Le blog "langue-bretonne.org"

02 avril 2020

Sur Tébéo et dans Le Télégramme

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"Qui a tué Louis le Ravallec ?"

Nouvelle diffusion du film de Philippe Guilloux, en hommage à Donatien Laurent, ce soir à 20 h 45 sur Tébéo et Tébésud et à 21 h sur TVR 35.

L’histoire se passe en 1732 au Faouët. Un pêcheur découvre sur les bords de l’Ellé le corps sans vie de Louis Le Ravallec. Cette macabre découverte est le point de départ d’une enquête qui va durer plus de cinq ans. Après de nombreux rebondissements, les juges estimeront que le jeune homme a fait une chute et s’est fracassé le crâne sur les rochers.

Or une gwerz retrouvée par Donatien Laurent dans les carnets de La Villemarqué, il est dit qu’il a en réalité été assassiné, victime d’une rivalité amoureuse. Parcourant la campagne du Faouët, l’ethnomusicologue rencontre des interprètes de cette gwerz et rassemble les traces de la tradition orale encore présentes dans la mémoire collective et les confronte au dossier de l’enquête officielle. 

Pour en savoir plus : lire le dossier de cette affaire criminelle sur le site Kultur Bretagne. 

Le film est également disponible sous forme de DVD sur le site de Coop Breizh.

30 ans délicats pour les langues de Bretagne

Dans le cadre d’une série d’articles  Bretagne 2020 qui seront prochainement réunis dans un Panomara de la Bretagne, Le Télégramme publie ce 2 avril une page entière, consacrée à la situation actuelle de la langue bretonne. Et pose les questions :

  • Quand s’arrêtera la saignée des locuteurs de breton ?
  • Dans vingt ans, trente ans ?
  • Et à quel niveau ?

L’enquête est signée Ronan Larvor.

 


Donatien Laurent : un article de presse qui mettait l’histoire en perspective

Boudic article thèse Donatien 1975

Bernard Boudic-1

Ça s’est passé quelques jours après la soutenance de thèse de Donatien Laurent en Sorbonne devant un jury prestigieux. Le 25 janvier 1975, Bernard Boudic, alors journaliste à la rédaction brestoise du journal Ouest-France, publiait en page Bretagne un article annonçant rien moins que le "point final à la querelle du 'Barzaz Breiz'". Quarante-cinq ans plus tard, cet article n’a rien perdu de son intérêt. Pour plusieurs raisons.

La première est qu’il met bien en perspective un sujet relativement complexe dont le cheminement s'est prolongé par épisodes à compter de la parution de la première édition du Barzaz Breiz en 1839 sur près d’un siècle et demi. Et comme tout le monde ne le sait pas, cette publication a donné lieu à bien des polémiques à compter de 1872. À cet égard, l’article exposait bien les enjeux de la thèse.

Il est d’autant plus intéressant que le journaliste a recueilli la réaction de l’érudit Francis Gourvil, qui lui-même avait soutenu une thèse sur le même sujet en 1959, quinze ans seulement avant Donatien Laurent, dans laquelle il mettait fortement en doute l’authenticité des chants réunis par La Villemarqué dans le Barzaz Breiz. Gourvil reconnaît honnêtement qu’il lui faudrait du coup revoir une partie de ses conclusions. De fait, une thèse n’annule jamais complètement les précédentes. Mais Francis Gourvil avait 85 ans en 1974, et il mourra dix ans plus tard à Villeneuve-Saint-Georges dans le Val-de-Marne. Il est plus que probable qu’il n’a jamais pu prendre connaissance du tapuscrit de Donatien Laurent, si ce n’est peut-être d’articles parus dans des revues, ni a fortiori de l'édition qui n’a été publiée qu’en 1989.

Alors, la thèse de Donatien Laurent a-t-elle fait taire les polémiques ? Globalement, oui. En fait, les études villemarquéennes se sont poursuivies depuis sous différents autres angles, comme le montre la thèse de Nelly Blanchard, ou l’ouvrage collectif publié en 2016 par un collectif de chercheurs et qui se propose justement d’aller "au-delà du Barzaz Breiz". Mais le sujet est loin d'être épuisé, il y a matière encore à bien d'autres recherches, ne serait-ce que parce que la retranscription des carnets 2 et 3 de La Villemarqué n’est pas terminée !

Lire l’article de Bernard Boudic en pdf :

Boudic_Bernard_sur_these_Donatien_Laurent_Ouest_France_1975_01_22

Au-delà-Barzaz-Breiz-couv

Le journaliste prépare en ce moment une rubrique sur Donatien Laurent, à paraître dans le Bulletin de l'association des amis du Musée de Bretagne et de l'Écomusée de la Bintinais.

Pour en savoir plus :

  • Nelly Blanchard. Barzaz Breiz, Une fiction pour s'inventer. Presses universitaires de Rennes, 2006, 309 p. 
  • Nelly Blanchard et Fañch Postic (dir.), Au-delà de Barzaz Breiz, Théodore Hersert de La Villemarqué. Brest, Centre de recherche bretonne et celtique, 2016, 298 p. Inclus, un essai de bibliographie chronologique des œuvres de Théodore Hersart de La Villemarqué, ainsi qu'un CD qui donne à entendre des réinterprétations de chants du Barzaz Breiz.

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01 avril 2020

Donatien Laurent : le kenavo de sa famille et de ses proches

Donatien Laurent obsèques-1

C’est au cimetière de Lochrist, sur la commune du Conquet, que Donatien a voulu être enterré. Il y rejoint sa nièce Nolwen et Matthieu, son neveu, sa sœur Anne, et ses parents. Et Jean-François Le Gonidec, natif du Conquet, décédé en 1838, auteur d’une grammaire bretonne, d’un dictionnaire bilingue et traducteur de la Bible en breton.

Des obsèques religieuses

Conformément à son souhait, Donatien a bénéficié d’obsèques religieuses. Des cantiques bretons ont été chantés au cours de la cérémonie :

  • Salud deoc'h, iliz ma farrez [Salut, église de ma paroisse]
  • Kantik ar baradoz [Le cantique du paradis].

Tanguy Laurent senior m’a par ailleurs transmis les textes suivants :

Donatien va breur [Donatien mon frère]

Armel Morgant m’a signalé la collecte de témoignages que vous avez rassemblés dans votre blog [voir message précédent]. Ils sont véridiques et émouvants. Merci à tous. La photo de Skye où il s’était rendu la première fois à 15 ou 16 ans grâce à une bourse Zellidja m’a remis en mémoire les bribes d’un chant en gaélique composé en son honneur par une dame écossaise […].

Je voudrais que soient ici présents ses guides et accompagnateurs que furent, entre autres, Yvon Palamour et Pierre le Padellec, Claudine Mazeas et Andrea ar Gouilh, la bande de Jabadao... Ils n’apparaissent que rarement dans les commentaires, ils ont été très importants.

Et aussi dire toute l’importance que Donatien accordait au retour de Nantes dans la région administrative.

La simplicité involontaire de cet enterrement

Donatien a terminé ses tribulations sur terre. Viendra le temps où tous ceux qui se sont reconnus comme ses familiers, à un titre ou à un autre, pourront entremêler leurs voix et leurs souvenirs pour lui élever un monument spirituel.

Il fut l’un de ceux qui ont un peu sauvé du naufrage et du massacre une petite parcelle du patrimoine de l’humanité. Puisse-t-il avoir dégagé la voie pour sauver les milliers de langues, de cultures qui sont à l’agonie. La (ba)belle diversité de l’humanité, comme on pourrait dire.

Sans doute a-t-il apprécié la simplicité involontaire de cet enterrement à Lochrist, la beauté des cantiques et des textes qui ont été rassemblés à cette occasion.

Mise à jour 2 avril, 23:45

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31 mars 2020

La disparition de Donatien Laurent : liens et nouveaux témoignages

Donatien Laurent Loeiz Françoise-1

Comme je l’avais pressenti dès qu’avait été connue la nouvelle de son décès, elle a suscité une immense émotion en Bretagne, dans les milieux de la langue et de la culture bretonnes en particulier, tout comme dans la communauté scientifique.

  • Photo ci-dessus : Donatien Laurent en compagnie de son frère Loeiz et de sa femme Françoise, lors de l'inauguration du jardin à son nom en 2014 à Locronan. (Photo : FB). 

J’ai souhaité pour ma part donner la parole ici à quelques personnes qui ont fréquenté et côtoyé Donatien Laurent les dernières années de sa vie ou même antérieurement. Après le témoignage de Chantal Simon-Guillou (voir message précédent), vous pourrez donc découvrir ici ceux de

  • Marie-Barbara Le Gonidec, qui a dressé l’inventaire des archives personnelles de Donatien
  • Nelly Blanchard, qui a travaillé avec lui à la retranscription des deux derniers carnets d’enquête de La Villemarqué, le premier ayant été étudié par Donatien dans le cadre de sa thèse
  • Fañch Postic, un compagnon de route et un ami de quarante-cinq ans
  • Armel Morgant, qui souligne son rôle dans le domaine de la musique instrumentale bretonne 
  • Maguy Kerisit, qui a participé à l’édition d’un recueil de ses articles, "Parcours d’un ethnologue".

Si vous aussi vous souhaitez faire part de votre réaction ou transmettre un témoignage, vous pouvez le faire en cliquant tout simplement sur le lien "Contacter l’auteur" dans la colonne de droite.

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Marie-Barbara Le Gonidec : La complicité s’installait tout de suite

  • Photo : Donatien Laurent devant quelques documents photographiques en cours de traitement lors du classement de son fonds au CRBC. Photo M.-B. Le Gonidec, CRBC-UBO, 8 décembre 2015.

J’ai connu Donatien en 2013. Je le connaissais avant, comme chercheur, bien sûr. C’est lors d’une rencontre suscitée par Laurent Bigot qu’il m’a proposé de m’occuper de ses « archives écrites », à l’époque, un ensemble polymorphe de documents de tout type et sur tout support entassés dans son bureau, chez lui, comme dans son ancien bureau au CRBC, accumulation telle que l’accès aux dits bureaux était presque impossible, la porte ne pouvant s’ouvrir que partiellement. 

L’idée était de retrouver les carnets, non pas de La Villemarqué... mais de Donatien, là où celui-ci disait avoir noté des informations sur ses collectes. Ses carnets n’existaient pas, ce serait trop long de raconter tout cela, mais ce travail de classement m’a permis pendant quatre ans de venir régulièrement chez Donatien et Françoise avec qui, forcément, je me suis liée d’amitié.

Forcément, oui, ceux qui ont connu Donatien, et Françoise, le confirmeront : impossible de ne pas devenir des proches et dans mon cas, alors que partageais les repas et dormais souvent chez eux n’habitant pas Brest, des intimes. Donatien est, avec Françoise, de ces personnes avec qui la complicité s’installe tout de suite.

Leur porte toujours ouverte (grande celle-là !) leur gentillesse, leur modestie, la richesse des conversations, hélas devenues plus difficiles ces derniers temps... tout cela m’a comblée et, pour en revenir à Donatien, ce n’est pas que le chercheur que j’ai connu et qui m’a apporté énormément, mais l’homme, avec ses forces et ses faiblesses et partageant les miennes, dans une grande qualité d’écoute, dont je garderai, à vie, le souvenir.

  • Marie-Barbara Le Gonidec, ingénieure d’études du ministère de la Culture, membre du IIAC-LAHIC (CNRS, UMR 8177) et chercheuse associée du Centre de recherche bretonne et celtique. 

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Nelly Blanchard : Travailler ensemble la matière concrète

Le 18 mars 2016, j’ai entamé une collaboration scientifique régulière avec Donatien Laurent, dans le but de faire aboutir la transcription et la traduction des carnets n° 2 et n° 3 de Théodore Hersart de La Villemarqué. Donatien avait commencé ce travail depuis plusieurs années, d’abord avec l’aide d’Alain Tanguy, puis avec celle de son frère Tanguy Laurent, mais tous deux n’avaient pu poursuivre la tâche. 

C’est donc à un travail en cours que je me suis attelée à ses côtés, alors qu’il avait 81 ans : il nous a fallu faire un bilan du travail fait et du travail à faire, nous organiser en séances régulières de deux heures, transcrire, traduire, mettre en forme, et enfin publier en ligne (site CRBC) le travail ainsi réalisé et attendu par certains depuis si longtemps.

La lecture des manuscrits facilitée par la numérisation — permettant notamment de zoomer et de contraster la couleur les images — ne fut toutefois pas toujours aisée, tant l’écriture de La Villemarqué est difficile à saisir et ses prises de notes parfois brouillonnes avec surimpressions, écritures dans les marges, ajouts de variantes en interlignes, etc. 

Mais Donatien avait une connaissance très fine de cette écriture, à force de s’y être frotté, et parfois même intime : lorsque nous butions sur un mot ou un passage, il tendait parfois le doigt sur l’écran pour tenter de reproduire le geste de La Villemarqué, pour essayer de s’approcher de l’élan de son écriture dans une sorte de contraction temporelle, et il parvenait ainsi très souvent à déchiffrer les passages les plus coriaces. 

Cette collaboration nous a tous les deux grandement satisfaits, tant du point de vue humain que du point de vue scientifique : travailler la matière concrète, partager des difficultés, essayer de les surmonter ensemble, passer d’une langue à une autre, se laisser surprendre, se détacher des manuscrits pour en relever avec humour certains aspects, et mener ce travail ensemble jusqu’à sa diffusion.

  • Nelly Blanchard, Professeure de celtique à l'Université de Bretagne occidentale, chercheuse au Centre de recherche bretonne et celtique. Champs de recherche : littérature de langue bretonne, dialectologie et sociolinguistique du breton.
  • Photos ci-dessus : couverture et premières pages du 2e carnet de collecte de La Villemarqué (capture d'écran).

Les carnets

Si vous souhaitez visualiser les carnets de collecte de La Villemarqué, voire vous essayer à leur lecture, c'est désormais possible puisqu'ils ont été numérisés et que vous pouvez les consulter sur le site de la Bibliothèque numérique du Centre de recherche bretonne et celtique. Il vous suffit de cliquer ci-après sur le terme "skeudennou" correspondant :

Si vous souhaitez consulter la transcription qui a été faite des carnets ou la traduction des chants collectés par La Villemarqué, cliquez ci-après sur l'expression "treuzskrivadur ha troidigezh" correspondante. La transcription et la traduction peuvent être incomplètes et se poursuivent.

Sachez que vous pouvez en outre consulter plusieurs dizaines d’archives de Théodore Hersart de La Villemarqué sur le site de la bibliothèque numérique du CRBC.

Vous pouvez également retrouver le fonds de collectes de Donatien Laurent sur le site Dastumedia. Il en avait préparé lui-même la documentation avec le concours de Laurent Bigot et de Marie-Barbara Le Gonidec. Une sélection d’enregistrements est proposée en accès libre, ainsi qu’un article rédigé en 2015 qui revient sur l’historique de ces enquêtes.

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Fañch Postic : Une rencontre qui a bouleversé toute ma vie

Je me souviens très bien de ce jour d’octobre 1974, où j’ai fait la rencontre de Donatien Laurent. C’était au moment où il terminait la rédaction de sa thèse d’État sur les sources du Barzaz-Breiz. J’avais été dirigé vers lui alors que je pensais engager un mémoire de maîtrise autour du légendaire breton. Les idées ne lui manquaient pas, mais il a fini par me proposer d’essayer d’apporter un peu de clarté dans les collectes de contes et de légendes réalisées par l’abbé François Cadic.

J’étais évidemment loin de penser que cette rencontre allait durablement orienter ma vie professionnelle et même personnelle. Depuis ce jour, en effet, je n’ai jamais cessé de côtoyer Donatien : 

  • au CRBC et au Centre d’ethnologie de la France dirigé par Jean-Michel Guilcher, 
  • à la Société d’ethnologie bretonne, 
  • à l’Abri du marin de Douarnenez pour le lancement de la revue ArMen en 1985,
  • à l’UBO lors de l’ouverture du département d’ethnologie en 1990… 
  • et enfin du côté du manoir de Kernault à Mellac où il a été la cheville ouvrière de la création d’une antenne du CRBC consacrée à la littérature orale, dont j’ai assuré la direction sous sa responsabilité scientifique. 

En toutes ces circonstances, il s’est montré disponible, apportant son soutien amical et son expertise fine et perspicace. 

Alors que Donatien vient de nous quitter, les souvenirs se bousculent dans mon esprit, avec une foule d’anecdotes concernant toutes les aventures improbables, qui ont jalonné près d’un demi-siècle passé à ses côtés. Je me souviendrai toujours, par exemple, de ce soir de 1978 où, comme souvent, lui et sa femme Françoise hébergeaient le jeune étudiant que j’étais alors. Donatien avait déployé sur la table de la salle à manger une très grande carte, entreprenant de me faire part, avec l’enthousiasme qui lui était coutumier, de l’intuition qu’il venait d’avoir quant à l’interprétation du parcours de la troménie de Locronan à laquelle il travaillait pour un ouvrage collectif à paraître.

Une fois sa démonstration terminée, il me demanda un avis que j’étais évidemment bien incapable de lui donner. Je ne mesurais pas alors qu’en fait d’intuition, c’était tout simplement d’une fulgurance dont je venais d’être le témoin. C’est là tout Donatien.

  • Fañch Postic. Ingénieur d'études au CNRS (er), il travaille sur la littérature orale et en particulier sur le Barzaz Breiz, l'histoire des collectes et des collecteurs et le calendrier rural traditionnel

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Armel Morgant : Un rôle déterminant dans l’adoption par les Bretons du Highland bagpipe

Comment parler de Donatien Laurent quand on n’a été ni son élève ni son collègue ? Nous étions en relation depuis plus de trente ans, de façon plus ou moins régulière. Peut-être même étions-nous en dialogue. Tout au long de ces années, j’ai constamment constaté et apprécié la qualité et la profondeur de son écoute. Sans doute est-ce là la caractéristique essentielle du métier d’ethnologue. J’ai toujours eu le sentiment qu’elle s’exprimait en lui avec une bien rare humanité.

Lorsqu’est prononcé à présent le nom de Donatien Laurent, c’est le plus souvent pour l’associer au Barzaz-Breiz, dont on sait à quel point il en a renouvelé la lecture. Ou encore à la grande Troménie de Locronan, dont il semble bien avoir mis au jour le sens originel. 

Il ne faudrait toutefois pas oublier l’action primordiale qui fut la sienne dans le domaine de la musique instrumentale bretonne. En compagnie de Herri Leon et d’Alain Le Hégarat, et en qualité de penn-soner du bagad Bleimor, il a joué naguère un rôle déterminant dans l’adoption par les Bretons du Highland bagpipe : que serait aujourd’hui la musique bretonne sans l’instrument ?

Les sentiers sont défrichés, les chantiers restent ouverts.

  • Armel Morgant, auteur de la bibliographie de Donatien Laurent insérée dans les Mélanges qui lui ont été offerts en 2009 sous le titre "Bretagnes du cœur aux lèvres", publiés aux Presses universitaires de Rennes. Il a également contribué à l'ouvrage "Parcours d'un ethnologue en Bretagne", aux éditions Emgleo Breiz en 2012.
  • Photo ci-dessus : Premier collectage de Donatien Laurent, en kilt, à l'île de Skye, 1954 (DR).

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Maguy Kerisit : Evel eur vojenn / Comme une légende

Gwelet 'm-eus ar helou trist war ar blog langue bretonne, sed aze eur holl braz evid sevenadur Breizh, hag evid skol-veur Brest. 

Pa oan el lise e oa or helenner brezoneg eur helenner istor-geo da genta, ha desket on-oa istor Breiz evid ar wech kenta gantañ. Displeget e-noa deom labour Donatien diwar-benn Kervarker, dre ar munud ! Evel eur vojenn e oa evidom ! 

Eur ranngalon eo soñjal ne vo ket bet posubl renta enor dezañ gand obidou a-feson med siwaz, ar memez tra eo evid an oll re a ya da anaon er mare-mañ. Diwezatoh e vo greet, evel-just. Laouen on ive o soñjal el leoriad brao, "Parcours d'un ethnologue", 'oa bet bodet hag embannet gand Emgleo Breiz ! Tro 'm-oa bet neuze da vond beteg ti Donatien.

  • J’ai lu cette triste information sur le blog langue bretonne, voilà une perte immense pour la culture de Bretagne, et pour l’université de Brest.
  • Quand j’étais au lycée, notre professeur de breton était professeur d’histoire-géo au départ, il nous avait enseigné l’histoire de Bretagne pour la première fois. Il nous avait exposé en détail la recherche de Donatien concernant La Villemarqué ! Pour nous, il était comme une légende !
  • Qu’il n’ait pas été possible de l’honorer lors d’obsèques conformes aux usages représente un déchirement, il en est de même malheureusement pour tous ceux qui meurent en ce temps. Cela se fera ultérieurement, bien sûr. Je suis très heureuse de penser au beau recueil, "Parcours d’un ethnologue", qu’avait réuni et publié Emgleo Breiz ! J’avais alors eu l’occasion de me rendre au domicile de Donatien.
  • Maguy Kerisit a travaillé pour le compte des éditions An Here et Emgleo Breiz et au sein de diverses autres structures en rapport avec la langue bretonne. L'ouvrage "Parcours d'un ethnologue en Bretagne" est paru chez Emgleo Breiz. En couverture : Donatien Laurent en compagnie de Tanon (Maryvonne) Goadec, photo P.E. Raviart.

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Revue de presse

  • Christian Gouerou, Le dernier chant de Donatien Laurent, sur Ouest-France
  • Philippe Argouarch, Disparition de Donatien Laurent la nuit dernière, sur ABP
  • [S.n.], Donatien Laurent, spécialiste de la culture orale bretonne, est mort, sur Le Télégramme
  • Ronan Hirrien, Donatien Laurent, grand spécialiste de la littérature orale en breton, est décédé, sur France 3 Bretagne
  • Ronan Hirien, Donatien Laurent, unan eus ar re ouiziekañ war al lennegezh dre gomz e brezhoneg, zo aet da Anaon, war France 3 Bretagne

 

 

 

 

Donatien Laurent : la diversité de ses recherches, et plus encore

Laurent Donatien Chantal & Le Drian 2009-09-28-1

Le texte qui suit est de Chantal Simon-Guillou. Elle a bien connu Donatien Laurent puisqu'elle était son plus proche collaborateur, en tant que secrétaire administrative du CRBC, au moment où lui-même en fut le directeur, soit entre 1987 et 2000. Mais elle en avait fait la connaissance bien avant, puisqu'elle avait été recrutée au sein du laboratoire en 1972 et qu'elle y a fait toute sa carrière jusqu'à son départ à la retraite en 2010. 

Autant dire qu'entre Donatien et elle ce fut un long compagnonage, dont elle témoigne dans le texte qui suit qu'elle a rédigé à l'intention des membres du CRBC. Je la remercie sincèrement de m'avoir autorisé à le reproduire sur ce blog. Merci par ailleurs à Dany Guillou pour sa documentation.

Sur la photo ci-dessus, Chantal Simon-Guillou et Donatien Laurent en conversation avec Jean-Yves Le Drian, président du Conseil régional de Bretagne, lors de la visite de ce dernier au CRBC à l'occasion de ses 40 ans, le 28 septembre 2009, Jean-François Simon étant alors directeur (Photo : FB).

Le titre et les intertitres ont été rédigés et insérés par mes soins.

Les cent facettes de celui que nous appelions Donatien

Ces derniers jours, les échanges entre nous et avec ses proches, auxquels il faut ajouter le confinement, m’ont fait me remémorer des souvenirs de textes que Donatien m’avait fait lire. Il y en a un que je trouve beau, celui dans lequel il parle de lui, ou mieux il écrit sur lui ­— ce qui est très rare. Il s’agit de celui qui accompagne le recueil de portraits du photographe Didier Olivré, publié par les éditions Apogée en 1994 (p. 204-206). La photo de Donatien est très belle, de même que celle de Yann-Cheun Veillard, ancien conservateur du Musée de Bretagne à Rennes, qui vient également de décéder.

Collection rouleaux cires CRBC-1

Donatien, c’est surtout le Barzaz Breiz, bien sûr. Mais il est aussi le découvreur des carnets et des archives d’Anatole Le Braz, longue enquête avec son compère Yann-Ber Piriou et expédition à Alicante en plein mois de juillet dans les années 1990, et en voiture !

C'est aussi…

  • le fonds Wolf (les disques Mouez Breiz)
  • les enregistrements des concours de BAS,
  • les copies des émissions radio de son ami Daniel Jequel,
  • les archives d’Alan Stivell
  • ou les manuscrits de Tangi Malmanche. 

L'accueil de nouveaux enseignements à la Faculté Victor Segalen

Chercheur, puis directeur du CRBC, il a été très actif dans l’association "Buhez" créée par les conservateurs des musées bretons. Il l’est tout autant pour le lancement de la revue "ArMen". Il consacre beaucoup d’énergie à une collaboration avec les PUR (Presses universitaires de Rennes) qui le sollicitent souvent comme expert. 

Donatien, c’est encore la création de Kernault et la mise en place de l’EPCC (Établissement public de coopération culturelle) au manoir de Mellac, ses recherches sur la Troménie de Locronan et la promotion de cette manifestation : nous sommes nombreux, j’en suis certaine, à nous souvenir de ces troménies de nuit, quand il nous guidait sous la lune et parfois sous la pluie. Jean Lallouet a écrit dans le journal Ouest-France un très beau texte pour décrire cette expérience. Lire ce texte (non daté) : Lallouet_et_Donatien_Locronan_sous_la_lune_Ouest_France

Donatien s’est beaucoup impliqué pour le développement des nouvelles filières d’enseignement de l’UFR Lettres : l’ethnologie bien sûr, mais aussi la psychologie. Pascale Planche en a parlé et je confirme que ces périodes ont été, pour lui, très éprouvantes et l’ont occupé au détriment de ses recherches. 

Bretagne est conviction

Donatien, c’est enfin un musicien, un sonneur, un compositeur dont les créations sont reprises par de nombreux bagadou. Il a très souvent été membre du jury des concours de première catégorie à Lorient. Il était très fier qu’un morceau de sa composition ait été diffusé lors de  l’inauguration de la Faculté des lettres Victor Segalen : "Kerreg Beg anTreiz" avait été interprété ce jour-là par le groupe "Archétype". Les bagadou ont annoncé qu’ils lui rendraient hommage cet été lors du Festival interceltique de Lorient.

J’aurais sans doute dû commencer par ce dernier point. Si aujourd’hui nombre de messages rendent hommage au chercheur, il ne faut pas oublier l’homme investi dans la vie culturelle de la Bretagne ni celui qui savait partager ses convictions.

Voilà en quelques lignes ce que je voulais exprimer en ce moment. J’ai travaillé avec Donatien Laurent à son arrivée à Brest en 1972. Mais c’est dès 1969 qu’il avait contribué à la constitution d’un fonds documentaire avec Yves Le Gallo, des courriers manuscrits en témoignent dans les archives du centre. Il avait été très présent dans la construction du CRBC, alors qu’il terminait la rédaction de sa thèse d’Etat. Il en prendra la direction en 1987.

J’ai passé toutes ces années — et je crois que je peux y associer mes collègues du personnel sans qu’un seul me contredise — au côté d’un directeur ouvert, attentif à tous et préoccupé de notre avenir. 

Mersi bras, Donatien. 

Lundi, nous n’avons pas pu l’accompagner jusqu’à Lochrist, au Conquet, pour ses obsèques. Il y retrouvera les siens et il reposera près de Jean-François Le Gonidec de Kerdaniel, dont La Villemarqué avait été le disciple…

  • Chantal Simon-Guillou
  • 29 mars 2020

Pour en savoir plus :

  • Le CRBC a tenu à marquer sa reconnaissance à l'égard de son ancien directeur par l'intermédiaire d'une page dédiée à Donatien Laurent sur son site.

28 mars 2020

Donatien Laurent et le Barzaz Breiz de La Villemarqué

Laurent Donatien b (3 sur 3)

S’il est un mot qui, à mes yeux, définit bien la personnalité de Donatien Laurent, c’est la bienveillance. Il était toujours disponible pour un échange ou pour répondre à une sollicitation. Un peu désordonné du coup, toujours dans l’urgence. Mais il savait prendre plus que son temps, pour écouter et partager son savoir, son expérience et ses intuitions. Il était à la fois passionné et passionnant. Passionné par les multiples sujets qu’il embrassait et les découvertes qu’il ne cessait de faire. Passionnant, par l’entrain et jusqu’à l’exaltation avec laquelle il les exposait.

Un chercheur hors du commun

Donatien était Breton à plus d’un titre, et conscient de l’être. Ouvert aux innovations : sait-on bien qu’il a contribué de manière décisive à l’adoption de la grande cornemuse écossaise par les bagadou ? Pressentant les évolutions à venir de la société bas-bretonne, il aura été un chercheur atypique et  méthodique tout à la fois. Il a accumulé au fil des ans une connaissance d’une ampleur inégalée de la littérature orale de langue bretonne tout comme de la cosmologie celtique et de la troménie de Locronan, par exemple. 

Dans la lignée de ses prédécesseurs, il a été lui-même un grand collecteur. L’empathie qu’il savait manifester à l’égard de ses informateurs et sa connaissance du breton lui ont ouvert tant de portes à une époque où c’était encore possible. Faisant preuve de perspicacité, il a eu au bon moment l’idée toute simple qu’après tout il n’était peut-être pas impossible de retrouver les carnets de collecte de La Villemarqué, ce que personne avant lui n’avait pu entrevoir, et du coup, personne n'avait pensé qu'ils pouvaient avoir été bel et bien conservés quelque part au manoir familial de Keransquer, à Quimperlé. En même temps, il a toujours fait preuve de persévérance et de modestie : se rend-on bien compte qu’au bout de dix ans il n’avait minutieusement étudié dans la perspective de sa thèse "qu’un seul" (c'est lui qui l'écrit) des trois carnets de collecte de La Villemarqué ?

Donatien Laurent ne manquait pas de talent : non content d'avoir été "l'inventeur" des carnets de La Villemarqué et le premier à les analyser, il a trouvé le moyen de publier le premier volume de sa thèse, non sans difficulté et certes quinze ans après sa soutenance, à la date anniversaire des 150 ans de la parution de la toute première édition du Barzaz Breiz. Il est né finalement sous une bonne étoile. Il égrène lui-même les noms des sommités qui l’ont accompagné : le celtisant Édouard Bachellery, le linguiste André Martinet, l’ethnologue André Leroi-Gourhan (qui fut son directeur de thèse), l’historien Jacques le Goff, Jean-Michel Guilcher, Georges-Henri Rivière, Marie-Louise Tenèze, Yves Le Gallo…

Pour ma part, j’ai fait sa connaissance dès il est arrivé au Centre de recherche bretonne et celtique à Brest en 1970, si je me souviens bien, dans le sillage de Jean-Michel Guilcher et en compagnie de sa femme, Françoise, qui a elle-même travaillé quelque temps aussi à la bibliothèque du CRBC ces années-là. Nous avons plus que sympathisé. Son bureau jouxtait le mien quand le Centre de recherche bretonne et celtique s’est installé au 3e étage du nouveau bâtiment C de la Faculté des lettres de Brest, sur le plateau du Bouguen. Comme il m’avait demandé de contribuer à la relecture de sa thèse, j’avais pu en découvrir le texte dès avant sa soutenance, ce qui fut un bonheur.

Donatien LAURENT Barzaz Breiz-1

Présentation de la thèse

Le texte qui suit est le résumé que j’en ai fait dans le cadre des bibliographies que je publiais à cette époque dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère. Bien que succinct, je le republie ici à l’intention de ceux qui ne connaîtraient Donatien Laurent que de par sa notoriété.

Titre original de la thèse   

  • Laurent, Donatien. La Villemarqué, collecteur de chants populaires. Étude des sources du premier « Barzaz-Breiz » à partir des originaux de collecte (1833-1840). Brest, auteur, 1974, 4 vol., 739 p., ill., 29,7 cm [Bibliographie, p. 713-727 et index, p. 718-737], (dactylographié). 

L’édition

  • Laurent, Donatien. Aux sources du Barzaz Breiz. La mémoire d’un peuple. Douarnez, Armen, 1989, 339 p., ill. (Photo ci-dessus).

Le résumé, tel que publié en 1975

En soutenant cette thèse en vue du doctorat d’État devant l’Université René-Descartes, à la Sorbonne, l’auteur a voulu élucider une partie des questions toujours soulevées par le Barzaz-Breiz, dans la mesure où, trois quarts de siècle après la mort de son auteur, "l’accord n’est fait [parmi les critiques] ni sur la nature et l’ampleur des remaniements [qu’il a subis] ni sur les parts respectives de la collecte et d’une éventuelle création personnelle". Il y aborde "non pas le problème de La Vlllemarqué auteur du Barzaz-Breiz, mais bien celui de La Villemarqué collecteur" et verse au débat "les pièces jusqu’ici inconnues", à savoir les matériaux de collecte réunis par La Villemarqué entre 1833 et 1838. 

D. Laurent, dans une première partie, rappelle tout d’abord la succession historique des faits qui ont entraîné ce qu’on appelle communément la querelle du Barzaz-Breiz : les années de gloire de l’auteur et de son livre, la naissance de la querelle, la vieillesse de l’auteur, les développements de l’affaire après la mort de La Villemarqué. Il fait état de la découverte des carnets d’enquête du vicomte et établit que "La Villemarqué, s’il ne s’était guère soucié […] d’apprendre son Vaugelas breton, parlait fort bien le sous-dialecte cornoualllais en usage à Nizon". Il décrit ensuite le manuscrit et présente les problèmes de transcription qu’il a rencontrés. 

Les volumes 2 et 3 de la thèse sont consacrés à la transcription des chansons figurant sur le manuscrit, que D. Laurent accompagne de notices bibliographiques concernant chacune des pièces. Dans sa troisième partie, l’auteur procède à l’examen critique de la collecte… Il détermine la contribution réelle de la Dame de Nizon [Ursule Feydeau de Vaugien, 1776-1847, mère de Théodore Hersart de La Villemarqué] à l’élaboration du Barzaz-Breiz et décrit les premières collectes de La Villemarqué. Puis il s’intéresse aux "textes remarquables", ceux qui, au nombre de cinq, "par leur qualité d’inspiration et d’expression, comme par leur thème et leur composition, tranchent sur la masse, à tout dire assez banale, des autres textes recueillis à cette époque par La Villemarqué". Il s’agit de Merlin-Barde, le Faucon, les Chouans, le Vassal de Du Guesclin, le Clerc de Rohan, les trois premières pièces étant sans équivalent dans les autres collectes, les deux autres étant apparentées à des chants déjà connus. 

Ayant précisé que "le Barzaz-Breiz se présente comme la première, et la plus importante en qualité, des collections de chants populaires en langue bretonne publiées au cours du XIXe siècle", D. Laurent conclut que "l’analyse des graphies, celle de la langue utilisée, les erreurs manifestes, tantôt dues au chanteur interrogé, tantôt au scribe, la comparaison avec les versions parallèles déjà connues aussi bien qu’avec les textes publiés dans le Barzaz-Brelz ne font, en somme, que confirmer [que] tous les textes notés sur les pages [du] carnet sont le fruit de collectes authentiques réalisées par La Villemarqué lui-même". Ayant rendu possible désormais de "déterminer ce qui, dans le recueil, appartient au peuple et ce qui revient à l’éditeur", l’auteur présente la personnalité du collecteur que fut La Villemarqué, sans doute "prisonnier de conceptions qu’il doit à sa nature, à son milieu et à son temps", mais qui payait réellement de sa personne, ayant été "souvent plus habile dans la collecte des textes que dans leur restauration".

À suivre, liens et témoignages