Le blog "langue-bretonne.org"

11 juin 2018

La disparition de l'historien Jacques Charpy

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Il était le président d'honneur de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne (SHAB), dont il fréquentait toujours assidûment les congrès. La dernière communication qu'il y a présentée ne date que de l'an dernier, à Tréguier : il y avait évoqué la figure de Mgr Eugène Boucher, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier de 1882 à 1888.

Jacques Charpy était originaire de Saint-Lô. Archiviste paléographe de formation, il a fait toute sa carrière dans le milieu des archives. En poste à Dakar, dont il avait étudié la fondation de la ville, il a été le dernier directeur des Archives de l'Afrique-Occidentale française (AOF). Il a ensuite dirigé les Archives départementales du Finistère à Quimper, avant de rejoindre celles de l'Ille-et-Vilaine en 1973. Le président du conseil départemental, Jean-Luc Chenut, a souligné combien "la communauté scientifique lui doit un nombre très important d’inventaires et de répertoires de fonds d’archives, de guides des sources". Il témoignait de ce fait d'une large connaissance de toute l'histoire de la Bretagne et de ses enjeux.

Jacques Charpy était une personnalité très attachante. Il est décédé à l'âge de 91 ans. Ses obsèques ont été célébrées ce matin en l'église Saint-Augustin de Rennes.

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06 juin 2018

Quand les Petites Folies affolent le public

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Elles n'ont pas encore la réputation d'un grand festival. Mais il n'y a peut-être jamais eu autant de monde que le week-end dernier à Lampaul-Plouarzel, pour la huitième édition d'un festival joliment nommé "Les Petites Folies". Car elle représente un record de fréquentation. J'ai les chiffres : 11 500 entrées sur deux jours, dont 9 200 payantes, 1 200 enfants, 300 bénévoles, etc. Il y a sensiblement eu plus de monde le  vendredi soir. Bref, c'était petites et grandes folies durant deux jours dans cette commune littorale au nord-est de Brest, mais sans incident majeur et sans excès. "Une bonne ambiance à tout point de vue", dit Gilles Kerebel, le président, qui parle carrément d'un week-end "fabuleux".

Nouvelle dimension 

À sa création, le festival était multisite, mais c'est Lampaul qui l'organise seul désormais au "théâtre de verdure de Porspaul", s'il vous plaît : nouvelle appellation chic qui se substitue au lieu qui n'était connu jusqu'à présent que comme "le trou de Porspaul".

Il a clairement changé de dimension. L'an dernier, les organisateurs ont été à deux doigts de jeter l'éponge : pas assez d'entrées, un budget trop serré. Cette année, ils ont fait appel à des producteurs et tourneurs comme Neonovo et surtout Caramba spectacles.

Neonovo, une société basée à Lanester, était déjà dans la boucle, puisque son responsable, Yann Autret, est également le directeur des Petites Folies. Il connaît bien tous les milieux de la musique puisqu'il préside le syndicat des sociétés de production en France. Dès aujourd'hui, Neonovo se veut "créatif pour le monde de la musique de demain" : tout un programme.

Quant à Caramba, c'est une société de production de spectacles basée à Paris, dont le gérant, Luc Gaurichon, est le plus connu des producteurs dans le monde artistique et musical. Caramba se félicite effectivement sur son site de contribuer à "une nouvelle évolution du festival [des Petites Folies] avec une programmation plus ambitieuse", c'est dire son implication. C'est avec son concours que des artistes comme Imany ou Claudio Capéo se trouvaient à l'affiche ce week-end à Lampaul. Dès sa première année de présence, elle avait délégué sur place une équipe d'une demi-douzaine de personnes.

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La programmation 2018, plus homogène, a tranché par rapport à celle des années passées : plus "grand public et famille" le vendredi, plus rock ou décalée et donc plus "jeune" le samedi, DJ et électro les deux jours après minuit. L'information autour de l'événement a été beaucoup plus présente dans la presse et sur les réseaux sociaux au travers d'interviews et d'articles multiples et variés, la  communication plus pointue et la promotion des artistes bien plus active. L'organisation aussi s'est améliorée avec le doublement du nombre de bénévoles, mis à part de longues files d'attente un peu partout le vendredi. Gwenaelle Théaud est venue sur place pour TF1 et s'est intéressée à eux, mais son reportage n'est pas passé ce soir comme espéré.

Quelle évolution d'ici 2019 ?

J'avais croisé le Brestois Gérard Pont sur le site l'an dernier (et il se dit qu'il y est revenu cette année). Je l'ai connu comme producteur TV lorsque je m'occupais des programmes en breton de France 3 Ouest. Il est aujourd'hui, notamment, le patron du groupe Morgane production et le directeur des Francofolies de La Rochelle. Il s'étonnait qu'une manifestation comme Lampaul ne bénéficie d'aucune des aides qu'attribue le ministère de la Culture aux petits festivals. Tout est changé, vous dis-je : le logo du ministère figure sur le programme 2018, c'est un signe.

J'en ai entendu plusieurs ce week-end comparer les Petites Folies au festival du Bout du monde de Crozon. On en est loin, car le site actuel de Lampaul ne peut accueillir plus de 5 à 6 000 spectateurs par jour, quand le Bout du monde en reçoit 20 000 par jour sur plusieurs jours. Gilles Kerebel se donne le temps de la réflexion. Ce n'est qu'en septembre prochain que commencera pour de vrai la préparation de l'édition 2019 des Petites Folies lampaulaises. Ce qui devrait changer la donne pour l'avenir, c'est l'intérêt du public pour la formule 2018. Et le nouveau regard des producteurs pour un festival qui jusqu'à présent était resté modeste, mais qui peut encore se permettre de grandir, un peu, plus sur le plan qualitatif que sur un plan quantitatif. Sauf si…

Lire aussi le message précédent : le groupe Mask ha gazh aux Petites Folies 2018.

05 juin 2018

Mask ha gazh : du rock "celtique" ?

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Le groupe était le premier à monter sur la scène des Petites Folies à Lampaul-Plouarzel, samedi en milieu d'après-midi. Il a beau afficher 2 000 concerts depuis sa création il y a 20 ans et annoncer un nouveau CD qui s'appelle "Expérience", ce n'est pas si facile à cette heure-là. Ça n'a pas gêné les quatre briscards du groupe, dont on découvre sur leur site que ce sont des "Bretons pure souche". Peu importe le lieu et l'heure, dès qu'ils commencent à jouer, ils fonctionnent comme un aimant, ils attirent le public à eux, 4 à 500 personnes en fin de concert tout de même. Ce n'est pas de la haute qualité musicale, m'a avoué quelqu'un qui les connaît bien, mais c'est festif et pour l'ambiance ils savent y faire.

Je tenais à entendre le "rock celtique" de Mask ha gazh, pour voir à quoi ça correspond. C'est du rock, c'est sûr, avec voix, guitares, flûtes, cuillers, etc. Celtique ? Il y a des bombardes (mais la bombarde, c'est spécifiquement breton), un pipe, et des instruments tout à fait inattendus, ma foi : des sabots percussifs ! Biskoaz kemend-all ![On n'a jamais vu ça !] C'est celtique ? On en a longtemps porté en Bretagne, et ça se fait encore un tout petit peu, si peu. Sur de la terre battue ou sur un chemin de pierre, ça résonne, mais c'est aussi à cause des clous sous les sabots (pour qu'ils s'usent moins vite). 

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Sur scène, sur un caisson de bois (du simple contreplaqué), avec un micro bien placé pour capter et amplifier le son, ça donne un son tout à fait spécial. Ça rythme, ça cadence, ça génère de l'énergie, c'est efficace. Luc Le Squer joue des mains et des pieds, un jeu de jambes extraordinaire, une agilité à toute épreuve, avec des sabots il faut le faire… Assis ou debout sur son trône, déambulant sur la scène, il danse, il chante, se démène comme un catcheur, flatte son public avec des "ici, Lampaul-Plouarzel" assez lourdement répétitifs tout de même, des "la France" ou "la Bretagne" qui finalement ne disent pas grand-chose. J'oublie : il cite aussi Tahiti : de toute évidence, le leader du groupe a été marqué par une tournée récente en Polynésie.

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"Mask ha gazh" : quel drôle de nom !

Avec tout ça, je ne savais toujours pas d'où provient ce nom de "Mask ha gazh" que le groupe s'est choisi. J'ai fini par en avoir l'explication. L'histoire remonte à près de vingt ans, au temps où le groupe n'avait pas vocation à vivre de sa musique. Il lui fallait se trouver un nom. Lors d'un repas après répétition, quelqu'un a parlé par hasard de masque à gaz. Un autre a dit : "et si on adoptait ce nom-là ?" Drôle de nom pour un groupe. L'astuce, ça a été de l'écrire non pas à la française, comme me le décrypte Luc Le Squer, mais "en celtique". Je lui fais observer que chacune des langues celtiques a sa propre orthographe. Il rectifie donc : "en breton". OK. Examinons dès lors les trois termes de "Mask ha gazh" l'un après l'autre.

  • "Mask" : la lettre "q" n'existant pas dans l'alphabet breton, la transposition est correcte. On peut aussi écrire "maskl". 
  • "Ha" : en breton c'est la conjonction "et". Ça ne traduit donc pas vraiment la préposition "à" du "masque à gaz" français. Ça ne le fait que par onomatopée ou phonétiquement, comme vous voulez. Mais le sens n'est plus le même.
  • "Gazh" : là, ça se complique. Si je consulte le dictionnaire français breton de Martial Ménard, pour le français "gaz" il préconise en premier lieu "aezhenn" ou "aezh". Il admet le terme "gaz" (sans le "h" final) comme étant usuel en breton, mais on comprend qu'il n'a pas sa préférence. 

Si bien que pour traduire "masque à gaz", le lexicologue propose "maskl enep aezhennoù". Cette expression est-elle vraiment attestée en breton ? Pour le vérifier, je consulte "Devri", le dictionnaire diachronique du breton en ligne, du même auteur : il n'en fait mention nulle part, ce qui est curieux. Par contre, il est fait état de "masklou enep-gaz", relevé dans un numéro de la revue "Arvor" que dirigeait Roparz Hemon en 1941. Par ailleurs, le Devri recense effectivement "aezenn" en 1919 dans le sens de "gaz" et dans l'expression "aezennou mougus" au pluriel, pour "des gaz asphyxiants".

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Celtique ou balkanique, c'est toujours exotique

Mask ha gazh ne s'arrête pas à de telles subtilités, pour eux cet appelatif n'était qu'une galéjade. D'ailleurs, personne dans le groupe ne sait le breton. Pourquoi alors écrire "gazh" avec un "h", alors que personne ne l'écrit ainsi en breton ? Luc Le Squer me l'explique tout simplement : "ça rappelle le bzh [abréviation de "Breizh" en breton pour "Bretagne"] et ça donne une identité". Pour s'afficher comme un groupe de rock celtique, il ne restait plus après ça qu'à concevoir un logo et à entourer le nom du groupe d'entrelacs à l'irlandaise. "Celtique", c'est basique, c'est exotique et c'est typique. Le terme est utilisé dans une acception scientifique, mais il représente tout un imaginaire aussi, il est mythique. Et ça marche. La preuve : quand les spectateurs sont invités à entrer dans la ronde pour un final endiablé, tout le monde forme des chaînes et entre dans la danse…

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Tout a l'air simple avec Mask ha gazh. Pas la moindre chanson en breton : ce n'est pas obligatoire non plus. Pas de chansons à texte, pas de textes militants : idem. Des chansons en forme de clins d'œil, sur la Bretagne, sur la mer, sur les bistrots, sur les anciens que l'on voit toujours à la même place au bout du comptoir… Justement, qui n'a-t-on pas vu monter sur la scène des Petites Folies, samedi dernier, à Lampaul-Plouarzel ? Une figure locale, Léo, dans le rôle de l'homme aux cheveux blancs et en costume cravate, et Adrian, un jeune d'une commune voisine, l'un et l'autre avec une bière à la main, tiens… Ils avaient déjà joué comme figurants il y a trois ans dans un clip du groupe. 

Quand Mask ha gazh s'en est allé, ce fut au tour du duo de "Soviet suprem" de monter sur scène. Eux font du "punk balkanique". Les deux groupes n'abordent pas les mêmes thématiques : l'un joue plus sur la nostalgie, l'autre sur la dérision. Ce ne sont pas les mêmes sonorités musicales non plus. Mais c'est bizarre, j'ai trouvé que les deux groupes se ressemblaient beaucoup, par le style, par leur façon d'interpeller le public, par les recettes de scène et même par la musique… 

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18 mai 2018

Écrire le pays natal versus La littérature monde ?

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C’est un choix symbolique et qui n'est pas du tout couleur locale qu’ont effectué les chercheurs brestois du Centre de recherche bretonne et celtique pour illustrer le programme de leur colloque sur "Écrire le pays natal" : ils ont opté pour un tableau ocre et ensoleillé, l’un des quelque quatre-vingts que Paul Cézanne a peints de la montagne Sainte-Victoire dans le pays d’Aix. Pas n'importe lequel non plus, puisque c'est celui qui est accroché dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, à Washington.

Hasard du calendrier : le colloque se tenait hier et aujourd'hui à la faculté Victor Ségalen – tout un symbole aussi - à l'UBO au moment où s'ouvre à Saint-Malo la 29eédition du festival "Étonnants voyageurs" sous l'égide de l'incontournable Michel Le Bris, constant promoteur d'une "littérature-monde" de langue française : il faut lire l'interview qu'il donne à ce sujet dans le numéro 3566 de Télérama qui vient de paraître. Une littérature-monde ? Surtout pas celle, précise-t-il, "du moi replié sur lui-même", plutôt celle qui "désigne des textes en tension entre l'écrivain et le monde, dont il s'agit de rendre les rythmes, les sons, les paroles nouvelles." 

Les deux manifestations n'ont ni la même ampleur ni la même audience, c'est évident. Faudrait-il par ailleurs opposer la littérature du pays natal et sa quiétude supposée à celle qui veut embrasser le monde et ses tourments ? L'une et l'autre démarche ont peut-être comme point commun d'interroger les rapports du centre à la périphérie en littérature, et vice-versa. Mais aussi, ce qui ne paraît toujours aller de soi quand on se situe dans le champ littéraire du proche, de scruter l'ailleurs et l'universel. 

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De gauche à droite : Ronan Calvez, Jean-Pierre Dupouy, Mannaig Thomas.

En ouvrant le colloque de Brest, Ronan Calvez, le directeur du CRBC, a directement affronté ce questionnement. Le pays natal, a-t-il expliqué en faisant référence au "Cahier d'un retour au pays natal" du martiniquais Aimé Césaire (1939), est ce qu'on est et ce qu'on n'est plus (pour des raisons qui ne sont pas naturelles, mais sociales), il parle souvent une langue différente de celle du pays où l'on vit, il témoigne d'une culture autre que celle du pays dans lequel on est au moment de l'écriture. "Le pays natal est un miroir".

L'initiative du colloque revient à deux enseignants-chercheurs de l'UBO : Jean-Pierre Dupouy, fils de l'écrivain breton Auguste Dupouy, et Mannaig Thomas, qui a consacré sa thèse au Cheval d'orgueil de Pierre-Jakez Hélias.

J.-P. Dupouy a souligné qu'il reste beaucoup à étudier sur la tension entre Paris capitale et le pays des origines. En matière de littérature régionale, voire régionaliste, il aspire à une nouvelle approche du rapport entre mémoire et pays de l'enfance d'une part et l'écriture d'autre part. Le choix par l'écrivain d'un lieu géographique précis est-il perçu comme subalterne ou peut-il devenir valorisant ?

Dans son exposé introductif, Mannaig Thomas a produit pour sa part une forme d'inventaire des problématiques du proche et du local en littérature. Prolongeant les travaux d'Anne-Marie Thiesse et de Michèle Gorenc, elle fait état d'une thématique réinventée dans les années 1970 du fait de l'avènement d'une république un peu plus décentralisatrice et d'une cure de jouvence écologiste, dont témoigne les succès de librairie de Pierre-Jakez Hélias, d'Henri Vincenot ou même d'Hervé Bazin (avec la réédition de La terre qui meurt),  voire celui (de nature différente) d'Anjela Duval, la bretonnante. Quand le commerce éditorial en vient à s'emparer du champ de mondes en disparition… Pour autant, des auteurs comme Ramuz et Giono ont tenu à se détacher de toute étiquette régionale. Ce qui induit d'autres interrogations :

  • L'appartenance affichée à un lieu ne démonétise-t-elle pas toute tentative d'être reconnu comme un écrivain d'avant-garde ?
  • Est-il possible d'accorder la primeur aux valeurs d'authenticité au détriment de l'universalité qui permet à un auteur d'être reconnu pour ses audaces stylistiques ?

Pour d'autant mieux ausculter l'écriture du pays natal, les organisateurs avaient prévu d'élargir leur propos à la littérature du proche dans l'espace francophone européen de 1880 à 1980. Il aurait sans doute été intéressant de la confronter également à celle d'autres continents, ne serait-ce que celle du Québec ou des territoires d'outre-mer, de Haïti… Que penser par ailleurs d'auteurs reconnus qui, au soir de leur vie ou même avant, entreprennent de revenir en un ou plusieurs livres sur les lieux de leur enfance ? Mais tout ça représenterait d'autres chantiers…

Une vingtaine de communications devait être présentée au cours de ces deux journées. Il est prévu que des actes seront publiés d'ici quelque temps.

04 mai 2018

À Lanvollon : quand il était de parler breton à l’école

Le Chevillier Daniel UTL Lanvollon-1   UTL Lanvollon-3

Les communes de Lanvollon et Plouha disposent d’un bel outil culturel au moulin de Blanchardeau, lequel n’est pas situé en centre-ville comme c’est généralement le cas, mais à quelques centaines de mètres au fond d’une vallée. Ce bâtiment, antérieur à la Révolution, est également le siège de la communauté de communes et de ses services. Il est facile de se garer. C’est dans l’auditorium du moulin que l’UTL (Université du temps libre) accueille les conférences qu’elle organise deux fois par mois (hors vacances scolaires), soit pas moins de 18 conférences sur l’année.

Le président Daniel Le Chevillier m’avait invité à y intervenir, le 23 avril dernier, sur une question qui intéresse beaucoup les adhérents des UTL, puisque nombre d’entre eux ont bien connu cette période : l’interdiction de parler le breton à l’école. Quelque 130 personnes s’étaient déplacées, et il a fallu ajouter des chaises en haut de l’auditorium. 

Quand je leur ai demandé qui parlait breton dans l’assistance, une trentaine a levé la main, dont le trésorier de l’UTL Arsène Savidan, qui, ayant fait une grande partie de sa carrière hors de Bretagne, maîtrise toujours bien le breton. Une dizaine se souvenait d’avoir été punie pour ce motif. Au cours de la discussion, j’ai noté aussi une réelle sensibilité à la question de la limite linguistique : il est vrai que le pays gallo n’est pas bien éloigné de Lanvollon.

Ma conférence se proposait de faire le point sur une histoire mal connue et qui a suscité pas mal de débats et de polémiques : l'interdit de la langue première (autrement dit, la langue maternelle) à l'école. Mais c'est la cour de récréation plus que la classe qui apparaît comme le lieu stratégique où les élèves devaient se surveiller eux-mêmes et repérer celui qui parlait le breton pour lui remettre le symbole ou la vache. Ces pratiques sont attestées en Basse-Bretagne depuis les années 1830 jusque vers 1960, soit pendant près d’un siècle et demi.

Prochaine intervention sur le même sujet : à l’UTL de Quimper, le 7 juin prochain, au Cinéville.

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16 avril 2018

Bagadou : une interview qui devrait faire du bruit

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Le Printemps des sonneurs va se dérouler samedi après-midi à Brest et raviver parmi les Brestois le souvenir du Festival des cornemuses et du championnat des bagadou qui y ont été organisés chaque année entre 1953 et 1970. Ce printemps des sonneurs avait été lancé en 1997 pour marquer le cinquantenaire de l'un des bagadou de la ville, la Kevrenn Brest Sant Mark, créé pour venir en aide aux sinistrés à la suite de l'explosion du cargo Ocean Liberty dans la rade. Treize bagad sont annoncés au programme 2018, en différents endroits de la ville, avant un défilé sur le cours Dajot, puis le triomphe des sonneurs place Wilson. 

Les bagadou, c'est donc toute une histoire, sur laquelle revient Sébastien Carney, maître de conférences en histoire contemporaine à l'UBO, dans le grand entretien que propose Le Télégramme tous les lundis en page de Brest. Répondant ce lundi aux questions de Steven Le Roy, l'historien précise tout d'abord que la musique bretonne traditionnelle n'était interprétée jusqu'au milieu du XXe siècle que par des sonneurs de bombarde et biniou, lesquels ont également intégré tour à tour l'accordéon, le saxo et la clarinette à leur répertoire.      

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Quand Polig Monjarret bouleversait la donne

L'homme qui va "bouleverser la donne" en ce domaine, c'est Polig Monjarret : "c'est sous son impulsion que ce mouvement [des bagadou] se développe et qu'une musique aujourd'hui considérée comme traditionnelle se crée". Le problème, selon Sébastien Carney, c'est "qu'il y a un fantôme dans les placards de la BAS et qu'il n'a jamais été délogé". Polig Monjarret, constamment présenté comme ayant été avec Dorig Le Voyer le fondateur de la BAS (Bodadeg ar Sonerion, l'assemblée des sonneurs) est en effet perçu par les uns comme "un musicien apolitique pris dans le mouvement national breton" et par d'autres comme "un nazi zélé".

Le chercheur, connu par ailleurs pour sa thèse intitulée "Breiz Atao !" (Presses universitaires de Rennes, 2015), s'appuie sur divers documents et des photos qu'il a pu consulter et qui lui permettent de reconstituer l'itinéraire du jeune Polig Monjarret avant la guerre, son adhésion au nationalisme breton de l'époque et sa participation aux Bagadou Stourm (groupes de combat liés au PNB, le Parti national breton). Comme la Résistance le recherche, il part pour l'Allemagne. À son retour, il est acquitté lors de son procès en 1945. 

La création de BAS est intervenue en deux temps. Le premier en 1943 en lien avec l'Institut celtique, avec l'idée de "regrouper l'élite bretonne de demain dans une Europe nouvelle". Le second, à partir de 1946 sur la base d'un rapprochement avec la gauche et les milieux issus de la Résistance. Ce qui fait dire à Sébastien Carney que le succès de la BAS (devenue "Sonerien", les sonneurs) et l'espace qu'elle occupe désormais dans le paysage musical et culturel, "c'est avant tout un immense mouvement de jeunesse de l'après-guerre sur une idée trouble de l'avant-guerre qui a permis aux bagadou d'émerger".

Ce qu'il reste à comprendre, ce sont les divergences de perception entre l'historien et les responsables de "Sonerion". Car ces derniers, toujours aujourd'hui, ne font réellement démarrer l'histoire de l'ex-BAS qu'au moment du dépôt de ses statuts en 1946. C'était flagrant il y a deux ans, lors des animations (dont une exposition itinérante) qui ont marqué le 70e anniversaire "officiel" de la structure pendant tout l'été 2016. Serait-ce le fantôme auquel fait allusion Sébastien Carney ? Mais comment occulter plus longtemps des archives parfaitement attestées ? Trois-quarts de siècle plus tard, pourquoi donc est-il toujours aussi difficile aux Sonerion d'affronter leur passé et de solder leurs années d'origine ?

Pour lire l'interview de Sébastien Carney dans Le Télégramme : cliquer ici

Lire également sur ce blog : le compe-rendu d'une étude de François Gasnault

Pour en savoir plus, lire l'article de Sébastien Carney dans l'ouvrage publié l'an dernier sur les contacts entre la Bretagne et l'Écosse :

  • « L'Écosse régénératrice ou la création des ''cliques nationales'' bretonnes », dans Camille Manfredy et Michel Byrne (dir.), Bretagne-Ecosse : contacts, transferts et dissonances. Brittany-Scotland : Contacts, Transfers ans Dissonances, Brest, CRBC, 2017, p. 167-183.

 

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