaines à temps partiel. En décembre 1975, j’ai finalement choisi de rejoindre le service public de l’audiovisuel à temps plein. Je ne me suis cependant pas définitivement éloigné du monde universitaire, puisque j’ai soutenu en 1993 ma thèse sur l’évolution de la pratique sociale du breton de l’Ancien Régime à nos jours et que je suis ensuite devenu chercheur associé au CRBC. Mais tout cela est une autre histoire.

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Photo de gauche : Chantal Guillou-Simon. Celle de droite : Philippe Lagadec, son successeur (au centre, en bleu).

Chantal Guillou-Simon aura été pendant trente et quelques années la grande coordinatrice du Centre de recherche bretonne et celtique. Après le remplacement qu’elle effectue en 1972, elle ne le quittera qu’à son départ à la retraite. Pendant tout ce temps, elle a secondé et accompagné les différents directeurs qui se sont succédé : Yves Le Gallo bien entendu, puis Donatien Laurent, Fañch Roudaut, Jean-François Simon, Philippe Jarnoux. Elle a joué un rôle éminent dans la gestion du laboratoire et dans son association avec le CNRS. 

Elle a également marqué de son empreinte le développement de la bibliothèque du CRBC et pour la réception des multiples fonds d’archives qui lui ont été transmis. Elle a constamment été à l’affût des ouvrages rares dont le CRBC a pu faire l’acquisition. Elle s’enthousiasme de tous ceux qui font qu’aujourd’hui la bibliothèque Yves Le Gallo est devenue la bibliothèque de référence en France concernant la matière bretonne et celtique en moins d’un demi-siècle. Elle raconte par exemple comment elle a sacrifié un week-end pour négocier l’acquisition des huit volumes d’un dictionnaire breton- français unique : le manuscrit de Pierre Joseph Jean chevalier de Coëtanlem de Rostiviec qui, sinon, risquait de partir aux États-Unis.

Elle souligne combien le concours des collectivités territoriales, que ce soit la ville de Brest ou le département du Finistère, a été et reste déterminant pour le développement de la bibliothèque du CRBC, qui a reçu par ailleurs le label du CNRS. Elle se félicite du fonctionnement de la bibliothèque, installée désormais à la proue de la Faculté Victor Segalen, avec vue imprenable sur la ville de Brest, aisément accessible à tout lecteur qui le souhaite, universitaire ou non. Pour Chantal Simon-Guillou, la bibliothèque du Centre de recherche bretonne et celtique a été une passion et une réalisation.

  • Merci à Jean-Baptiste pour les photos prises lors de la méridienne du 26 septembre.

Événements à venir

Du jeudi 10 au mercredi 23 octobre, salle d’exposition Les Abords, au rez-de-chaussée de la Faculté des Lettres et Sciences humaines.

  • Exposition "Le fin fonds du CRBC. Richesses d’une bibliothèque". Une institution universitaire reconnue par le CNRS et unique au monde dans ses domaines de recherche, conservant 68 000 ouvrages, 2 300 titres de revues et plus d’une centaine de fonds d’archives, dont ceux d’Anatole Le Braz et Pierre-Jakez Hélias. Le CRBC présente une centaine de documents qui sont autant de trésors.
  • Exposition photographique : "Figures du CRBC 2019".

Jeudi 21 novembre, salle C 219, UFR Lettres et Sciences humaines.

  • Journée d’étude : "Le CRBC : cinquante ans de recherche(s)". Déterminer ce qui a fait et ce qui fait l’identité du CRBC.

25 septembre 2019

Pollution dans une rivière qui traverse les jardins de la préfecture du Morbihan ?

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Oui : les photos en témoignent. Le Liziec est un cours d’eau qui alimente l’Étang au duc, au centre-ville de Vannes. Cet étang est classé en deuxième catégorie et, selon Wikipédia, l’un des principaux plans d’eau en Bretagne pour la pratique de la voile radiocommandée.

Le Liziec, au pied de séquoias tricentenaires, traverse les jardins à l’arrière de la préfecture, en contrebas du bâtiment, avant de rejoindre la Marle en aval (voir des photos du jardin sur le message précédent). Celle-ci atteint ensuite le port de plaisance de Vannes, puis se jette dans le golfe du Morbihan.

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Je ne sais pas où commence la pollution ni où elle finit. Toujours est-il qu’en contrebas des jardins de la préfecture, la couleur de l’eau du Liziec surprend : un vert intense, avec un bel effet de miroir (à la date du 5 septembre). À peine si cette eau colorée peut s’écouler dans le lit de la rivière : on dirait qu’elle est stagnante.

J’ai cherché à en savoir plus et j’ai repéré une pollution récente de même nature, quoiqu’apparemment moins intense, sur le Gouessant, dans la région de Lamballe, comme le rapporte Ouest-France sur son site. Sur le Liziec, comme sur le Gouessant, ce doit être un déficit d’oxygène, qui génère dans le cas présent une très forte concentration de cyanobactéries. Il n’y a pas de poissons morts à la surface. La situation a pu évoluer depuis mes observations du 5 septembre, du fait de la pluviométrie.

Pour Vannes, je suis surpris que personne n’en dise rien : les écologistes, qui aiment bien le vert d’habitude, devraient être verts de rage sur ce coup-là. Les associations de pêcheurs ne seraient-elles pas au courant ? C’est la raison pour laquelle je le signale sur mon blog, qui traite habituellement d’autres sujets. Je ne sais pas si, à Vannes, les services compétents sont intervenus. L’association Eaux et rivières de Bretagne que j’ai contactée me renvoie vers un site de veille internet qui lui-même ne me paraît pas très actif, concernant la Bretagne en tout cas.

24 septembre 2019

À Vannes, les historiens de la SHAB sur le terrain

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Les organisateurs du congrès de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne à Vannes ont joliment appelé ça une excursion pédestre. C’est effectivement l’occasion de quitter l’amphithéâtre où sont présentées les communications pour découvrir les monuments et les sites historiques de la ville in situ, en compagnie de spécialistes.

Les membres de la SHAB ont d’abord pu visiter la cathédrale Saint-Pierre, de style néo-gothique pour une part et dont la construction s’est étalée sur plus de cinq siècles. A l’intérieur, côté nord comme côté sud, on trouve de nombreuses chapelles, dont l’une dédiée à Sainte Anne et une autre à Saint Mériadec et Saint Patern, premier évêque de Vannes. La tombe de Saint Vincent Ferrier a été récemment réaménagée dans le croisillon nord à l’occasion du 600e anniversaire de sa mort, survenue le 5 avril 1419. En circulant dans les travées, on peut voir une bannière d’hermines dédiée à Saint Pierre.

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Vénérable institution vannetaise s’il en est, le lycée Saint-François-Xavier a été fondé par les jésuites en 1850. Il accueille aujourd’hui quelque 1 150 élèves. Sagement assis dans la salle d’accueil, les congressistes ont été longuement accueillis par le directeur, Yannick Touzé. Ils ont pu parcourir les couloirs, entrer dans les chapelles ainsi que dans la bibliothèque de livres anciens (sur trois niveaux) qui attend d’être informatisée.

L’établissement affiche sans détour son identité de lycée privé catholique. S’il a été fait allusion aux relations conflictuelles récurrentes entre les jésuites et les autorités publiques, on peut regretter que les intervenants aient fait l’impasse sur le contexte de cette histoire à rebondissements.  

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Bien que construite sous le Second Empire et inaugurée en 1865, la préfecture du Morbihan est en quelque sorte le temple de la République française, dont les initiales figurent au frontispice du bâtiment. Cela surprendra sans doute les Bretons militants : on y découvre aussi la représentation de deux personnages majeurs de l’histoire de Bretagne au haut Moyen-Âge, Nominoë et Alain Barbetorte.

Nominoë, qui fut d’abord comte de Vannes, est célèbre pour avoir battu Charles le Chauve en 845 à Ballon. Alain Barbetorte fut duc de Bretagne de 936 à 952, mais n’a cependant pas le prestige de ses prédécesseurs. Si la construction de la préfecture du Morbihan avait lieu aujourd’hui, est-on sûr que les mêmes personnages se retrouvent sur la façade du bâtiment ?

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La façade et les toits de la préfecture sont inscrits au titre des monuments historiques. La visite des jardins situés à l’arrière du bâtiment et qui furent dessinés dès 1862 est bien agréable, avec la présence, par exemple, de séquoias tricentenaires près d’une rivière, le Liziec. La couleur verte de l’eau m’interpelle (voir message sur la pollution de la rivière).

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Dernière halte sur la place Maurice Marchais, juste devant l’Hôtel de ville, tout près de la statue du duc de Richemont sur son fier destrier. Construit à l’initiative du maire républicain Émile Burgault, le bâtiment est une copie de l’Hôtel de Ville de Paris, en moins grand, style Renaissance italienne. Quatre bustes, dont la symbolique est forte, sont présents sur la façade : ceux de Lesage, Descartes, Thiers et Mirabeau. Le vitrail, au palier de l’escalier d’honneur, représente le mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII en 1491.

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Lors de la réception des congressistes à l’Hôtel de Ville, Gabriel Sauvet, maire-adjoint à la culture et au patrimoine, s’est fait remettre par Bruno Isbled, le président de la SHAB, l’ouvrage de Jean-Yves Guiomar, "Le bretonisme", qui vient d’être réédité dans une nouvelle présentation aux Presses universitaires de Rennes avec le concours de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne.

23 septembre 2019

Dernier congrès avant celui du centenaire : les historiens de la SHAB à Vannes

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C’est en 1920 qu’a été créée la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne pour fédérer les sociétés savantes des différents départements bretons, Loire-Atlantique comprise. Le congrès de Rennes en septembre 2020 s’annonce prometteur, puisqu’il se déroulera aux Champs libres et qu’il devrait procéder à un état des lieux d’un siècle de recherches historiques en Bretagne et sur la Bretagne : le programme est d’ores et déjà en préparation.

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Le congrès 2019 s’est déroulé aux Palais des arts et de la culture de Vannes du 5 au 7 septembre dernier. Les congressistes ont été accueillis par le président de la SHAB, Bruno Isbled (à gauche), et par celui de la Société polymathique du Morbihan, Jean-Yves Cavaud. Le congrès de Vannes abordait cette année deux thématiques, qui se chevauchaient pour une part : celle du pays vannetais et celle de l’enseignement en Bretagne.

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Photos de gauche à droite : Christian Chaudré, Sophie Le Goff, Marjolaine Lémeillat

  • L’une des communications les plus surprenantes de ce congrès a été celle de Christian Chaudré sur une histoire unique (par son audace), célèbre (par ce qu’en dit Chateaubriand) et pourtant méconnue. Il s’agit de la révolte des 200 élèves du collège de Vannes qui décident de rejoindre clandestinement les campagnes et la chouannerie renaissante pour s’opposer au retour de Napoléon en mai 1815.
  • Sophie Le Goff s’est intéressée à l’enseignement et aux bibliothèques en Bretagne à la fin du Moyen-Âge, en s’appuyant sur la Chronique dite de Saint-Brieuc, rédigée à la fin du XIVe siècle et qui se présente comme une tentative d’histoire générale de la Bretagne et dont elle cherche à percer les sources.
  • Marjolaine Lémeillat a répertorié dans les archives près de 150 lieux d’enseignement attestés pour la période d’avant 1460, des petites écoles pour enfants certes, mais aussi des centres d’enseignement supérieur. Ce qui la conduit à reconsidérer l’ampleur généralement prêtée à l’université de Nantes dont la fondation (en 1460, précisément) lui paraît tardive et modeste.

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Photos de gauche à droite : Samuel Gicquel, Daniel Collet, Michel Chalopin

  • Samuel Gicquel, qui s’est impliqué pour la parution du Dictionnaire des lycées catholiques de Bretagne avec le concours de plusieurs dizaines d’auteurs, a prolongé sa réflexion sur un paysage beaucoup plus mouvant que de vénérables institutions ne le laissent paraître. La spécificité de l’enseignement catholique breton sur le temps long est, selon lui, sa "plasticité institutionnelle" qui lui assure toujours "un maillage remarquable et une solide réputation."
  • Un collège municipal a existé à Quimper entre 1830 et 1886, avant d’être érigé en lycée. Daniel Collet le présente comme un établissement de moyenne importance, mais dispensant une instruction complète et variée à plusieurs dizaines d’enfants, représentatif de l’enseignement secondaire des villes de province au XIXe siècle.
  • Alors que les historiens ne s’intéressent en général qu’au rôle de l’État et à celui de l’Église dans la mise en place du système scolaire, Michel Chalopin a scruté quant à lui l’implication des notables pour l’organisation des écoles en Bretagne au travers des délibérations des comités d’instruction publique de Fougères, Loudéac, Nantes et Saint-Brieuc de 1830 à 1850. Mais faute d’une documentation, aucun arrondissement appartenant en totalité à la Basse-Bretagne n’est représenté dans son échantillon. Il aurait pourtant été intéressant, dit-il, de connaître l’action de ces comités vis-à-vis d’une population parlant breton et culturellement différente.

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Photo : à gauche, Catherine Adam et à droite, Youenn Michel, l’intervenant

  • Un siècle et quelque plus tard, le Comité consultatif de Bretagne est créé en 1942 avec l’aval de Vichy et sous l’égide du préfet de région, Jean Quenette, en vue du développement de l’enseignement du breton et de l’histoire régionale. Une expérience analogue a également été lancée dans le Sud-Ouest, mais Youenn Michel observe que la synergie qui a fonctionné là-bas ne s’est pas réalisée en Bretagne.
  • La raison, explique-t-il, en est la présence, au sein du Comité consultatif breton, d’activistes autonomistes qui ont en réalité pour objectif de prendre le contrôle des institutions scolaires : Vichy, juge l’historien, a sous-estimé la porosité entre associations culturelles et militants nationalistes dans l’Emsav de l’époque. Alors que les demandes d’enseignement de l’occitan sont accordées, celles en faveur du breton suscitent des réserves. Youenn Michel s’appuie sur des archives jusqu’à présent inexplorées pour présenter le Comité consultatif comme une expérience surdéterminée de décentralisation éducative sous Vichy, de 1942 à 1944.
  • C’est une histoire encore plus récente et "in progress" (comme disent les anglophiles) qu’a exposée Catherine Adam, puisque c’est celle du développement et de l’apprentissage du et en breton depuis la création de la première école Diwan en 1977. Elle se propose de retracer l’évolution des représentations liées à la scolarisation en breton, telles qu’elles peuvent être perçues dans les discours individuels et collectifs que tiennent les uns et les autres (parents, enseignants, institutions…) sur l’offre d’enseignement bilingue breton français dans les trois filières existantes (publique, privée et associative). Elle souligne la nécessité de prendre en compte la dimension historique pour bien comprendre les liens entre représentations sociolinguistiques et comportements vis-à-vis des langues, en l’occurrence le breton.

Pour en savoir plus :

  • Les différentes communications feront l’objet d’une publication d’ici quelques mois.
  • Les actes du congrès 2018 à Pornic viennent de paraître. Ils traitent de l’histoire de Pornic et du pays de Retz et des transformations paysagères du littoral en Bretagne. Pour prendre connaissance du sommaire de ce fort volume de 624 pages : SHAB_actes_congres_Pornic_sommaire
  • Par ailleurs, absolument tous les articles publiés dans les Mémoires de 1920 à 2013 inclus (t. XCI) sont disponibles au format pdf sur le site de la SHAB. De la même manière, les tables des mémoires de 1920 à 2014 sont téléchargeables, ce qui peut faciliter grandement les recherches de tout un chacun. La numérisation de tous ces documents a été conduite en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France. Accessible à tous, le site de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne est une source inépuisable sur l’histoire de la Bretagne dans ses diverses acceptions.

SHAB Vannes-33

Le conseil d’administration de la SHAB a été largement renouvellé cette année, Il comprend 31 membres, universitaires, archivistes et bibliothécaires, conservateurs du patrimoine… Lors de l’assemblée générale qui a fait suite au congrès de Vannes, le bureau a été reconduit dans ses fonctions. Il est composé (de gauche à droite) de Bruno Isbled, président, Philippe Guigon, secrétaire et Christine Berthou-Ballot, trésorière. Ce sont ces instances qui sont chargées de préparer le congrès du centenaire à Rennes en septembre 2020 (dates à fixer).