Le blog "langue-bretonne.org"

31 mars 2019

Strasbourg-Guingamp en direct et en breton sur Arvorig FM

Blanchard Erwan-6 Reun Treguer-2

Je ne vais pas commenter la défaite de Guingamp face à Strasbourg, mais la prestation de l'équipe d'Arvorig FM commentant à la radio la finale de la Coupe de la Ligue en direct et en breton. Ils s'y sont mis à trois pour le faire

  • Le journaliste Erwan Blanchard, un passionné de foot qui n'aurait voulu pour rien au monde rater cette cette opportunité
  • Le directeur d'Arvorig FM en personne, Reun Treguer
  • Et un jeune originaire de Plabennec et qui se destine au métier de journaliste, en terminale au lycée Diwan de Carhaix, Louis Floch. 

Je n'ai pu suivre la retransmission qu'à compter de la 2mi-temps et j'ai ensuite tenu jusqu'aux tirs au but. Le match a été assez terne, si j'ai bien compris, la preuve ce score de 0 à 0 à la fin du temps réglementaire. Mais grâce aux échanges non-stop entre les trois commentateurs et en dépit de quelques temps morts, on ne s'est pas ennuyé. La retransmission se faisant depuis les studios de la radio à Landerneau, on n'a cependant pas eu droit à l'ambiance du stade Pierre Mauroy de Lille, où les supporters de Strasbourg ont, paraît-il, beaucoup donné de la voix et ceux de Guingamp aussi.

Le trio maîtrise bien son sujet et se renvoie bien la balle – c'est le cas de le dire - l'un ajoutant à l'autre la précision qu'il faut. Comme dans n'importe quelle langue, le ton monte quand se produisent des actions qui pourraient être décisives et baisse d'un cran à la suite d'un dépit.

Le breton n'est pas en manque de vocabulaire footballistique : on entend quelques néologismes comme des emprunts au français, des doublets (par exemple "taol-korn / corner", "butchou / pal", "ar vell/ar volotenn", "taol sut/c'hwitell"…), parfois une impropriété dans le feu de l'action, de belles expressions imagées aussi, comme "lammet evel eur haz", littéralement "il a sauté comme un chat"… Je ne suis pas expert en foot, mais il me semblait que "penalty" et "tir au but" ce n'était pas la même chose : les présentateurs n'ont pourtant utilisé que le premier terme lors des… tirs au but, question de facilité ? 

L'ensemble témoigne d'une réelle spontanéité et de vivacité. Si ce n'est déjà en cours, un linguiste pourrait trouver, sur la base de ce matériau, à radiographier ce qu'est pour un certain nombre ce breton qui se parle aujourd'hui : lexicologie, phonologie, stylistique, prosodie… Avis aux amateurs. Pardon, j’aurais dû dire les professionnels, puisqu'on parlait de foot pro, non ?

Le match a été commenté simultanément sur l'antenne des quatre radios locales bretonnantes que sont Arvorig FM, Radio Bro Gwened, Radio Kerne et Radio Kreiz Breizh. Je ne sais pas s'il y aura un podcast.


28 mars 2019

Hervé Le Borgne, mathématicien, Breton inconditionnel

Hervé Le Borgne-1

Les obsèques d'Hervé Le Borgne ont été célébrées hier, mercredi, à Landerneau, dont il était originaire. Il était le fils de Théo Le Borgne, que j'ai sans doute connu avant lui, puisque j'ai pu l'interviewer en breton quand il était maire de la ville et conseiller général. Je n'ai probablement fait la connaissance d'Hervé qu'à son retour de Lyon, où il avait suivi un cursus de mathématiques financières, avant d'être recruté par le Crédit Mutuel de Bretagne. Je ne savais pas vraiment ce qu'était l'actuariat, alors que je l'ai vu en 1989 créer un institut de formation à cette profession au sein de l'UBO.

Hervé était aussi un militant aux multiples engagements et de fermes convictions, un inconditionnel de la Bretagne, ne s'affichant pas trop ouvertement nationaliste tout en l'étant au fond de lui-même. Il a milité au sein de diverses structures et en a créé de nouvelles lorsqu'elles n'existaient pas. Très proche de Glenmor (1931-1996) dont il appréciait les chansons à texte, il a été son légataire universel et s'est investi, après sa disparition, pour l'édition ou la réédition de l'intégrale de son œuvre, autant les disques que les écrits, y compris des inédits.

Lui-même a beaucoup écrit, par exemple un petit ouvrage au titre fort curieux : "Mais qu'allez-vous donc faire avec vos artichauts ?" sous la forme d'un essai sur la démocratie bretonne qui visait à contrer les arguments qu'il jugeait dérisoires de ceux qui dénigrent l'idée d'une Bretagne autonome. Il était enfin un homme de bonne compagnie, toujours disponible pour la discussion et l'échange. Il avait quitté son fief de Landerneau ces dernières années pour s'installer à Carhaix, où il se trouvait proche de Katig. 

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De nombreuses personnalités et militants connus ont assisté aux obsèques : Christian Troadec, le maire de Carhaix, Yann Jestin, ancien élu de Lesneven, Catherine Latour, ancienne présidente du Conseil culturel de Bretagne, la chanteuse Clarisse Lavanant, Yann Puillandre, Herve ar Beg… À la fin de la cérémonie, l'interprétation de "Kan-bale an ARB" [La marche de l'ARB] – que composa Glenmor - par Fañch Bernard à l'orgue et Yann Goasdoué à la bombarde a sonné comme un ralliement et laissé Yann Puillandre sans voix.

Deux de ses amis landernéens, Jean-Pierre Thomin, lui-même ancien maire de la ville, et Jean-Paul Le Bail ont pris la parole au cours de la cérémonie en l'église Saint Thomas. Je reproduis ici le texte de leurs interventions.

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L'éloge d'Hervé Le Borgne par Jean-Pierre Thomin, en breton et en français

Herve, Ne felle ket d’az mignoned Landerne leskel ahanout da vond da varadoz ar Gelted heb eur henavo e brezoneg. Goulennet ez eus bet diganin hen ober.

  • Tes amis de Landerneau ne voulaient pas te laisser rejoindre le paradis des Celtes sans t'adresser un au revoir en breton. Il m'a été demandé de le faire.

Meur a zen a oa ennout e gwirionez. Ar jedour da genta. Lorh a oa ennout da veza bet kaset da benn studiou hir ha diêz evid dond da veza feurjedour, an hini nemetañ e Breiz poent ‘zo bet, emezout, o labourad er CMB. Hag evid ma vefe reou all, ‘teus savet ar skol EURIA e Skol-veur Vrest, a zo unan euz da oberou pouezusa. 

  • Il y avait en toi en vérité plusieurs personnalités. Le mathématicien tout d'abord. Tu étais très fier d'avoir pu mener à terme un cursus universitaire long et difficile pour devenir actuaire, le seul en Bretagne il fut un temps, disais-tu, et tu travaillais au CMB. Et pour qu'il y en eût d'autres, tu avais créé l'EURIA (Euro-Institut d'Actuariat Jean Dieudonné), à l'Université de Bretagne occidentale à Brest. L'une de tes réalisations majeures.

Eun den a huñvre a oas ivez, ar pez a lakas ahanout da dremen euz ar jederez d’ar vro. Eur zoñj az-poa evid Breiz, az-poa c’hoant e vefe dieupoh, e vefe dalhet muioh a gont euz he yez hag he sevenadur. Ha digor e oa ar zoñj-se dreist-oll war Europa, a gonte kalz evidout, ken az-poa savet ar gevredigez "Breizh-Europa".

  • Tu étais aussi un rêveur, ce qui t'a fait transiter des mathématiques vers ton pays. Tu avais une certaine idée de la Bretagne que tu voulais plus libre, qu'on valorise sa langue et sa culture. Une idée ouverte sur l'Europe, au point de créer l'association "Breizh-Europa". 

Abalamour d’ar zoñj-se war Vreiz, out deuet moarvad da veza mignon braz gand Glenmor. Savet eo bet ganit ar gevredigez "Glenmor an distro" ha lakeet ‘peus ar haner da veva eun eil buhez. Adembannet ‘teus e oll ganaouennou, e varzonegou, e romantou, a-benn lakaad anezo da veza anavezet gwelloh gand an dud ha dreist-oll gand ar re yaouank. Daoust ha n’ema ket aze penn-oberenn da vuhez ? Kement-se n’e-neus ket miret ouzit da skriva meur a leor all, eun deg bennag a gav din, war Vreiz evel-just, hag ivez war an istor hag ar jederez.

  • C'est sans doute en raison de cette idée de la Bretagne que tu es devenu l'ami de Glenmor. Tu as créé l'association "Glenmor an distro" [Glenmor le retour], pour faire vivre une seconde vie au chanteur. Tu as réédité l'ensemble de ses chansons, de sa poésie, ses romans, pour les faire mieux connaître du public et en particulier de la jeunesse. Est-ce que ce n'est pas là que se situe le chef-d'œuvre de ta vie ? Ce qui ne t'a pas empêché d'écrire plusieurs livres toi-même, une dizaine, je crois bien, sur la Bretagne bien entendu, mais aussi sur l'histoire et les mathématiques. 

Eun den stard a oas, Herve. Stard war da vennoziou gand eur mennoz-stur : pep tra a hell hag a rank beza displeget. Ha plijadur az-poa o tabutal hag o klask sacha an dud war-zu da vennoziou-te. Eur blijadur a oa kaozeal ganit, med red e oa d'an nen beza sur euz e vennoziou-eñ. Brokuz e oas ivez pa oa bet touchet da galon. 

  • Tu étais un homme de convictions, Hervé. De fortes convictions, avec une devise : tout peut et doit être explicité. C'était un bonheur d'échanger avec toi, mais il fallait soi-même être sûr de ses propres convictions. Tu étais également généreux quand tu étais profondément touché.

Trugarez, Herve, ha kenavo. Merci, Hervé, et au revoir.

Jean-Pierre Thomin 

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L'éloge d'Hervé Le Borgne par Jean-Paul Le Bail

Au revoir, Hervé. Tu viens de nous quitter et devant tous tes amis ici rassemblés je souhaite évoquer quelques traits de ta personnalité multiple et complexe.

Le matheux bien sûr, l'homme des calculs mathématiques, le créateur de l'EURIA (Euro-Institut d'Actuariat Jean Dieudonné), au sein de l'Université de Bretagne occidentale à Brest. Mais aussi celui qui savait s'évader dans les chants et les champs de la poésie, ta dévotion pour Glenmor qui t'avait fait son légataire, l'homme d'écriture jusqu'à ce roman policier que tu m'avais fait relire il n'y a pas si longtemps.

Je ne partageais pas toutes tes passions. Il m'arrivait de les trouver excessives, mais c'est le propre des passions et tu savais tout donner sans compter aux causes que tu défendais : ton temps, ton argent, au point de te trouver parfois en difficulté.

Tu avais choisi de rester vivre sur ta terre bretonne alors que, jeune actuaire, tu aurais pu prétendre à une carrière lucrative dans les milieux financiers parisiens. Sur cette terre tu cultivais les amitiés et parfois aussi les inimitiés. Ton caractère ombrageux savait les susciter, mais ton cercle d'amis t'était fidèle et nous nous retrouvions tous les ans pour ton anniversaire, où à la fin du déjeuner tu prenais le micro et chantais.

Ton sens de l'amitié t'a amené à défendre et soutenir tes amis en difficulté. Pierre Loquet qui venait d'apprendre ton départ me disait : "sans Hervé je ne sais ce que nous serions devenus," si tu n'avais pas été là pour convaincre Louis Lichou de l'embaucher au CMB après les graves déboires qu'il avait subis. Notre entreprise, cette entreprise que nous avons tant aimée savait à cette époque être tolérante, accueillante et intégrer les hommes des marges que nous étions.

Tes dernières années ont été éclairées par la présence de Katig. Je me souviens de cette soirée où tu arrivas à la maison transformé, radieux. Tu voulais soigner ton look, demandais conseil à Elizabeth. Katig et toi veniez de vous retrouver à la foire aux livres de Carhaix et toi si pudique nous disait toute ta joie, toute ton émotion d'avoir renoué avec la jeune femme que tu avais connue lors de tes études à Lyon. Je garderai ce souvenir de toi.

Kenavo, Hervé.

Jean-Paul Le Bail

Merci à Katig pour le portrait d'Hervé en 2016, à Jean-Pierre Thomin et Jean-Paul Le Bail pour m'avoir transmis leur texte.

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23 mars 2019

Yann-Fañch Kemener, chanteur universel

Kemener Yann-Fañch-16    Kemener Yann-Fañch-14-2

Le bourg de Saint-Tréphine, dans le sud-ouest des Côtes-d'Armor, n'avait sans doute jamais connu une telle affluence à l'occasion d'obsèques, quelque 300 personnes dans l'église, un millier à l'extérieur. C'était mardi dernier, pour celles de Yann-Fañch Kemener, chanteur breton assurément, de Basse-Bretagne plus précisément, chanteur universel aussi, natif de la commune. Tous étaient venus l'accompagner pour son dernier voyage et entourer son compagnon, sa famille, ses proches. 

S'étaient déplacés ses amis chanteurs et musiciens, ceux de la période des débuts comme ceux qui l'accompagnaient sur scène ou pour ses CD ces derniers temps, mais aussi des élus, d'innombrables représentants du monde associatif et de celui de la culture, des bretonnants connus ou inconnus, des croyants et des agnostiques, des traditionalistes, des libertaires, ceux qui assistaient à ses concerts comme ceux qui le suivaient à la radio ou à la télé, ses voisins de Sainte-Tréphine, de Saint-Igeaux, de Tréméven….

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Comme tous les grands artistes, Yann-Fañch Kemener était un fédérateur. Il a été l'un des plus grands collecteurs et interprètes de gwerziou et de chants à danser de la seconde moitié du XXe siècle et a fait entrer le patrimoine oral dans la modernité. Il a été un révélateur au sens propre du terme, et un transmetteur : sa disparition coïncide avec la sortie du livre-CD de Marcel Guilloux qui dit, tout en ayant été son aîné, avoir beaucoup appris de lui. Lui-même avait sorti il y a juste quelques semaines ce qui sera son dernier double CD, "Roudennoù Traces" en hommage à la poésie bretonne. 

Yann-Fañch était aussi un homme de convictions : ce n'est pas par hasard qu'il a choisi de monter des spectacles autour de la poésie d'Armand Robin et de celle de Yann-Ber Kalloc'h, des essais du philosophe Émile Masson ou encore de la correspondance inédite de son oncle, Julien Joa, mort pour la France lors de la guerre de 14. Il avait pu faire des études jusqu'au lycée professionnel, ce qui était déjà beaucoup, lorsqu'on était issu d'une famille de peu de moyens. Mais il maîtrisait toutes les nuances du breton et les divers éléments constitutifs de la culture bretonne. Il témoignait d'une claire conscience du devenir de sa langue première : alors qu'à ses débuts, son public – en Basse-Bretagne du moins - comprenait les chants qu'il interprétait, à un moment donné, ça n'avait plus été le cas, et ça le travaillait.     

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Sa dépouille a été accueillie dans l'enclos de la petite église de Sainte-Tréphine par l'abbé Guillaume Caous, curé de Tréguier, entouré de diacres, dont l'écrivain Jef Philippe. La Kerlenn de Pontivy en tenue a accompagné le cheminement du catafalque en musique jusqu'à l'entrée de l'église. Comme il est d'usage, le cercueil, sans le moindre signe ostentatoire ni drapeau, a trouvé place devant le chœur, juste entouré de fleurs.

C'est aussi l'abbé Caous, prêtre bretonnant originaire de Ploubaznalec, qui a célébré la messe d'enterrement et prononcé l'homélie. L'office s'est déroulé presque intégralement en breton, à l'exception des incontournables chants en latin et de certaines prières en français. La cérémonie était animée notamment par Anne Auffret, Annie Ebrel, Erik Meneteau, tous très proches de Yann-Fañch Kemener, par la camerata de Sainte-Anne-d'Auray ainsi qu'un chœur d'hommes, également musiciens. On en a entendu d'autres encore, ceux de Barzaz, le premier groupe formé par Yann-Fañch Kemener, mais aussi le violoncelliste Aldo Ripoche qui l'aura accompagné pendant une douzaine d'années…

Si les cantiques traditionnels du répertoire religieux breton (Salud dah iliz ma farrouz, Jezuz pegen braz eo…) tout comme le Pater noster étaient repris à l'unisson par l'assistance, les formules de réponses en breton aux diverses lectures ne semblent pas être connues. Un livret de huit pages assez original était mis à la disposition des fidèles dans l'église, reproduisant en breton les textes des cantiques (que presque tout le monde connaît) et en français ceux de la lecture et de l'Évangile (qui étaient lus en breton). Une adaptation assez pragmatique à la diglossie.

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Le maire de Sainte-Tréphine, Georges Galardon, a rappelé combien Sainte-Tréphine, où il a passé sa petite enfance, était pour Yann-Fañch Kemener "son centre du monde" et la langue bretonne "sa raison de vivre. L’artiste survivra, a-t-il ajouté, mais l’être va nous manquer".

Jean-Michel Le Boulanger est intervenu à son tour en tant que vice-président du Conseil régional de Bretagne, mais aussi en raison de sa grande proximité personnelle avec le chanteur. Extrêmement ému, lyrique, la voix nouée, le ton grave, il a fait l'éloge de Yann-Fañch Kemener, magnifié ses origines et sa destinée. Extraits :

  • "En ce pays qui est le tien et que nous appelons Bretagne, tu es un prince. Toi, Yann-Fañch, fils de roi, fils de pauvres, fils de Maria Joua et d’Emmanuel Quemener, tu es d’ici, de Sainte-Tréphine, d’un vieux clan, d’une vieille terre. »
  • "Tous ces chants, cet humus, la gwerz de Skolvan, tous ces poèmes, ces pépites, ces cantiques, ils t'ont contruit autant que tu les as polis et célébrés. Tu étais une Bretagne immémoriale."
  • "Artiste, voix de Bretagne, tu es aussi citoyen. La terre de Saint-Tréphyne était rouge, rouge vif, quand tu es né. Et ta famille marquée, profondément marquée par la pauvreté et les drames. Toujours tu as été engagé dans les combats de la liberté. Liberté pour nos langues, grand combat de ta vie. Les langues des pauvres gens."
  • "Tu étais un passeur aussi, un passant qui passe le témoin de l'histoire. Ce témoin qu'il a reçu de ses maîtres avant d'être maître à son tour. Tu as été un maillon d'une longue chaîne. La transmission a été pour toi une très grande affaire. Les chants populaires ont traversé les siècles, tu les as reçus, tu les as enseignés, tu as eu des élèves nombreux, avec eux tu as été exigeant et bienveillant à la fois, et ces chants reçus jadis prospéreront demain, loin dans le siècle à nouveau… Grâce à cette chaîne, la Bretagne ne cessera d'être la Bretagne. Et les vents de l'Arrée chanteront longtemps tes complaintes, Yann-Fañch Kemener. Tu peux maintenant rejoindre ta maman qui t'aimait tant."

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On regrettera qu'au-delà de l'hommage religieux et musical, un éloge ne lui ait pas été adressé en breton aussi à ce moment, comme quoi ce n'est pas un automatisme, on n'y pense pas. Quand on voit le documentaire (en version bretonne ou sous-titrée) que vient de lui consacrer Ronan Hirrien sur France 3, avec un Kemener tour à tour souriant, espiègle, concentré, tout simplement serein en dépit de la maladie, on perçoit tout au long du film la densité de sa relation à cette langue qui fut la sienne avant tout autre, qui est celle dans laquelle il a exprimé ses émotions, sa perception de la vie, . 

Si ce film est le dernier tourné de son vivant sur lui et avec lui, je ne peux manquer de faire écho au tout premier portrait télévisé que Marie Kermarec et Fañch Tager avaient consacré au jeune collecteur de chants traditionnels qu'il était et loin d'être aussi connu qu'il le sera par la suite, l'année même de ses vingt ans. Il avait été diffusé sur FR3 il y a longtemps, le 4 mars 1978, dans la série Breiz o veva [La Bretagne vivante]. Entre-temps, le chanteur a fait le chemin que l'on sait.

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La cérémonie religieuse, chargée d'émotion, d'une belle sincérité, a duré aussi longtemps qu'une grand-messe à l'ancienne. Puis ce fut au tour de tous ceux qui avaient assisté aux obsèques de défiler devant le catafalque pour dire un dernier adieu à Yann-Fañch : les derniers ont dû patienter près d'une heure avant de pouvoir y accéder. Le chanteur a été inhumé au cimetière de Sainte-Tréphine.

À l'exemple de Patricia Riou, Yvon Le Men et Philippe Guégan qui ont lu en son honneur des passages de "Solo", le dernier poème écrit par Xavier Grall avant sa mort en décembre 1981, je reproduis ci-après des extraits de la traduction en breton du poème par Naig Rozmor, qui avait été éditée en 2007 aux éditions Emgleo Breiz avec une préface de Claude Chapalain. 

  • Aotrou Doue, me eo
  • Emaon o tond euz Breiz-Izel
  • O va bagig koant
  • E-touez bleuniou glaz ha delfined
  • Gand he mogidell damrusoh
  • Eged toennou Bro-Spagn.
  • Emaon o tond euz eur vro a vartoloded
  • Du-hont, war an houl, ema an huñvreou o verdei
  • Daved inizi al levenez
  • E-kreiz mor braz an hanternoz
  • Emaon o tond euz eur vro a zonerien 
  • Ganto joa, kounnar pe geuz a yud en aveliou
  • Dre henou digor ar perzier-mor. 
  • Emaon o tond euz eur vro gristen 
  • Va Galile al lennou hag ar balan
  • Aachantourez an durzunell 
  • E kaniennou miz Ebrel 
  • […]
  • Solo
  • Va beuzadennou, solo va difronkadennou
  • Heja 'ran violoñsou bruzunet war va haranteziou maro
  • Va bigi distroet war o sklank, a speg ouroulerien
  • Ouz ar glahar bouzar goustadig ouz va zamma.
  • Solo
  • Solo pedennou birvidig
  • A-wechou e c'hoarvez ganen pedi en ilizou maro
  • Itron Varia ar varzed, Mamm an Atlanted
  • Truez evid al lestr dre lien kollet 
  • En tu all d'al lehiou disliou.
  • Solo
  • Solo va bloaveziou o tremen
  • Sacherien ha muzikerien a zilez ar bourziadou
  • Va ene eo ar Vari-Vorgan-ze
  • Dedennet gand ar gwin hag ar rhum mogedet
  • Solo
  • Solo va zoñjou klemmuz
  • Muzik tehet, kaniri êt da get
  • Pep tra a dremen er reverziou feulz
  • Ar meurvor a gustum hilligad ar pianoiou 
  • Dirag reier ar hi.
  • YFK 1
  • Le film de Ronan Hirrien sur Yann-Fañch Kemener "Tremen en ur ganañ" peut être visionné en replay, en VO ou en VOST, sur le site de France 3 Bretagne. Trois vidéos de 30 à 45' des entretiens du journaliste avec le chanteur sont également proposées en bonus sur la même page de la télévision régionale. Incontournable.
  • Une restitution des obsèques a été mise en ligne sur le très catholique blog Ar gedour, qui se place dans le sillage de "Feiz ha Breizh" et se demande en la circonstance (ingénument ?) si ceux qui se sont éloignés de l'Église ne l'auraient pas fait "parce que la langue bretonne a été laissée de côté dans nos paroisses." Sur ce point-là, le rédacteur du blog n'est clairement pas au fait des acquis de la recherche.
  • Un commentaire en ligne sur ABP de Jean Bescond, spécialiste d'Armand Robin et critique à la revue Spered gouez [Esprit sauvage], dans lequel il révèle les rêves secrets et les vrais rêves de Yann-Fañch Kemener de monter un spectacle à partir du "Temps qu'il fait" du poète, et comment il avait improvisé des lectures de Robin lors d'un week-end organisé en 2007 par  le club anarchiste Liberterre de Pontivy. Essentiel.

Sur ce blog, voir les autres posts déjà en ligne :

10 mars 2019

Bretagne, une histoire à part ?

Cornette couv

J’aime bien ce genre de titre qui interpelle et instille le doute dans nos certitudes. C’est celui annoncé dans la presse comme thématique de la semaine à venir dans "La fabrique de l’histoire", sur France Culture. Sur le site de la chaîne, le titre n’est pas le même, mais toujours aussi intrigant : "La Bretagne, finistère ou centre du monde ?" Le texte qui suit fait référence à l’imaginaire que suscitent de bien plus vastes territoires continents : la Bretagne serait-elle "un empire du milieu" ? Le propos est explicité : c’est que dans le passé, la Bretagne a été le pivot d’un arc atlantique allant de l’Irlande au Portugal. C’est à l’occasion d’un ouvrage collectif sous la direction de Joël Cornette et intitulé "La Bretagne, une aventure mondiale" qu’Emmanuel Laurentin, le producteur de La fabrique de l’histoire, engage cette réflexion. 

Si ce n’est l’introduction, je n’ai pour l’instant ni vu ni lu l’ouvrage, qui vient de sortir chez Taillandier. La couverture me paraît plutôt tradi et décalée par rapport au propos annoncé, lequel aspire à se positionner "loin de toute bretonnerie folklorique et poussiéreuse". Une dizaine d'historiens se sont engagés dans le décryptage de cette "aventure mondiale" : Jean Kerhervé, Didier Le Fur, Georges Minois, Olivier Chaline, Jean Tanguy, Karine Salomé, Roger Dupuy, Jean-Clément Martin, Eva Guillorel, Christian Bougeard, auxquels il faut ajouter deux témoins en la personne de Michel-Edouard Leclerc et de Mona Ozouf.

Le programme des quatre jours de La fabrique de l'Histoire consacré à la Bretagne, tous les matins à 9 h 5 :

  • Lundi 11 mars, le grand entretien : Emmanuel Laurentin reçoit Joël Cornette
  • Mardi : l'histoire de France au prisme de la Bretagne, en compagnie d'Erwan Le Gall (Saint-Malo pendant la Première Guerre mondiale) et de François Prigent (le socialisme en Bretagne entre 1930 et 1980)
  • Mercredi : débat historiographique. Je crois savoir que l'une des invités sera Nelly Blanchard, professeur de celtique à l'UBO et membre du Centre de recherche bretonne et celtique
  • Jeudi : un documentaire de Victor Macé de Lépinay et Thomas Dutter sur la Vallée des saints, à Carnoët.

À réécouter par ailleurs en podcast…

Vous n'avez pas entendu Mona Ozouf, vendredi dernier dans "La marche de l'histoire" ? Jean Le Brun l'a reçue comme témoin du vendredi pour parler un peu de la Bretagne, beaucoup de l'écrivain britannique George Elliot, qui fait l'objet de son dernier livre intitulé "L'autre George" (paru chez Gallimard), en écho à George Sand. Mona Ozouf s'exprime magnifiquement, comme toujours. À écouter ou réécouter sur le site de France Inter.

Vous ne suivez pas "Les chemins de la philosophie", par Adèle Van Reeth, du lundi au vendredi à 10 heures sur France Culture, juste après "La fabrique de l'histoire" ? Les invités, il y a quinze jours, en étaient André Markowicz et Françoise Morvan, deux jours de rang, s'il vous plaît. 

Certains, en Bretagne, ne connaissent de Françoise Morvan que son essai sur "Le monde comme si". Mais elle est l'auteure de plusieurs dizaines d'ouvrages, dont plusieurs essais et une vingtaine de livres pour enfants. C'est une spécialiste du conte, d'Armand Robin et de François-Marie Luzel, une traductrice du théâtre de Synge… 

André Markowicz est poète et traducteur. Il a notamment traduit Shakespeare en français, ainsi que les œuvres complètes de Dostoïevski, mais aussi Gogol, Pouchkine, et d'autres écrivains russes, en particulier Tchekhov. Elle et lui connaissent Tchekhov sur le bout des doigts, et c'est pour cela qu'ils ont été les invités des Chemins de la philosophie, les 25 et 27 février derniers. Une connaissance intime et partagée du théâtre et de Tchekhov. On peut les réécouter en podcast sur le site de France Culture.

08 mars 2019

Priziou 2019 : que dire des lauréats ?

Final-1

Petit décryptage et d'autres photos du palmarès 2019, d'une catégorie à l'autre.

Dans la catégorie "association"

On pouvait s’attendre à ce que Radio Kerne soit primée, elle l’a été non pas pour les réalisations dont elle aurait pu faire état à l’occasion de ses vingt ans, mais pour un projet qui doit aboutir dans quelques semaines : celui de lancer une antenne 100 % en breton en Loire-Atlantique.

Radio Naoned-1  Beyer Olivry

Dans la catégorie "livre de fiction"

Je remarque surtout le 3e prix attribué à Yann-Fulup Dupuis pour une pièce de théâtre en quatre actes (parue aux éditions An Alarc’h). Parce qu'il n’est pas courant qu’un texte de théâtre fasse l'objet d'une telle reconnaissance.

TYi-kêr Karaez-2  Bastian 3

Dans la catégorie "collectivité"

La ville de Carhaix l’a emporté sur celle de Rennes. Les réalisations de la capitale bretonne ont été remarquées : signalétique bilingue, prochainement une crèche bilingue, mise à disposition de locaux pour Skol an Emsav. Le jury a dû considérer que celles de la capitale du Poher étaient plus conséquentes : livret de famille bilingue, classes bilingues dans toutes les écoles, présentation bilingue dans le centre archéologique Vorgium… Tout serait donc bilingue à Carhaix ? Pas encore, mais la ville aime à se présenter comme un modèle pour les autres. 

Dans la catégorie "création audiovisuelle"

Sébastien Le Guillou n’a pas été très disert en recevant le premier prix pour un documentaire de 26’ sur un danseur de fisel qui s'est fracturé la jambe sous son tracteur, mais il est à l'aise et parle sans notes. Il a surtout fait état de son envie de réaliser bientôt d’autres films. Il s’exprimait plus longuement ce jeudi dans la page en breton du Télégramme, en répondant aux questions d’Anna Quéré : « que ferais-je, se demande-t-il, si je ne faisais pas de films ? » Ce qui fait la force d’un film, ajoute-t-il, c’est la complicité qu’il réussit à installer entre ceux qu’il filme et lui-même.

Lorcyber-1  Morwenn Le Normand-2

Dans la catégorie "entreprise" 

Le premier prix est revenu à Lorcyber, une entreprise de cybersécurité basée à Vannes et qu’on ne s’attendait pas à retrouver à cette place. Que je sache, dans le monde de la cybersécurité, on fonctionne plus en anglais qu’en breton. Pierre Lorcy, le président de la société, s’est fait remarquer en sortant son smartphone de sa poche (quand les autres, certains du moins, sortent encore leur feuille de papier). 

Il n’a prononcé que deux ou trois phrases basiques en breton, mais il affiche sa fierté « d’avoir enfin fait quelque chose pour le breton en le faisant entrer dans le monde de la cybersécurité et en faisant entrer de nouveaux mots dans notre langue ». Cela se voit sur le site internet de la société, même s’il n’est pas entièrement traduit en breton (pas plus qu’en anglais d’ailleurs).

Dans cette même catégorie, le second prix revient à la Fondation Crédit Agricole du Finistère, qui accompagne les initiatives permettant le développement de la langue bretonne dans le département. Et pourquoi pas ? Mais n'est-il pas quelque peu cocasse de remettre un chèque à une banque pour ses actions de mécénat ?

Dans la catégorie "disque chanté en breton"

Tout le monde aurait été interloqué si Denez (autrement dit, Denez Prigent) n’avait pas été primé. Les critères sont stricts : il faut non seulement chanter en breton, mais aussi que ce soit de nouveaux textes. Denez correspond parfaitement au profil puisqu’il compose la plupart de ses chansons (et pas n’importe quels textes !) avant de les interpréter. La chanteuse Morwenn Le Normand était chargée de lui remettre son trophée : comme il n'était pas présent, elle a assuré la prestation avec la fraîcheur et l’espièglerie qu’il faut dans ces cas-là. 

Elegoed Stoll-1

"Le brittophone de l’année"

Arno Elegoed était nominé deux fois pour le livre-CD "Kan ar bed" [Le chant du monde] qu’il vient de publier avec sa maison d’édition "Bannou-Heol" et qui est un succès. Il a réussi le pari de réunir pour la première fois une centaine d’auteurs, de chanteurs et de musiciens de Bretagne et d'ailleurs pour, dit-il, effectuer le plus beau des voyages en musique. Il donne ainsi la possibilité à tous de découvrir les cultures du monde au travers de treize morceaux de différents pays qui se mêlent aux sonorités de la langue bretonne. 

Eh bien, cette réalisation a reçu le 2e prix dans la catégorie "Disque chanté".

Arno Elegoed a été promu de surcroît "brittophone de l’année 2019". Son prix lui a été remis par la lauréate de l'an dernier, Stéphanie Stoll, la présidente de Diwan. Quelqu'un(e) a fait remarquer qu'aucune femme n'avait été nominée cette année dans cette catégorie. D'ailleurs, si je compte bien, il n'y en a qu'une seule (et encore n'était-elle pas… seule) à avoir obtenu cette année le premier prix, toutes catégories confondues. Je ne sais pas qui doit le faire, mais il y a du boulot…

Arno se dit très heureux de cette reconnaissance, qu’il partage avec ceux qui ont cru en son projet, mais ne peut cacher son amertume. Il regrette les multiples obstacles qu’il a trouvés sur sa route de la part de diverses structures et met les points sur les "i" : 

  • "il est temps que les élus et les hautes autorités de l’académie de Rennes par exemple comprennent qu’il n’y a pas de culture ni de langue inférieure ou au-dessous des autres."

C’est ce qu’il a exprimé fermement en pensant au breton. Attention, risque de mécompréhension : ne pas confondre "a-iz" et "a-uz" en breton ! Car le sous-titrage, lors de la diffusion, disait l’inverse : 

  • "il n’y a aucune culture, aucune langue au-dessus des autres."  

Comment dit-on "errare humanum est" en langage armoricain ?

Pour voir ou revoir en replay l'intégralité de la remise des Priziou 2019, se rendre sur le site de Bali Breizh ou directement sur Youtube.

Final-2

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Les Priziou : retour sur le cru 2019

Goulwena Yann-Herle-2

Cette édition 2019 aura été celle de quelques scoops. On doit le premier, d’entrée de jeu, à Goulwena an Henaff, la présentatrice des Priziou, puisqu’elle a mis en valeur un nouveau dialecte émergent du breton, celui que l’on parle à Bruz, la ville de 18 000 habitants à quelques kilomètres de Rennes où se déroulait la cérémonie.

À Bruz, si loin de la Basse-Bretagne, se parle donc une variante locale du "brezhoneg" [breton] officiel, d’ores et déjà identifiée comme étant le "bruzhoneg" [intraduisible] : une association locale s’active d’ailleurs pour assurer la promotion de cette langue d’avenir. Et dire qu’il a fallu que les Priziou que décerne France 3 Bretagne se déroulent enfin sur le territoire de Rennes Métropole pour qu’on en découvre l’existence !

Goulwena-3 Yann-Herle-2

En fait, Goulwena a très vite cessé de s’exprimer en "bruzhoneg" pour revenir au breton classique : ce n’était qu’un jeu de mots en forme de clin d’œil. C’est qu’une remise de prix — et c’est vrai pour les prix de la langue bretonne comme pour le cinéma — c’est toute une alchimie. Au départ, c’est une organisation millimétrée. La preuve par Mael Gwenneg, le responsable des émissions en langue bretonne de France 3 : il annonce lui aussi en forme de scoop la prochaine édition des Priziou pour le 13 mars 2020 à Fouesnant, où ils ont déjà eu lieu il y a quelques années, si je me souviens bien. C’est ce qui s’appelle anticiper. 

Une initiative de la télévision régionale

Les Priziou sont un événement, qui plus est retransmis à la télévision. Normal, puisqu’ils sont organisés par une chaîne de télévision (en l’occurrence France 3 Bretagne) avec désormais le concours de la région Bretagne et de l’Office public de la langue bretonne. La télé, mieux que tout autre média, leur assure le retentissement optimal : la langue bretonne a bien besoin de ça. C’est aussi une reconnaissance, un parti pris parfois, des découvertes, de la satisfaction ou de la déception… C’est un coup de projecteur sur les réalisations considérées comme les plus marquantes de l’année dans sept catégories différentes. Le résultat, tel qu’il a été vécu dans la salle en live ou tel qu’il a été restitué à l’antenne est probant.

C’est le travail de toute une équipe de journalistes, animateurs, administratifs et techniciens, un service communication, des jurés, des artistes… Je n’oublie pas le réalisateur qui fait la synthèse des contraintes et des potentialités en vue du résultat final à l’antenne en fonction des moyens dont il dispose, Avel Corre cette année comme l’an dernier. Je cite également Rebecca Donellan, dont le rôle est incontournable : depuis des années et des années, elle est dans la discrétion et avec le sourire la scripte attitrée des Priziou et c’est la dernière fois qu’elle l’aura été. Une performance. 

Yann-Herle kilt-1  Pascal Jaouen-1

Le sketch du kilt breton

Les Priziou, enfin, c’est une dynamique, une ambiance. Les présentateurs y contribuent pour l’essentiel par leur présence et leur aisance sur scène ainsi que par leur complicité avec la salle. Goulwena an Henaff et Yann-Herle Gourves créent chaque année la surprise, d’autant que Goulwena portait l’une des robes de la nouvelle collection du brodeur Pascal Jaouen (qui sera bientôt dévoilée) et Yann-Herle un kilt (ça mérite un gros plan) présenté comme étant celui de Lorient, mais qu’il a fallu tout de même aller chercher à Paris. Pascal Jaouen en portait un aussi, dans les tons noirs   

De là à ce que les Bretons adoptent le kilt que les Écossais eux-mêmes ne portent que dans les grandes occasions, on en est loin. On aura eu le droit à tout le moins de la part des deux animateurs à un sketch quelque peu surjoué sur ce que portent les hommes sous leur kilt : on a vu à l’image ce qu’il en était dans le cas de Yann-Herle Gourves. Tant qu’à faire, on aurait aimé savoir s’il se conforme à un usage bien établi ou s’il l’enfreint. Le mystère demeure. 

Lena Louarn-1

Pas de déclaration fracassante cette année lors de la remise des Priziou, ça arrive parfois, mais des regrets, quelques blâmes (mais oui) et des satisfecit. Le brittophone de l’année, Arno Elegoed, n’a pas apprécié les bâtons qu’on lui a mis dans les roues pour l’édition de son livre-CD "Kan ar bed" [Le chant du monde]. Quelques coups de griffe ont été énoncés à l’égard des services publics tels que la SNCF, Pôle emploi et surtout l'Éducation nationale qui avec la réforme des lycées ne s’implique pas comme il faudrait pour assurer l’avenir des langues régionales. Plus inattendu de la part des présentateurs : ils ne se sont pas contentés de saluer les personnalités présentes, ils ont aussi nominativement désigné les élus absents… Ça se fait, ça ?

Pour sa part, Mael Gwenneg, le responsable des émissions en langue bretonne de France 3 Bretagne, était en admiration devant l’ample robe rouge à papillons, chaussures assorties, que portait Lena Louarn, vice-présidente du Conseil régional de Bretagne, avant de se féliciter l’une et l’autre du déroulement de la soirée et de la qualité du cru 2019 (une centaine de profils avaient été pré-sélectionnés). Il est vrai que la salle du Grand Logis de Bruz était pleine, ce qui veut dire que quelque 400 personnes se sont déplacées de toute la Bretagne pour y être. C’est, je pense, l’une des meilleures fréquentations des Priziou. 

Ebel group-2 Ebel-1 Ebel group-3

"Heb muzik, Priz ebed"

[Sans musique, pas de Priziou]. Je paraphrase là un slogan bien connu qui veut que la Bretagne n’existe plus si la langue bretonne ne se parlait plus. C’est le groupe Ebel Electrik qui assurait la partie musicale des Priziou cette année. Goulwena l’a présenté comme un power trio blues-rock psychédélique, peu connu jusqu’à présent, mais il sort son premier CD cette semaine. Il se compose de 

  • Florian Ebel, chant et guitare.
  • Basile Tuauden, basse
  • Germain Velut, percussions
  • Rejoints sur le dernier morceau par Mathilde Hamon

Ça n’a strictement rien de traditionnel ! La musique est tonique à souhait, elle rappelle le rock des années 70. Florian Ebel compose et interprète lui-même ses textes, en breton bien sûr. Sa voix est bien présente et les paroles sont généralement audibles. Ce passage de bonne facture aux Priziou devrait constituer une belle rampe de lancement pour le groupe.   

Na petra 'ta-3

Une nouvelle émission jeunesse

Ceux qui étaient présents dans la salle du Grand Logis à Bruz ont eu le droit en avant-première à un autre scoop : l’annonce de la diffusion d’une nouvelle émission jeunesse en breton à compter de ce samedi 9 mars à 10 h 20 : "Na petra ‘ta !" [Et quoi donc ?] Elle succède à "Mouchig-dall" [Colin-maillard], dont la production avait été arrêtée il y a quelques mois, alors que la diffusion s’était poursuivie jusqu’ici. Elle avait été lancée en 2002 ou 2003, si je me souviens bien, et elle a donc duré une quinzaine d’années : pas si mal !

Le nouveau rendez-vous promet d'être ludique et éducatif, en compagnie d’Erell et Tudu : respectivement Azenor Kallag et Tangi Merien. Ils proposeront aux jeunes téléspectateurs bretonnants de voyager à bord de leur vaisseau, une sorte de sous-marin ailé, de sillonner le monde et de comprendre le fonctionnement de différents concepts, tel que la radio, le cycle de l’eau ou le cinéma d'animation, thème de la première émission. 

L'émission est ponctuée de séries animées, sur les sciences, les portes, etc. En plus, elle sera participative : les téléspectateurs pourront poser une question de leur choix, se filmer et l'envoyer à napetrata@francetv.fr ! Et les animateurs leur répondront dans l’émission.

Le programme dure 26’ et c’est toujours une coproduction entre la société rennaise JPL Films et France Télévision.

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