Le blog "langue-bretonne.org"

19 février 2020

Bretagne/Amérique du Nord : relations et interactions Brittany/North America: connections, relations, interaction

Colloque Bretagne Amérique

Ce sera le thème d’un colloque qui se déroulera à Brest, à l’Université de Bretagne occidentale, les 11 et 12 juin prochain, sur les thématiques suivantes :

  • Quelles ont été, quelles sont les relations entre la Bretagne d’une part, les États-Unis et le Canada d’autre part ?
  • De quelle nature ont été/sont ces relations ?
  • Quels événements ont réuni/opposé ces deux mondes ?
  • Quels auteurs, chercheurs, peintres, musiciens nord-américains se sont intéressés à la Bretagne ?
  • Quels voyageurs ?
  • Qu’y ont-ils vu, où, quand, comment ?
  • Quels Bretons ont été confrontés à l’Amérique du Nord et dans quelles circonstances ?
  • Comment ces deux mondes, eux-mêmes nécessairement pluriels, pensent-ils leurs relations ?
  • Quels ont été leurs liens commerciaux ou plus généralement économiques ?
  • Qu’en est-il des phénomènes migratoires d’hier et d’aujourd’hui ?

Linguistes, littéraires, historiens, spécialistes de l’histoire de l’art, musicologues, sociologues, ethnologues, économistes, scientifiques, spécialistes de toutes disciplines sont invités à évoquer personnages, lieux, œuvres et moments de cette histoire qui reste à écrire des relations entre Bretagne(s) et Amérique du Nord.

Dans une approche résolument pluridisciplinaire, les communications pourront porter sur les thèmes suivants (liste non exhaustive) :

  • Américains et Canadiens en Bretagne,
  • Bretons en Amérique du Nord,
  • la Bretagne dans la littérature d’Amérique du Nord,
  • les relations entre écrivains bretons et Amérique du Nord,
  • les relations dans le domaine de la musique,
  • art et artisanat bretons en Amérique du Nord,
  • la curiosité pour la Bretagne en Amérique du Nord…

Le colloque est organisé par

  • Anne Goarzin (CRBC-Rennes)
  • Zélie Guével (Université Laval, Québec)
  • Anne Hellegouarch (CRBC Brest)
  • Gaëlle Le Corre (CRBC Brest)
  • Jean-Yves Le Disez (CRBC Brest)
  • Elisabeth Mullen (HCTI)

Contact et informations : Jean-Yves Le Disez

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17 février 2020

Le décès de Jean-Yves Lagadec, lexicographe et grammairien breton

Jean-Yves Lagadec-3

On l’a appris ce week-end : Jean-Yves Lagadec est décédé à l’âge de 71 ans. Il était connu dans les milieux bretonnants comme ayant été le co-directeur de la première édition du "Geriadur brezhonek" [Dictionnaire breton] paru en 1995. Originaire de Pont-Croix, il y était retourné pour sa retraite. Il avait fait ses études à Brest et à Rennes, avant d’enseigner en Normandie, puis au lycée Kerichen de Brest.

D'une belle placidité, teintée d'humour, il consacrait l’essentiel de son activité, depuis une trentaine d’années, à une recherche d’ampleur et de longue haleine sur la grammaire du breton, dont il devait entamer la rédaction prochainement. S’il a pu tout quasiment achever ses recherches sur ce sujet protéiforme, il n’aura pas eu le temps de les mettre en forme pour publication.

Ses obsèques seront célébrées demain, mardi 18 février, à 14 h 30 en l’église de Pont-Croix.

Pour plus d’informations, lire aussi : Une figure actuelle du CRBC à la une de "Ya !"

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03 février 2020

Une sociolinguiste canadienne de renommée internationale, Monica Heller, en conférence à Brest

Monica Heller affiche Heller Monica-1

Ses travaux portent sur les liens entre langage, idéologie et identité : en tant que sociolinguiste, elle considère la langue comme un fait social parmi d’autres. Dans un cadre de contacts permanents du français et de l’anglais au Canada, elle a montré, à travers de nombreuses enquêtes de terrain, que le langage est un des facteurs des inégalités sociales. 

Monica Heller est professeure à l’université de Toronto. Elle a été présidente de l’American Anthropological Association(AAA) de 2013 à 2015 : elle est la première et la seule femme à avoir dirigé cette institution. Elle est actuellement éditrice de la revue de référence internationale Journal of Sociolinguistics.

Sa bibliographie est impressionnante et, dans un ouvrage en français qui a connu un joli succès, Éléments d’une sociolinguistique critique (Paris, Didier, 2002), elle a théorisé son approche novatrice de la sociolinguistique, qui fait d’elle une des références internationales dans ce champ scientifique.

La conférence de Monica Heller aura jeudi 6 février, à 17 h, en salle C 219 de la faculté des Lettres Victor Ségalen, à Brest. Son intervention portera sur 

  • Mobilités et ancrages dans la construction de la francité nord-américaine.

Violo Gaëlle thèse 3

C’est la deuxième fois que Monica Heller vient à Brest. Elle y était déjà venue en avril 2013 comme membre du jury, lors de la soutenance de thèse de Gaëlle Violo.

Sa thèse a été publiée depuis, en 2017, sous la forme d’un ouvrage de 317 pages et sous le titre « Transmettre la langue bretonne. Regard d’une ethnologue » aux éditions du Centre de recherche bretonne et celtique, précisément dans la collection « Thèses ». Cette question de la transmission du breton retient l’attention de beaucoup aujourd’hui en Bretagne.

17 janvier 2020

La polémique entre Émile Masson et Yves Le Febvre à propos de la langue bretonne, à la veille de la Première Guerre mondiale

 Site-pratique-breton-2

Il y a toujours eu débat autour de la langue bretonne, et ce fut déjà le cas au début du XXe siècle entre deux intellectuels et écrivains pourtant assez proches l’un de l’autre, puisque tous deux socialistes. 

  • Si ce n’est que l’un considérait la question de la langue bretonne comme la plus importante de toutes en Bretagne et qu’il s’imposait en conséquence de faire "de l’enseignement breton-français la base de tout enseignement en Basse-Bretagne".
  • Quand l’autre admettait certes que l’usage du breton est légitime, mais insistait sur le fait qu’il "est tout au moins inutile d’empêcher la pénétration nécessaire du français dans les campagnes bretonnes".

Émile Masson, originaire de Brest, enseignait au lycée de Pontivy lorsqu’il lance la petite revue Brug en janvier 1913 pour diffuser les idées socialistes et libertaires au sein de la paysannerie. Yves Le Febvre, originaire de Morlaix et ancien juge de paix à Plouescat, lance "La Pensée bretonne" six mois plus tard, en juin 1913, sur la base d’un appel visant à regrouper les intellectuels bretons de conviction républicaine et laïque "pour arracher la pensée bretonne à la réaction cléricale qui l’étreint de toutes parts".

Y. Le Febvre avait accepté de publier une « chronique bretonnante » dans « La Pensée bretonne » et en avait confié la rédaction à E. Masson, étant assuré ainsi qu’elle « ne sera(it) quant au fond ni séparatiste ni réactrice ». Tous deux s’accordaient pour considérer qu’il "ne faut pas laisser aux seuls réactionnaires le monopole du théâtre breton". 

À quoi le breton peut-il servir ?

Les réactions sont contrastées. Les autres périodiques bretons, tous catholiques ou conservateurs, sont plus que réservés, estimant la publication de Brug, à l’exemple de Loeiz Herrieu dans Dihunamb, "plus dangereuse cependant pour le peuple, car elle est rédigée en breton". Certains militants socialistes sont réticents, mais d’autres approuvent "ceux qui ont commencé à traduire en breton quelques-unes de nos brochures révolutionnaires". Le syndicaliste lorientais François Le Levé soutient Masson. 

Le doyen de la Faculté des lettres de Rennes, Georges Dottin, assurait que "tant que le breton existe, il peut, à côté du français, servir à faire pénétrer des idées nouvelles". Mais la conviction de Le Febvre était qu’il ne fallait user du breton que pour la propagande ou pour l’amusement populaire, d’autant qu’il soupçonnait les régionalistes de n’être en réalité que le faux-nez des nationalistes et des séparatistes. Masson, favorable à un enseignement bilingue, était plus compréhensif à leur égard et lui rétorquait qu’il fallait dépasser les postures utilitaristes : "ne sauriez-vous concevoir qu’il y ait place à une œuvre sérieuse de propagande bretonne d’éducation populaire s’adressant au plus fort tiers de la population globale du pays ?"

L’ampleur des divergences entre les deux hommes comme l’intensité de la polémique qui les séparait dans les colonnes mêmes de « La Pensée bretonne » ne pouvaient aboutir qu’à une rupture. Bien d’autres protagonistes se sont exprimés à ce moment-là sur la question de la langue bretonne. Ce sont ces prises de position, qui reflètent toute une époque, que j’ai analysées dans ma thèse sur L’évolution de la pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours (1993).

Je viens de mettre en ligne l’intégralité de ce chapitre sur le site que j’ai créé à cet effet. On peut le lire en accès libre

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14 janvier 2020

Le décès de l’historien Jean Delumeau

Histoire Bretagne Delumeau-3     Histoire Bretagne Delumeau-4   

Reconnu comme un éminent spécialiste de l’histoire religieuse et de la Renaissance, Jean Delumeau s’est aussi intéressé à l’histoire de la Bretagne. Né à Nantes en 1923, il est décédé ce 13 janvier 2020, à l’âge de 93 ans. Il a enseigné à l’Université de Rennes II, puis à Paris, avant de rejoindre plus tard le Collège de France, où il a occupé pendant près de vingt ans la chaire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne.

C’est en 1969 que paraît chez Privat, à Toulouse, une Histoire de la Bretagne qui fera date et dont je remarque après coup qu’elle a coïncidé avec la création du Centre de recherche bretonne et celtique la même année à Brest. Elle sera suivie deux ans plus tard d’un deuxième volume de Documents de l’histoire de la Bretagne. Ce sont deux ouvrages collectifs, auxquels ont contribué les meilleurs historiens exerçant à ce moment-là à Rennes, Nantes ou Paris, Pierre-Roland Giot, J.-B. Colbert de Beaulieu, Henri Touchard, André Mussat et Jean Meyer entre autres, ainsi que Léon Fleuriot pour le volume des documents. On observera néanmoins que les historiens brestois Yves Le Gallo et Jean Tanguy étaient juste mentionnés dans le premier volume, mais qu’ils contribuent au second.

Jean Delumeau dirige et coordonne les deux ouvrages. Dans son introduction, il précise d’emblée que cette Histoire de la Bretagne ne ressemble à aucune autre de celles qui l’avaient précédé, ce qui est exact. Cela s’explique assez bien par l’émergence d’une nouvelle génération d’historiens, y compris dans les universités bretonnes, et par le renouvellement et la diversification de la recherche historique, dont bénéficie dès lors aussi l’histoire de la Bretagne. 

Camper 'l’homme quelconque' de Bretagne à travers les siècles

En quoi ce nouveau livre d’histoire de Bretagne différait-il donc des précédents ? Aux yeux de Jean Delumeau, il visait à combler une lacune et se voulait une "Histoire de la Civilisation de la Bretagne". Autre coïncidence : c’est en 1968 qu’Yves Le Gallo était devenu le premier maître de conférences de civilisation de la Bretagne à la toute jeune Faculté des lettres de Brest. C’était donc dans l’air du temps. 

Le premier choix éditorial que font le directeur et les contributeurs de ce fort volume de 542 pages est de traiter en premier lieu de l’histoire préromaine de l’Armorique. Cela leur avait paru d’autant plus "nécessaire" que ce sont des termes bretons, expliquent-ils, qui désignent les monuments mégalithiques dans le monde entier et que ceux d’ici peuvent prétendre à figurer "à leur juste place".

Ensuite apparaît l’expression d’"histoire totale" qui traduit bien l’ambition radicale du projet et dont Delumeau souligne qu’il ne peut "négliger les messages de l’art". On n’a ici ni la cathédrale de Reims ni le palais de Versailles, écrit-il en substance, mais "quelle variété pourtant — et quelle vigueur ! — dans les œuvres que [la Bretagne] a suscitées". Mais c’est aussi en raison "de la variété des courants qui ont conflué en Bretagne en dépit des cloisonnements et des particularismes" et dont témoignent les influences normandes, anglaises, ligériennes, flamandes, italiennes, lavalloises et parisiennes qu’on peut détecter dans les créations bretonnes.

L’historiographie s’appuyant de plus en plus sur d’autres disciplines telles que la démographie, la sociologie et la psychologie collective, les historiens bretons visent dès lors à "ressusciter ici la vie quotidienne de la péninsule et [à] camper 'l’homme quelconque' de Bretagne à travers les siècles". Le passé breton se divulgue par l’exploration "d’horizons jusqu’alors mal reconnus", par exemple la présence des soldats dans la province aux XVIIe et XVIIIe siècles. 

Analyser la complexité bretonne

Les faits économiques sont abordés de front "dans leur dimension vraie", et c’était une première dans le traitement de l’histoire de la Bretagne, dont les dernières pages prennent en compte jusqu’aux événements les plus récents. On en apprenait beaucoup sur les frappes monétaires à l’âge d’or de l’hôtel des monnaies de Rennes entre 1550 et 1610 et comment la pêche devient à compter du XIXe siècle "la grande affaire des côtes bretonnes", avec l’alternance des périodes de pénurie et d’abondance. Mais on y traitait aussi des révolutions agricoles et de la nouvelle industrialisation de la région, tout comme de l’évolution des comportements électoraux. 

Par contre, s’il est question de la littérature bretonne dans ses rapports avec l’histoire, dans le volume des documents surtout, on n’y aborde pas encore ou si peu la question des usages de langues à l’époque moderne et contemporaine : il est vrai que la recherche ne s’en emparera que plus tard, dans les années 80 et 90.

"Alors que tant de livres consacrés au passé breton insistent sur les péripéties politiques de la province depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours" (et ce constat formulé en 1969 reste d’actualité, en particulier dans certaines BD à prétention historique), Jean Delumeau insistait sur l’importance à accorder aux chiffres. Ce n’est pas le seul point de méthode qu’il explicitait dans son introduction. Pour analyser "la complexité bretonne", lui et les autres contributeurs excluaient de reprendre à leur compte les "poncifs et légendes" habituels tout comme "les généralisations hâtives sur les Bretons mystiques et conservateurs". En revanche, ils ne prétendaient absolument faire œuvre définitive. Le développement de la recherche historique depuis un demi-siècle leur donne entièrement raison.

Cette histoire de la Bretagne innovante marquait une rupture, ce qui explique qu’elle a pu choquer, autant que je me souvienne, et qu’à sa sortie elle n’a pas toujours été bien comprise. Mais elle a été fondatrice. La nouvelle "Histoire populaire de la Bretagne" que viennent de publier Alain Croix, Thierry Guidet, Gwenaël Guillaume et Didier Guyvarc'h (aux Presses universitaires de Rennes) n’en serait-elle pas une forme de prolongement ou de dépassement ? C’est la raison pour laquelle il n’est pas sans intérêt de lire ou relire les cinq pages de l’introduction de Jean Delumeau, voire le volume tout entier. 

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04 janvier 2020

"Londrez a-raog ar Brexit" : le calendrier 100 % en langue bretonne de l’année 2020

Diapo Londrez 1

Londres à la veille du Brexit : c’est la thématique que j’ai retenue cette année pour le calendrier tout en breton, que je vous propose comme les années précédentes en ce début janvier. J’ai eu l’occasion d’y passer quelques jours en famille en février dernier.

Naked 4

À ce moment-là, le Brexit n’apparaissait pas spécialement dans le paysage urbain : les Londoniens vaquaient comme d’habitude à leurs occupations. Dans les médias, c’était complètement différent : un matin, en zappant d’une chaîne à l’autre, j’ai eu la surprise de découvrir sur ITV l’interview de Victoria Bateman, professeure d’économie à Cambrige, toute nue (mais on ne voyait pas le bas et le haut était flouté, je vous rassure) dans l’émission "Good morning Britain". C’est le moyen qu’elle avait trouvé pour exprimer son opposition au Brexit : "Brexit leaves Britain naked" [Le Brexit laisse l’Angleterre à nu]. Même Madame Le Figaro en avait parlé. Mais son initiative n'a pas convaincu : la preuve, le résultat des dernières législatives.

De grosses manifestations ont été organisées par les anti-Brexit. Mais tous les jours quelques dizaines d’opposants (que j’ai pu prendre en photo) se retrouvaient derrière des barrières devant le Parlement de Westminster. On sait ce qu’il en est advenu. Les Anglais ont voté massivement en faveur du Brexit, qui va donc intervenir à la fin du mois (sauf rebondissement, on ne sait jamais), alors que ça n'a pas été le fait des Écossais, des Gallois ni des Irlandais du nord.

Le calendrier en breton propose donc de multiples autres photos de Londres (une par mois), que ce soit des scènes de rues, des paysages, des monuments, par exemple toute une ribambelle de petits Chinois tout habillés de jaune dans la rue. Les photos sont légendées. Même si vous ne comprenez pas bien le breton, vous pourrez feuilleter le calendrier sans souci : vous pourrez aisément repérer les mois et les jours de la semaine. On peut bien sûr insérer des notes dans le calendrier dans un lecteur pdf.

Pour télécharger le "Kalander 2020" en pdf d’un simple clic sur ce lien.

Je profite de ce premier message de l’année 2020 pour vous souhaiter "Bloavez mad" [Bonne année).

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