Le blog "langue-bretonne.org"

08 juillet 2019

Le championnat contrasté des chorales de Bretagne

Bro goz ma zadou-1

Le championnat des chorales de première catégorie se déroulait dimanche 7 juillet à Landerneau, dans le cadre du festival Kann al loar [Le clair de lune]. Car les chorales de Bretagne, du moins celles qui mettent le chant d’expression bretonne à leur répertoire, ont leur championnat, comme les bagadou ont le leur et, c’est bien connu, à peu près toutes les disciplines sportives, du football au beach volley. On se gardera bien cependant de comparer une performance artistique à une compétition sportive, même si l’une et l’autre impliquent compétence, persévérance et talent. Et c’est pourquoi je me demande si une compétition sous la forme d'un "championnat" convient réellement pour des chorales.

D’autant que l’édition 2019 de la première catégorie n’a pas été un si grand cru. Pour une raison bien simple au départ : seuls trois chœurs, sur les sept attendus, se sont présentés, les autres ayant dû faire défection. Par ailleurs, le jury s’est abstenu de décerner la mention spéciale d’usage pour la qualité du texte : est-ce un signe ? Sur le programme, je n’ai repéré que trois chants bénéficiant du label "création", sur un total de quatorze présentés pour le concours. Je ne sais pas s’il y en avait davantage les années précdentes. 

Paotred Pagan-1   Premel Yann-Ber-1

Un chœur de de dix-neuf chanteurs bretonnants

Toujours est-il que ce sont les "Paotred pagan", le chœur d’hommes du pays pagan qui obtiennent le trophée 2019 de la création pour leur interprétation de "Ar vered e-tal ar mor" [Le cimetière maritime], un traditionnel irlandais transposé en breton par Yann-Ber Premel, lequel assure aussi la direction de cette chorale constituée de dix-neuf chanteurs bretonnants, et c’est la seule avec ce profil. Je suis tenté de dire que cela se ressent fortement sur l’interprétation. 

Le groupe est composé de quatre pupitres et accompagné de trois musiciens. Leur répertoire raconte la vie de la mer en un pays de pêcheurs, de goémoniers et de marins. Les "Paotred pagan" ont obtenu la note de 14,76 points sur 20 — admirez la notation à la décimale près — ce qui leur vaut d’être classés 3e.

Le commentaire de Yann-Ber Premel

  • Nous avons débuté avec René Abjean pour un CD de chants de marins à trois voix, ténors, barytons et basses. On a réuni des chanteurs du pays pagan et jusqu'à Brest qui apprécient de chanter en breton. On utilise des partitions au début, puis on essaye de s'en passer. On n'est pas une chorale comme Mouezh paotred Breizh, juste un cercle de chanteurs.

Guy Pouliquen-1  Aber al Liger-1 

Une chorale bretonne de Loire-Atlantique

C’est de l’autre extrémité de la Bretagne (historique) que vient la chorale "Aber al Liger" [L’estuaire de la Loire], dont le nom traduit bien l’origine. Elle a été créée à la suite de la venue à La Baule en 2015 du Chœur gaélique d’Écosse. Sous la direction de Guy Pouliquen, elle se produit lors de festivals comme celui "Anne de Bretagne" à Nantes ou en partenariat avec l’École municipale de musique d’Indre pour un concert réunissant soixante choristes et quarante musiciens. À Landerneau, la chorale a présenté "Imran e Keltia", un périple à travers les pays celtiques. Elle obtient la note de 14,93 points, ce qui lui permet de juste surclasser les Pagan et de figurer à la 2eplace du classement.

Le commentaire de Guy Pouliquen

  • Nous chantons en breton en Loire-Atlantique parce qu'il existe un répertoire et que Nantes fait partie de l'âme bretonne. Il y a un public qui a l'envie de l'écouter. Nous n'avons pas énormément de bretonnants. Mais l'écho est plutôt bon et les concerts que nous donnons avec l'école de musique sont des moments magnifiques.

 

Airault Jean-Marie -1  Mouezh paotrred Breizh-1

Un sixième premier prix pour "le" chœur d'hommes breton

Les résultats précédents ayant été divulgués et comme il ne restait pas d’autres concurrents, il n’y avait aucun suspense pour le premier prix : comme l’a indiqué la présidente du jury, "Mouezh paotred Breizh" [Le chœur d’hommes de Bretagne] a encoregagné ! C’est effectivement son sixième titre de champion de Bretagne des chorales depuis 2008. Il l’emporte avec une note de 16,53 points pour une prestation intitulée "Amprestiñ a ra Breizh da sonerezh ar re all" [La Bretagne emprunte à la musique des autres". 

Le projet est explicite, puisque les musiques des cinq morceaux interprétés à Landerneau, tous sur des paroles bretonnes, ont été composées rien moins que par Schubert, Beethoven, Sibélius, l’estonien Arvo Pärt ou le russe Dimitri Bornianski !

Les chanteurs tout comme les musiciens de MPB viennent de toute la Bretagne, ce qui est forcément contraignant pour les répétitions, et en même temps un gage de motivation. Le groupe que dirige Jean-Marie Airault depuis ving-six ans se targue à juste titre d’être "une référence de qualité du chant breton".

Depuis sa création, il a donné plus de quatre cents concerts, en Bretagne bien sûr et ailleurs en France, y compris la capîtale, et à l’étranger : États-Unis, Angleterre, Italie, Pologne, les autres pays celtiques… Il met à son programme des chants traditionnels sacrés et profanes, mais aussi quantité d’auteurs, poètes et traducteurs. Il est juste curieux que leur site internet, par ailleurs perfectible, soit référencé comme "chœur d’hommes de Bretagne" et apparemment pas sous l’appellation "Mouezh paotred Breizh".

Le commentaire de Jean-Marie Airault

  • Le breton se chante comme toutes les langues. Je ne suis jamais tout seul. Les trois-quarts du groupe le comprennent, une bonne motié le parle de temps en temps. Les gens aiment bien qu'on leur apporte des chants et des choses originales qu'ils ne connaissent pas, ça marche. Ailleurs, les gens réclament aiment ça. Beaucoup de Bretons aiment bien exporter leur culture, mais pas chanter en breton.

Thomin Yann-Ber-1    Reén Abjean web-1

Quelques autres diverses notes

L’annonce du jour : Jean-Pierre Thomin, président de "Kanomp Breizh" [Chantons la Bretagne], la fédération organisatrice de l’événement, a présenté le premier livret de "Eostad René Abjean" [Le collectage de René Abjean], un recueil des airs collectés ou composés par lui-même. L’ouvrage entièrement en breton est accompagné d’un livret de traductions. On peut se le procurer sur le site de Kanomp Breizh. 

L’homme du jour : René Abjean justement, pour cet ouvrage (photo d'archives Kanomp Breizh, lors de Breizh a gan 2014, Pontivy). À Landerneau, cette année, il était discrètement assis dans l’assistance. Mais si mes observations sont exactes, c’est lui qui a composé ou harmonisé la moitié des chants interprétés lors du championnat, soit sept sur quatorze. C’est dire sa prééminence dans l’histoire récente et actuelle du chant choral d’expression bretonne.

Le répertoire : très souvent des cantiques, il reste très marqué par ses origines religieuses. Mais à part deux poèmes récents de Jean-Pierre Boulic traduits par Job an Irien ou un texte de Mari Kermareg, on entend surtout des paroles d’auteurs disparus. L’écriture serait-elle en panne ? D’autant que lors du concert qui a suivi la compétition, a été une nouvelle fois interprétée "Tridal a ra va c’halon" [Mon cœur frémit], adaptation d’un hymne protestant gallois, rigoriste au possible. J’en ai entendu se demander comment on pouvait toujours chanter de telles horribles paroles au XXIe siècle. Je me dis que chaque chorale choisit son répertoire en connaissance de cause, mais… 

Public-1   Public-2

Le public : chaleureux. Quelque cent trente personnes dans l’assistance, sans compter les choristes. Très peu de jeunes. L’église Saint Thomas dans laquelle se déroule le championnat des chorales est l’îlot de tranquillité du festival "Kann al loar". Mais aussi le plus discret. Ce n’est assurément pas la plus forte affluence. Il ne fait pas la une des journaux, comme le Celtic Social Club ou la fête maritime. La preuve, ce lundi, Ouest-France comme Le Télégramme ne consacrait chacun que deux petites lignes symboliques aux chorales bretonnes. "It's a long way to…" pour qu’on voie l’une d’entre elles en pleine page, comme pour Astropolis, le Festival de Cornouaille ou Les Vieilles Charrues… Sur ce plan, on est même très loin du modèle gallois originel.

Yann Goasdoué-1

Le final : ce fut inévitablement le "Bro goz ma zadou" [L’authentique pays de mes ancêtres], interprété par les trois chorales et l’assistance à l’unisson. Photo au début de ce post.

Le doyen : au premier plan de ce final, on ne pouvait que remarquer la vivacité sonore de Yann Goasdoué à la bombarde. Il fut, il y a longtemps, le fondateur du groupe de fest-noz "Diaouled ar Menez" [Les diables de la montagne]. Il accompagne volontiers la "Mouezh paotred Breizh". S’il ne l’est déjà, il sera bientôt le doyen des "talabarderien" [sonneurs de bombarde], non ?

La suggestion : au lieu de fonctionner en parallèle, la fédération Kanomp Breizh et le festival Kann al loar ne pourraient-ils pas s'associer pour sortir les chorales de la confidentialité et de l'église où elles sont confinées ? Pourquoi pas un grand concert en ville et en soirée de ce qui se fait le mieux en matière de chant choral, dans une scénographie dynamique, pour renouveler le genre et attirer un plus large public ? Ce serait un beau projet et ça vaudrait le coup.

La revue en langue bretonne Brud Nevez consacrera dans son prochain numéro un dossier au chant choral au Pays de Galles et en Bretagne.


07 juillet 2019

Un stage en breton autonome et sans le moindre cours

Glamp Feunteun wenn

J'ai reçu le message suivant qui invite les bretonnants et bretonnantes, même débutants, à participer à un stage tout à fait original, très bon marché et en autonomie. Il ne sera dispensé aucun cours lors de cette rencontre qui durera toute une semaine à Plougastel-Daoulas. Par contre, diverses activités seront proposées aux stagiaires : travaux agricoles, cuisine, plage, discussions… Les participants sont invités à se respecter mutuellement.

Si vous pouvez lire le texte suivant, vous devriez pouvoir vous inscrire.  

Glamp ar Feunteun Wenn #3

Etre ar Meurzh 23 hag al Lun 29 a viz Gouere e vo ur c'hamp brezhonek emren e Plougastell-Daoulaz. C'hwennat, fardañ boued, pourmen, kaozeal ha mont d'an aod a vo graet asambles. Ne vo ket graet kentel ebet ! Digor eo d'an holl vrezhonegerien ha d'an holl vrezhonegerezed. Ar faskourien hag an archerien a chomo er gêr, avat.

Ur c’hamp brezhonek emren. Petra ‘vo graet ?

Bevañ e brezhoneg, ha n’eo ket kaout ur bern kentelioù. Labouret ‘vo er parkeier, kinniget ‘vo atalieroù a bep seurt, fardet ‘vo boued asambles, hag amzer a vo ivez da vont d’an aod pe da bourmen. Tabutal ha kaozeal a rimp ivez, evel-just. Gant ar stajidi eo ‘vo kinniget an atalieroù hag ar beilhadegoù. Lavarit deomp, enta, petra ‘fell deoc’h aozañ. Etre ar Meurzh 23 hag al Lun 29 a viz Suilhet ’vo graet. Gwelloc’h eo ma c’hellit chom a-hed ar c’hamp, pe tri dervezh d’an nebeutañ.

Ne fell ket deomp e vije ker ar sizhunvezh. Goulennet ‘vo gant pep hini reiñ 7 euro bennak evit kement devezh ‘vo bet chomet er c’hamp, evit paeañ ar boued.

Pelec’h e vo ?

War un tiegezh [un ti-feurm, m’ho peus c’hoant] e Plougastell-Daoulaz.Saout, deñved, yer ha legumaj a zo war an tiegezh, setu arabat deoc’h kas ho chas ganeoc’h. Un dachenn vras a vo evit kampiñ, setu kasit un deltenn ganeoc’h. Ma ne c’hellit ket kampiñ (evit abegoù yec’hed, da skouer), lavarit deomp. Un disoc’h bennak a vo kavet.

Petra 'zo da c'houzout a-raok dont ?

Digor eo ar c'hamp d'an holl. Dre se e klaskimp doujañ ouzh an holl, ha surtout ouzh an dud vinorelaet er gevredigezh-mañ : merc'hed, tud paour, heñvelreizhidi hag an holl LGBTI, tud estren pe tud a vev feulster abalamour da liv o c'hroc'hen... Ni fell deomp e vefe an dud-se en o aes er c'hamp-mañ.

E brezhoneg ‘vo graet tout. Anat deoc’h ne vo amprouenn yezh ebet da zervezh kentañ ar staj : deuit memes ma ne gomzit ket mat (c’hoazh), metdav deoc’h gouzout ne vo ket troet ger ebet deoc’h d’ar galleg…

Me fell din mont ! Penaos ‘ran evit lakaat va anv ?

N’ho peus ken nemet skrivañ ur mail da : brezhoneg [at] riseup.net (lakaat @ e-lec’h [at]), a-raok ar 15 a viz Suilhet. Displeget ‘vo deoc’h war-lerc’h pelec’h emañ an tiegezh resis, hag all. Skrivit d’ar mail-se ivez m’ho peus goulennoù da ober ouzhomp.

Piv omp ? Ur strolladig tud eus Plougastell ha tro-war-dro, hag eus pelloc’h ivez. Lod ac’hanomp a zo ezel eus kevredigezh « Re diwar ar maez ». Ur blog hon eus ! https://rediwararmaez.home.blog/

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02 juillet 2019

Les touristes qui viennent passer l’été en Bretagne seraient-ils des migrants ? Un site internet l'affirme.

NHU et les migrants

Au nom de la Bretagne on peut tout écrire, le meilleur comme le plus extravagant. Le site NHU nous annonce ainsi depuis lundi 1er juillet l’arrivée "imminente" de "un million de migrants aux portes de la Bretagne" qui vont nous "envahir". 

Vous ne connaissiez pas NHU ? Ce n’est pas très connu. Et vous ne savez sans doute pas ce que signifie le sigle. C’est du breton, qu’il faut savoir lire et écrire pour le décrypter. C’est l’abréviation de "Ni hon-unan", en français "Nous-mêmes". Un calque de l’irlandais "Sinn Féin", que divers groupes bretons ont fait leur à différents moments, dans les années 1990 par exemple, à l’occasion de quelques attentats. 

Le site NHU se veut engagé, mais non partisan. Il insiste sur le fait que la Bretagne est "aussi vaste que Taïwan" : comparaison aussi lointaine qu’inattendue. Comme Taïwan n’est assurément pas un pays celtique, ce doit être l’histoire de l’île qui fascine NHU.

Un article effarant

Le site se présente comme un "média internet participatif breton et citoyen". Il aborde effectivement une assez large variété de thématiques. Tout un chacun est invité à devenir rédacteur, sans pouvoir utiliser de pseudo. Là, le post sur "l’arrivée massive de migrants" dans la région est signé de "la rédaction". Ce qui voudrait dire (d’après sa charte) que l’auteur ne voulait pas s’afficher. Mais il a suffi de quelques réactions pour que celui qui se présente ailleurs sur internet comme "initiateur et co-animateur de NHU", Rémy Penneg, reprenne la plume pour commenter les commentaires.  

Ce qu’il y a d’effarant dans cet article, présenté comme étant une dépêche de correspondants fictifs, applique aux touristes qui s’apprêtent à venir passer leurs vacances en Bretagne la terminologie exacte que les populistes d’extrême droite utilisent un peu partout pour rejeter les migrants qui veulent rejoindre l’Europe par le sud. On joue sur l'emphase, on dramatise à souhait.

Petit florilège

  • "Des familles entières, mais aussi des groupes de jeunes, auraient l’intention d’entrer en Bretagne".
  • "Des regroupements familiaux sont également à craindre". 
  • "Pourquoi ces migrants choisissent-ils la Bretagne ? Pourquoi veulent-ils venir en Pays bigouden. Mais pas dans les Ardennes françaises ?" 
  • "Les migrants climatiques sont maintenant à nos portes !"
  • "Les migrants qui vont envahir la Bretagne bientôt n’en peuvent plus de (sur) vivre là où ils sont aujourd’hui installés".
  • Ils "vont entrer en Bretagne par nos frontières de l’est".
  • "Un flux migratoire important du nord par bateaux (sic)".
  • On assiste à un "afflux migratoire exceptionnel".
  • "Beaucoup seront hébergés dans des tentes […] Mais également dans des hôtels qui se préparent à cet afflux massif, et même chez l’habitant".
  • "Ces migrants saisonniers que d’aucuns appellent aussi touristes" sont par ailleurs désobligeamment comparés à "des oiseaux qui migrent pour trouver temporairement une meilleure nourriture".

Un mauvais gag ?

On croit rêver. Cette prose est présentée comme un billet d’humeur. On peut donc tout à fait le comprendre comme du ressentiment ou comme une manifestation de mauvaise humeur. L’auteur prétend avoir voulu "traiter de façon décalée" de la migration estivale des touristes vers la Bretagne et reconnaît certes que le sort des réfugiés est "bien plus délicat". 

Sachant que la Bretagne reçoit aussi des réfugiés, c’est travestir les conditions dans lesquelles ils arrivent en Europe et cautionner le langage qu’on emploie couramment à leur encontre. Pourquoi donc de telles comparaisons ? Pourquoi utiliser ce vocabulaire stigmatisant qui n’a rien de drôle ? Quel est le but ? S’agit-il de décrédibiliser les réfugiés comme le font les ministres italiens ? Ou de dénoncer le tourisme en Bretagne et d’ostraciser ceux qui veulent profiter de "tout ce dont nous, Bretonnes et Bretons, bénéficions en permanence" ? Les réfugiés n'aiment pas trop ce type de propos. Les touristes qui arrivent en Bretagne, eux non plus, ne vont pas apprécier d'être accueillis en ces termes. C'est du mépris.

Rémy Penneg a beau vanter l'hospitalité bretonne légendaire, son propos, au fond, n'est que de mettre en évidence la différenciation entre nous et eux. Nous, on est les Bretons au sang pur et au cœur généreux, sous-entendu, on n'est pas Français. Eux, ce sont les autres, qui ne sont donc pas Bretons, puisque ce sont des Français, des Belges, des Allemands, des Britanniques, etc. On veut bien qu'ils viennent séjourner en Bretagne temporairement, pourvu qu'ils ne restent pas trop longtemps, et à condition qu'ils veuillent bien payer leur écot en franchissant la frontière (pas tout à fait invisible) entre la Bretagne et la France, au péage de la Gravelle. C'est un discours d'exclusion que les responsables du tourisme à la région comme au niveau local, ni ceux qui en vivent, ne devraient pas goûter du tout. C'est une forme de xénophobie. Le post de NHU n'est pas un mauvais gag, c'est parfaitement désagréable.

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25 juin 2019

Jean-Pierre Marielle, un comédien breton, vraiment ?

Bretons 154 Marielle 311

Il n’est temps que je chronique le n° 159 du magazine "Bretons", avant que paraisse dans quelques jours le numéro de juillet. Car la couverture m’a beaucoup surpris, avec Jean-Pierre Marielle à la une, comme ayant "marqué le cinéma breton". L’article de Maiwenn Raynaudon-Kerzerho est encore plus catégorique puisqu’elle fait de l’acteur "un seigneur du cinéma breton", tout en concédant que, de par son origine, "il n’avait pas grand-chose de breton". 

Il est certes truculent en marquis de Pontcallec dans "Que la fête commence", transgressif en peintre libéré dans "Les Galettes de Pont-Aven", volontariste en maire de Molène dans "Les Seigneurs". Ces trois films ont effectivement été tournés en Bretagne. Il est exact que l’on voit Joy Starr entonner "Tri martolod" comme il le peut dans le dernier. Marielle lui-même avait dû sortir une réplique en breton dans "Que la fête commence", ce qui l’avait mis dans tous ses états (Ouest-France du 26 avril 2019).

Mais, franchement, ces films-là sont des films français à part entière, tournés par des réalisateurs français, avec des comédiens français, destinés à un public français, avec tous les codes de l’humour et de la grivoiserie à la française, et ceux du cinéma français. On peut trouver un intérêt à les visionner et "Les galettes de Pont-Aven", par exemple, a connu le succès au point de devenir le film cul-te que l’on sait. Il n’empêche qu’il a été le plus souvent considéré comme un navet par la critique. Et la Bretagne dans ces films-là n’est qu’un cadre, un décor, un prétexte. On pourrait sans aucun doute aussi disserter sur l’image des Bretons qu’ils véhiculent. Ce n’est pas une raison pour les censurer ou pour les boycotter, il est d’ailleurs un peu tard pour le faire.

Je ne sais pas comment a pu être perçu du côté de Douarnenez que le qualificatif de "cinéma breton" soit accolé au nom de Jean-Pierre Marielle. Lui-même, ça l’aurait probablement fait s’esclaffer. Je ne sais même pas quelle pourrait être la définition qui puisse faire consensus de ce que serait un "cinéma breton". Je ferai seulement remarquer que, pour le film "Que la fête commence" sorti en 1975, le nom de Bertrand Tavernier ne figure pas dans "Le panorama de l’audiovisuel en Bretagne" publié dix ans plus tard par André Colleu et Mathilde Valverde. Alors ?

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10 juin 2019

Une thèse à l’université de Sydney (Australie) sur le breton de Briec

Pierre Noyer & Deputy Cancellor-3

Vous ne saviez pas qu’il existe un département d’études celtiques à la "Faculty of Arts and Social Sciences" de l’université de Sydney, en Australie ? Moi non plus. Pierre Noyer me l’a appris il y a quelques jours par un mail rédigé en breton de surcroît et m’annonçant que son diplôme de doctorat allait lui être remis le 3 juin dans cette université, pour une thèse sur le breton parlé dans le canton de Briec (Finistère). C’est sans doute une première dans l’hémisphère sud. Ci-dessus, l’impétrant (à droite) au côté de Richard Freudenstein, Deputy Cancellor (chancelier) de l’université.

La thèse, rédigée en anglais, s’intitule effectivement "The Breton of the the canton of Briec". Elle traite en 316 pages de la phonologie, de la morphophonologie, de la morphologie, de la syntaxe et du lexique de ce breton de Cornouaille.

Elle a été préparée sous la direction du celtisant d’origine finlandaise Anders Ahlqvist. Les examinateurs, à distance, de Pierre Noyer ont été Jean Le Dû, professeur émérite de breton et celtique à l’UBO (Brest), et le Gallois Iwan Wmffre. 

Pierre Noyer a bien voulu me transmettre le texte suivant (et les photos) dans lequel il retrace son itinéraire familial et personnel et explique la genèse de sa thèse.

Pierre Noyer & Dr Pamela O'Neill-1

  • Mon grand-père était d’Edern, né à Coat Dregat en 1897, de langue maternelle bretonne. Il a émigré à Paris dans les années 1920. Sa fille, ma mère, connaissait pas mal de phrases en breton qui m’ont été transmises (87 mots et expressions lorsque j’en ai fait l’inventaire pour ma thèse). Cependant, l’élément linguistique le plus important que j’ai reçu est la musique de la langue bretonne des locuteurs de langue maternelle, que j’ai beaucoup entendu parler dans mon enfance. 
  • Après avoir enseigné l’anglais à Paris, où je suis né, et avoir travaillé comme technicien dans le domaine de l’impression et de la transformation du film plastique, je me suis installé en Australie en 1987. J’y ai passé un diplôme d’enseignement local et j’y ai enseigné le français et l’anglais langues étrangères ainsi que l’allemand et la géographie.
  • J’ai commencé l’étude poussée du breton de Briec avec ma famille briécoise et d’autres locuteurs du canton en 2003 et j’ai entrepris de décrire le dialecte de Briec en 2003 dans une thèse de master. Puis, ayant eu une mention ‘excellent’ pour ce travail, je me suis vu décerner une bourse qui m’a permis d’entreprendre une description beaucoup plus détaillée du dialecte dans le cadre d’un doctorat. 
  • Mon très regretté directeur de thèse, terrassé par un infarctus en septembre dernier, était le professeur Anders Ahlqvist, spécialiste du celtique et gaélophone, bien que finlandais de langue minoritaire suédoise. Il m’a accompagné jusqu’à la fin du travail et que me soit décerné mon diplôme, même s’il est décédé avant la cérémonie officielle de remise. Son assistante est la docteure Pamela O’Neill qui m’a beaucoup conseillé dans le travail de mise en forme du document final. Elle a participé à la cérémonie et c’est elle que vous pouvez voir sur une des photos que je vous envoie (ci-dessus).
  • Cette thèse est le résultat d’un travail collaboratif auquel ont participé des intervenants de plusieurs pays et régions d’Europe et d’Australie et n’a pu voir le jour que grâce aux contributions de nombreux Briécois, dont André et Malou Cornec, ainsi que leur fille Aziliz qui a numérisé un dictionnaire manuscrit composé par un prêtre missionnaire de Briec, le père Jean-Louis le Scao, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce dictionnaire a joué un rôle très important dans ma recherche et sera amené à jouer dans le futur une contribution décisive dans la renaissance du cornouaillais.
  • Les examinateurs de ma thèse, Iwan Wmffre, auteur de nombreux travaux sur le breton, de mère centre-bretonne et de père gallois, et Jean Le Dû, auteur en particulier du Nouvel atlas linguistique de la Basse-Bretagne ont, par leurs commentaires joué un rôle crucial pour la qualité du produit final.

Pierre Noyer & e vugale-1

  • Je parle breton à mes enfants (photo ci-dessus, Pierre Noyer en gilet glazig sous la toge universitaire). Auguste, le cadet (9 ans), comprend parfaitement le breton de Briec et aussi le breton plus littéraire à travers des vidéos et livres pour enfants. Il y puise d’ailleurs parfois un vocabulaire que je ne connais pas moi-même. Il reste timide à parler breton, mais sa langue se délie assez lorsqu’il est en présence de locuteurs de ma famille. 
  • Mon fils aîné Sébastien et moi produisons depuis un an, avec la participation d’Auguste, des vidéos d’enseignement du breton que nous sommes assez proches de mettre en ligne. Sébastien s’occupe du montage et des aspects techniques, tandis qu’Auguste joue dans les sketches, ce qui demande qu’il s’y exprime en breton. Ni l’un ni l’autre ne seront donc ‘vendus’.
  • En dehors de ces vidéos, mon prochain projet est de traduire ma thèse en français afin qu’elle soit accessible aux francophones.

Pierre Noyer

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09 juin 2019

Quand la Randorade "by Diwan" s’éloigne de la rade…

Randorade-4

Elle vient s’étirer le long de la côte et dans la campagne de Plouarzel et de Lampaul-Plouarzel. Elle a démarré sous un ciel couvert dans la matinée, près de la plage de Pors Tévigné avant de s’éparpiller sous le soleil de l’après-midi, vers l’ouest en direction de la pointe de Corsen jusqu’à Ploumoguer ou vers l’Aber-Ildut à l’est. Les marcheurs pouvaient opter pour un trajet court de 4 km ou pour presqu’un marathon de 35 km, et d’autres parcours intermédiaires.

Randorade-1   Randorade-2

Les organisateurs s’attendaient à voir déferler quelque 4 000 randonneurs. Mais si le point de départ qui était aussi le point d’arrivée était un passage obligé et de ce fait un endroit bien fréquenté, tout comme les haltes disposées en différents endroits, on n’avait pas l’impression de randonner dans la foule. On pouvait prendre son temps et profiter du paysage. Des animations figuraient au programme : visite de chapelles et du phare de Trezien, concerts, etc.

Au fait, qui sont les gentils organisateurs de cette Randorade ? Eh bien ce sont, comme plusieurs autres randonnées du même type telles que le Tro Menez Are (dans les monts d’Arrée, comme son nom l’indique), des associations liées aux écoles Diwan. Sur Facebook, Julien Millet explique ainsi que les 200 bénévoles qui s’assurent du bon déroulement de la Randorade sont les parents d’élèves des deux écoles Diwan de Brest, à savoir celle de Kerangoff et celle du Guelmeur. Les randonneurs quant à eux payent une inscription à hauteur de 6 à 9 euros, selon l'âge, et règlent leur repas et autres prestations. Ils y gagnent à randonner sur des chemins et sentiers plus ou moins bien balisés et à faire parfois de belles découvertes.  

Randorade-6  Randorade-3

Les recettes, explique Julien Millet, servent au financement des postes parascolaires de Diwan (non pris en charge par l’Éducation nationale) : ATSEM, cantine, garderie, d’autant que depuis cette année, ajoute-t-il, "l’école est totalement gratuite, il n’y a plus de frais d’inscription et les repas à la cantine sont également gratuits pour les plus faibles revenus".

Cela fait plus d’un quart de siècle qu’est organisée la Randorade puisqu’elle en est à sa 27e édition. Je ne suis pas certain que tous les randonneurs de la rade ont bien conscience qu’ils randonnent pour Diwan : si ce n'est l'énorme arc de triomphe gonfglable du jouran Le Télégramme (partenaire de l'événement) sur la ligne de départ, pas de pub pour les écoles, ni grands panneaux en breton ni oriflammes voyants, nulle part à l'accueil ni sur le trajet (pour ce que j'en ai vu). Mais Diwan, dans cette affaire, a eu une belle intuition et la Randorade est quasiment devenue une institution, d’autant qu’elle étend désormais son territoire bien loin de la rade à (presque) tout le pays de Brest.

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