Le blog "langue-bretonne.org"

19 janvier 2022

Formation en breton : changements à venir à la tête de Stumdi

Stumdi 2017-10-13-4  Malnoe Claudie-1

Claudie Malnoë en est la directrice depuis dix-sept ans. Elle vient de décider de changer de cap, avant de faire valoir ses droits à la retraite dans quelques années. Elle ne part ni par dépit ni par ennui, bien au contraire. Ce qu’elle apprécie dans cette fonction, ce sont les occasions de rencontres, sur le plan professionnel comme sur un plan personnel. Elle, qui avait travaillé auparavant dans le domaine de l’édition, estime tout simplement que c’est le bon moment pour elle de changer une dernière fois d’orientation. Elle commence tout juste à réfléchir à un autre projet d’activité : de toute façon, m’a-t-elle déclaré, ce sera en rapport avec la langue bretonne.

Ubapar Stumdi galleg

Et voilà pourquoi l’association Stumdi se retrouve à devoir recruter un nouveau directeur ou une nouvelle directrice d’ici l’été prochain. Avec le concours de toute une équipe, il ou elle aura pour tâche d’assurer le fonctionnement du centre, le développement de l’activité et la représentation de l’association. Des appels à candidatures viennent d’être lancés notamment sur le site de l’UBAPAR, sur lequel il est possible de télécharger le profil du poste à pourvoir, en français comme en breton.

Stumdi a été le premier organisme, il y a trente-cinq ans, à proposer des formations longues pour l’acquisition du breton en six ou en neuf mois, mais aussi toutes sortes de stages courts. Aujourd’hui, les offres de formation sur ce créneau se sont démultipliées. Stumdi continue de le faire dans ses nouveaux locaux de Landerneau, mais aussi sur six autres sites dans les trois départements de l’ouest Bretagne. Les formations sont dispensées par une équipe d’une quinzaine de salariés et une dizaine de vacataires — un peu moins qu’il fut en temps, je pense. Stumdi a reçu quelque 2 700 stagiaires depuis sa création.

À  lire également sur ce blog : http://www.langue-bretonne.org/archives/2017/10/23/35798687.html

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13 janvier 2022

La disparition de Françoise Laurent

Françoise Laurent-1 Donatien Laurent Loeiz Françoise-1

Née Françoise Prigent, elle était venue s’établir à Brest au début des années 1970 lorsque son mari, l’ethnologue Donatien Laurent, avait rejoint le CRBC (Centre de recherche bretonne et celtique) qui venait d’y être créé  au sein de la toute jeune Faculté des lettres et sciences humaines. Auparavant, elle avait été étudiante au département d’histoire de la Sorbonne. Elle avait en même temps milité à l’UNEF, au point d’avoir été élue vice-présidente à l’international du syndicat étudiant en 1960, l’année des indépendances africaines. Elle avait eu de ce fait à gérer le départ de l’UNEF des étudiants africains qui créaient les uns après les autres une union nationale des étudiants de leur pays.

Elle fait une pause pour rejoindre Plozévet où elle participe à la deuxième vague de la grande enquête pluridisciplinaire qui y a été menée au milieu des années 1960, et c'est là qu'elle fait la connaissance de Donatien Laurent. Ensuite, elle n’avait pas poursuivi ses recherches sur Jaurès, estimant qu’il n’était pas si facile pour elle de mener une recherche au long cours alors que c’était déjà le cas de son mari. À Brest, elle a travaillé un an ou deux comme bibliothécaire au Centre de recherche bretonne et celtique, avant de passer un CAPES de lettres et d’enseigner au lycée de l’Harteloire.

Françoise Laurent était une femme d’un abord très agréable, cultivée, une femme de conviction aussi. Elle est décédée à l’âge de 82 ans des suites d’une longue maladie.

Le témoignage de son beau-frère

Tanguy Laurent, dit Tanguy kozh, m'a transmis par mail le texte ci-après et m'autorise à le reproduire sur ce blog, ce dont je le remercie.

  • "Il est temps de se rappeler la gentillesse de Françoise, son intelligence, son souci des autres et ses engagements auprès des démunis de toutes sortes (LDH, Collectif Prisons, Sauvegarde de l'Enfance ...). Elle fut une professeure de Lettres attentive et dévouée, une historienne enthousiaste de la pensée et de l'action de Jean Jaurès, une puissante aide auprès de son mari, une mère très aimante. Pour tout cela et pour ce qu'elle a donné à chacun d'entre nous, nous voulons la remercier".

Pour en savoir plus : Françoise Laurent et Donatien Laurent. Le hasard et la nécessité. Dans Bernard Paillard, Jean-François Simon et Laurent Le Gall (dir.). En France rurale. Les enquêtes interdisciplinaires depuis les années 1960. Propos recueillis par Jean-François Simon. Presses universitaires de Rennes, 2010. Acessible en ligne : https://books.openedition.org/pur/102719

  • À ses enfants, Anne, Catherine, Tanguy et Perrine, et à ses petits-enfants, je présente mes plus sincères condoléances.
  • Les obsèques auront lieu lundi 17 janvier, à 16 h 30, à la salle de cérémonie du Vern, à Brest, et seront suivies de l’inhumation au cimetière de Lochrist, sur le territoire de la commune du Conquet.

Photos (FB) : Françoise Laurent, et en compagnie de son mari, Donatien, et de son beau-frère, Loeiz Laurent, ancien directeur régional de l’INSEE, lors de l’inauguration du jardin Donatien Laurent à Locronan en 2014.

Mise à jour : le 16 janvier.

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12 janvier 2022

Sur ce blog, plus d’un million de pages vues

bagou + titl glaz-1

Oui, vous avez bien lu : le blog langue-bretonne.org sur lequel vous vous trouvez en cet instant vient de franchir à la fin de l’année 2021 le cap du million de pages vues. Au moment où vous le lisez, il en est déjà à plus de 1 004 500. Ce n’est pas rien pour un blog thématique comme celui-ci. Vous imaginez bien que cela implique de ma part un peu de persévérance et d'attention.

Au moment où je l’ai créé le 21 août 2008, je gérais déjà un site internet dédié à la langue bretonne (actuellement en refonte). Le blog m’est apparu comme la possibilité d’être plus réactif, au carrefour de mes centres d’intérêt, de mes recherches et de l’actualité. Tant et si bien que ce seront tout bientôt mille messages qui auront été publiés depuis les débuts. Le nombre de signes publiés chaque année varie de 150 000 à plus de 200 000, c’est l’équivalent d’un nouveau livre tous les dix-huit mois. Il m'est arrivé de sortir des sccops, pas souvent, mais de temps à autre, tant et si bien que le blog a trouvé son public. Vous pouvez voir sur la captation d’écran ci-dessous de mon tableau de bord ainsi qu’en temps réel sur la page de droite qu’il en est à plus de 675 000 visiteurs cumulés. 

bilan stat blog

Ce qui est gratifiant, c’est que le site attire de nombreux visiteurs même lorsque, par intermittence, je ne poste pas de nouveaux messages (ça arrive). C’est qu’ils doivent y trouver des éléments d’information et une documentation qui correspondent à leur attente et dont l’intérêt est d’autant plus durable qu’il est possible de faire une recherche sur le moteur interne du blog. Il est ainsi plus aisé de repérer et de consulter les archives.

Les visiteurs proviennent en grande majorité de France, mais aussi des États-Unis (à certaines heures), du Royaume-Uni, d’Irlande, d’Allemagne, Suisse, Pays-Bas, Autriche, Liban, etc. 

Le blog a forcément évolué dans le temps, sur la forme surtout, avec la mise en ligne d'illustrations et de photos mieux en adéquation avec le sujet traité. Comme indiqué en haut de la colonne de droite, il est surtout question ici de langue bretonne, par le moyen de multiples entrées, que reflète la capture d’écran du nuage de tags ci-dessous, ce dernier étant également présent en dynamique dans la colonne de droite. À l'occasion, j'aborde d'autres sujets qui me tiennent à cœur, en fonction de l'actualité.

nuage de tags-3

Je ne présente pas ce bilan pour entrer dans une compétition avec qui que ce soit ni les autres sites ou blogs qui traitent eux aussi de langue bretonne, chacun selon sa sensibilité. À l’aide d’un logiciel dédié, j’en ai repéré 70 qui le font en tout ou en partie. J’en ai trouvé 71 autres sur la base d’une recherche sur le terme "brezhoneg", et 41 avec l’occurrence "brezoneg". Ces résultats ne sont pas exhaustifs, loin de là, puisqu’une autre recherche à l’aide du même logiciel sur les termes "langue bretonne" et sur d’autres critères fournit pas moins de 3 509 occurrences. Tout cela reste à affiner, bien sûr. Mais cela pourrait faire un sérieux programme de lecture… Il suffit de s'y mettre !

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09 janvier 2022

Kalander 2022 : le calendrier 100 % en langue bretonne est disponible

Bloavez mad 2022

Eur gwir kalander eo, e brezoneg penn-da-benn, gand eur poltred war beb pajenn ha gand an darvoudou penna notennet evid peb miz. Ar bloaz-mañ e kinnigan anezañ deoh gand poltriji – unan evid peb miz - deuz kêrbenn ar Portugal, Lisboa. Pellgarga anezañ ne bad ket pell : n'ho-peus nemed klika war al liamm amañ war-lerh :  https://pdf.lu/1mrU Kinniget eo deoh evid netra !

  • Pour la nouvelle année, l’édition du calendrier tout en breton vous propose de découvrir Lisbonne, illustré de photos de la capitale du Portugal. Même ceux qui ne parlent pas ou peu le breton ou qui ne le lisent pas bien vont trouver un intérêt, je pense, à le feuilleter. Les événements les plus importants sont signalés chaque mois. Il suffit de cliquer le lien suivant pour télécharger le "kalander" en quelques instants :  https://pdf.lu/1mrU Le kalander est gratuit : n'attendez pas pour vous le procurer.

Photo ci-dessus : la frégate Fernando II a Gloria, l'une des plus anciennes au monde, aujourd'hui en cale sèche et que l'on peut visiter comme un musée pour quelques euros. Il faut pour cela prendre une navette pour se rendre depuis le centre ville de Lisbonne sur la rive gauche du Tage.

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06 janvier 2022

2022 : Bloavez mad deoh a reketan / Je vous présente mes vœux de bonne année. Et quelques autres questions de langue bretonne

Bloavezh mat - 1

Tremen poent eo din, memestra, souheti eur bloavez mad 2022 d’am lennerien, ha zoken d’ar re n’int ket c’hoaz. Eur bloavez didrubuill ? Kared a-walh a rajen, en despet d’ar hleñved na baouez ket da darnijal a-uz d’on fennou hag en-dro deom. Sed ne hellan ket ober gwelloh evid adskriva pez am-oa laket amañ warlene dija d’ar memez koulz : eur bloavez mad, gand ma ne vo ket gwasoh evid warlene da nebeuta. Yehed, dreist-oll, da gement hini. Ra baro al levenez en-dro war bennou an dud.

  • Il n’est que temps que je présente mes meilleurs vœux de bonne année 2022 à tous les lecteurs de ce blog, de même qu’à ceux qui ne le sont pas encore ! Que ce soit une année sans souci ? J’aimerais bien, en dépit de l’épidémie qui n’en finit pas de rôder autour de nous. Je ne peux donc que me répéter par rapport à il y a un an. Que la nouvelle année soit surtout meilleure que la précédente. Une santé inébranlable à tout un chacun. Que nous puissions retrouver de l’allégresse et un entrain qui nous feraient tous du bien.

Le Premier de l’an… jour des cadeaux !?

Bernez Rouz chronique

J’ai bien aimé la chronique sur les "Trésors du breton écrit" (ici au pluriel) que consacre Bernez Rouz le 2 janvier dernier dans Dimanche Ouest-France. Il y fait état d’une histoire publiée en 1903 dans L’Ouest-Éclair, l’ancêtre d’Ouest-France (qui publiait déjà à ce moment-là un billet en breton sous le titre générique "Les lundis bretons"), sous la signature d’un certain G., sans plus de précision, si ce n’est qu’il est le fils d’un pêcheur et qu’il vit sur une île (voir la mise à jour, ci-après).

Languidic-2

Ce dernier évoque le temps de son enfance, soit une période qui pourrait remonter aux années 1860 (en fonction de son âge), au temps où dans les îles, écrit-il, les cadeaux alors s’offraient le premier jour de l’an, à l’occasion des étrennes (kalanna, en breton). La vogue des cadeaux de Noël n’est apparue que plus tard dans le courant du XXe siècle. Surprenant ?

Pas tant que ça. Car on retrouve des pratiques analogues dans la très belle "enquête au long cours" que Michel et Monique Oiry viennent de publier d’après une recherche ethnographique de Jean-Michel et Hélène Guilcher sur "Languidic, ce monde que nous aurions perdu" (parue aux éditions du CRBC). Ils rapportent qu’au premier jour de l’an "les enfants vont souhaiter la bonne année dans les maisons du village et des alentours […] Les gens leur donnent un sou ou deux." Les adultes aussi vont "les uns chez les autres, voisins et compagnons de travail, prendre le café, boire le flip…" Noël, par contre, était "en principe une journée de jeûne sévère". Si ce n’est qu’il était d’usage d’offrir du "bara bonimat", un pain spécial en forme de brioche, le pain de bienvenue.

Bloavez mad : le petit poème rimé de l’abbé Quéré

Bernez Rouz donne toujours un prolongement à sa chronique d’Ouest-France sur son blog, également intitulé "Trésor du breton écrit" (ici au singulier). Dans le cas présent, il reproduit en fac-similé l’intégralité du billet de G., paru dans l’Ouest-Éclair en 1903 dans lequel il présente aussi ses vœux de "bloavez mad" [bonne année] à ses lecteurs, en son nom propre et au nom du journal, s’il vous plaît. Pour illustrer son propos, il ne trouve pas mieux que de citer un court poème de circonstance, comme il s’en est beaucoup écrit en breton pour la nouvelle année, et qu’il emprunte aux "Kanaouennou Kerne" [Chansons de Cornouaille] de l’abbé Quéré. En voici le texte, dont vous remarquerez les rimes finales, suivi de ma traduction française :

Kanaouennou Kerne

Koz ha yaouank, kuitibunan
Bloavez mad d'eoc'h a reketan.
Dillad didoul war ho tiskoaz,
Labour didor, iod-silet poaz.
Kerc'h ha guiniz leiz an irc'hier,
Kaol ha panez er parkeier,
Krampoez lardet a gorfajou,
Kig ha farz a grabanajou ;
Aman melen leiz ar ribot,
Da gousket bep a vele blod ;
Eul loum gwin-ardant d’ar goazed,
Eun tasad kafe d’ar merc'hed,
Hed ar vuez kalon laouen
Hag en env bep a gurunen. 

À vous tous, anciens et jeunes, sans exception
Je souhaite une bonne année
De bons vêtements sur le dos
Un travail agréable, de la bouillie bien coulante.
Des choux et des panais dans vos champs,
Des ventrées de crêpes au beurre
Des poignées de kig-ha-farz
Du beurre bien jaune dans la baratte
À chacun son lit douillet pour dormir
Pour les hommes un verre d’eau-de-vie 
Pour les femmes une tasse de café,
Un cœur réjoui toute la vie
Et une couronne au paradis. 

Mise à jour, 7 janvier

Après avoir pris connaissance de ce que j’écrivais sur ce blog, Bernez Rouz m’informe qu’il a identifié le mystérieux billettiste G. de l’Ouest-Éclair : il s’agit de Glanmor, pseudonyme du poète Joseph Cuillandre, né à Molène en 1880. Le déroulement des fêtes de Noël et du Premier de l’an dont il fait état dans sa chronique de l’Ouest-Éclair en 1903 est donc plus récent que ce que j’écrivais supra. Il n’avait  que 23 ans à ce moment-là et fait référence à ce qu’il avait connu avant ses dix ans, soit avant 1890. Son témoignage concorderait donc avec celui des habitants de Languidic à la même époque ou presque.

Comment est-il devenu le billettiste bretonnant de l’Ouest-Éclair ? Selon Lukian Raoul (voir ci-après), il suivait en 1903 les cours du celtisant Jospeh Loth à la Faculté des lettres de Rennes, tout en étant le président de l’association des étudiants bretons. C’est assez naturellement qu’une connexion avait dû s'établir entre lui et la rédaction du quotidien rennais, à la recherche d’un collaborateur bretonnant.

Musique et danses bretonnes : le clergé compréhensif ?

Revenons à l’abbé Quéré. L’écrivain Abeozen lui consacre une quinzaine de lignes dans "Istor lennegezh vrezhonek an amzer-vremañ" [Histoire de la littérature bretonne contemporaine] et Lukian Raoul une colonne entière dans "Geriadur ar skrivagnerien ha yezhourien" [Dictionnaire des écrivains et linguistes]. Né à Plouénan en 1825, ordonné prêtre en 1850, Jean Quéré a notamment été vicaire à Saint-Louis de Brest et il a terminé sa carrière comme curé doyen de Châteaulin, où il décède en 1898. 

Matilin an Dall-1 Matilin an Dall-2

Comme l’abbé Quéré était reconnu comme un prédicateur hors pair, ses sermons ont été réunis en 1906, huit ans après sa mort, en deux forts volumes de plus de 800 pages en tout, à l’instigation d’un de ses confrères. Ses "Kanaouennou Kerne" avaient également été publiées post mortem, dès 1900 par l’Imprimerie de la rue du Château, également connue comme Société de la presse catholique, basée à Brest. L’ouvrage se présente comme un volume de 274 pages, avec des illustrations en noir et blanc ou en couleur, comme celles d’une chanson sur le sonneur Matilin an Dall qui fut très populaire en son temps. Et donc aussi ce petit poème de "Bloavez mad" repris dans l’Ouest-Éclair. 

Ce qui est curieux, c’est que les "Kanaouennou Kerne" ont été publiés sans nom d’auteur ! Le billettiste de l’Ouest-Éclair n’a cependant pas hésité à créditer l’abbé Quéré, comme si la chose était de notoriété publique, du moins dans le monde des lettrés bretonnants. L’omission du nom de l’auteur avait sans doute un autre avantage : comme c’était un membre du clergé, elle évitait à l’éditeur d’avoir à demander l’imprimatur de l’évêché ! Du coup, la couverture avec sonneurs sur une barrique au premier plan et danseurs de gavotte au pied du clocher en arrière-plan, bat en brèche l’assertion selon laquelle le clergé breton aurait toujours combattu les danses et les rassemblements festifs de ses ouailles. Il l’a fait, certes, mais dans sa préface, l’éditeur n’occulte pas le sens de sa démarche :

  • "Breizis a gâr an traou devot […] Mez carout a reont ive soniou ha guerziou […] Ar vro-ze eo Breiz-Izel" 
  • Les Bretons apprécient la dévotion […] Mais ils aiment aussi les sones et les gwerz […] Ce pays, c’est la Basse-Bretagne.

La synthèse vocale problématique des Kananouennou Kerne

Ce livre, dont on trouve un exemplaire à la bibliothèque Yves Le Gallo du CRBC, ne manque pas de révéler d’autres surprises. Car la bibliothèque du Harvard College, au sein de l’université du même nom, en avait fait l’acquisition le 27 janvier 1920 en vue de son intégration dans un fonds de littérature musicale. Et c’est ainsi que l’ouvrage a été numérisé par les bons soins de Monsieur Google. Cet exemplaire numérisé est proposé dans Internet Archive, un organisme à but non lucratif qui se consacre à l’archivage du Web, mais aussi à réunir le texte de millions de livres dans le cadre d’un projet Gutenberg. 

Plus besoin de vous rendre physiquement à la bibliothèque du CRBC : sur le catalogue en ligne, il vous est proposé de feuilleter l’exemplaire numérisé des "Kanaouennou Kerne" en quelques clics, d’en lire quelques pages ou intégralement, voire de l’imprimer si vous voulez. Qui l’eût cru ? Depuis sa mise en ligne, il a été vu 181 fois. Étonnant, tout de même.

Il y a cependant un hic. Car pour bien faire les choses, Internet Archive vous propose aussi le contenu du livre en audio, en cliquant sur une petite icône de casque en bas de page. Pour le "Bloavez mad" de l’abbé Quéré, ça donne ceci :

Bloavez_mad

À l’écoute, on reconnaît plus ou moins bien quelques termes ou expressions du breton. Mais très très peu. Le reste ne s’entend que comme des borborygmes ou de la bouillie d’avoine, d’autant que le rythme de diction est soutenu. De toute évidence, la lecture automatique de l’ouvrage en breton n’est pas au point et n'est pas du tout pertinente. L’explication est bien simple : la langue programmée pour la lecture automatique des textes bretons est… le français. Comme le chantait Boris Vian, il y a quelque chose qui cloche là-dedans… Peut mieux faire, sans aucun doute. Qui peut intervenir ? Ici en Bretagne ? Ou à Harvard University ?

Que cela ne gâche pas votre Bloavez mad ! 

24 décembre 2021

Goueliou laouen !

Goueliou laouen 2021 Joyeux Noel Tgr 2021-12-24

C’est ainsi que l’on dit désormais "Joyeuses fêtes" en breton. L’expression est de plus en plus tendance. Même en breton, puisque l’hebdomadaire en langue bretonne Ya ! la met à la une de son numéro double de fin d’année. Dans sa version française, on la voit partout, au fronton de mairies comme dans les "petits" commerces et dans les "grandes" surfaces. 

Ça m’énerve un peu, et je l’ai déjà écrit sur ce blog. Comme si on ne devait plus se dire "Nedeleg laouen" en breton ni "Joyeux Noël" en français. Si, Le Télégramme l’a fait, à la une ce vendredi, avec une superbe photo d’Abed Al Hashlamoun d’une jeune maman et de son fils à Bethléem. 

Le président de la région Bretagne tente une synthèse en souhaitant "Nedeleg laouen ha gouelioù mat d'an holl" / "Joyeux Noël et bonnes fêtes à toutes et à tous". Mais il oublie la bonne année. Ça ne dit jamais tout, une synthèse. Il attend peut-être de la souhaiter dans huit jours. 

Joyeuses fêtes-1

"Joyeuses fêtes" induit en outre que Noël comme le Premier de l’an ne sont qu’un moment festif à passer, qu’il faudrait consommer à outrance et vivre intensément pour que ça soit mémorable, alors qu’un "Joyeux Noël" (Nedeleg laouen) ou une "Bonne année" (Bloavez mad) ça a tout de même une tout autre allure, au-delà de l’éphémère. 

Bon, ce n’est pas un jour pour pinailler… Un réveillon, c’est toujours sympa et il ne faut surtout pas le gâcher. La preuve : l’hebdomadaire Ya ! nous souhaite déjà un "Bloavezh mat" en dernière page ! Je signale aussi dans so numéto double la rétrospective, mois par mois et en couleur, de l'année 2021 par son dessinateur attitré, Drig. Certaines vignettes sont amusantes. En plus de quelques échos de l'actualité, ce numéro double propose quelques nouvelles et des textes historiques.   

Bloavez mad 2022 Ya!

 

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