Le blog "langue-bretonne.org"

16 octobre 2018

Nouveau sondage "langue bretonne" : stabilité apparente des locuteurs déclarés, diminution des locuteurs effectifs

Une nouvelle enquête par sondage a été menée au début de l'été 2018 sur la pratique sociale du breton et du gallo et les représentations liées aux langues de Bretagne. Elle se situe dans le prolongement de nombreuses autres menées depuis une trentaine d'années, notamment :

  • Les sondages que j'ai pu mettre en œuvre successivement en 1990 et 1997 (en Basse-Bretagne) et en 2007 (en Bretagne historique) sur la langue bretonne, avec le concours de l'institut TMO Régions
  • D'autres sondages menés entre-temps par une collectivité départementale, en l'occurrence le Conseil départemental du Finistère en 2014, ou à la fois sur le breton et le gallo, à l'initiative d'une structure telle que BCD (Bretagne Culture Diversité), en 2014 également
  • Sans oublier l'enquête "familles" de l'INSEE à l'occasion du recensement de 1999
  • Ni l'enquête d’initiative locale sur la pratique du breton à Carhaix, dans le cadre du recensement de la population de la ville, dans lequel pour la première fois avaient été intégrées des questions spécifiques à ce sujet avec le concours de l'OPLB (Office public de la langue bretonne).
  • Enfin, de multiples enquêtes de terrain (le plus souvent dans un cadre universitaire) et d'études spécifiques (notamment de la part de l'Office public de la langue bretonne) ont contribué à une meilleure connaissance concrète des usages de langues en Bretagne.

Sondage point presse-2

Une initiative du Conseil régional de Bretagne

Les principaux résultats du nouveau sondage ont fait l'objet d'une présentation à la presse le 4 octobre dernier à Rennes, en présence de M. Loïg Chesnais-Girard, président du Conseil régional de Bretagne (photo DR). Les différents médias en ont abondamment traité.

La spécificité du nouveau sondage est qu'il s'agit de la première enquête d'une telle ampleur et aussi diversifiée concernant à la fois la langue bretonne et le gallo sur l'ensemble des cinq départements de la Bretagne historique. C'est le Conseil régional de Bretagne qui en a pris l'initiative et c'est à l'institut TMO Régions, basé à Rennes, qu'a été attribué le marché dans le cadre d'une procédure adaptée. La collectivité régionale a pu affecter à ce projet d'enquête des moyens bien plus conséquents que ceux qu'il avait été possible de réunir lors des sondages précédents. 

L'enquête réalisée par TMO Régions porte en effet sur un panel de plus de 8 162 personnes interrogées auxquelles ont été posées jusqu'à plus de soixante questions pour ce qui est de son versant "locuteurs". L'objectif était également de recueillir des données exploitables pour chacun des pays de la région Bretagne et de Loire-Atlantique et d'établir ainsi pour la première fois une cartographie circonstanciée des usages de langues tant en Basse-Bretagne qu'en Haute-Bretagne. Les cartes obtenues sont particulièrement significatives à cet égard.

Un comité technique et un comité de pilotage avaient été constitués par la collectivité territoriale pour en assurer le suivi : ils se sont réunis à plusieurs reprises à Rennes depuis le mois de juin. Le Conseil régional m'a sollicité pour être le président du comité technique, dans lequel avaient été invités à siéger 24 universitaires et personnalités compétentes (titulaires et suppléants). 

Une mise à jour essentielle

Au regard de la sociolinguistique, cette enquête constitue une mise à jour essentielle pour appréhender sous de multiples angles les usages que font les Bretonnes et les Bretons en 2018 de leurs langues propres ainsi que les représentations qui leur sont liées. 

Le rapport d'enquête a été préparé par Pascale Wakeford, associée de TMO Régions, et moi-même, en tant que président du Comité technique. Il a été soumis à ce dernier, ainsi qu'au Comité de pilotage.

Vous pouvez visionner le diaporama qui restitue les principaux résultats de cette enquête 2018.

Focus sur le breton : un résultat inattendu, mais en trompe-l'œil

L'exposition à la langue bretonne est très nette en Basse-Bretagne, bien que moindre dans le sud-est de la zone bretonnante, et elle est plus forte en Haute-Bretagne que celle du gallo en Basse-Bretagne. Si 20 % des personnes interrogées entendent parler breton autour d’elles au moins une fois par mois, c'est que ce taux est forcément corrélé au nombre des locuteurs. Les taux sont particulièrement élevés dans tout l'ouest breton, frôlant les 50 % dans le Trégor, dépassant les 40 % dans les autres pays (excepté celui de Brest). Ils sont nettement moins élevés en Bretagne sud.

1

En Basse-Bretagne, 20 % de la population déclare comprendre le breton, et 2 % en Haute-Bretagne, en très légère baisse dans les deux cas par rapport à 2007. En moyenne régionale, le taux de connaissance passive est de 9 % sur l'ensemble des cinq départements.

Pour ce qui est de la pratique de la langue, on pouvait s'attendre à une nouvelle régression conséquente du taux de locuteurs comme du nombre de bretonnants, sur la base des projections démographiques effectuées en 2007. Il n'en est rien, et le résultat affiché en 2018 est tout à fait inattendu de ce point de vue. Sur les cinq départements, le pourcentage des locuteurs paraît stable à 5,5 %. Le nombre des locuteurs augmente très légèrement de 2 %, soit 207 000 personnes, sur l'ensemble de la Bretagne. 

Comment expliquer ce résultat ? Il pourrait tenir à une visibilité plus forte que précédemment de la langue bretonne dans le paysage linguistique de la Bretagne, qui aurait pu conduire plus de personnes interrogées à répondre qu'elles la parlent très bien ou assez bien. En même temps, ce faible taux d'augmentation peut tenir tout aussi bien à la marge d'erreur.

C'est surtout en Basse-Bretagne qu'il faut bien évidemment observer l'évolution intervenue entre 2007 et 2018, puisque c'est là que se concentrent près de 90 % de la population locutrice et qu'elle est historiquement la zone traditionnelle de pratique du breton. De fait, le taux de locuteurs baisse d'un demi-point dans cette zone – ce qui est minime - à 12,5 %, correspondant à une population estimée de 176 000 bretonnants (au lieu de 172 000 en 2007) sur la zone concernée. En Haute-Bretagne le taux de locuteurs est stable, à 1 %, soit 23 500 personnes. 

Le breton reste donc une langue fortement territorialisée, puisqu'il se pratique toujours beaucoup plus en Basse-Bretagne qu'en Haute-Bretagne. La représentation cartographique des taux de locuteurs par pays le montre nettement. Ils sont élevés dans un Trégor élargi au pays de Morlaix et au Centre-Ouest-Bretagne. Ils sont relativement faibles en pays vannetais, et singulièrement dans le pays de Vannes. En Haute-Bretagne, ils varient de 0 % (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aurait pas de locuteurs dans les pays concernés, mais qu'il y en a très peu) à 2 %, à l'exception du pays de Saint-Brieuc, où le taux s'élève à 3 %.

6

Cette stabilité apparente du taux et du nombre de locuteurs est cependant quelque peu en trompe-l'œil. Car pour ce qui est des usages concrets, le taux des locuteurs déclarés qui ne parlent jamais le breton a doublé depuis 2007, se situant désormais à hauteur de 21 % (soit 37 000 personnes), soit un locuteur sur cinq. 

3

Le taux des locuteurs effectifs (c'est-à-dire de ceux qui s'expriment en breton au moins une fois par semaine) diminue en réalité de 8,5 % (à périmètre constant), soit un nombre estimé de 140 000 personnes utilisant effectivement le breton (au lieu de 153 000 en 2007, à périmètre constant). La diminution n'est pas aussi importante que celle envisagée il y a dix ans. Mais elle est réelle, et ce résultat est bien en phase avec la perception qu'en ont la plupart des observateurs sur le terrain.

4 locuteurs déclarés effectifs

Moins de 40 000 locuteurs parmi les 15-59 ans

Deux autres paramètres doivent être pris en compte à cet égard : l'âge et la profession des locuteurs. En Basse-Bretagne, le poids démographique des plus de 60 ans et celui des retraités se sont ànouveau renforcés par rapport aux enquêtes précédentes. Et ils sont plus imposants pour le breton que pour le gallo. 

Pour le breton, le poids des 60 ans et plus a sensiblement augmenté entre 2007 et 2018 : alors qu'il était déjà de 70 % il y a dix ans, il est aujourd'hui de 79 % des locuteurs déclarés. Comme dans toutes les enquêtes précédentes, l'âge reste le principal caractère discriminant en matière de pratique du breton.

En d'autres termes, quatre bretonnants sur cinq se situent désormais dans les tranches d'âge les plus âgées, et il y en a que 21 % parmi les 15-59 ans. Ce qui veut dire qu'on n'en compte plus que 37 000 en tout et pour tout parmi eux, quand il y en a près de quatre fois plus parmi les 60 ans et plus, soit 140 000 environ. Les 70 ans et plus représentent à eux seuls plus de la moitié des locuteurs. La pyramide des âges de la population bretonnante est plus que jamais inversée par rapport à celle de population générale et le graphique de la répartition des locuteurs selon les tranches d'âge est tout à fait explicite sur ce point. L'âge moyen des bretonnants est désormais de 70 ans.

5 breton tranches d'âges

On ne sera pas surpris, dès lors de découvrir un résultat analogue en ce qui concerne la répartition par CSP, c'est-à-dire par catégories socioprofessionnelles. La catégorie la plus fortement représentée est celle des retraités, dont le pourcentage passe de 60 % en 2007 à 72 % en 2008, soit désormais près des trois quarts de la population locutrice. Si l'on retranche ces retraités ainsi que 8 % d'autres personnes sans activité professionnelle du total, on observe que les actifs (toutes catégories confondues) ne représentent que 20 % des locuteurs, soit à nouveau 40 000 locuteurs déclarés environ.

Les taux varient de 1 % (pour les artisans, commerçants, chefs d'entreprise) ou 2 % (pour les agriculteurs exploitants) à 4 % (pour les ouvriers) et 5 % (pour les professions intermédiaires comme pour les employés).

Notons enfin que le Finistère est le département le plus bretonnant de Bretagne et de France, puisqu'à lui seul il comptabilise 51 % des locuteurs, soit 88 000 personnes environ.

À suivre, prochainement : nouveau sondage "gallo" : un déficit de notoriété, des pratiques fondées sur l'oralité


12 octobre 2018

Le ~ qui n'en finit pas de faire du reuz. N'y aurait-il pas un couac ?

petit Fañch-3

Il a suffi que les services de l'état civil de Quimper refusent, en mai 2017, d'enregistrer "le petit Fañch" avec un ~ sur le "n" pour faire le buzz, en bretonnisme on devrait dire "faire du reuz". Il n'y est pour rien, le pauvre petit. Mais dès sa naissance il a été la star de la semaine, et il l'est toujours, périodiquement. L'empathie et l'intervention d'une élue municipale n'y ont rien fait. Quelques mois plus tard, le tribunal de grande instance de Quimper invalidait son jeu d'écriture. Et c'est ainsi que l'affaire est venue devant la Cour d'appel de Rennes.

Car ses parents y tiennent, à ce ~ sur le "n" du prénom de leur fils. Ils aimeraient bien pouvoir l'écrire comme il le faudrait, selon les usages orthographiques du breton. Leur avocat, Me Kerloc'h, a plaidé pour le droit des parents au regard de la loi de choisir librement le prénom de leur enfant et mis en garde contre une possible discrimination. Il a fait valoir en outre que cette affaire est vécue ici comme "une humiliation". 

L'avocat général, s'appuyant à la lettre (c'est le cas de le dire) sur la circulaire du 23 juillet 2014relative à l'état civil, a tout simplement fait observer pour sa part que le "ñ" n'existe pas dans la langue française. Plus exactement, c'est le ~ qui ne figure pas parmi les signes diacritiques du français.

Le jugement de la Cour d'appel de Rennes a été mis en délibéré au 19 novembre. Il lui faudra arbitrer entre un droit à la différence revendiqué et la stricte observation du droit tel qu'il est actuellement établi. Quel qu'il soit, le délibéré pourrait faire jurisprudence. Mais le dossier ne sera pas forcément clos. Car depuis le début les parents du petit Fañch Bernard ont fait part de leur volonté de ne pas céder. Le ministère public ne voudra probablement pas le faire non plus. Ne préjugeons pas du jugement de la Cour d'appel : une sentence d'apaisement est-elle envisageable ? Mais s'il n'y a pas de compromis possible, le contentieux ne s'arrêtera pas là. Sauf à modifier la circulaire du 23 juillet 2014, ce que le ministère de la Justice a exclu. Qui pourrait alors se saisir du dossier, si ce n'est la représentation nationale ? À suivre.

État civil : une convention internationale que la France aurait signée, mais non ratifiée

Dans la circulaire du 23 juillet 2014, il est indiqué en toutes lettres que la France a signé la convention n° 14 de la Commission internationale de l'état civil (CIEC), mais qu'elle ne l'a pas ratifiée. Ce serait donc comme pour la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires : elle l'a signée, mais elle ne l'a jamais ratifiée. 

Mais a-t-elle vraiment signé la convention n° 14 sur l'état civil ? Sur ce point précis, je repère des éléments troublants. Car la signature de la France n'apparaît pas sur le document faisant état de l'adoption de la convention à Berne le 13 septembre 1973 par six États, dont l'Allemagne, la Belgique, l'Autriche et la République turque. L'aurait-elle signée depuis ? La circulaire susmentionnée l'assure, mais il semble bien que ce ne soit pas exact. 

Il suffit de se reporter au site de la CIEC : sur les 34 conventions internationales adoptées sous l'égide de cette Commission, la France en a signé un grand nombre, mais elle n'a pas encore ratifié toutes celles qu'elle a signées. Il reste en outre un certain nombre d'autres qu'elle n'a pas signées, et c'est clairement le cas de la n° 14, sur laquelle s'appuie pour une part la fameuse circulaire du 23 juillet 2014.

Ce n'est que de la frilosité de sa part, car elle ne risquait sans doute pas grand-chose à le faire, même au regard de ses principes intangibles. Que dit l'article 1 de cette convention n° 14 ?

  • Il définit en premier lieu quel est son objet et précise qu'elle "s'applique à l'indication des noms et prénoms dans les registres de l'état civil, de toute personne, quelle que soit sa nationalité."
  • Il stipule en outre que ladite convention "ne porte pas atteinte à l'application des règles de droit en vigueur dans les États contractants concernant la détermination des noms et prénoms". Autrement dit, les règles propres de l'État contractant prévalent.

Le rapport explicatif joint à la convention précise en outre son champ d'application :

  •  "Celle-ci, est-il spécifié, s'applique à l'indication des noms et prénoms dans les registres de l'état civil, non seulement des ressortissants des États contractants, mais de toute personne, quelle que soit sa nationalité, qui fait l'objet, dans l'un de ces États, d'un acte de l'état civil". 

La convention ne dit donc rien sur les signes diacritiques ? Si, en son article 2, ainsi que dans le rapport explicatif. C'est assez long et subtil.

  • Il définit en effet que "les noms et prénoms sont reproduits littéralement, sans modification ni traduction" et que "les signes diacritiques que comportent ces noms et prénoms sont reproduits également, même si ces signes n'existent pas dans la langue en laquelle l'acte doit être dressé".

Je comprends que ces stipulations ne peuvent concerner que des personnes en provenance d'un pays étranger et parlant la langue d'un autre pays, et c'est peut-être ce qui inquiétait la France malgré tout. De toute façon, comme elle n'a ni signé ni a fortiori ratifié la convention n° 14, cette dernière ne peut pas s'appliquer sur le territoire national. 

Le couac ne serait-il pas là ?

Il faudrait dès lors se poser une question : puisque la France n'a même pas signé la convention internationale n° 14 sur l'état civil et puisque la circulaire du 23 juillet 2014 prétend qu'elle l'aurait signée alors que ce n'est apparemment pas le cas, la question de sa validité ne pourrait-elle pas se poser en droit ? Aux juristes d'apprécier si elle peut ou non donner lieu à contestation sur ce point.

Pour en savoir plus

Le texte de la convention n° 14 de la Commission internationale de l'état civil (CIEC) peut être consulté sur les deux sites suivants :

Voir sur ce blog d'autres posts sur le même sujet :

11 octobre 2018

Ce week-end : la recherche bretonne et celtique au village des sciences

Littératures_périphériques-27b

Belle initiative : le CRBC, autrement dit le Centre de recherche bretonne et celtique, va à la rencontre du public. Il va s'installer pour deux jours au Quartz, à Brest, à l'occasion de la Fête de la science 2018. Ce sera le week-end prochain, les samedi 13 et dimanche 14 octobre, dans le cadre du village des sciences, et plus précisément sur le stand de l'Institut brestois des Sciences de l'homme et de la société (IBSHS). 

Le CRBC proposera notamment :

  • un coin lecture pour les adultes et les enfants
  • une présentation de la bibliothèque numérique du CRBC et une présentation de différentes bases de données
  • une exposition d’ouvrages et d’archives concernant l'année 1978 en Bretagne
  • la présence de doctorants et de chercheurs du laboratoire, au sein du stand de l'IBSHS, qui présenteront leurs recherches ou échangeront avec les visiteurs à propos d'idées reçues concernant leurs domaines de recherche.

La présence du CRBC à cette manifestation a demandé, nous dit-on, beaucoup d’énergie et d'imagination à toute l’équipe du CRBC. Ce sera pour chacun l'opportunité d'échanger en direct avec les membres du laboratoire présents sur le stand.

Sur la photo, Mannaig Thomas et Nelly, Blanchard, chercheures en langue et littérature bretonnes. L'histoire, l'ethnologie et d'autres disciplines encore seront également représentées.

Posté par Fanch Broudic à 11:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

Le blog langue-bretonne.org dans la revue de presse de l'agence ABP

ABP Bretagne médias

Le blog que vous lisez régulièrement ou que vous découvrez peut-être est référencé depuis ce matin dans la revue de presse quotidienne que diffuse l'ABP, Agence Bretagne Presse et que l'on peut recevoir tous les matins sous forme de newsletter dans sa boîte aux lettres électronique.

Sur ce blog, il est surtout question de langue bretonne. Et d'autres sujets, en fonction de l'actualité et de mes centres d'intérêt. Il comptabilise près de 495 000 visiteurs depuis sa création. 

Ce qui est réconfortant, c'est que ces visiteurs ne viennent pas seulement consulter les nouveaux messages que je poste (auxquels il est d'ailleurs possible de s'abonner par flux RSS), mais aussi beaucoup de ceux que j'ai mis en ligne au fil du temps, signe qu'on peut y trouver des informations étayées et documentées sur la langue bretonne, son usage et son expression. 

Un moteur de recherche interne vous permet de trouver aisément les articles qui vous intéressent.

Bienvenue aux nouveaux visiteurs. Digemer mad !

Posté par Fanch Broudic à 11:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

10 octobre 2018

La Bigoudène aux seins nus brandissant le gwenn-ha-roz

Campagne cancer du sein 2018-1     Campagne 2016 brezoneg

La campagne de la Ligue en faveur du dépistage du cancer du sein bat son plein en ce moment. La motivation est d'autant plus forte que ce dernier reste au premier rang des décès par cancer chez la femme en France. Or, la participation au dépistage organisé est en baisseIl a donc été décidé de faire de ce mois d'octobre un "Octobre rose", pour inciter toutes les femmes à exercer leur droit au dépistage et à passer le message via le #JaimeMesSeins

Les comités du Finistère et de l'Ille-et-Vilaine de la Ligue n’ont pas trouvé mieux que d’engager leur campagne d’information à l’aide d’un visuel étonnant et détonnant, puisqu’il s’agit du détournement du célèbre tableau de Delacroix, "La liberté guidant le peuple", datant de 1830 et souvent mis en avant comme symbole de la République et de la démocratie.

C'est le dessinateur rennais Thierry Coquelet qui en a eu l'idée. Il avait déjà illustré l'affiche de ces comités, en 2016 par exemple, par d'incontournables Bigoudènes émancipées, en coiffe comme il se doit, dont l'une n'hésitait pas exposer ses seins. Les Bigoudènes, comme c'est presque toujours le cas, sont supposées être représentatives de toutes les Bretonnes, le slogan mis en avant venant renforcer cette représentation : "Les Bretonnes sont têtues".

Il faut croire qu'il n'a pas eu suffisamment d'effet, à moins que ce soit l'inverse, puisque le même texte est toujours présent cette année, mais en sous-titre en quelque sorte et en petits caractères sous l'appellation "Octobre rose", à la une. Et l'on retrouve donc la Bigoudène aux seins nus sur l'affiche. Que fait-elle cette fois-ci ? À l'image de la femme poitrine nue symbolisant la liberté sur le tableau de Delacroix et brandissant le drapeau tricolore au-dessus de la foule, la Bigoudène brandit tout aussi fièrement un drapeau.

Mais elle est toute seule sur l'affiche de la Ligue et c'est un immense drapeau breton qu'elle brandit et qui remplit tout le cadre : ce qui transforme la message graphique par rapport à la création de Delacroix. Un drapeau colorisé par ailleurs et qui n'est donc plus le gwenn-ha-du habituel (blanc et noir, ses couleurs traditionnelles), mais un gwenn-ha-roz (blanc et rose), pour être en phase avec le mot d'ordre du moment : "Octobre rose".

Par contre, pas un mot de breton cette année sur l'affiche : on m'a expliqué au siège de la Ligue à Brest que c'est "une erreur", un oubli en quelque sorte, qui devrait être réparé lors des prochaines éditions. Mais il y en a sur le flyer qui sera diffusé dans les jours à venir par la nouvelle permanence de la Ligue qui doit ouvrir prochainement à Carhaix. C'est, m'a-t-on expliqué, pour avoir "plus d'impact" dans le centre Bretagne, là où "tout le monde parle breton". Admettons. Même si des informations sont fournies aussi en langue bretonne, la présence du breton sur le flyer paraît toutefois plus symbolique qu'informative.

Pour lire le flyer, cliquer sur le lien : Ligue_contre_le_cancer_Carhaix_flyer_bilingue 

27 septembre 2018

Conférence à Ergué-Gabéric : Jean-Marie Déguignet et la langue bretonne

Déguignet Histoire b-1

Qui ne connaît pas aujourd'hui le nom de Jean-Marie Déguignet (1834-1905) ? On le doit au succès extraordinaire de ses "Mémoires d'un paysan Bas-Breton" au tournant des années 2000. Il est bien vrai qu'on ne dispose guère de témoignages équivalents sur le vécu d'un "paysan de neuvième classe", comme il se définissait lui-même, qui a également été un soldat des armées du Second Empire, y compris en Algérie et au Mexique. L’itinéraire et les convictions de Déguignet font de lui un Breton atypique de son époque au sein des couches populaires : il n’a jamais cessé de pourfendre les conservateurs, le clergé, les autorités.

Jean-Marie Déguignet ne connaissait que le breton à sa naissance. Il a la particularité, au milieu du XIXe siècle, d’avoir appris seul à lire et à écrire le français, en parfait autodidacte, mais aussi l’italien et l’espagnol. Il est stupéfait de découvrir que tout le monde ne parle pas le français de la même manière. 

Dans l'intégrale de ses mémoires, publiée sous le titre "Histoire de ma vie", il décrit comment il a été confronté à la variation et à la pluralité linguistique. Cet ouvrage de 900 pages comporte aussi quantité d'informations sur la langue bretonne, par exemple sur la manière dont se déroulaient les mariages. Il fournit spontanément des indications sur les usages de langues en Basse-Bretagne à son époque. Déguignet a des opinions tranchées concernant le breton puisqu’il la considère comme une vieille langue qui se meurt.

Ces représentations étonnent aujourd’hui. Mais il convient de les confronter à celles de ses contemporains, ainsi qu’aux acquis de la recherche qui s’est développée depuis une trentaine d’années sur la pratique sociale du breton.

  • Bernez Rouz, président de l'association Arkaé à Ergué-Gabéric, m'a invité pour une conférence sur la relation de Jean-Marie Déguignet à la langue bretonne. Lui-même fera le point sur l'actualité Déguignet du moment. 
  • La conférence aura lieu à Ergué-Gabéric, samedi prochain, 29 septembre, à 16 heures à la salle Ti-Kreiz de Croas Spern. Pour s'y rendre, prendre la direction du centre culturel l’Athéna. 

Posté par Fanch Broudic à 10:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,