Le blog "langue-bretonne.org"

08 janvier 2018

Un calendrier numérique 2018 tout en breton

  • C'Hwevrer_2018_A_vro_da_vro

  • Bloavez mad hag evuruz, yehed ha prespolite
  • Bonne et heureuse année, santé et prospérité.

C’est très exactement ce que je souhaite à tous les lecteurs de ce blog. Que vos projets, aussi bien personnels que professionnels, aboutissent au cours de la nouvelle année.

Je n’ai pas trouvé mieux que d’accompagner ces vœux d’un calendrier breton. Je ne parle pas de ces calendriers plus ou moins bilingues, assez courants désormais, mais d'un calendrier entièrement présenté en breton. On n’en trouve pas beaucoup, c'est le moins qu'on puisse dire. J’ai l’impression que le seul disponible, en version papier, est celui que proposent les écoles Diwan à tour de rôle depuis quarante ans. Cette année, c'est au tour de celle de Nantes de retracer cette "épopée".

Il fut un temps, étaient publiés différentes sortes de calendriers ou d'almanachs en breton. Je pensais donc depuis un moment à ce qui me paraissait être une lacune : pourquoi pas un calendrier numérique en breton ? J'en ai conçu un, tout simple, à usage personnel ou familial, sur le thème du voyage, et c'est la raison pour laquelle je l'ai intitulé "A vro da vro", d'un pays à l'autre.

Le calendrier est en effet illustré de photos que j'ai pu prendre à La Réunion, sur les rives du Saint-Laurent au Canada, mais aussi à Bologne ou à Londres. J'ai retenu deux photos de Chine :

  • l'une de Shanghaï vu du haut d'une tour
  • et l'autre du pays des Ouïgours, dans le Xinjiang : des troupeaux de moutons dévalant la montagne aride pour rejoindre pâturages et cours d'eau dans la vallée.
  • Deux autres photos illustrent le Pays de Galles.

Je n'ai pas pu résister au plaisir d'insérer une photo de la cave originale construite par le Breton Jean Le Calvez, par ailleurs un très bon bretonnant originaire du Trégor, en 1989 dans la petite commune de La Caunette, en plein vignoble du Minervois, pas loin de Minerve et de Narbonne.

Deux autres évoquent un paysage maritime de la côte nord de la Bretagne et la nouveauté brestoise de l'année passée. Vous ne devinez pas laquelle ? Mais le téléphérique, bien sûr !

Même si vous ne savez que trois mots de breton, vous devriez aisément vous repérer sur ce calendrier, ici proposé en deux fichiers distincts, et j’ose espérer qu'il vous plaira de le feuilleter.

Nota bene : il vous faut un tableur pour l'ouvrir, et pour le télécharger, il suffit de cliquer sur les liens ci-après. Si vous souhaitez obtenir le calendrier en un seul fichier, contactez l'auteur par le lien ci-dessus, colonne de droite.

Posté par Fanch Broudic à 21:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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06 janvier 2018

Quimper s’affiche en breton

Kezekenned-dir

Iliz-veur

Grâce à l’illumination de la cathédrale Saint-Corentin tous les soirs depuis la mi-décembre, la capitale de la Cornouaille est très présente dans l’actualité et dans les médias en ce moment. On n'avait jamais vu la cathédrale ainsi colorée. Il n’est pas étonnant que le public ait répondu présent en masse.

Ce faisant, Quimper est tendance et s'inscrit dans la démarche de nombreuses autres villes en Bretagne et ailleurs et de celle des grands calvaires bretons depuis quelques années déjà en été. C'est bien perçu et c'est tout bon pour l'économie locale tout comme pour l'image de la ville.

Petit détail, qui n’est pas anodin : le spectacle s’intitule "Iliz-veur", qui veut dire "cathédrale" en breton. C'est sobre, voire minimaliste, juste un mot, mais il sonne fort. La ville en a fait largement la promotion par des inserts publicitaires à répétition dans nos quotidiens régionaux. Attention : la dernière séance, c’est pour ce samedi.

Reines et petites reines

Quimper a surpris également en début de semaine par le visuel qu'elle a publié pour souhaiter la bonne année, notamment en première page de toutes les éditions finistériennes d'Ouest-France. La tonalité est tout en jaune, en rapport avec l'arrivée d'une étape du Tour de France le 11 juillet prochain, en lien aussi avec le 95e anniversaire du Festival de Cornouaille, représenté à partir d'une œuvre du peintre Robert Micheau-Vernez.

Les deux langues, breton et français, sont à parité sur ce visuel. Le texte français joue sur l'analogie entre les reines de Cornouaille qui sont élues chaque année à l'occasion du Festival et les "petites reines" du Tour de France. Sa transposition en breton n'allait pas de soi. Un calque parfait était possible, mais n'aurait pas vraiment fonctionné. La traduction retenue s'appuie sur le terme "kazeg-koad" traditionnellement utilisé pour désigner un manège : littéralement, un "cheval de bois". Il a été mis au pluriel et féminisé et l'acier a remplacé le bois, ce qui donne "kezekenned-dir", littéralement "des juments d'acier". Ce qui est pour le moins inattendu pour désigner les vélos de coureurs cyclistes. Mais il faut quelquefois pousser la métaphore, n'est-ce pas ?

Sur le site de la ville, le visuel a muté pour devenir une animation vidéo avec le concours d'un pupitre de batteries de bagad. Sur l'animation, français et breton s'affichent à tour de rôle. C'est rythmé et c'est enlevé.

J'avais épinglé la ville de Quimper il y a quelques mois pour un déficit d'utilisation du breton lors de l'inauguration de la stèle Pierre-Jakez Hélias. Les deux initiatives de ce début d'année seraient-elles l'amorce d'une nouvelle donne ? Gwelet 'vo ! Nous verrons bien.

Posté par Fanch Broudic à 14:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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18 décembre 2017

Deux almanachs bretons de la Révolution

 

Armanac an tad Gérard Brest  Armanac an tad coz Gérard Quemper  Alamanach du Père Gérard éd Le Menn


L'Almanach du Père Gérard de J.M. Collot d'Herbois (1791). Le texte français et ses deux traductions en breton / réédités et annotés par Gwennole Le Menn. Préface et commentaires de Michel Biard. Avec index général. – Saint-Brieuc : Skol, 2003. - 517 p., ill. – (Bibliothèque bretonne).

Ce livre constitue une belle surprise : il s'agit en effet de la réédition de deux ouvrages en langue bretonne parus à l'époque de la Révolution française, que l'on pouvait considérer comme "perdus" et dont depuis seuls des universitaires ou des érudits (comme Emile Ernault ou Daniel Bernard) avaient eu connaissance.

Qu'est-ce, d'abord, que cet "Almanach du Père Gérard" ? L'auteur en est Jean-Marie Collot, dit Collot d'Herbois (1750-1796), plus connu pour son action à la Commune révolutionnaire de Paris et à la Convention que pour les pièces de théâtre qu'il a écrites. En 1791, il est le lauréat d'un concours organisé par la société des Jacobins (qui avait succédé au Club breton, lui-même créé par les députés originaires de Bretagne). Le concours avait pour objet de désigner l'ouvrage qui mettrait le mieux en valeur les principes de la nouvelle Constitution qui venait d'être adoptée cette année-là.

Collot d'Herbois et le jury qui le sélectionne optent pour un ouvrage rédigé sous la forme d'un almanach, dont la formule est considérée comme étant bien à même de toucher le plus grand nombre. C'est à cet almanach qu'on donne le nom du Père Gérard. Celui-ci n'est autre que Michel Gérard, un paysan né en 1737 à Saint-Martin en Ille-et-Vilaine, ancien député aux États Généraux et membre de l'Assemblée Constituante. L'ouvrage propose un calendrier pour l'année 1792, mais il est surtout conçu sous la forme d'un dialogue entre le Père Gérard, et les habitants de son village. En une douzaine d'entretiens, il répond à leurs interrogations, dissipe leurs craintes et leur explique les bienfaits de la nouvelle Constitution.

L'Almanach devient le best-seller de l'époque : il connaît huit éditions parisiennes en quelques mois, auxquelles il faut ajouter celles de province. Le succès est tel que paraissent des pastiches ou des réfutations (dont l'une présentée comme ayant été traduite du bas breton !), mais aussi des éditions en langues étrangères et dans les différents idiomes (selon le terme de l'époque) ou langues parlés sur le territoire national : l'Almanach du Père Gérard est ainsi publié

  • en allemand à Strasbourg et à Leipzig,
  • en flamand à Dunkerque,
  • en provençal à Carpentras,
  • en anglais à Londres.
  • Et on en publie donc aussi deux traductions, peut-être trois, en langue bretonne.

L'initiative, en soi, n'est pas originale. Dès 1789, des textes relatifs aux Etats Généraux sont traduits en breton. De nombreux autres concerneront ensuite la Constitution civile du Clergé. La Basse-Bretagne appliquera les stipulations du décret du 14 janvier 1790 invitant le pouvoir exécutif à faire traduire les délibérations de l'Assemblée Constituante dans les différents idiomes. Il faut cependant attendre 1793 pour trouver la traduction en breton de textes émanant des instances supérieures de la Révolution :

  • l'Acte constitutionnel et la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de juin 1793,
  • un rapport de Robespierre,
  • des décrets de la Convention, etc.

Des traducteurs sont officiellement recrutés et rémunérés pour leur activité, dans le Morbihan comme dans le Finistère : Salaun dans le district de Brest, Pervès à Morlaix, le citoyen Raoul à Landerneau… Comme je l'ai précisé ailleurs, le breton désormais n'est plus seulement le moyen d'expression habituel de tout un peuple, il n'est plus seulement la langue de l'Église : du fait de la Révolution il accède pour la première fois au statut de langue de la politique.

À l'occasion du Bicentenaire de la Révolution, Andreo ar Merser avait rassemblé ces textes bretons de la période révolutionnaire en deux volumes. Mais l'Almanach du Père Gérard n'y figurait pas. On savait pourtant que le 10 février 1792 le Directoire du Finistère avait décidé de "répandre principalement dans les campagnes […] les leçons du vénérable député d'Ille-et-Vilaine revêtues des formes picquantes et de l'expression énergique et naïve de l'idiome celtique". On savait aussi que des exemplaires en avaient été distribués, le 3 avril 1792, entre les municipalités et les juges de paix du département. Mais il semblait qu'on n'en avait conservé aucun.

Gwenole Le Menn vient d'exhumer des traductions bretonnes de l'Almanach : c'est un petit événement, car la (re)mise au jour de textes en breton de cette nature n'est pas courante. En réalité, ce n'est pas une version en breton de l'Almanach qu'a pu retrouver G. Le Menn, mais deux traductions différentes ! L'une est conservée à la Bibliothèque Municipale de Brest, l'autre à celle de Cherbourg, la première ayant été imprimée chez Derrien à Quimper, la seconde chez Malassis à Brest. Il n'est pas impossible qu'il y ait également eu une édition vannetaise, non localisée à ce jour.

Aucune des éditions retrouvées n'est datée. Chacune se présente sous la forme d'un ouvrage composé de cahiers de petit format. Le texte breton diffère sur de nombreux points dans l'une et l'autre édition, ne serait-ce déjà qu'au niveau du titre, puisque l'une propose une traduction littérale du français ("Armanac an Tad Gerard", et G. Le Menn en souligne avec raison l'ambiguïté religieuse de la formulation), et l'autre une traduction sans doute plus appropriée ("Armamac an Tad Coz Gerard", littéralement : Almanach du grand-père Gérard).

La réédition qui vient de paraître se présente sous la forme d'un fort volume de plus de 500 pages, sous une solide couverture reliée. C'est G. Le Menn lui-même qui assure la présentation et les commentaires à caractère linguistique de l'ouvrage. Pour la partie proprement historique, il a fait appel au concours d'un spécialiste, Michel Biard, précisément auteur d'une thèse sur Collot d'Herbois. Ce dernier insiste sur le fait que l'Almanach n'est pas qu'une simple "publicité" (selon le terme de l'époque) pour la Constitution de 1791, mais que c'est "un écrit qui demande à être analysé avec le plus grand soin, dans la mesure où il est le reflet de la pensée jacobine en cet automne 1791". Bien que le développement du processus révolutionnaire en Bretagne ne soit pas pris en compte, ses observations sur chacune des pages de l'Almanach, présentées "avec un œil critique", permettent au lecteur d'aujourd'hui de situer parfaitement le contexte dans lequel elles ont été rédigées.

Dans son ensemble pourtant, cette réédition laisse une impression de frustration. Les raisons en sont multiples. La première tient aux choix qui ont été réalisés pour la présentation matérielle des textes, qui gêne beaucoup la lisibilité. Se succèdent en effet en alternance

  • les extraits d'une édition en français de l'Almanach (qui sert en quelque sorte de référent, et c'est logique puisque les textes bretons sont nécessairement établis à partir de la version française),
  • puis le texte breton correspondant de l'édition brestoise,
  •  puis celui de l'édition quimpéroise,
  •  les commentaires historiques de M. Biard,
  •  éventuellement ceux de G. Le Menn, et ainsi de suite.

La lecture des textes bretons (et des autres) s'en trouve donc hachée et ne peut se faire en continu.

G. Le Menn souligne avec justesse à plusieurs reprises qu'il "serait intéressant d'avoir une étude de la langue utilisée par les traducteurs" des différents textes publiés en breton sous la Révolution, certains d'entre eux se contentant de bretonniser les termes français, quand d'autres leur trouvent des équivalents bretons, ou proposent même des néologismes. Ce serait intéressant, effectivement, mais le présent ouvrage ne s'y risque pas. G. Le Menn a certes établi lui-même un index déclinant dans l'ordre alphabétique de leur "graphie actuelle" et sur 260 pages tous les termes bretons contenus dans les deux éditions en breton de l'Almanach. Le matériau présente ainsi l'avantage d'être classé et rendu disponible pour un éventuel analyste. On regrette dès lors que l'ouvrage ne propose pas cette étude linguistique (prenant en compte non seulement les aspects lexicographiques, mais aussi les traits phonologiques, dialectologiques et autres) dont l'intérêt avait été suggéré dans la présentation.

Les commentaires sont par ailleurs succincts sur une phrase tout à fait originale, qui ne figure pas dans l'édition en français de l'Almanach du Père Gérard, mais que le traducteur de la version brestoise a rajoutée dans son texte breton :

  • "Mæs pa ê guir n'eus muy na Bretonet, na Gasconet, na Normantet, rag ma oump oll Francisien, criomp eta assambles e Gallec franc : Vive la Nation !"           
  • "Mais puisqu'il n'y a plus ni Bretons, ni Gascons, ni Normands, car nous sommes tous Français, crions donc ensemble en bon français [la langue] : Vive la Nation !" (traduction de G. Le Menn).

Cette phrase présente d'autant plus d'intérêt qu'elle se trouve à nouveau d'actualité. Les questions d'identité, en effet, sont depuis quelques années au cœur de bien des débats, l'entité ou l'identité régionale, voire ethnique, étant confrontées et parfois même opposées à l'entité ou à l'identité nationale. Le propos apparaît d'autant plus significatif qu'étant rédigé en breton, il admet la disparition de la Bretagne en tant que province autonome et sa dissolution dans le nouveau cadre de la nation française.

G. Le Menn met directement ce texte en relation avec les déclarations de Barère selon lequel "le fédéralisme et la superstition parlent bas breton". Ceci voudrait dire que la traduction bretonne n'a été établie qu'après le 8 pluviôse an II (soit le 27 janvier 1794), puisque c'est la date à laquelle Barère présente devant la Convention le "Rapport du Comité de Salut Public sur les idiomes" : or, nous l'avons vu, c'est près de deux ans auparavant, dès le mois d'avril 1792, que le Directoire du Finistère fait diffuser une édition en breton de l'Almanach du Père Gérard (ce qui fournit du même coup une indication sur sa date d'impression).

La phrase que le traducteur a pris l'initiative de rajouter dans l'édition bretonne ne peut donc que faire référence tout simplement à la nouvelle citoyenneté que les révolutionnaires sont en train de promouvoir depuis 1789. Comme le souligne Cécile Laborde, "en rompant brutalement avec les structures particularistes et communautaires de l'Ancien Régime, [ils] proclament avec force l'avènement de ce nouvel individu émancipé parce que décontextualisé, titulaire de droits fondamentaux attribués ”sans distinction d'origine, de race ou de religion”. Universaliste,  le statut de citoyen est donc d'emblée égalitaire".

Il est bien vrai que depuis 1789, les nations d'Ancien Régime ont été emportées et que le mot "nation" a pris alors en France un sens nouveau. G. Le Menn s'étonne que "certains bretonnants" aient pu manifester leur adhésion à cette nouvelle donne politique : c'est exactement ce qu'exprime la phrase en breton rajoutée par le traducteur dans l'édition brestoise. Ce qu'elle révèle, au contraire, c'est qu'on peut être bretonnant et ne pas être réfractaire aux transformations politiques et sociales en cours. Ce n'est donc pas en fonction du fait qu'ils parlaient ou non le breton que les Bas Bretons se déterminaient à l'époque pour ou contre la Révolution, comme si le fait d’être bretonnant (et à l’époque cela voulait généralement dire ne connaître aucune autre langue que le breton) devait intrinsèquement générer comme par nature une opposition aux thèses ou aux initiaitives de la Révolution.

Sur ce sujet précisément – la pratique sociale de la langue bretonne à l'époque révolutionnaire – aucune indication n'est fournie dans la réédition, si ce n'est que "le français était loin d'être compris dans les toutes les régions de France". Bien des données sont pourtant disponibles concernant l'usage du breton à cette date, mais sont ici ignorées : les lettres des correspondants bretons de l'abbé Grégoire (éditées par Gazier), les rapports de représentants en mission (signalés par Brunot), les délibérations de diverses instances…

Si aucun éclairage n'est fourni concernant la situation sociolinguistique de la Basse-Bretagne à l'époque, les acquis de la recherche concernant la politique linguistique de la Révolution ne sont pas davantage pris en compte. Comment comprendre en effet qu'il ait "fallu traduire un nombre important de textes officiels, en flamand, en occitan, en breton", quand on affirme contradictoirement par ailleurs que c'est "à partir de 1789, [qu']une France voulue comme "une et indivisible",  s'employa à imposer une langue unique, le français" ? Ce que G. Le Menn n'a pas perçu, c'est que, contrairement à la plupart des idées reçues, la politique linguistique de la Révolution n'a été ni constante ni uniforme, et qu'elle n'a pas toujours été répressive à l'égard des langues régionales. Trois moments successifs doivent en réalité être distingués au cours de la période :

  • dans un premier temps, la mise en œuvre d'une politique active de traduction écrite et verbale des textes révolutionnaires dans les différents idiomes
  • puis la Terreur, qui est aussi la Terreur linguistique, de courte durée, puisqu'elle ne dure que six mois en 1794, avec les rapports de Barère et de l'abbé Grégoire devant la Convention : ce sont ces deux discours qui, ultérieurement, vont imprégner la conscience nationale et linguistique de la France
  • enfin, avec la loi Lakanal du 27 brumaire an III, le retour à une politique organiciste qui s'apparente assez bien à celle de l'Ancien Régime.

La traduction des deux versions bretonnes de l'Almanach du Père Gérard se situe dans le cours ou dans le prolongement de la première période. Reste à savoir qui sont les traducteurs bretons. Aucune indication bibliographique ne permet d'identifier celui de l'édition quimpéroise. Par contre, l'édition brestoise est signalée comme ayant été traduite "parmi les Amis de la Constitution". Comme Daniel Bernard et d'autres, G. Le Menn pense que l'auteur pourrait en avoir été Jean-Michel Testard de la Roche, un négociant de Plougastel-Daoulas, par ailleurs auteur de chansons en breton. Un autre point mériterait d'être éclairci : pourquoi a-t-il été établi deux traductions différentes de l'Almanach ?

En elles-mêmes et en raison des questions qu'elles soulèvent, les traductions bretonnes de l'Almanach du Père Gérard suscitent l'intérêt. Bien que manquant de mise en perspective sur des points essentiels, la réédition de ces documents est une contribution à l'histoire linguistique du breton, à celle de la Révolution en (Basse)-Bretagne, voire à celle des idées. La période s'annonce faste : d'autres textes inédits en breton devraient assez prochainement faire l'objet de publication par différents chercheurs.

 

Outre l'ouvrage dont il est ici rendu compte, cet article s'appuie sur les références suivantes :

  • ALCOUFFE (Alain), BRUMMERT (Ulrike). – Les politiques linguistiques des Etats Généraux à Thermidor. – LENGAS, n° 17, 1985, p. 55-71.
  • BALIBAR (Renée), LAPORTE (Dominique). – Le français national. Politique et pratique de la langue nationale sous la Révolution. – Paris : Hachette, 1974. – 224 p.
  • BROUDIC (Fañch). – La pratique du breton de l'Ancien Régime à nos jours. – Presses Universitaires de Rennes, 1995, p. 265-274 + 429-431.
  • BRUNOT (F.). - Histoire de la langue française des origines à 1900. Tome IX. La Révolution et l'Empire. Première partie. Le français, langue nationale. – Paris : A. Colin, 1929.
  • CERTEAU (Michel de), JULIA (Dominique), REVEL (Jacques). – Une politique de la langue. La Révolution française et les patois. – Paris : Gallimard, 1975. – 317 p., c. – (Bibliothèque des histoires).
  • GAZIER (A.). – Lettres à Grégoire sur les patois de France 1790-1794. – Paris : G. Pedone-Lauriel, 1880; Genève : Slatkine, 1969.
  • LABORDE (Cécile). – La citoyenneté. In : Dictionnaire critique de la République / sous la direction de Vincent Duclert et Christophe Prochasson. – Paris : Flammarion, 2002, p. 117-123.
  • MERSER (Andreo ar). - 1789 hag ar brezoneg. - Brest : Brud Nevez, 1990. – 2 vol., 283 + 292 p.
  • SCHLIEBEN LANGE (Brigitte). – La politique des traductions. – LENGAS, n° 17, 1985, p. 97-126.
  • SCHLIEBEN LANGE (Brigitte). – Idéologie, révolution et uniformité de la langue. – Mardaga, 1996. – 276 p.

Daou almanag brezoneg euz amzer an Dispah

Armanac an tad Gérard Brest   Armanac an tad coz Gérard Quemper   Alamanach du Père Gérard éd Le Menn

Ce message représente la version en langue bretonne du post suivant.

  • L'Almanach du Père Gérard de J.M. Collot d'Herbois (1791). Le texte français et ses deux traductions en breton / réédités et annotés par Gwennole Le Menn. Préface et commentaires de Michel Biard. Avec index général. – Saint-Brieuc : Skol, 2003. - 517 p., ill. – (Bibliothèque bretonne).

Setu eul leor ne oam tamm en gortoz anezañ : ema Gwenole ar Menn o paouez adembann daou skrid brezoneg deuz amzer an Dispah, hag a oa kollet koulz lavared pa ne oa nemed gouizieien evel Emile Ernault ha Daniel Bernard hag o-devoa bet gwelet anezo gwechall. Setu 'ta ma h eo an adembannadur-mañ eun neventi vad.

Diwar halleg "L'Almanach du Père Gérard" eo bet savet an daou skrid brezoneg. Med petra eo bet an almanag-ze ? An hini e-neus skrivet anezañ eo Jean-Marie Collot (bet ganet e 1750 ha marvet e 1796), a veze greet Collot d'Herbois dioutañ : eur perz braz e-neus bet kemeret en Dispah en amzer ar Goñvañsion dreist-oll. E 1791, eo eñ e-noa gonezet ar hoñkour a oa bet aozet gand Klub ar Jakobined (hag a oa bet savet, evel ah ouzom, diwar Klub ar Vretoned). O klask e oa ar Jakobined an doare gwella da vruda ar Vamm-Lezenn, pe ar Goñstitusion nevez a oa o paouez beza bet digemeret er bloavez-ze.

Kinniget e-noa Collot d'Herbois, ha mad e oa bet kavet e vennoz gand ar jury, ma vefe embannet eun almanag, dre ma tlee beza an doare gwella da zedenna eur bern tud. En almanag e oa bet moullet eur halender evid ar bloavez 1792, med savet e oa bet dreist-oll dindan stumm divizou etre an tad-koz Gérard ha tud e barrez : pa oa nehet ar re-mañ da houzoud petra vije ar Vamm-Lezenn, e tisplege dezo peseurt vad a dlee dond diwarni. An tad-koz Gérard a oa bet roet e ano d'an almanag a oa anezañ en gwirionez eur Breton, eur houër deuz parrez Sant-Varzin, en Il-ha-Gwilen : Michel Gérard, bet ganet e 1737, a oa bet anvet da gannad er Stadou-Meur hag a oa bet goude ze ezel euz an Assemblée Constituante.

Bet eo bet an almanag eur best-seller dioustu : dindan eun nebeud miziou, eo eiz moulladur a oa bet gwerzet e Pariz, ha reou all e korniou all euz ar Frañs. Ober a reas kement a verz ma oa bet savet leoriou all war ar memez patrom, med da zispenn anezañ ha da enebi outañ. Troidigeziou a oa bet embannet ive e meur a yez all :

  • e saozneg e Londrez,
  • en alamaneg e Strasbourg hag e Leipzig,
  • e flamankeg e Dukark,
  • e provañseg e Carpentras.
  • Hag e brezoneg ive, 'ta neuze.

Ne oa ket kement-mañ eun nevezenti. Rag adaleg 1789 e oa bet troet skridou o tenna d'ar Stadou-Meur en or yez. D'ar 14 a viz genver 1790, e oa bet sinet eun dekred o houlenn ma vefe troet divizou an Assemblée Constituante en oll yezou Frañs : sed ar pez a oe greet en Breiz-Izel ive. E 1793, e oe embannet evel-se an "Act Constitutionel eraoc pini ema an Declaration euz a Viriou an den hac ar citoyan". Eur raport gand Robespierre ha dekrejou euz ar Goñvañsion a zo bet lakeet ive e brezoneg. Tud a zo bet implijet en eun doare ofisiel, e Penn-ar-Bed koulz hag er Morbihan, evid sevel an troidigeziou : Salaun e bro-Vrest, Pervès e Montroulez, ar sitoyan Raoul e Landerne… Evel am-eus bet tro da zisplega en ma zezenn, evid ar wech kenta e teu ar brezoneg da veza gand se yez ar politikerez hag ar mererez. N'eo ket mui an hini a vez komzet gand ar bobl nemetken, n'eo ket mui nemetken yez an Iliz.

E 1999 e-noa bet Andreo ar Merser an ide vad da advoulla e daou leor, daou hant vloaz goude, ar skridou brezoneg-ze euz amzer an Dispah. Med Almanag an tad-koz Gerard n'e-noa ket laket e-barz, pa oa bet kollet ar roud deuz outañ. Dre an diellou, koulskoude, e oa tu da houzoud e oa bet divizet gand an Directoire, e Penn-ar-Bed, d'an 10 a viz c'hwevrer 1792 :

  • "répandre principalement dans les campagnes […] les leçons du vénérable député d'Ille-et-Vilaine revêtues des formes picquantes et de l'expression énergique et naïve de l'idiome celtique".

 Skwerennou euz ar moulladur brezoneg a oa bet skignet d'an 3 a viz ebrel 1792. Med war a zeblante, ne oa bet dalhet hini ebed.

Moulladuriou brezoneg Almanag an tad-koz Gérard ema eta Gwennole ar Menn o paouez diskoacha. N'eo ket bemdeiz eh adkaver skridou koz e brezoneg deuz ar seurt se. Rag n'eo ket eun droidigez nemetken e-neus adkavet, med diou. Unan a zo miret e Levraoueg Kêr-Vrest hag eben en hini Cherbourg. An hini genta a oa bet moullet e ti Derrien e Kemper, hag eben e ti Malassis e Brest. Eun droidigez all a hellfe beza bet savet, e yez Gwened, med beteg-henn n'eus bet adkavet roud ebed anezi.

Moullet e oa bet an almanagou brezoneg-mañ dindan stumm leoriou bihan. War veur a boent eo disheñvel an eil embannadur deuz egile. Na pa ve ken med an titr : unan a zo "Armanac an Tad Gerard" (ha ne oa ket eur manah anezañ koulskoude, evel a ro G. ar Menn da gompren), hag egile "Armamac an Tad Coz Gerard", pez a zo reisoh e-keñver yez.

En eur pez leor a 500 pajennad, gand eur golo keinet, eo e-neus G. ar Menn advoullet an almanagou. Eñ eo e-neus savet an notennou-yez. An notennou-istor a zo int diwar dorn Michel Biard, eur helenner skol-veur hag e-neus bet divennet eun dezenn, drez, diwar-benn Collot d'Herbois. Hervezañ, an almanag n'eo ket bet savet nemetken evid bruda ar Vamm-Lezenn. Med daoust ma ne lavar netra diwar-benn doare an Dispah e Breiz, e ro mad-tre an tu d'al lenner da gompren pehini oa tro-spered ar Jakobined en diskar-amzer 1791.

Santimant al lenner koulskoude, gand an adembannadur-mañ, eo n'eus ket bet roet dezañ e walh toutafed. Da genta toud, abalamour ma n'eo ket êz al leor da lenn, tamm ebed : re mesk-ha-mesk ema testenn halleg an Almanag, an testennou brezoneg, an notennou-yez hag an notennou-istor, ha ne heller lenn ar skrid brezoneg nemed a-dammou.

Meur a wech, e skriv G. ar Menn, hag ar wirionez a zo gantañ, "e vefe bet talvouduz" studial yez an oll skridou a zo bet savet e brezoneg en amzer an Dispah : gwir eo, rag e lod anezo, n'eus bet greet nemed brezonekaad tamm pe damm ar geriou amprestet war-eeun diwar ar galleg, e-keid ha ma weler a-walh zo bet klasket geriou brezoneg c'hwek pe memez geriou nevez e lod all. Talvouduz e vefe bet a-dra-zur, med ar studi n'eo ket bet greet. Savet e-neus evelkent G. ar Menn, e stumm eur geriaoueg a 260 pajennad, eur roll euz an oll heriou a gaver en eil almanag hag en egile, en eur renka anezo dre urz al lizerenneg "a-vremañ". Peadra a oa koulskoude da studial n'eo ket ar geriaoueg nemetken, mez ive ar fonologiez sur a-walh, ar gramadeg, an doare-skriva, ha marteze ar rannyezou.

E-keñver danvez hag e-keñver ar mennoziou, ne lavarer ket kalz tra, a-hend-all, diwar-benn eur frazenn ha n'eus ket anezi e testenn halleg an Almanag, hag a zo bet lakeet ouspenn eta gand an hini e-neus savet unan euz an troidiegeziou brezoneg. Sed amañ ar frazenn-ze :

  • "Mæs pa ê guir n'eus muy na Bretonet, na Gasconet, na Normantet, rag ma oump oll Francisien, criomp eta assambles e Gallec franc : Vive la Nation !".

He zalvoudegez he-deus ar frazenn-mañ, memez en deiz a hirio, dre ma komzer kement, abaoe eun toullad bloaveziou 'zo, deuz idantitelez ar "broiou bihan" hag a vez enebet aliez ouz hini "broiou braz" evel ar Frañs. Med e-keñver istor eo ive eur frazenn a-bouez, rag en em gavet ez eus bet eta en amzer an Dispah eur brezoneger o skriva en e yez n'e-noa ket a nehamant o weled ne vije ken deuz Breiz evel eur rannvro pe eur "proviñs" diouti heh-unan hag e oa bet evel teuzet e-barz an "nasion" pe ar vroad nevez hag a oa euz ar Frañs hiviziken.

Hervez G. ar Menn, ne hell an hini e-neus laket ar homzou-ze ouzpenn en e droidigez vrezoneg nemed beza bet levezonet gand prezegennou Barère, hag e-noa disklêriet, evel a h ouezer :

  • "le fédéralisme et la superstition parlent bas breton".

Kement-mañ n'eo ket sur tamm ebed, rag 'barz ar gont-se, ne vije bet savet an droidigez vrezoneg nemed goude an 8 euz a viz pluviôse ar bloavez II (da lavared eo goude ar 27 a viz genver 1794) : an deiz-ze e-noa Barère displeget dirag ar Goñvañsion e raport diwar-benn ar yezou, en ano ar h/Comité de Salut Public. Padal eo daou vloaz a-raog kazimant, kerkent hag e miz ebrel 1792, evel on-eus gwelet, e vez skignet Almanag brezoneg an tad-koz Gérard e Penn-ar-Bed. Ar frazenn a zo bet laket ouspenn en unan deuz an almanagou brezoneg he-deus neuze da weled ha netra ken nemed gand an doare m'eo deuet an oll da veza sitoianed, diwar bolontez paotred an Dispah abaoe 1789.

Ha, gwir eo, eo bet skubet da vad "broadou" ar Renad koz abaoe 1789, hag e-neus diwar neuze ar ger "nasion" tapet eur ster ha n'e-noa ket a-raog e Frañs. Souezet eo G. ar Menn o weled o-dije bet gellet evelse "brezonegerien 'zo" diskouez e oant a-du gand an Dispah ha gand ar politikerez nevez. Setu aze just a-walh ar pez e-neus bet c'hoant da zisklêria an den e-neus savet an droidigez vrezoneg hag e-neus laket eur frazenn-ouspenn enni : ne oa ket an oll vrezonegerien (ar Vretoned e gwirionez) a-eneb ar cheñchamañchou, pell ahane. Ha kaji sur, n'eo ket chomet Breiz-Izeliz da hortoz kleved kont deuz prezegennou Barère ha Grégoire diwar-benn ar yezou evid mond a-du gand an Dispah pe a-eneb dezañ.

Diwar-benn implij ar brezoneg gand an dud en amzer an Dispah, ne lavarer netra kennebeud en adembannadur-mañ. Disklêria a reer deom berr-ha-berr "ne oa ket prest ar galleg da veza komprenet en oll rannvroiou Frañs", pez a zo gwir hag anavezet mad, med n'eo ket tra-walh lared se. Forzig diellou a zo koulskoude, hag a gaver enno eun toullad mad a vunudou da sklêrijenna ahanom : al lizerou bet skrivet d'an Ao. Grégoire gand ar Vretoned (a zo bet embannet e 1880 gand Gazier), ar raporchou bet savet gand ar re evel Bouret a oa représentants en mission e Breiz (a zo meneget gand Brunot), divizou a beb seurt kuzuliou…

N'eus ket bet dalhet kont kennebeud deuz kement a zo bet laket war wel eun toullad bloaveziou 'zo gand a beb seurt klaskerien diwar-benn ar politikerez a zo bet heuliet en amzer an Dispah e-keñver ar yezou. Gwir eo ez eus bet klasket troi eur bern testennou ofisiel e flamankeg, e provañseg, e brezoneg, hag all. Klask a reer koulskoude rei deom da gredi n'eus bet greet, adaleg 1789, nemed ober plas d'ar galleg ha lakad an oll da zigemer anezañ. G. ar Menn ne oar ket, war a zeblant, n'eo ket bet politikerez an Dispah e-keñver ar yezou ar memez hini dalhmad :

  • da genta, ez eus bet klasket sevel troidigeziou, dre skrid ha dre gomz, deuz testennou an Dispah : ne oa ket neuze ar yezou er-mêz a lezenn
  • n'eo nemed e-pad c'hweh miz, e 1794, e-keid ha m'eo bet padet ar Spont braz, ma 'z eus bet greet brezel d'ar yezou all estreged ar galleg : d'ar poent-se eo e teu Barère hag an Ao. Grégoire a beb eil da zisplega eur raport dirag ar Goñvañsion, hag ar prezegennou-ze eo a vo, diwezatoh, diazezet warno emskiant ar Frañsizien e-keñver ar yezou
  • diwar ar 27 deuz a viz brumaire ar bloavez III, pa vez digemeret al lezenn Lakanal, ne reer ken a van, pe nemeur, deuz ar yezou, tamm pe damm evel en amzer ar Renad koz.

Ma 'z eus bet savet troidigeziou brezoneg deuz Almanag an tad-koz Gérard, eo en amzeriou kenta an Dispah, pa ne oa ket c'hoaz ar yezou er-mêz a lezenn. Med gand piou 'ta int bet savet ? N'eus meneg ebed en hini ebed deuz an almanagou brezoneg o tisklêria eun ano bennag, nemed e skriver e moulladur Brest eo bet troet gand unan euz "Mignoned ar Goñstitusion". Gwenole ar Menn a zoñj dezañ, evel a ree da Daniel Bernard, eo gand eur marhadour euz Plougastell-Daoulaz, Jean-Michel Testard de la Touche, an hini eo bet greet al labour : anavezet eo an den evid beza savet ive gwerziou brezoneg.

Med eur poent all a jom da zirouestla : perag ez eus bet savet diou droidigez vrezoneg, ha marteze eun deirved, deuz an Almanag ? Gweled a reer da nebeuta pegen dedennuz ez int, rag eur bern kudennou a-bouez a jom da ziskoulma. Kerse eo, sur a-walh, ne vefe ket bet studiet ar hudennou-ze, pe nemeur, en adembannadur a zo bet greet anezo. Diwar vremañ, e hello talvezoud evelato evid mond pelloh gand an enklaskou war istor ar brezoneg, war hini an Dispah e Breiz-Izel, ha zoken war hini ar mennoziou.

 

Embannet eo bet da genta ar pennad-mañ war niverenn 244 ar gelaouenn "Brud Nevez", e miz meurz 2004, p. 66-74. En linenn war : www.langue-bretonne.org

Da beb unan da helloud en em renta kont peseurt doare eo hini testenn vrezoneg "Armanac an tad Gerad" (hervez moulladur Brest) hag "Armanach an tad coz Gerard" (hervez embannadur Kemper), eh advoullom amañ, diwar embannadur Brest, an divizou kenta etre an "tad Gerard" hag ar beizanted bodet en-dro dezañ. Evel m'ema ar hiz, on-eus dalhet d'an doare-skriva orin. 

ARMANAC AN TAD GERARD.

ANTRETIEN QUENTA.

EUS AR GONSTITUCION.

AN TAD GERARD ne baouese da lavaret d'an nep a yoa en dro dezâ : O pebez Constitution vad eo Constitucion ar Francisien ! assuri a ra hon eürusdet hac hini hor bugale.

UR PAYSANT a dostaa, en ur scrabat e scouarn, ac a lavar dezâ : Tad Gerard, ne maoun quet e poan da chouzout petra eo a hanvit CONTITUCION. Ny a gar ervad ar pez se; maes ar guer se a dregaç ac'hanon. Perac e halveur an oll vad en deus great deomp ar Stadou bras, C0NSTITUCION?

AN TAD GERARD a respontas : Va mignounet, CONSTITUCION a lavar deomp ac a sinifi ur c'horf eus a pehini an oll lodennou, an oll proporcionou en em accord mad entrezo, e pehini tout a so en e blaç, ac a ya mad assambles. Chetu Nicolas, dre exempl, (Nicolas a so ur paotr cloq, en deus min vad, en em dosta en ur c'hoarsin), nervennus eo, rust, na re vras, na re vian ; appetit vad en deus bepret ; e zivreac'h a servich anezâ, e zivesquer en doug ; ar chorf ne quet re bounner, ar penn a so yac'h ; ahanta ! an oll perciou destumet eus a Nicolas a ra ur Gonstitucion vad, ha mar deu an oll lodennou eus a Nicolas da leuni mad o fonccionou, e conservo an temperand vad en deus roet an natur dezâ, ac e quendelc'ho e yec'het. Constitucion ar Francisien a gonservo ivez an temperamand vad en deus roet Assamble ar Vro dezi ; ar yec'het e devezo epad ma valeo mad assambles ar galloudou differant; rac ma falfe da unan mont re vuan, pe chom adren, neuse e ve direngeamant pe clènvet.

UR PAYSANT. Petra ententit-hu dre ar galloudou ?

AN TAD GERARD. Bez int ar moyenou a ra mont ar Gonstitucion. Ar Galloud Lesenneur a so Assamble ar vro (pe Nacional); bez eo evel ar penn er c'horf humen ; eno ema ar sounch, ar volontez vad.

Ar Galloud Sicuteur a so ar Roue. Bez eo evel an divreac'h a ra secuti ar pez en deus resolvet ar penn ; ac e c'helfen lavaret penaus ar BOBL A FRANÇ, en ur ruill e peb leach, a so evel ar goad a zoug en oll goaziet eus ar Stad an domder a ro an ene, ac a ra beva ar Gonstitucion.

[…]

AR RESEVOUR. Ah ! a greis va ene. (Crial a ra), Ra vevo ar Bobl ! Maes pa ê guir n'eus muy na Bretonet, na Gasconet, na Normantet, rac ma oump oll Francisien, criomp eta assambles e Gallec franc : Vive la Nation !

AN OLL BAYSANTET a gri : Vive la Nation !

[…]

16 décembre 2017

La Révolution : Le breton devient langue de la politique

Thèse PUR c

Ce texte fait suite à celui déjà mis en ligne sur ce blog sur la Révolution française et les idiomes. Il est extrait de ma thèse sur La pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours [1]. Il est également destiné aux candidats qui préparent l’agrégation « langues de France », mais devrait intéresser aussi tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la Bretagne et aux usages de langues dans notre région.

* * *

Pour la plupart des défenseurs de la langue bretonne, la Révolution française est coupable, et sa culpabilité est double : celle d'avoir mis le breton au rang des parlers que le français, promu comme langue nationale, devrait éliminer ; celle d'avoir fondé la politique de répression que les pouvoirs qui se sont succédé jusqu'à nos jours n'ont pas cessé d'exercer contre elle.

Les responsables aussi sont au nombre de deux : Barère, accusé pour sa fameuse diatribe « le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton », et l'abbé Grégoire, condamné pour son « Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois [2] ». J. Gwegen fait le commentaire suivant en 1975 : « de cette époque date la lutte acharnée engagée par l'Etat français contre les langues minoritaires. L'élan épurateur déclenché fut tel qu'il subsiste encore intact de nos jours, chez tous ceux qui s'imaginent tenir en leurs mains le flambeau unificateur des grands ancêtres révolutionnaires [3] ». En 1980, F. Morvannou remontant à « la source du discours colonial » estime que « la politique linguistique (a été) mise au point lors de la Révolution française [4] ». Dans le manuel d'histoire de la Bretagne de « Skol Vreizh », Alain Pennec, ayant constaté que « depuis 1790, la Bretagne n'existe plus officiellement », n'hésite pas à affirmer que la politique suivie par « la république et les régimes centralisés qui lui ont succédé (…) aboutit, à la veille de 1914, à l'amorce d'un génocide culturel… [5] ».

Est-on sûr pourtant que les chosesaient été si simples ? Le fait de formuler la question suffit pour que nous nous intéressions à ces dix années pendant lesquelles s'est développée la Révolution française, alors que paradoxalement nous n'avons fait état par ailleurs dans notre thèse d'aucune enquête d'importance sur la situation de la langue bretonne pendant cette période.

L'avant-garde de la Révolution

Les Bretons ont été à l'avant-garde de la Révolution, au point de jouer un rôle capital à ses débuts. La rédaction des cahiers de doléances et les élections d'avril 1789 aux États généraux avaient révélé les antagonismes particuliers à la province. Alors que le Tiers-état et le bas clergé désignaient leurs députés selon la procédure prévue, la noblesse et le haut clergé, confondant leurs privilèges de classe avec ceux de la province, refusaient de nommer les leurs : la constitution bretonne, disaient-ils, n'était pas respectée. Dès qu'ils se trouvent à Paris, les députés bretons du Tiers se regroupent dans le « Club breton », qui sera bientôt à l'origine du Club des Jacobins. Le Guen de Kerangal, Lanjuinais, Le Chapelier sont à la tête du mouvement. Ce sont eux qui préparent « la grande nuit du 4 août (…) une manœuvre de couloir type [6] », qui aboutit à l'abandon des libertés et franchises de la Bretagne.

L'adoption de la Constitution civile du clergé jette le bas clergé, jusque là favorable à la Révolution, dans le camp des opposants. L'instauration du tirage au sort, en 1792, est à son tour mal acceptée par la population. Cependant, les patriotes gardent bien en main le pouvoir, et la bourgeoisie réussit à assurer sa prééminence lors des élections. Mais après la chute de la Gironde, le Finistère et le Morbihan notamment sont tentés par l'aventure fédéraliste. La décision de la Convention, en 1793, de procéder à la levée en masse pour faire face à la guerre étrangère, provoque l'insurrection paysanne qui, en Basse-Bretagne, touche surtout le Morbihan. Sous la Terreur, les départements bretons, à l'exception des Côtes-du-Nord, sont contrôlés par les représentants en mission. « La guerre et l'accroissement des contradictions politiques et économiques qu'elle engendre [7] » produisent leurs effets, et les « patriotes » sont divisés. On s'achemine vers le coup d'État de brumaire.

De la Révolution, la Bretagne conserve toujours son organisation en cinq départements. C'est à ses députés des pays de Rennes et de Nantes qu'elle dut « d'être l'une des seules provinces à voir ses frontières intégralement respectées par les départements [8] ». Mais si, en 1790, le critère historique fut pris en considération, celui de la langue ne le fut pas, bien que, selon F. Brunot [9]« certains députés firent observer qu'on ne tenait aucun compte, dans le regroupement des populations, des affinités de langage ». De fait, il semble bien qu'il ait été peu question de l'étendue de la zone bretonnante pour délimiter les nouvelles circonscriptions territoriales, puis, un peu plus tard, celles des nouveaux évêchés, si bien que la Basse-Bretagne fut partagée entre un département et deux moitiés d'autres. La fixation des nouvelles limites administratives donna lieu à débats et contestations, entre le Finistère et le Morbihan, en Ille-et-Vilaine. Saint-Malo, en particulier, ne voulait se retrouver ni avec Rennes, ni surtout avec Saint-Brieuc, et ce, pour une raison quelque peu inattendue : « à cause de l'idiome, il leur faudrait des interprètes [10]».

Il est curieux d'observer que les histoires de la Révolution française en Bretagne n'ont, en général, pas accordé la moindre attention aux problèmes linguistiques auxquels elle a été confrontée[11]. Il ne s'agit certes pas de la question centrale du moment, mais le fait est qu'elle a donné lieu à l'époque à nombre de débats. Pour Ferdinand Brunot, « en 1789, la langue française entre dans une nouvelle phase de sa longue vie (…) Les résultats obtenus par elle en dix ans dépassent peut-être ceux auxquels l'évolution spontanée avait jadis conduit en un siècle (…) Le langage est devenu une affaire d'État [12] ».

Renée Balibar et Dominique Laporte font un constat identique en d'autres termes : « les rapports des représentants en mission, les pièces d'archives, attestent la pratique du français dans les appareils politiques, et les statistiques et enquêtes sur l'état linguistique de la France établies par les préfets de l'Empire prouvent que le français national fut effectivement instauré et fit, dès son instauration, des progrès considérables. En l'espace de trois ou quatre ans que dura l'époque révolutionnaire, toutes les classes de la société le reconnurent et se l'approprièrent [13] ». Est-ce à dire que toutes les régions se l'approprièrent également ? Il est possible que le bouillonnement politique né de la Révolution, le développement subséquent des échanges entre Paris et les départements, ont effectivement conduit, à ce moment, à la propagation du français et à l'extension de son usage, y compris dans les régions comme la Basse-Bretagne [14]. Mais l'influence exacte de la Révolution sur la pénétration du français en zone bretonnante reste à mesurer.

La Révolution elle-même a tenu compte de l'existence de la langue bretonne : comment aurait-elle pu faire autrement [15] ? La situation linguistique de la Basse-Bretagne ne pouvait qu'être la continuation de ce qu'elle était avant 1789, et c'est précisément ce que constate un certain Pierre Riou, laboureur à « Plougonoil [16] », dans sa réponse à l'enquête de Grégoire. Une seule autre lettre parvint à Grégoire de Bretagne : si l'on en croit le récipiendaire, elle est probablement l'œuvre de Lequinio. Celle de Lequinio n'est pas datée, mais celle de P. Riou est du 17 octobre 1790. Le rapport Grégoire lui-même est du 16 Prairial an II. Il s'est, autrement dit, écoulé un délai de 4 ans entre le moment où - à titre personnel, il convient de le souligner - l'homme qui fera voter par la Convention l'abolition de l'esclavage diffuse le 13 août 1790 son questionnaire relatif « aux patois et aux mœurs des gens de la campagne », et celui où il en présente l'analyse devant la Convention.

Un idiome barbare

On ne connaît généralement qu'un seul extrait des correspondances adressées par Pierre Riou et par Lequinio au curé d'Emberménil : il s'agit du passage dans lequel le premier écrit, à propos des ci-devant évêchés de Tréguier et Léon, que « l'usage de la langue française, bien loin d'être universel dans cette contrée, n'y est connu des campagnards que d'une faible partie, de ceux qui communément, par leurs relations de commerce, fréquentent les villes. Les gens aisés en forment le plus grand nombre [17] ». Mais plusieurs autres informations méritent d'y être relevées, du point de vue de la sociolinguistique.

Il n'est pas sans intérêt d'observer, préalablement, que s'il est impossible de localiser le Plougonoil d'où écrit P. Riou et d'esquisser sa biographie, lui-même donne cependant d'intéressantes indications le concernant. Il parle « du ci-devant évêché de Léon et Tréguier » comme étant « l'un où j'ai pris naissance, l'autre que j'habite depuis nombre d'années ». Il se désigne comme « un laboureur peu instruit », mais la précision de ses observations laisse supposer qu'il avait effectué de fréquents déplacements dans cette région « que, écrit-il, je me flatte assez connaître pour entreprendre de répondre par extraits à vos questions ». Il avait même voyagé à l'étranger, puisqu'il parle de « la province du Galle, en Angleterre, que j'ai parcourue… » et dont il semble croire que la langue « dérive du breton de ces pays du Finistère ». Gazier, l'éditeur des « Lettres à Grégoire [18] », souligne « l'incorrection de son langage » : P. Riou avait très certainement appris le français comme seconde langue. Il n'est pas inculte en la langue bretonne : il n'en ignore pas l'origine celtique, et souligne qu'elle « diffère beaucoup dans l'un et l'autre évêché ». Il sait aussi que l'on peut se procurer des livres bretons « en s'adressant à Quimper, à Derrien, libraire ».

Quant à Lequinio, son rapport à la langue bretonne paraît complètement différent et beaucoup plus distancié. Il reprend sans hésiter la notion de « patois », telle qu'elle figurait dans le questionnaire de Grégoire. Alors que Riou témoigne d'une connaissance personnelle du breton, lui « ne sait pas pour quel genre de choses ce patois est le plus abondant (et) connaît trop peu de mots pour exprimer les nuances des idées ». Il admet que « le patois varie peu en lui-même ; mais sa prononciation change presque de paroisse en paroisse, et il est tellement changé de vingt lieues en vingt lieues, qu'il faut faire une petite étude pour entendre le breton parlé à cette distance de son pays natal ». Ayant signalé que « nous avons des ouvrages en patois, des prières, des cantiques, des Vies de Saints, etc. », il reconnaît que le mérite de ces ouvrages est de faire apprendre à lire en breton ».

Selon Pierre Riou, l'usage du français est donc « bien loin d'être universel » dans les campagnes de Basse-Bretagne. Lequinio se contente d'une notation d'évidence : « on parle le breton dans les campagnes ». À la 17e question de Grégoire - « le parle-t-on dans les villes ? » - il répond : « la populace seulement ». D'après lui, les campagnards savent également s'énoncer en français le long des côtes, assez peu dans les terres, presque aucun dans quelques paroisses ». Pour Riou, au contraire, « il n'est point de coin où (la langue bretonne) ne soit mise en pratique. Aussi rarement voit-on le campagnard s'énoncer en français ». D'après lui, « cette langue (bretonne) est bonne dans les villes, y est même devenue nécessaire à l'habitant, qui a à traiter journellement avec le campagnard pour les productions de son territoire. Le commun des hommes la conserve même dans les villes, au point qu'elle lui est devenue plus familière que le français, sa langue maternelle. » Les relations d'échange se font donc par l'intermédiaire du breton, et la population urbaine se trouve dans l'obligation de le savoir pour commercer avec les habitants des campagnes.

Les échanges entre le secteur urbain et le secteur rural ne sont cependant guère développés, et Pierre Riou en vient à souligner à sa façon la faible incidence de la scolarisation sur les pratiques langagières : depuis quelques années, les écoles se sont multipliées dans les villes, et parviennent à attirer une clientèle rurale. Si « la campagne, dans le bas âge, reçoit un commencement d'éducation dans la lecture et l'écriture du français et du latin », elle le « perd insensiblement au croître, si (…) elle cesse de communiquer avec les villes, ce qui est ordinaire ». Il suffit, autrement dit, que les jeunes ruraux qui viennent d'être initiés au français au sein d'une école de ville grandissent et n'aient plus de rapports avec la ville pour que le breton redevienne, chez eux, prédominant. Mais en milieu rural proprement dit, la scolarisation présente des particularités différentes : elle est peu développée ; elle est à finalité religieuse ; elle fait place au breton, et ignore le français : « peu de campagnes ont des écoles, encore n'est-ce qu'en breton que l'on y reçoit une faible teinture plus particulière du catéchisme (…) Peu de villages sont fournis de maître ou maîtresse. Quelques-uns ambulants en font métier (…) Rien autre chose ne s'y enseigne (dans ces écoles) que la lecture bretonne et latine, rarement l'écriture (…) ». 

Les informations transmises sur ce point par Lequinio sont moins détaillées : il n'y a d'écoles, dit-il, que dans les gros bourgs. Mais il existe, d'après lui, une autoscolarisation : « les gens de la campagne n'ont point le goût de la lecture, ignoti nulla cupido. Cependant plusieurs lisent en breton des Vies des saints et des cantiques, et ils s'apprennent à lire les uns aux autres sans maîtres de profession ». Le correspondant de « Plougonoil » ajoute en ce qui le concerne que « le nombre de ceux qui conçoivent ce qu'ils lisent en français est bien petit ». Lequinio précise qu'« on ne prêche qu'en patois ».

Riou se garde bien de se prononcer sur les objectifs de Grégoire : « personne, Monsieur, n'est plus que vous dans le cas de juger quelle serait l'importance religieuse et politique de détruire cette langue et d'en découvrir les moyens. Dans tous les cas, ce ne pourrait être que dans les législations futures ». Le Breton lui laisse donc la responsabilité d'engager une action dans ce sens. Cette neutralité peut-elle être interprétée comme une critique ? Toujours est-il qu'elle s'accompagne d'un avertissement, succinct, mais réaliste. Lequinio, au contraire, ne verrait que des avantages à la complète destruction du patois : « apprendre aux peuples à quitter la superstition, à connaître la religion dans la vérité, à leur donner une existence politique qu'ils ne sentent pas et dont ils n'ont point l'idée ».

Nombreux sont, par ailleurs, les textes de l'époque révolutionnaire qui font constater l'emploi en Bretagne d'une langue qui n'est pas le français. Grégoire inclut, bien entendu, le breton au rang des « patois » qui font « qu'au moins six millions de Français, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale ; qu'un nombre à peu près égal est à peu près incapable de soutenir une conversation suivie [19] ». Barère, dans son rapport du 8 pluviôse an II, ignore jusqu'où se parle exactement le breton, puisqu'il croit « les cinq départements de l'Ouest » bretonnants ; mais, indépendamment des considérations qu'il développe sur « cet instrument barbare de leurs pensées superstitieuses », il sait bien que « les habitants des campagnes n'entendent que le bas-breton » [20].

Le représentant Bouret, en mission dans le Morbihan, multiplie les rapports dans lesquels il fait état, pour s'en plaindre, de l'usage exclusif du breton par la population : « on ne saurait instruire tout à coup une masse d'hommes fanatisés qui n'entendent pas un mot de votre langage » (19 brumaire an III) ; « ils parlent un idiome barbare, qui est le seul usité parmi eux, et qui varie même dans chaque district, si bien que, quand un étranger veut entrer en conversation avec eux, après avoir beaucoup écouté, ils répondent nontanquete, c'est-à-dire : Je n'y entends rien[21] » (19 nivôse an III). F. Brunot signale encore une délibération du Conseil Municipal de Pontivy qu'il ne date pas, mais paraît être de l'an XI (1803), affirmant que « l'on doit multiplier les moyens d'instruction pour faire disparaître l'idiome bas-breton (parce que c'est) la seule langue usuelle des habitants des campagnes de cet arrondissement qui les rend, pour ainsi dire, étrangers au milieu de leurs concitoyens dont ils ne peuvent se faire entendre et qu'ils ne peuvent comprendre [22] ».

Il n'y a donc pas que des textes d'origine nationale. Sur place aussi, des rapports ou des correspondances font les mêmes constatations. Ainsi, les responsables du district de Morlaix donnent le 7 mai 1791 la mesure de la situation en ces termes : « presque tout le monde parle breton ici, mais peu sont en état de bien traduire, rapport à l'orthographe [23] ». Le Directoire du Finistère, quand il nomme un traducteur breton, le 22 brumaire an II, précise que c'est pour « faciliter l'exécution des lois aux cultivateurs peu ou point familiers avec la langue française » et que le breton est « l'idiome généralement usité dans les campagnes de ce département [24] ». Le constat peut être formulé en négatif : Le Gall, curé constitutionnel de Plounéour-Trêz, écrivait, le 12 août 1792, au procureur-syndic de Lesneven : « vous savez que dans nos campagnes un grand nombre ne déblatère contre la Constitution que parce qu'il ne l'entend pas [25] ». Dans le Morbihan, les administrateurs d'Auray informent le département des problèmes qu'ils rencontrent pour les nominations de prêtres constitutionnels : « nous ne voyons aucun jour aux remplacements, si ce n'est pour les cures d'Auray et du Palais, qui peuvent avoir des pasteurs français, au lieu que, pour toutes les autres, il faut absolument qu'ils entendent et parlent le langage de leurs ouailles [26] ».

La politique des traductions

Le breton paraît donc être, au moment de la Révolution française, la langue exclusive à la campagne. En contrepoint, il faut en induire que ce n'est pas le cas en ville, mais sans pouvoir préciser davantage — si ce n'est pour Auray et Le Palais (Belle-Île). Dans quelle mesure en fait-on alors usage ? Le fait qu'en 1789, les cahiers de doléances aient tous été rédigés en français est, en soi, révélateur. En quelle langue se sont déroulés les débats qui ont abouti à la rédaction de ces cahiers de doléances ? En quelle langue discutaient les clubs de la Révolution, dont J. Meyer précise qu'ils étaient nombreux « surtout en Basse-Bretagne [27] » ? Aucun document connu ne le précise, mais l'on est conduit à penser, comme Ferdinand Brunot « que les choses s'y passaient comme dans les assemblées de village de l'ancien régime et comme dans les réunions de bien des Conseils municipaux d'aujourd'hui. L'ordre du jour, le procès-verbal étaient en français, la discussion en patois, sinon toujours, du moins souvent ». Dans les pays à idiome, comme la Basse-Bretagne, « c'est trop peu de dire que le langage local domina, il était perpétuellement dans toutes les bouches [28] ». Sachant que les cahiers de doléances ont généralement été rédigés par les recteurs, l'on doit donc considérer que ceux-ci, bilingues depuis longtemps de par la formation qu'ils avaient reçue, ont nécessairement servi de médiateurs linguistiques pour le compte des futurs citoyens. Un peu plus tard, avait d'ailleurs été instauré un système de transmission orale des informations : celui des lecteurs, dont la Bretagne aurait été particulièrement bien pourvue. Ainsi, dans le district de Rostrenen, alors en Finistère, il est établi, en décembre 1790, qu'il y aurait un « lecteur patriote » par municipalité [29].

Toujours est-il que la Basse-Bretagne va appliquer les stipulations du décret du 14 janvier 1790 invitant le pouvoir exécutif à faire traduire les délibérations de l'Assemblée dans les différents idiomes des provinces. Selon Daniel Bernard, il ne semble pas que l'on ait traduit en breton les décrets de la Constituante, ou bien les traductions éventuelles n'ont pas été conservées. Mais le 2 mai 1791, le Directoire du Finistère témoigne de l'intérêt que représentent ces traductions, dans une circulaire du 2 mai 1791 aux districts : « nous recevons de toutes parts, messieurs, des demandes pour qu'il soit procédé sans délai à la traduction en langue bretonne des décrets sur le timbre, sur l'enregistrement, sur les contributions foncières et mobilières… [30] ». En une période de complète transformation de la législation, le besoin est donc très fortement ressenti d'un exposé en breton des nouvelles réglementations [31].

En réalité, c'est dès avant même le décret du 14 janvier 1790 qu'en Basse-Bretagne des initiatives sont prises pour procéder à la traduction de textes essentiels. Andreo ar Merser, qui, à l'occasion du récent bicentenaire de la Révolution, a eu l'heureuse idée de réunir en deux volumes les textes bretons de l'époque révolutionnaire [32], en présente huit de diverses provenances, en relation avec les élections aux États généraux, notamment « Instruksion evid Stadou ar Rouantelez er bloaz 1789 » [Instruction pour les États du Royaume de l'année 1789], et « Lizer d'ar Bobl a Vreiz a-berz o Deputeed d'ar Stadou Jeneral » [Lettre au Peuple de Bretagne de la part de leurs Députés aux États généraux], ce dernier document ayant été signé par l'ensemble des députés bretons.

Le second groupe de documents de l'édition Merser se rapporte à la Constitution civile du Clergé : lettre pastorale d'Expilly, nouvel évêque constitutionnel du Finistère ; manifeste des amis de la Constitution civile ; chanson sous la forme d'un entretien entre un prêtre jureur et un prêtre réfractaire… Mais les premiers textes contre-révolutionnaires affrontent déjà les autres : Catéchisme Breton à l'usage des chrétiens fidèles de la campagne, au sujet des affaires présentes ; lettre de Mgr de La Marche, évêque de Léon (en forme de chanson[33]), etc.

Il n'est pas surprenant que dans ce contexte où s'opposent déjà la nouvelle et l'ancienne politiques, des interventions se soient faites en breton devant la foule rassemblée : le 12 février 1792, par exemple, Louis-Marie Guiller, administrateur du département du Finistère, harangue la population de Crozon en faveur des prêtres qui ont prêté le serment [34]. Si le texte de ce discours a été conservé, il ne fut certainement pas le seul : lors de la plantation d'un arbre de la liberté à Plounéour-Trêz, le citoyen Cahel, commissaire de la Convention, prononce en breton « le discours le plus analogue à la circonstance » [35]. F. Furet et J. Ozouf ont, de leur côté, retrouvé aux Archives nationales trace d'un garçon des écoles républicaines de Plouégat-Guerrand, qui fut honoré du rameau civique et de « l'accolade fraternelle du citoyen-président » pour avoir « lors de la fête de la mort du roi en l'an VI, récité une traduction bretonne des Droits de l'homme [36] ».

Il faut attendre 1793 pour trouver la traduction en breton de textes émanant des instances supérieures de la Révolution. Il s'agit de : l'Acte constitutionnel, précédé de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 24 juin 1793 ; du rapport de M. Robespierre au nom du Comité de salut public, le 18 floréal an II ; de décrets de la Convention nationale, notamment celui du 8 pluviôse an II, décidant de la nomination d'instituteurs dans les départements bretons, etc.

L'ampleur du travail de traduction est cependant bien loin d'avoir atteint en Bretagne celle fournie pour le Midi par Dugas, qui, en 1792, avait déjà fourni 96 volumes de décrets et 18 autres volumes d'actes constitutionnels [37].  Il ne fut cependant pas très difficile de trouver la personne qualifiée pour assurer les traductions. Lorsque le Directoire du Finistère s'adresse aux districts, le 2 mai 1791, c'est pour leur demander « si, dans votre arrondissement, on trouverait quelques personnes assez instruites pour s'en occuper et, au moyen d'une récompense honnête qui pourrait lui être donnée, pouvoir mettre cet ouvrage en état de soutenir l'impression [38] ». Le district de Brest propose un commis des bureaux de la Marine, Salaun, et celui de Morlaix un certain Pervès. Une proclamation sur les menées des prêtres réfractaires fut traduite, à la demande du directoire du département, par MM. Jannou et Guiller - ce dernier étant également l'auteur du discours de Crozon - et imprimée à 3 000 exemplaires.

Le 22 brumaire an II, le Directoire du Finistère nomme « pour la traduction en breton des décrets…, le citoyen Raoul, domicilié à Landerneau », et lui alloue la somme annuelle de 1 500 livres. Cet ancien chantre de l'église paroissiale restera en fonction jusqu'en floréal an II, date à partir de laquelle il ne semble plus qu'il y ait eu de traducteur attitré. Dans le Morbihan, un concours fut ouvert, en septembre 1793, pour le recrutement d'un traducteur, qui aurait eu deux copistes pour adjoints, et aurait été rétribué à 1500 livres. Parfois l'initiative vient de la base : Le Gall, le curé constitutionnel de Plounéour-Trêz déjà cité, a décidé de lui-même de mettre la Constitution à la portée des bretonnants : « ma traduction, dit-il, fait fortune ici ; je ne puis pas suffire à en donner des copies à tous ceux qui m'en demandent… [39] ».

On songea également à une presse de langue bretonne. Le 10 février 1792, les membres du Directoire du Finistère avaient ainsi considéré « qu'il était d'une bonne administration de propager l'esprit public et de répandre principalement dans les campagnes la connaissance des principes constitutionnels. Aucun ouvrage ne nous a paru plus propre à remplir ce but salutaire que l'Almanach du Père Gérard (…) Nous espérons que nos bons cultivateurs recevront avec un nouvel intérêt les leçons du vénérable député d'Ille-et-Vilaine [40] revêtues des formes picquantes et de l'expression énergique et naïve de l'idiome celtique [41] ». Des exemplaires, dont aucun n'a été conservé, furent distribués entre les municipalités et les juges de paix, le 3 avril. Quelques mois plus tard, en novembre, le vicaire épiscopal du Finistère, Hurault, veut publier un journal bilingue pour « l'instruction des habitants des campagnes », et le département appuie son projet. Mais celui-ci n'aboutit pas [42].

Selon D. Bernard, « nous ne trouvons pas de décrets de l'Assemblée nationale traduits en breton à partir de l'an II [43] », mais A. ar Merser en a reproduit allant jusqu'en pluviôse de l'an IV. Pourtant, à dater du rapport de Grégoire - qui fut diffusé à 16 exemplaires auprès de chacun des districts du Finistère - l'attitude des autorités révolutionnaires finistériennes à l'égard du problème de la langue bretonne se modifie. En invitant les districts à s'abonner au journal « Le Cultivateur », la Commission administrative du département souligne que « la position géographique du département et l'idiome barbare qu'on y parle, le rendait pour ainsi dire étranger au progrès des arts [44] ». Les instituteurs étaient malgré tout invités à lire le rapport Grégoire publiquement les jours de décadis, et à le traduire verbalement — ce que préconisait justement le décret de pluviôse. En manifestant leur opposition à l'égard du breton, tout en pratiquant la traduction vocale, les Finistériens suivaient donc scrupuleusement les nouveaux principes édictés dans la capitale.

Après Thermidor, ils s'efforcèrent également de recruter des instituteurs selon les stipulations de la loi du 27 brumaire an III. Mais dans le secteur de Pont-Croix, les comités d'examen ne vérifièrent pas toujours les connaissances en breton des candidats, « vu surtout, disaient les municipaux de Douarnenez, que l'intention du législateur était moins d'enseigner le breton que de le faire oublier [45] ». Selon D. Bernard, plusieurs instituteurs, dans leurs rapports, déclarent qu'ils se servent régulièrement du breton. L'école pourtant ne se généralisa pas, et la forme d'enseignement bilingue qu'avait prévue la loi Lakanal se développa d'autant moins que la législation scolaire, par la suite, fut de moins en moins contraignante.

Les positions du breton ont-elles été entamées pendant la période de dix ans que dure la Révolution française ? La connaissance du français s'est-elle étendue du fait de tous les débats et échanges auxquels elle a donné lieu ? Ou au contraire le français n'a-t-il pas reculé du fait de la liquidation du système ecclésiastique d'enseignement ? Bien que notre propos initial ne soit pas d'analyser directement ce phénomène, nous ne manquerons pas de citer Habasque : « avant la Révolution, écrit-il en 1832, on avait par fois de la difficulté à trouver, dans une paroisse, quatre ou cinq personnes qui sussent le français ; aujourd'hui, il n'y a pas un cultivateur aisé, dont quelqu'un des enfants ne le parle ou ne l'entende [46] ». Une claire conscience existe donc des changements linguistiques qui se sont produits à l'occasion de la période révolutionnaire, même si les propos d'Habasque soulignent bien que la connaissance du français n'est le fait que des plus aisés des ruraux, ou, plus précisément encore, de l'un ou l'autre de leurs enfants.

Il convient d'observer en tout cas que, contrairement à toutes les idées reçues, la Révolution n'a pas déraciné les idiomes. Elle en a eu, certes, l'intention, et pendant les quelques mois de pouvoir jacobin, la Terreur a aussi été linguistique, en particulier à l'égard du bas-breton [47].  Il n'en reste pas moins que du fait de la Révolution le breton accède alors pour la première fois au statut de langue de la politique, et ce dès 1789 : il n'est plus seulement le moyen d'expression habituel de tout un peuple, il n'est plus seulement la langue de l'Église. De ce point de vue, la politique des traductions marque bien une rupture, peut-être datée, mais bien réelle, par rapport à la période de l'Ancien Régime.

La langue bretonne devient aussi un enjeu, et à cet égard, le discours révolutionnaire sur les idiomes, et plus particulièrement celui des jacobins, est assurément, pour l'avenir, porteur de bien des évolutions. C'est que la donne est changée du tout au tout. À partir de 1789, la Bretagne n'est plus une nation : les nations d'Ancien Régime ont été emportées, et « nation prend alors en France un sens nouveau [48] ». La Bretagne s'intègre désormais dans une nouvelle nation dont il est déjà dit - mais seulement dit, jusque là - que le français doit être la langue, la langue nationale unique.



[1] Ce texte correspond au chapitre 11, p. 265-274, de l’ouvrage publié sous ce titre aux Presses universitaires de Rennes en 1995 dans la collection « Des sociétés ».

[2] Se reporter à l’analyse des discours que nous avons déjà produite concernant la Révolution française et les idiomes. En ligne :

http://www.langue-bretonne.org/archives/2017/12/11/35949334.html

[3] Gwegen, Jorj. La langue bretonne face à ses oppresseurs. Quimper, Nature et Bretagne, 1975, p. 32-33.

[4] Morvannou, Fanch. Le breton, jeunesse d'une vieille langue. Préface de R. Lafont. Brest : Presses Populaires de Bretagne, 1980, p. 20.

[5] Commission Histoire de Skol Vreizh. Histoire de la Bretagne et des pays celtiques. De 1789 à 1914. Morlaix : Skol Vreizh, 1980, p. 216.

[6] Meyer, Jean. Une mutation manquée : de la Révolution politique aux débuts du monde industriel (1789 -1880). In : Histoire de la Bretagne / sous la direction de Jean Delumeau. Toulouse, Privat, 1969, p. 385.

[7] Guin, Yannick. Histoire de la Bretagne de 1789 à nos jours. Contribution à une critique de l'idéologie nationale. Paris, Maspéro, 1977, p. 59.

[8] Id, p. 18.

[9] Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française. La Révolution et l'Empire, Tome IX, vol. 1, p. 76.

Les autres citations extraites de Brunot seront simplement signalées par la pagination.

[10] Cité par la Commission Histoire de Skol Vreizh, p. 18.

F. Brunot produit, p. 77, une citation du Courrier de Provence, selon laquelle « St-Malo voulait être érigé en sixième département de la Bretagne et donnoit pour motif la différence des langages, l'étendue des côtes… Ces exceptions ont été refusées ».

[11] C'est le cas des auteurs bretonistes également. Le chapitre du livre de Skol Vreizh précédemment cité ne présente pas le moindre élément sur la politique linguistique de la Révolution, et il faut attendre le dernier chapitre sur l'évolution culturelle… pouren trouver mention.

[12] Brunot, Ferdinand. Histoire de la langue française, op. cit., p. 1-2.

[13] Balibar Renée, Laporte, Dominique. Le français national. Politique et pratique de la langue nationale sous la Révolution. Paris : Hachette Littérature, 1974, p. 119.

[14] C'était déjà la conviction de Barère et de Grégoire, c'est encore plus celle de F. Brunot, qui y consacre de longues pages.

[15] Lire par ailleurs l'analyse du discours de la Révolution Française concernant les patois et idiomes. Voir note 2, supra.

[16] Tous les auteurs ont constaté que ce nom de paroisse n'existe pas et qu'il n'était donc pas possible de la localiser. Cela n'a pas empêché de Certeau, Julia et Revel de placer Plougonoil sur une belle carte de France des réponses au questionnaire de Grégoire. De Certeau, M., Julia, D., Revel, J. Une politique de la langue.La Révolution et les patois. Paris, Gallimard, 1975, p. 36.

[17] Gazier, A. Lettres à Grégoire sur les patois de France. 1790-1794. Documents inédits sur la langue, les mœurs et l'état des esprits dans les diverses régions de la France, au début de la Révolution. Suivis du rapport de Grégoire à la Convention […]. Paris, G. Pedone-Lauriel, 1880 ; Genève, Slatkine, 1969. (Reprint). Les lettres de Riou et Lequinio se trouvent p. 280-289.

La lettre de Riou, en particulier, contient des renseignements intéressants sur l'état d'esprit de la population bretonne vers la fin de l'année 1790. Nous n'analysons pas les considérations proprement linguistiques de l'auteur.

[18] De Certeau, M., Julia, D., Revel, J. Une politique de la langue, op. cit., p. 302.

[19] De Certeau, M., Julia, D., Revel, J. Une politique de la langue, op. cit., p. 302.

[20] Id, p. 292.

[21] Brunot, F.. Histoire de la langue française, op. cit., p. 282-284.

[22] Id, p. 482-483.

[23] Bernard, Daniel. La Révolution française et la langue bretonne. Rennes, Oberthur, 1913, p. 4.

[24] Id, p. 6.

[25] Id, p. 7.

[26] Jeanvrot. Le Masle, évêque constitutionnel du Morbihan. La Révolution Française, tome XXI, 1891, p. 499. Cité par F. Brunot. Histoire de la langue française, op. cit., p. 59.

[27] Meyer, Jean. Une mutation manquée…, op. cit., p. 336..

[28] F. Brunot. Histoire de la langue française, op. cit., p. 65-66.

[29] Id, p. 62.

[30] Bernard, Daniel. La Révolution Française…, op. cit., p. 3.

[31] Et pas seulement en breton. Des traductions furent effectuées en basque, allemand, italien et surtout en provençal, languedocien, gascon, etc., pour les départements du Midi. Ces dernières furent l'œuvre de Dugas. Voir : F. Brunot. Histoire de la langue française…, op. cit., p. 25-50.

Schlieben Lange, Brigitte. La politique des traductions.Lengas, n° 17, 1985, p. 97-126.

[32] Ar Merser, Andreo. 1789 hag ar brezoneg. Levrenn genta. Adskrivadennou. Eil levrenn. Skridou orin. Brest, Brud Nevez, 1990. Nombre de textes édités par A. ar Merser avaient déjà fait l'objet d'une première publication par Daniel Bernard. Voir notamment : Bernard, Daniel. La Révolution Française…, op. cit., 47 p. Extrait des Annales de Bretagne, avril 1913.

Id, Le breton dans les actes publics. S.l., s.n., s.d. - 18 p.

Id, Deux écrits de propagande en langue bretonne. Annales de Bretagne, 1912.

Bernard, Daniel et Falc'hun, F. Discours breton à Crozon le 12 février 1792, Annales de Bretagne, tome LXIX, fasc. 4, 1962, p. 429-442.

[33] La plupart des textes contre-révolutionnaires de l'époque sont des chansons.

[34] Bernard, Daniel et Falc'hun, F. Discours breton à Crozon…, op. cit.

[35] Dupuy, A., Plounéour-Trez et Plouguerneau pendant la Terreur, Annales de Bretagne, tome III, 1987, p. 78. Cité d'après : F. Brunot. Histoire de la langue française, op. cit., p. 167.

[36] Rapport du commissaire du Directoire exécutif, 2 pluviôse an VII. Archives Nationales, F1 CIII, Finistère 4. Cité par : Furet, François, Ozouf, Jacques. Lire et écrire. L'alphabétisation des français de Calvin à Jules Ferry. Paris : éd. de Minuit, 1977, p. 336-337.

Ces auteurs ont lu Plouagat-Guerraud par erreur, au lieu de Plouégat-Guerrand.

[37] F. Brunot. Histoire de la langue française, op. cit., p. 33-34.

[38] D. Bernard. La Révolution Française…, op. cit., p. 3-4.

[39] Id, p. 7-8.

[40] Il s'agit de Gérard Michel, paysan, né à Saint-Martin (Ille-et-Vilaine), en 1737, député à l'Assemblée Nationale, et célèbre par son bon sens, sa bonhomie et son fameux Almanach. Décédé en 1815.

Depuis la soutenance et la publication de la présente thèse, Gwenole Le Menn a retrouvé et réédité deux traductions différentes en breton du fameux Almanach :

L'Almanach du Père Gérard de J.M. Collot d'Herbois (1791). Le texte français et ses deux traductions en breton / réédités et annotés par Gwennole Le Menn. Préface et commentaires de Michel Biard. Avec index général. Saint-Brieuc, Skol, 2003, 517 p., ill. (Bibliothèque bretonne).

Une double recension de cette publication sera prochainement mise en ligne sur ce blog www.langue-bretonne.org, l’une en version française et l’autre en version bretonne.

[41] Id, p. 6-7.

F. Brunot (p. 45) fait état de la même démarche, dans les mêmes termes, dans le département du Morbihan, de la part de "La société populaire régénérée et épurée d'Hennebont".

[42] Id, p. 7.

[43] Bernard, Daniel. La Révolution Française…, op. cit., p. 8.

[44] Id, p. 8.

[45] Id, p. 9.

[46] Habasque, M., Notions historiques, géographiques, statistiques et agronomiques sur le littoral du département des Côtes-du-Nord. Saint-Brieuc, Chez madame Veuve Guyon, 1832, p. 112.

[47] Dans le chapitre sur la Révolution et les idiomes, nous avons vu le décalage entre le discours et la pratique des révolutionnaires de 1794 à l'égard des idiomes. Voir, supra, note 2.

[48] Baggioni, Daniel. La langue nationale. Problèmes politiques et problèmes linguistiques. La Pensée, n° 209, janvier 1980, p. 41.

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13 décembre 2017

Hommage à l’écrivain Jean-François Coatmeur

Jean-François Coatmeur

Il est décédé lundi dernier, à l’âge de 92 ans. Jean, comme l’appelaient ses proches. Jean-François pour tous ses lecteurs. Car Jean-François Coatmeur aura été un écrivain majeur. Un auteur de polars, certes, mais Jacques Baudon le décrit comme « l’une des figures de proue de l’actuelle littérature policière française ». Auteur d’une trentaine de romans, il avait obtenu en 1976 le Grand prix de littérature policière pour « Les sirènes de minuit ».

J.-F. Coatmeur, que j’ai eu l’occasion d’interviewer plusieurs fois et de croiser à de multiples reprises, était originaire de Pouldavid (en Douarnenez), mais dès qu’il est venu à Brest comme enseignant, malgré des réticences initiales, Brest l’a adopté et il a lui-même adopté Brest. Il était un rebelle, caustique, critique, frondeur. Il était aussi, selon la belle formule de Frédérique Guiziou dans Ouest-France, « croyant, pratiquant et… anticlérical ».

Ses obsèques ont été célébrées ce mercredi 13 décembre, en l’église du Guelmeur, dans ce quartier brestois qui surplombe toute la rade où il résidait. Elles l’ont été par un temps gris, pluvieux, sous le crachin, un temps brestois, m’a dit Hervé Bellec. Et il a ajouté : dans une église brestoise. Elle est effectivement tout en béton, avec des vitraux d’une grande sobriété, pas comme celle de Saint-Louis, majestueuse dans le centre-ville, mais une église de la reconstruction comme celles des quartiers du Bouguen, du Landais, de Coataudon (déjà en Guipavas). Mais le Guelmeur n’oublie pas d’être breton et a entonné l’incontournable « Jezuz pegen braz eo » [Jésus est si grand] à la mémoire d’un homme qui regrettait bien de n’avoir qu’une connaissance passive du breton.

Hervé Bellec a bien voulu me transmettre pour publication sur ce blog le texte de l’hommage qu’il a rendu à Monsieur Coatmeur et à Jean-François lors de la cérémonie. C’est la reconnaissance d’un plus jeune écrivain à un aîné. Tous les lecteurs de Jean-François Coatmeur se retrouveront dans ce texte. Qu’il en soit remercié.

Hommage à Jean-François Coatmeur

J'ai toujours hésité entre le vouvoiement et le tutoiement et je crois que j'hésite encore. J'ai commencé par lui dire vous, bien évidemment, par l'appeler Monsieur Coatmeur quand, tout tremblotant, je lui ai tendu mon premier manuscrit, il y a de cela presque trente ans.

Imaginez mon trouble, c'était Coatmeur en personne qui me recevait, l'auteur des fameux romans noirs, noirs comme un fond de rade par une nuit de décembre, alors que rugit au loin la sirène d'un remorqueur et que toutes les misères du monde se sont donné rendez-vous au bout de la cale. Et je me suis demandé comment un type aussi gentil qu'attentionné pouvait nous pondre à travers ses bouquins de tels scénarios, de telles horreurs, nous faire le portrait de tant de salopards et d'autant de réprouvés. Ce n'était pas des romans, c'était une table de dissection. Coatmeur faisait l'autopsie méthodique de toutes les tares humaines : l'intolérance, le racisme, la cupidité, le mensonge, l'arrogance des puissants, et la violence, fille bâtarde de l'injustice, toutes ces tares contre lesquelles il n'a cessé de lutter.

Ce jour-là, Monsieur Coatmeur, vous m'avez donné ce qui compte presque autant que l'inspiration pour un jeune auteur, vous m'avez donné la confiance, le toupet. Et vous avez ajouté deux ou trois conseils rapport à la rigueur dans l'écriture. Normal, on n’est pas prof pour rien. Je sais qu'il existe sur Brest une sorte de confrérie informelle de vos anciens élèves et ces gens-là parlent encore avec une profonde admiration de la chance qu'ils ont eue de vous avoir eu comme prof, au lycée Kerichen, à Brest même, la ville qu'au départ vous n'aimiez pas. Enfin, c'est vous qui le disiez, mais le problème, c'est que Brest vous aimait.

On s'est croisé souvent dans les salons, les librairies, on a bu des coups ensemble et c'est ainsi que peu à peu, j'ai dû passer au tutoiement. Quand j'étais reçu chez vous, chez toi je veux dire, c'était en toute simplicité et avec beaucoup d'affection, toujours. La dernière fois que je suis passé, c'était par une belle journée de septembre, mais déjà, tu étais allongé sur un lit médicalisé qu'on avait installé dans ton bureau. C'était la première fois que je pénétrais dans ton antre. Il y avait là un grand bazar, les étagères pliaient sous le poids des manuscrits, des bouquins, les murs croulaient sous les articles de journaux, les photos, les souvenirs et j'étais rassuré de voir ce joyeux bazar tout autour de toi.

Par la fenêtre, on devinait un bout de rade, ta rade. Josette et Jehanne étaient également avec nous, toujours bienveillantes. On s'est serré un peu dans l'étroit bureau et on a discuté à la bonne franquette, tous les quatre. On a rigolé, oui, on a rigolé ! Tu parlais de ta vocation ecclésiastique avortée : « Rends-toi compte, j'ai failli devenir curé ! Heureusement qu'une penn-sardin traînait dans les parages pour me mettre le grappin dessus ! » Puis tu m'as parlé d'un cousin à toi, Hervé Coatmeur, un type un peu spécial, moitié clodo, moitié anar, qui publiait une petite revue qu'il vendait à la sauvette rue de Siam, et qui est mort dans l'explosion de l'abri Sadi-Carnot. « Voilà les deux héritages que je revendique, as-tu conclu : sous mes tempes résonne encore le chant des cantiques religieux alors que dans mes veines, c'est la révolte qui bouillonne. »

S'il fallait résumer ton œuvre, je parlerais volontiers d'indignation et de compassion, d'empathie et d'élégance, mais s'il fallait décrire l'homme, je ferais le portrait d'un être humain, simplement humain, mais entièrement et viscéralement humain, humain parmi les humains, témoin désolé de cette humanité souffrante.

Salut, Jean-François.
Au revoir, Monsieur Coatmeur. Et merci.

Hervé Bellec, 13 décembre 2017

Pour tout savoir sur Jean-François Coatmeur, sa vie et son œuvre : consulter le site https://jean-francois-coatmeur.bzh, dont l’un de ses neveux est le webmaster, très bien conçu, très complet, avec beaucoup de références et d’illustrations.

Photo ci-dessus : Jean-François Coatmeur devant un meuble breton, dans son appartement brestois. DR.