Le blog "langue-bretonne.org"

13 septembre 2019

Que serait l'été en Bretagne sans les chorales et les bagadou ?

Brud Nevez 318 golo-2

C'est la question que pose le nouveau numéro de la revue en langue bretonne Brud Nevez qui paraît aux couleurs d'un été qui se polonge. Littéralement, en breton : "Liviou an hañv". La Bretagne, ce n’est pas seulement le pays des pardons. Les lendemains de pardon étaient aussi jours de fête. Et puis il y avait et il y a la fête des fleurs, celles de la moisson, celles des vieux métiers, les fêtes maritimes… Et chacun sait l’essor de ces dernières depuis les années 1990, de Douarnenez à Brest et à Paimpol, notamment. L’été, maintenant, c’est en plus le temps des festivals.

Mouezh-Paotred-Breizh-1 

Les chorales : une passion galloise et… bretonne

Yann-Ber-Thomin-1

Pour ce qui est des chorales, il faut d’abord savoir que la fédération Kanomp Breizh la fédération Kanomp Breizh [Chantons la Bretagne] réunit les chorales qui font le choix de chanter en breton spécifiquement et que son président est le Landernéen Jean-Pierre Thomin. Il produit dans ce numéro un article documenté sur la passion que partagent Pays de Galles et Bretagne pour le chant choral. 

L’histoire débute au XVIsiècle lorsque la Grande-Bretagne se tourne vers le protestantisme et que la reine Élisabeth 1re accorde aux Gallois le droit de célébrer les offices en leur langue. Aujourd’hui, on recense quelque 150 chœurs d’hommes au Pays de Galles (dont beaucoup sont réputés), autant de chœurs de femmes ou mixtes. Ce qu’on ignore ici, c’est que les hymnes que chantent les Gallois lors de leurs matchs de rugby sont en fait… des cantiques !

Au début, c’est aussi le fond de répertoire des chorales bretonnes, tant et si bien que les chants qu’elles interprètent dans une Bretagne très catholique ne sont en réalité que des adaptations en breton de cantiques protestants. Paotr Treoure (pseudonyme de l’abbé Conq) est, dans la première moitié du XXsiècle, le plus important traducteur breton d’hymnes gallois. Aujourd’hui, les Bretons se démarquent de leur modèle gallois initial en mettant l’accent sur la création. Le tournant se situe lors de l’interprétation à succès, par un chœur composé de membres venant de diverses chorales, de la cantate Ar marh dall [Le cheval aveugle] en 1979 sur un livret de Job an Irien et sous la direction de René Abjean. 

  • Photos : Le chœur d'hommes Mouez paotred Breizh, plusieurs fois champion de Bretagne des chorales, dirigé par Jean-Marie Airault (à gauche).
  • Yann-Ber Thomin, président de la fédération Kanomp Breizh.

Kevrenn-Alré-Lorient-2018-K53A0853-©Myriam-Jégat

La fédération Sonerion et les bagadou : performances et défis

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Les chorales sont cependant bien loin d’avoir le même impact et la même audience que les bagadou. Ceux-ci font désormais largement partie du paysage musical de la Bretagne, singuilèrement en été, alors que la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) ne leur verse pas le moindre euro de subvention annuelle sous prétexte que les instruments dont ils jouent ne sont pas suffisamment diversifiés. "Mais nous ne sommes pas là pour jouer du piano", me déclare en souriant André Queffelec, président de la fédération Sonerion (anciennement B.A.S.) depuis neuf ans. 

Je suis allé le rencontrer chez lui, près de Brest, pour les besoins de cet article dans Brud Nevez. Plus de cent trente bagad (dont quelques-uns en région parisienne, à Bordeaux, en Guadeloupe, à New York et ailleurs) adhèrent aujourd’hui à la fédération, laquelle initie chaque année quelque 4 000 jeunes à la musique de bagad : "il le faut bien, déclare le président, pour assurer la relève des sonneurs dans dix ans".

Parle-t-on breton du moins dans les bagadou ? Elouan Le Sauze a mené en 2017 une enquête dans le cadre de de son master auprès de 478 sonneurs de bagad. 28 % déclarent le parler très bien ou assez bien, 27 % n’en connaissent que quelques mots, et 35 % n’en savent rien. Mais André Queffelec, qui a connu l’époque où les anciens, dans les années 1980, parlaient couramment le breton au bagad de Plougastel-Daoulas, se dit ravi d’entendre de jeunes apprentis sonneurs échanger en cette langue aujourd’hui. Pour autant, il n’y aurait que la Kerlen Pondi, à utiliser un peu le breton lors des répétitions !

La fédération Sonerion est confrontée à bien d’autres défis. Celui de ses origines et de son histoire, par exemple. Polig Monjarret l’a-t-elle réellement créée en 1943 ou ne l’a-t-elle été qu’en 1946 ? Il serait bien temps que les historiens et autres chercheurs puissent avoir accès aux archives. Autre question complexe, celle des droits d’auteurs : André Queffelec est d’avis que les musiques traditionnelles de tous les peuples de la terre sont le bien commun de tout un chacun. Peut-on introduire d’autres instruments que cornemuse et bombarde dans un répertoire de bagad ? En dehors des concours, chacun fait ce qu’il veut. Lors des concours, le règlement s’impose. C’est tout un monde, les bagadou. La preuve : ils voyagent de Shanghai à La Nouvelle-Orléans pour présenter leur musique !

  • Photos : La Kevrenn Alre (Auray) devant le public du Moustoir lors du championnat national des bagadou à Lorient en 1998. © Myriam Jegat.
  • André Queffelec, président de la fédération Sonerion.

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Mari Kermareg : un parcours à la télé, une vie de comédienne

Mari-Kermareg-3

Ne manquez pas, enfin, l’interview de Mari Kermareg dans Brud Nevez. Pendant des années, elle est allée interviewer les bretonnants pour le compte de la revue. Dans ce numéro 318, c’est elle qui répond aux questions. Elle raconte son vécu d’aujourd’hui avec de la sénérité et beaucoup de spontanéité, regrettant de ne plus pouvoir jouer au golf par exemple. Elle se remémore ses rencontres avec Charles Le Gall et sa femme Chanig, à qui elle a succédé comme speakerine des émissions de télévision en langue bretonne sur FR3. 

Elle a ensuite été productrice avant de devenir réalisatrice elle-même, rencontrant les différents acteurs du renouveau musical et littéraire des années 70 et 80. Elle témoigne ainsi de sa grande proximité avec la harpiste Kristen Noguès et l’écrivaine Naig Rozmor en particulier. Elle a également abordé des sujets difficiles, comme ce film précurseur qu’elle a tourné avec d’anciens soldats s’exprimant pour la première fois sur leur douleureuse histoire personnelle lors de la guerre d’Algérie. Elle raconte aussi comment elle s’est investie en tant que comédienne dans la troupe de théâtre Penn ar Bed qu’animait Rémi Derrien. Il y a de a densité et de l’émotion dans ses propos.

  • Photos : De gauche à droite, Fañch Broudic, le réalisateur François Tager et Mari Kermareg, alors productrice pour les programmes en breton de FR3, dans les années 1970. DR
  • Mari Kermareg, dans sa maison de Plouguerneau. DR


13 août 2019

Un scoop de Ouest-France : les derniers poèmes de Pierre-Jakez Hélias

Hélias inédit Ouest-France 2019-08-13

Le plus connu des écrivains bretons du XXe siècle est décédé il y a vingt-quatre ans, le 13 août 1995. C’est cette date anniversaire qu’a choisie le quotidien Ouest-France pour annoncer ce mardi en dernière page et en forme de scoop la découverte des derniers poèmes qu’avait rédigés Pierre-Jakez Hélias avant sa disparition.

Je m’attendais à quelque chose, puisque l’une des auteures de l’article, Flora Chauveau (avec Emma Deunf), m’avait contacté il y a trois semaines pour des renseignements le concernant, sans pouvoir m’en "dire plus pour le moment", m’indiquait-elle mystérieusement, tout en me promettant que ce serait "passionnant". J’ai donc patienté tranquillement que s'achève l'enquête, en lui faisant remarquer que c’est le propre des (grands) écrivains qu’on ne cesse de découvrir d’autres facettes de leur histoire ou de leur personnalité post mortem.

Ces poèmes, au nombre d’une quinzaine et presque tous en français, sont ceux qu’Hélias a écrits lors de son dernier séjour à l’hôpital, à l’encre bleue sur de grands feuillets et qu’il a offerts au jour le jour à Nicole Guiochet, alors cheffe du service d’oncologie de l’établissement, aujourd’hui en poste dans le sud de la France. Ils avaient été exposés à l’hôpital après son décès et lus lors d’un congrès de cancérologie. Depuis, personne n’en avait entendu parler, jusqu’à ce que la médecin ne les ressorte de l’oubli pour une présentation en petit comité lors du dernier Festival de Cornouaille.

Dans Ouest-France, Nicole Guiochet témoigne de son émotion d’avoir accompagné l’écrivain pendant sa maladie. Pour son témoignage et pour la reproduction de quatre des poèmes, dont un bilingue, français et breton, l’article vaut d’être lu. Une biographie succincte présente l’itinéraire de celui qui naquit Pierre Hélias à Pouldreuzic en 1914 et qui deviendra Pierre-Jakez Hélias (et Per-Jakez Helias en breton) après la dernière guerre. Comme c’est souvent le cas, on cite quelques-uns de ses titres en français, dont l’incontournable Cheval d’orgueil, mais aucun de ceux qu’il a publiés en breton. On ne présente non plus aucun de ses ouvrages de poésie, géneralement rédigés dans les deux langues, et c'est un peu dommage. Il est vrai qu’il a été bien plus lu en français que dans sa langue première.

04 août 2019

Deux magiciennes dans le ciel de Brest

Cie Retouramont-1   Cie Retouramont-2

Depuis jeudi, je voulais vous parler de cette troupe venue de Charenton-Le-Pont, dans le Val-de-Marne, et dont le spectacle a débuté lors des deuxièmes Jeudis du port de cet été à 19 heures 12 aussi ponctuellement qu’annoncé. La troupe, c’est la Compagnie Retouramont, dont le directeur artistique est Fabrice Guillot. À vrai dire, je ne connaissais pas grand-chose du spectacle avant d’y aller, et c’est en voyant le dispositif en place que je me suis installé dos au soleil pour prendre des photos des actrices sur fond de ciel bleu. Car le ciel peut être bleu à Brest aussi. J’ai appris depuis qu’elles pratiquent "la danse verticale" de manière à révéler "les potentialités de nos villes". Ce qui aurait pu n’être qu’un concept comme il y en a tant se révèle en réalité bien séduisant.

Cie Retouramont-3Cie Retouramont-4

Les deux acrobates sont donc des danseuses qui ne restent pas bien longtemps scotchées au sol et ne cessent ensuite de se propulser vers le ciel, de monter, de descendre, de glisser, de marcher et d’évoluer à hauteur du monument américain qui surplombe le port. On en oublie ses repères, on craint la perte d’équilibre, mais non, l’une après l’autre ou toutes les deux ensemble se cherchent ou se repoussent, se retrouvent et s’éloignent, les corps-à-corps sont fugitifs le long de cordages actionnés par des poulies ou de longues structures tubulaires blanches qu’elles emboîtent et construisent on dirait comme elles veulent. Si, au lieu d’être noirs, les cordages avaient été transparents, on aurait pu croire qu’elles volent. Quand les danseuses ont la tête en bas, le public, subjugué par tant de magie, n’a d’autre choix que de s’étonner et de lever la sienne au ciel. Il a juste le temps d’applaudir brièvement entre deux séquences, et ça repart jusqu’au final. Ce spectacle de "voluminosité" (c'est ainsi qu'il s'apelle) est une performance et repousse les limites de la perspective.

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Si la Compagnie Retouramont n’est pas encore venue dans votre ville, trouvez d’urgence le moyen de l’inviter. C’est bluffant.

  Cie Retouramont-7

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08 juillet 2019

Le championnat contrasté des chorales de Bretagne

Bro goz ma zadou-1

Le championnat des chorales de première catégorie se déroulait dimanche 7 juillet à Landerneau, dans le cadre du festival Kann al loar [Le clair de lune]. Car les chorales de Bretagne, du moins celles qui mettent le chant d’expression bretonne à leur répertoire, ont leur championnat, comme les bagadou ont le leur et, c’est bien connu, à peu près toutes les disciplines sportives, du football au beach volley. On se gardera bien cependant de comparer une performance artistique à une compétition sportive, même si l’une et l’autre impliquent compétence, persévérance et talent. Et c’est pourquoi je me demande si une compétition sous la forme d'un "championnat" convient réellement pour des chorales.

D’autant que l’édition 2019 de la première catégorie n’a pas été un si grand cru. Pour une raison bien simple au départ : seuls trois chœurs, sur les sept attendus, se sont présentés, les autres ayant dû faire défection. Par ailleurs, le jury s’est abstenu de décerner la mention spéciale d’usage pour la qualité du texte : est-ce un signe ? Sur le programme, je n’ai repéré que trois chants bénéficiant du label "création", sur un total de quatorze présentés pour le concours. Je ne sais pas s’il y en avait davantage les années précdentes. 

Paotred Pagan-1   Premel Yann-Ber-1

Un chœur de de dix-neuf chanteurs bretonnants

Toujours est-il que ce sont les "Paotred pagan", le chœur d’hommes du pays pagan qui obtiennent le trophée 2019 de la création pour leur interprétation de "Ar vered e-tal ar mor" [Le cimetière maritime], un traditionnel irlandais transposé en breton par Yann-Ber Premel, lequel assure aussi la direction de cette chorale constituée de dix-neuf chanteurs bretonnants, et c’est la seule avec ce profil. Je suis tenté de dire que cela se ressent fortement sur l’interprétation. 

Le groupe est composé de quatre pupitres et accompagné de trois musiciens. Leur répertoire raconte la vie de la mer en un pays de pêcheurs, de goémoniers et de marins. Les "Paotred pagan" ont obtenu la note de 14,76 points sur 20 — admirez la notation à la décimale près — ce qui leur vaut d’être classés 3e.

Le commentaire de Yann-Ber Premel

  • Nous avons débuté avec René Abjean pour un CD de chants de marins à trois voix, ténors, barytons et basses. On a réuni des chanteurs du pays pagan et jusqu'à Brest qui apprécient de chanter en breton. On utilise des partitions au début, puis on essaye de s'en passer. On n'est pas une chorale comme Mouezh paotred Breizh, juste un cercle de chanteurs.

Guy Pouliquen-1  Aber al Liger-1 

Une chorale bretonne de Loire-Atlantique

C’est de l’autre extrémité de la Bretagne (historique) que vient la chorale "Aber al Liger" [L’estuaire de la Loire], dont le nom traduit bien l’origine. Elle a été créée à la suite de la venue à La Baule en 2015 du Chœur gaélique d’Écosse. Sous la direction de Guy Pouliquen, elle se produit lors de festivals comme celui "Anne de Bretagne" à Nantes ou en partenariat avec l’École municipale de musique d’Indre pour un concert réunissant soixante choristes et quarante musiciens. À Landerneau, la chorale a présenté "Imran e Keltia", un périple à travers les pays celtiques. Elle obtient la note de 14,93 points, ce qui lui permet de juste surclasser les Pagan et de figurer à la 2eplace du classement.

Le commentaire de Guy Pouliquen

  • Nous chantons en breton en Loire-Atlantique parce qu'il existe un répertoire et que Nantes fait partie de l'âme bretonne. Il y a un public qui a l'envie de l'écouter. Nous n'avons pas énormément de bretonnants. Mais l'écho est plutôt bon et les concerts que nous donnons avec l'école de musique sont des moments magnifiques.

 

Airault Jean-Marie -1  Mouezh paotrred Breizh-1

Un sixième premier prix pour "le" chœur d'hommes breton

Les résultats précédents ayant été divulgués et comme il ne restait pas d’autres concurrents, il n’y avait aucun suspense pour le premier prix : comme l’a indiqué la présidente du jury, "Mouezh paotred Breizh" [Le chœur d’hommes de Bretagne] a encoregagné ! C’est effectivement son sixième titre de champion de Bretagne des chorales depuis 2008. Il l’emporte avec une note de 16,53 points pour une prestation intitulée "Amprestiñ a ra Breizh da sonerezh ar re all" [La Bretagne emprunte à la musique des autres". 

Le projet est explicite, puisque les musiques des cinq morceaux interprétés à Landerneau, tous sur des paroles bretonnes, ont été composées rien moins que par Schubert, Beethoven, Sibélius, l’estonien Arvo Pärt ou le russe Dimitri Bornianski !

Les chanteurs tout comme les musiciens de MPB viennent de toute la Bretagne, ce qui est forcément contraignant pour les répétitions, et en même temps un gage de motivation. Le groupe que dirige Jean-Marie Airault depuis ving-six ans se targue à juste titre d’être "une référence de qualité du chant breton".

Depuis sa création, il a donné plus de quatre cents concerts, en Bretagne bien sûr et ailleurs en France, y compris la capîtale, et à l’étranger : États-Unis, Angleterre, Italie, Pologne, les autres pays celtiques… Il met à son programme des chants traditionnels sacrés et profanes, mais aussi quantité d’auteurs, poètes et traducteurs. Il est juste curieux que leur site internet, par ailleurs perfectible, soit référencé comme "chœur d’hommes de Bretagne" et apparemment pas sous l’appellation "Mouezh paotred Breizh".

Le commentaire de Jean-Marie Airault

  • Le breton se chante comme toutes les langues. Je ne suis jamais tout seul. Les trois-quarts du groupe le comprennent, une bonne motié le parle de temps en temps. Les gens aiment bien qu'on leur apporte des chants et des choses originales qu'ils ne connaissent pas, ça marche. Ailleurs, les gens réclament aiment ça. Beaucoup de Bretons aiment bien exporter leur culture, mais pas chanter en breton.

Thomin Yann-Ber-1    Reén Abjean web-1

Quelques autres diverses notes

L’annonce du jour : Jean-Pierre Thomin, président de "Kanomp Breizh" [Chantons la Bretagne], la fédération organisatrice de l’événement, a présenté le premier livret de "Eostad René Abjean" [Le collectage de René Abjean], un recueil des airs collectés ou composés par lui-même. L’ouvrage entièrement en breton est accompagné d’un livret de traductions. On peut se le procurer sur le site de Kanomp Breizh. 

L’homme du jour : René Abjean justement, pour cet ouvrage (photo d'archives Kanomp Breizh, lors de Breizh a gan 2014, Pontivy). À Landerneau, cette année, il était discrètement assis dans l’assistance. Mais si mes observations sont exactes, c’est lui qui a composé ou harmonisé la moitié des chants interprétés lors du championnat, soit sept sur quatorze. C’est dire sa prééminence dans l’histoire récente et actuelle du chant choral d’expression bretonne.

Le répertoire : très souvent des cantiques, il reste très marqué par ses origines religieuses. Mais à part deux poèmes récents de Jean-Pierre Boulic traduits par Job an Irien ou un texte de Mari Kermareg, on entend surtout des paroles d’auteurs disparus. L’écriture serait-elle en panne ? D’autant que lors du concert qui a suivi la compétition, a été une nouvelle fois interprétée "Tridal a ra va c’halon" [Mon cœur frémit], adaptation d’un hymne protestant gallois, rigoriste au possible. J’en ai entendu se demander comment on pouvait toujours chanter de telles horribles paroles au XXIe siècle. Je me dis que chaque chorale choisit son répertoire en connaissance de cause, mais… 

Public-1   Public-2

Le public : chaleureux. Quelque cent trente personnes dans l’assistance, sans compter les choristes. Très peu de jeunes. L’église Saint Thomas dans laquelle se déroule le championnat des chorales est l’îlot de tranquillité du festival "Kann al loar". Mais aussi le plus discret. Ce n’est assurément pas la plus forte affluence. Il ne fait pas la une des journaux, comme le Celtic Social Club ou la fête maritime. La preuve, ce lundi, Ouest-France comme Le Télégramme ne consacrait chacun que deux petites lignes symboliques aux chorales bretonnes. "It's a long way to…" pour qu’on voie l’une d’entre elles en pleine page, comme pour Astropolis, le Festival de Cornouaille ou Les Vieilles Charrues… Sur ce plan, on est même très loin du modèle gallois originel.

Yann Goasdoué-1

Le final : ce fut inévitablement le "Bro goz ma zadou" [L’authentique pays de mes ancêtres], interprété par les trois chorales et l’assistance à l’unisson. Photo au début de ce post.

Le doyen : au premier plan de ce final, on ne pouvait que remarquer la vivacité sonore de Yann Goasdoué à la bombarde. Il fut, il y a longtemps, le fondateur du groupe de fest-noz "Diaouled ar Menez" [Les diables de la montagne]. Il accompagne volontiers la "Mouezh paotred Breizh". S’il ne l’est déjà, il sera bientôt le doyen des "talabarderien" [sonneurs de bombarde], non ?

La suggestion : au lieu de fonctionner en parallèle, la fédération Kanomp Breizh et le festival Kann al loar ne pourraient-ils pas s'associer pour sortir les chorales de la confidentialité et de l'église où elles sont confinées ? Pourquoi pas un grand concert en ville et en soirée de ce qui se fait le mieux en matière de chant choral, dans une scénographie dynamique, pour renouveler le genre et attirer un plus large public ? Ce serait un beau projet et ça vaudrait le coup.

La revue en langue bretonne Brud Nevez consacrera dans son prochain numéro un dossier au chant choral au Pays de Galles et en Bretagne.

07 juillet 2019

Un stage en breton autonome et sans le moindre cours

Glamp Feunteun wenn

J'ai reçu le message suivant qui invite les bretonnants et bretonnantes, même débutants, à participer à un stage tout à fait original, très bon marché et en autonomie. Il ne sera dispensé aucun cours lors de cette rencontre qui durera toute une semaine à Plougastel-Daoulas. Par contre, diverses activités seront proposées aux stagiaires : travaux agricoles, cuisine, plage, discussions… Les participants sont invités à se respecter mutuellement.

Si vous pouvez lire le texte suivant, vous devriez pouvoir vous inscrire.  

Glamp ar Feunteun Wenn #3

Etre ar Meurzh 23 hag al Lun 29 a viz Gouere e vo ur c'hamp brezhonek emren e Plougastell-Daoulaz. C'hwennat, fardañ boued, pourmen, kaozeal ha mont d'an aod a vo graet asambles. Ne vo ket graet kentel ebet ! Digor eo d'an holl vrezhonegerien ha d'an holl vrezhonegerezed. Ar faskourien hag an archerien a chomo er gêr, avat.

Ur c’hamp brezhonek emren. Petra ‘vo graet ?

Bevañ e brezhoneg, ha n’eo ket kaout ur bern kentelioù. Labouret ‘vo er parkeier, kinniget ‘vo atalieroù a bep seurt, fardet ‘vo boued asambles, hag amzer a vo ivez da vont d’an aod pe da bourmen. Tabutal ha kaozeal a rimp ivez, evel-just. Gant ar stajidi eo ‘vo kinniget an atalieroù hag ar beilhadegoù. Lavarit deomp, enta, petra ‘fell deoc’h aozañ. Etre ar Meurzh 23 hag al Lun 29 a viz Suilhet ’vo graet. Gwelloc’h eo ma c’hellit chom a-hed ar c’hamp, pe tri dervezh d’an nebeutañ.

Ne fell ket deomp e vije ker ar sizhunvezh. Goulennet ‘vo gant pep hini reiñ 7 euro bennak evit kement devezh ‘vo bet chomet er c’hamp, evit paeañ ar boued.

Pelec’h e vo ?

War un tiegezh [un ti-feurm, m’ho peus c’hoant] e Plougastell-Daoulaz.Saout, deñved, yer ha legumaj a zo war an tiegezh, setu arabat deoc’h kas ho chas ganeoc’h. Un dachenn vras a vo evit kampiñ, setu kasit un deltenn ganeoc’h. Ma ne c’hellit ket kampiñ (evit abegoù yec’hed, da skouer), lavarit deomp. Un disoc’h bennak a vo kavet.

Petra 'zo da c'houzout a-raok dont ?

Digor eo ar c'hamp d'an holl. Dre se e klaskimp doujañ ouzh an holl, ha surtout ouzh an dud vinorelaet er gevredigezh-mañ : merc'hed, tud paour, heñvelreizhidi hag an holl LGBTI, tud estren pe tud a vev feulster abalamour da liv o c'hroc'hen... Ni fell deomp e vefe an dud-se en o aes er c'hamp-mañ.

E brezhoneg ‘vo graet tout. Anat deoc’h ne vo amprouenn yezh ebet da zervezh kentañ ar staj : deuit memes ma ne gomzit ket mat (c’hoazh), metdav deoc’h gouzout ne vo ket troet ger ebet deoc’h d’ar galleg…

Me fell din mont ! Penaos ‘ran evit lakaat va anv ?

N’ho peus ken nemet skrivañ ur mail da : brezhoneg [at] riseup.net (lakaat @ e-lec’h [at]), a-raok ar 15 a viz Suilhet. Displeget ‘vo deoc’h war-lerc’h pelec’h emañ an tiegezh resis, hag all. Skrivit d’ar mail-se ivez m’ho peus goulennoù da ober ouzhomp.

Piv omp ? Ur strolladig tud eus Plougastell ha tro-war-dro, hag eus pelloc’h ivez. Lod ac’hanomp a zo ezel eus kevredigezh « Re diwar ar maez ». Ur blog hon eus ! https://rediwararmaez.home.blog/

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02 juillet 2019

Les touristes qui viennent passer l’été en Bretagne seraient-ils des migrants ? Un site internet l'affirme.

NHU et les migrants

Au nom de la Bretagne on peut tout écrire, le meilleur comme le plus extravagant. Le site NHU nous annonce ainsi depuis lundi 1er juillet l’arrivée "imminente" de "un million de migrants aux portes de la Bretagne" qui vont nous "envahir". 

Vous ne connaissiez pas NHU ? Ce n’est pas très connu. Et vous ne savez sans doute pas ce que signifie le sigle. C’est du breton, qu’il faut savoir lire et écrire pour le décrypter. C’est l’abréviation de "Ni hon-unan", en français "Nous-mêmes". Un calque de l’irlandais "Sinn Féin", que divers groupes bretons ont fait leur à différents moments, dans les années 1990 par exemple, à l’occasion de quelques attentats. 

Le site NHU se veut engagé, mais non partisan. Il insiste sur le fait que la Bretagne est "aussi vaste que Taïwan" : comparaison aussi lointaine qu’inattendue. Comme Taïwan n’est assurément pas un pays celtique, ce doit être l’histoire de l’île qui fascine NHU.

Un article effarant

Le site se présente comme un "média internet participatif breton et citoyen". Il aborde effectivement une assez large variété de thématiques. Tout un chacun est invité à devenir rédacteur, sans pouvoir utiliser de pseudo. Là, le post sur "l’arrivée massive de migrants" dans la région est signé de "la rédaction". Ce qui voudrait dire (d’après sa charte) que l’auteur ne voulait pas s’afficher. Mais il a suffi de quelques réactions pour que celui qui se présente ailleurs sur internet comme "initiateur et co-animateur de NHU", Rémy Penneg, reprenne la plume pour commenter les commentaires.  

Ce qu’il y a d’effarant dans cet article, présenté comme étant une dépêche de correspondants fictifs, applique aux touristes qui s’apprêtent à venir passer leurs vacances en Bretagne la terminologie exacte que les populistes d’extrême droite utilisent un peu partout pour rejeter les migrants qui veulent rejoindre l’Europe par le sud. On joue sur l'emphase, on dramatise à souhait.

Petit florilège

  • "Des familles entières, mais aussi des groupes de jeunes, auraient l’intention d’entrer en Bretagne".
  • "Des regroupements familiaux sont également à craindre". 
  • "Pourquoi ces migrants choisissent-ils la Bretagne ? Pourquoi veulent-ils venir en Pays bigouden. Mais pas dans les Ardennes françaises ?" 
  • "Les migrants climatiques sont maintenant à nos portes !"
  • "Les migrants qui vont envahir la Bretagne bientôt n’en peuvent plus de (sur) vivre là où ils sont aujourd’hui installés".
  • Ils "vont entrer en Bretagne par nos frontières de l’est".
  • "Un flux migratoire important du nord par bateaux (sic)".
  • On assiste à un "afflux migratoire exceptionnel".
  • "Beaucoup seront hébergés dans des tentes […] Mais également dans des hôtels qui se préparent à cet afflux massif, et même chez l’habitant".
  • "Ces migrants saisonniers que d’aucuns appellent aussi touristes" sont par ailleurs désobligeamment comparés à "des oiseaux qui migrent pour trouver temporairement une meilleure nourriture".

Un mauvais gag ?

On croit rêver. Cette prose est présentée comme un billet d’humeur. On peut donc tout à fait le comprendre comme du ressentiment ou comme une manifestation de mauvaise humeur. L’auteur prétend avoir voulu "traiter de façon décalée" de la migration estivale des touristes vers la Bretagne et reconnaît certes que le sort des réfugiés est "bien plus délicat". 

Sachant que la Bretagne reçoit aussi des réfugiés, c’est travestir les conditions dans lesquelles ils arrivent en Europe et cautionner le langage qu’on emploie couramment à leur encontre. Pourquoi donc de telles comparaisons ? Pourquoi utiliser ce vocabulaire stigmatisant qui n’a rien de drôle ? Quel est le but ? S’agit-il de décrédibiliser les réfugiés comme le font les ministres italiens ? Ou de dénoncer le tourisme en Bretagne et d’ostraciser ceux qui veulent profiter de "tout ce dont nous, Bretonnes et Bretons, bénéficions en permanence" ? Les réfugiés n'aiment pas trop ce type de propos. Les touristes qui arrivent en Bretagne, eux non plus, ne vont pas apprécier d'être accueillis en ces termes. C'est du mépris.

Rémy Penneg a beau vanter l'hospitalité bretonne légendaire, son propos, au fond, n'est que de mettre en évidence la différenciation entre nous et eux. Nous, on est les Bretons au sang pur et au cœur généreux, sous-entendu, on n'est pas Français. Eux, ce sont les autres, qui ne sont donc pas Bretons, puisque ce sont des Français, des Belges, des Allemands, des Britanniques, etc. On veut bien qu'ils viennent séjourner en Bretagne temporairement, pourvu qu'ils ne restent pas trop longtemps, et à condition qu'ils veuillent bien payer leur écot en franchissant la frontière (pas tout à fait invisible) entre la Bretagne et la France, au péage de la Gravelle. C'est un discours d'exclusion que les responsables du tourisme à la région comme au niveau local, ni ceux qui en vivent, ne devraient pas goûter du tout. C'est une forme de xénophobie. Le post de NHU n'est pas un mauvais gag, c'est parfaitement désagréable.

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