Le blog "langue-bretonne.org"

10 mars 2019

Bretagne, une histoire à part ?

Cornette couv

J’aime bien ce genre de titre qui interpelle et instille le doute dans nos certitudes. C’est celui annoncé dans la presse comme thématique de la semaine à venir dans "La fabrique de l’histoire", sur France Culture. Sur le site de la chaîne, le titre n’est pas le même, mais toujours aussi intrigant : "La Bretagne, finistère ou centre du monde ?" Le texte qui suit fait référence à l’imaginaire que suscitent de bien plus vastes territoires continents : la Bretagne serait-elle "un empire du milieu" ? Le propos est explicité : c’est que dans le passé, la Bretagne a été le pivot d’un arc atlantique allant de l’Irlande au Portugal. C’est à l’occasion d’un ouvrage collectif sous la direction de Joël Cornette et intitulé "La Bretagne, une aventure mondiale" qu’Emmanuel Laurentin, le producteur de La fabrique de l’histoire, engage cette réflexion. 

Si ce n’est l’introduction, je n’ai pour l’instant ni vu ni lu l’ouvrage, qui vient de sortir chez Taillandier. La couverture me paraît plutôt tradi et décalée par rapport au propos annoncé, lequel aspire à se positionner "loin de toute bretonnerie folklorique et poussiéreuse". Une dizaine d'historiens se sont engagés dans le décryptage de cette "aventure mondiale" : Jean Kerhervé, Didier Le Fur, Georges Minois, Olivier Chaline, Jean Tanguy, Karine Salomé, Roger Dupuy, Jean-Clément Martin, Eva Guillorel, Christian Bougeard, auxquels il faut ajouter deux témoins en la personne de Michel-Edouard Leclerc et de Mona Ozouf.

Le programme des quatre jours de La fabrique de l'Histoire consacré à la Bretagne, tous les matins à 9 h 5 :

  • Lundi 11 mars, le grand entretien : Emmanuel Laurentin reçoit Joël Cornette
  • Mardi : l'histoire de France au prisme de la Bretagne, en compagnie d'Erwan Le Gall (Saint-Malo pendant la Première Guerre mondiale) et de François Prigent (le socialisme en Bretagne entre 1930 et 1980)
  • Mercredi : débat historiographique. Je crois savoir que l'une des invités sera Nelly Blanchard, professeur de celtique à l'UBO et membre du Centre de recherche bretonne et celtique
  • Jeudi : un documentaire de Victor Macé de Lépinay et Thomas Dutter sur la Vallée des saints, à Carnoët.

À réécouter par ailleurs en podcast…

Vous n'avez pas entendu Mona Ozouf, vendredi dernier dans "La marche de l'histoire" ? Jean Le Brun l'a reçue comme témoin du vendredi pour parler un peu de la Bretagne, beaucoup de l'écrivain britannique George Elliot, qui fait l'objet de son dernier livre intitulé "L'autre George" (paru chez Gallimard), en écho à George Sand. Mona Ozouf s'exprime magnifiquement, comme toujours. À écouter ou réécouter sur le site de France Inter.

Vous ne suivez pas "Les chemins de la philosophie", par Adèle Van Reeth, du lundi au vendredi à 10 heures sur France Culture, juste après "La fabrique de l'histoire" ? Les invités, il y a quinze jours, en étaient André Markowicz et Françoise Morvan, deux jours de rang, s'il vous plaît. 

Certains, en Bretagne, ne connaissent de Françoise Morvan que son essai sur "Le monde comme si". Mais elle est l'auteure de plusieurs dizaines d'ouvrages, dont plusieurs essais et une vingtaine de livres pour enfants. C'est une spécialiste du conte, d'Armand Robin et de François-Marie Luzel, une traductrice du théâtre de Synge… 

André Markowicz est poète et traducteur. Il a notamment traduit Shakespeare en français, ainsi que les œuvres complètes de Dostoïevski, mais aussi Gogol, Pouchkine, et d'autres écrivains russes, en particulier Tchekhov. Elle et lui connaissent Tchekhov sur le bout des doigts, et c'est pour cela qu'ils ont été les invités des Chemins de la philosophie, les 25 et 27 février derniers. Une connaissance intime et partagée du théâtre et de Tchekhov. On peut les réécouter en podcast sur le site de France Culture.


08 mars 2019

Priziou 2019 : que dire des lauréats ?

Final-1

Petit décryptage et d'autres photos du palmarès 2019, d'une catégorie à l'autre.

Dans la catégorie "association"

On pouvait s’attendre à ce que Radio Kerne soit primée, elle l’a été non pas pour les réalisations dont elle aurait pu faire état à l’occasion de ses vingt ans, mais pour un projet qui doit aboutir dans quelques semaines : celui de lancer une antenne 100 % en breton en Loire-Atlantique.

Radio Naoned-1  Beyer Olivry

Dans la catégorie "livre de fiction"

Je remarque surtout le 3e prix attribué à Yann-Fulup Dupuis pour une pièce de théâtre en quatre actes (parue aux éditions An Alarc’h). Parce qu'il n’est pas courant qu’un texte de théâtre fasse l'objet d'une telle reconnaissance.

TYi-kêr Karaez-2  Bastian 3

Dans la catégorie "collectivité"

La ville de Carhaix l’a emporté sur celle de Rennes. Les réalisations de la capitale bretonne ont été remarquées : signalétique bilingue, prochainement une crèche bilingue, mise à disposition de locaux pour Skol an Emsav. Le jury a dû considérer que celles de la capitale du Poher étaient plus conséquentes : livret de famille bilingue, classes bilingues dans toutes les écoles, présentation bilingue dans le centre archéologique Vorgium… Tout serait donc bilingue à Carhaix ? Pas encore, mais la ville aime à se présenter comme un modèle pour les autres. 

Dans la catégorie "création audiovisuelle"

Sébastien Le Guillou n’a pas été très disert en recevant le premier prix pour un documentaire de 26’ sur un danseur de fisel qui s'est fracturé la jambe sous son tracteur, mais il est à l'aise et parle sans notes. Il a surtout fait état de son envie de réaliser bientôt d’autres films. Il s’exprimait plus longuement ce jeudi dans la page en breton du Télégramme, en répondant aux questions d’Anna Quéré : « que ferais-je, se demande-t-il, si je ne faisais pas de films ? » Ce qui fait la force d’un film, ajoute-t-il, c’est la complicité qu’il réussit à installer entre ceux qu’il filme et lui-même.

Lorcyber-1  Morwenn Le Normand-2

Dans la catégorie "entreprise" 

Le premier prix est revenu à Lorcyber, une entreprise de cybersécurité basée à Vannes et qu’on ne s’attendait pas à retrouver à cette place. Que je sache, dans le monde de la cybersécurité, on fonctionne plus en anglais qu’en breton. Pierre Lorcy, le président de la société, s’est fait remarquer en sortant son smartphone de sa poche (quand les autres, certains du moins, sortent encore leur feuille de papier). 

Il n’a prononcé que deux ou trois phrases basiques en breton, mais il affiche sa fierté « d’avoir enfin fait quelque chose pour le breton en le faisant entrer dans le monde de la cybersécurité et en faisant entrer de nouveaux mots dans notre langue ». Cela se voit sur le site internet de la société, même s’il n’est pas entièrement traduit en breton (pas plus qu’en anglais d’ailleurs).

Dans cette même catégorie, le second prix revient à la Fondation Crédit Agricole du Finistère, qui accompagne les initiatives permettant le développement de la langue bretonne dans le département. Et pourquoi pas ? Mais n'est-il pas quelque peu cocasse de remettre un chèque à une banque pour ses actions de mécénat ?

Dans la catégorie "disque chanté en breton"

Tout le monde aurait été interloqué si Denez (autrement dit, Denez Prigent) n’avait pas été primé. Les critères sont stricts : il faut non seulement chanter en breton, mais aussi que ce soit de nouveaux textes. Denez correspond parfaitement au profil puisqu’il compose la plupart de ses chansons (et pas n’importe quels textes !) avant de les interpréter. La chanteuse Morwenn Le Normand était chargée de lui remettre son trophée : comme il n'était pas présent, elle a assuré la prestation avec la fraîcheur et l’espièglerie qu’il faut dans ces cas-là. 

Elegoed Stoll-1

"Le brittophone de l’année"

Arno Elegoed était nominé deux fois pour le livre-CD "Kan ar bed" [Le chant du monde] qu’il vient de publier avec sa maison d’édition "Bannou-Heol" et qui est un succès. Il a réussi le pari de réunir pour la première fois une centaine d’auteurs, de chanteurs et de musiciens de Bretagne et d'ailleurs pour, dit-il, effectuer le plus beau des voyages en musique. Il donne ainsi la possibilité à tous de découvrir les cultures du monde au travers de treize morceaux de différents pays qui se mêlent aux sonorités de la langue bretonne. 

Eh bien, cette réalisation a reçu le 2e prix dans la catégorie "Disque chanté".

Arno Elegoed a été promu de surcroît "brittophone de l’année 2019". Son prix lui a été remis par la lauréate de l'an dernier, Stéphanie Stoll, la présidente de Diwan. Quelqu'un(e) a fait remarquer qu'aucune femme n'avait été nominée cette année dans cette catégorie. D'ailleurs, si je compte bien, il n'y en a qu'une seule (et encore n'était-elle pas… seule) à avoir obtenu cette année le premier prix, toutes catégories confondues. Je ne sais pas qui doit le faire, mais il y a du boulot…

Arno se dit très heureux de cette reconnaissance, qu’il partage avec ceux qui ont cru en son projet, mais ne peut cacher son amertume. Il regrette les multiples obstacles qu’il a trouvés sur sa route de la part de diverses structures et met les points sur les "i" : 

  • "il est temps que les élus et les hautes autorités de l’académie de Rennes par exemple comprennent qu’il n’y a pas de culture ni de langue inférieure ou au-dessous des autres."

C’est ce qu’il a exprimé fermement en pensant au breton. Attention, risque de mécompréhension : ne pas confondre "a-iz" et "a-uz" en breton ! Car le sous-titrage, lors de la diffusion, disait l’inverse : 

  • "il n’y a aucune culture, aucune langue au-dessus des autres."  

Comment dit-on "errare humanum est" en langage armoricain ?

Pour voir ou revoir en replay l'intégralité de la remise des Priziou 2019, se rendre sur le site de Bali Breizh ou directement sur Youtube.

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Les Priziou : retour sur le cru 2019

Goulwena Yann-Herle-2

Cette édition 2019 aura été celle de quelques scoops. On doit le premier, d’entrée de jeu, à Goulwena an Henaff, la présentatrice des Priziou, puisqu’elle a mis en valeur un nouveau dialecte émergent du breton, celui que l’on parle à Bruz, la ville de 18 000 habitants à quelques kilomètres de Rennes où se déroulait la cérémonie.

À Bruz, si loin de la Basse-Bretagne, se parle donc une variante locale du "brezhoneg" [breton] officiel, d’ores et déjà identifiée comme étant le "bruzhoneg" [intraduisible] : une association locale s’active d’ailleurs pour assurer la promotion de cette langue d’avenir. Et dire qu’il a fallu que les Priziou que décerne France 3 Bretagne se déroulent enfin sur le territoire de Rennes Métropole pour qu’on en découvre l’existence !

Goulwena-3 Yann-Herle-2

En fait, Goulwena a très vite cessé de s’exprimer en "bruzhoneg" pour revenir au breton classique : ce n’était qu’un jeu de mots en forme de clin d’œil. C’est qu’une remise de prix — et c’est vrai pour les prix de la langue bretonne comme pour le cinéma — c’est toute une alchimie. Au départ, c’est une organisation millimétrée. La preuve par Mael Gwenneg, le responsable des émissions en langue bretonne de France 3 : il annonce lui aussi en forme de scoop la prochaine édition des Priziou pour le 13 mars 2020 à Fouesnant, où ils ont déjà eu lieu il y a quelques années, si je me souviens bien. C’est ce qui s’appelle anticiper. 

Une initiative de la télévision régionale

Les Priziou sont un événement, qui plus est retransmis à la télévision. Normal, puisqu’ils sont organisés par une chaîne de télévision (en l’occurrence France 3 Bretagne) avec désormais le concours de la région Bretagne et de l’Office public de la langue bretonne. La télé, mieux que tout autre média, leur assure le retentissement optimal : la langue bretonne a bien besoin de ça. C’est aussi une reconnaissance, un parti pris parfois, des découvertes, de la satisfaction ou de la déception… C’est un coup de projecteur sur les réalisations considérées comme les plus marquantes de l’année dans sept catégories différentes. Le résultat, tel qu’il a été vécu dans la salle en live ou tel qu’il a été restitué à l’antenne est probant.

C’est le travail de toute une équipe de journalistes, animateurs, administratifs et techniciens, un service communication, des jurés, des artistes… Je n’oublie pas le réalisateur qui fait la synthèse des contraintes et des potentialités en vue du résultat final à l’antenne en fonction des moyens dont il dispose, Avel Corre cette année comme l’an dernier. Je cite également Rebecca Donellan, dont le rôle est incontournable : depuis des années et des années, elle est dans la discrétion et avec le sourire la scripte attitrée des Priziou et c’est la dernière fois qu’elle l’aura été. Une performance. 

Yann-Herle kilt-1  Pascal Jaouen-1

Le sketch du kilt breton

Les Priziou, enfin, c’est une dynamique, une ambiance. Les présentateurs y contribuent pour l’essentiel par leur présence et leur aisance sur scène ainsi que par leur complicité avec la salle. Goulwena an Henaff et Yann-Herle Gourves créent chaque année la surprise, d’autant que Goulwena portait l’une des robes de la nouvelle collection du brodeur Pascal Jaouen (qui sera bientôt dévoilée) et Yann-Herle un kilt (ça mérite un gros plan) présenté comme étant celui de Lorient, mais qu’il a fallu tout de même aller chercher à Paris. Pascal Jaouen en portait un aussi, dans les tons noirs   

De là à ce que les Bretons adoptent le kilt que les Écossais eux-mêmes ne portent que dans les grandes occasions, on en est loin. On aura eu le droit à tout le moins de la part des deux animateurs à un sketch quelque peu surjoué sur ce que portent les hommes sous leur kilt : on a vu à l’image ce qu’il en était dans le cas de Yann-Herle Gourves. Tant qu’à faire, on aurait aimé savoir s’il se conforme à un usage bien établi ou s’il l’enfreint. Le mystère demeure. 

Lena Louarn-1

Pas de déclaration fracassante cette année lors de la remise des Priziou, ça arrive parfois, mais des regrets, quelques blâmes (mais oui) et des satisfecit. Le brittophone de l’année, Arno Elegoed, n’a pas apprécié les bâtons qu’on lui a mis dans les roues pour l’édition de son livre-CD "Kan ar bed" [Le chant du monde]. Quelques coups de griffe ont été énoncés à l’égard des services publics tels que la SNCF, Pôle emploi et surtout l'Éducation nationale qui avec la réforme des lycées ne s’implique pas comme il faudrait pour assurer l’avenir des langues régionales. Plus inattendu de la part des présentateurs : ils ne se sont pas contentés de saluer les personnalités présentes, ils ont aussi nominativement désigné les élus absents… Ça se fait, ça ?

Pour sa part, Mael Gwenneg, le responsable des émissions en langue bretonne de France 3 Bretagne, était en admiration devant l’ample robe rouge à papillons, chaussures assorties, que portait Lena Louarn, vice-présidente du Conseil régional de Bretagne, avant de se féliciter l’une et l’autre du déroulement de la soirée et de la qualité du cru 2019 (une centaine de profils avaient été pré-sélectionnés). Il est vrai que la salle du Grand Logis de Bruz était pleine, ce qui veut dire que quelque 400 personnes se sont déplacées de toute la Bretagne pour y être. C’est, je pense, l’une des meilleures fréquentations des Priziou. 

Ebel group-2 Ebel-1 Ebel group-3

"Heb muzik, Priz ebed"

[Sans musique, pas de Priziou]. Je paraphrase là un slogan bien connu qui veut que la Bretagne n’existe plus si la langue bretonne ne se parlait plus. C’est le groupe Ebel Electrik qui assurait la partie musicale des Priziou cette année. Goulwena l’a présenté comme un power trio blues-rock psychédélique, peu connu jusqu’à présent, mais il sort son premier CD cette semaine. Il se compose de 

  • Florian Ebel, chant et guitare.
  • Basile Tuauden, basse
  • Germain Velut, percussions
  • Rejoints sur le dernier morceau par Mathilde Hamon

Ça n’a strictement rien de traditionnel ! La musique est tonique à souhait, elle rappelle le rock des années 70. Florian Ebel compose et interprète lui-même ses textes, en breton bien sûr. Sa voix est bien présente et les paroles sont généralement audibles. Ce passage de bonne facture aux Priziou devrait constituer une belle rampe de lancement pour le groupe.   

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Une nouvelle émission jeunesse

Ceux qui étaient présents dans la salle du Grand Logis à Bruz ont eu le droit en avant-première à un autre scoop : l’annonce de la diffusion d’une nouvelle émission jeunesse en breton à compter de ce samedi 9 mars à 10 h 20 : "Na petra ‘ta !" [Et quoi donc ?] Elle succède à "Mouchig-dall" [Colin-maillard], dont la production avait été arrêtée il y a quelques mois, alors que la diffusion s’était poursuivie jusqu’ici. Elle avait été lancée en 2002 ou 2003, si je me souviens bien, et elle a donc duré une quinzaine d’années : pas si mal !

Le nouveau rendez-vous promet d'être ludique et éducatif, en compagnie d’Erell et Tudu : respectivement Azenor Kallag et Tangi Merien. Ils proposeront aux jeunes téléspectateurs bretonnants de voyager à bord de leur vaisseau, une sorte de sous-marin ailé, de sillonner le monde et de comprendre le fonctionnement de différents concepts, tel que la radio, le cycle de l’eau ou le cinéma d'animation, thème de la première émission. 

L'émission est ponctuée de séries animées, sur les sciences, les portes, etc. En plus, elle sera participative : les téléspectateurs pourront poser une question de leur choix, se filmer et l'envoyer à napetrata@francetv.fr ! Et les animateurs leur répondront dans l’émission.

Le programme dure 26’ et c’est toujours une coproduction entre la société rennaise JPL Films et France Télévision.

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02 mars 2019

Priziou 2019 : les lauréats en photo

Priziou 2019-1

C'est au Grand Logis, à Bruz, à dix minutes de Rennes en TER, qu'ont été remis vendredi les Priziou 2019, également présentés comme les prix de l'avenir de la langue bretonne. C'est au départ une initiative du service des émissions en breton de France 3 Ouest (son nom de l'époque), rejoint entre-temps par la région Bretagne et par l'Office public de la langue bretonne.

Dans chacune des sept catégories, le premier prix s'est vu remettre un trophée au nom de France 3 conçu par le graphiste-designer Owen Poho. Chaque premier prix recevra par ailleurs un chèque de 1 500 € de la part de l'OPLB, lequel transmettra également un chèque de 500 € aux deuxièmes et troisièmes prix. 

Catégorie "Association" :

Radio Kerne Lou Millour-1           

  • 1er prix : "Radio Kerne" (représentée par Lou Millour), à l'occasion de ses 20 ans et pour le lancement prochain d'une antenne 100 % en breton sur Nantes.
  • 2e prix : "Ti ar vro", pour le centre de loisirs qu'il a ouvert à Guingamp à destination des enfants dès l’âge de quatre ans.
  • 3e prix : "Daoulagad Breizh" et "Emglev bro Douarnenez"pour "Filmoù-chakod", leur concours de films de poche en breton.

Catégorie "Livre de fiction"

Olivry Jerom-1

  • 1er prix : "Ouzh skleur an noz" [À la lueur de la nuit], roman de Jerom Olivry (Ed. Al Liamm).
  • 2e prix : "Distro Jarl eus ar brezel" [Le retour de la guerre de Charles], roman de Goulc’han Kervella (Ed. Skol Vreizh).
  • 3e prix : "Galnys pe priz ar gwad"  [Galnys ou le prix du sang], pièce en quatre actes de Yann-Fulub Dupuy (An Alarc’h).

Catégorie "Collectivité"

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  • 1er prix : la ville de Carhaix, qui délivre désormais un livret de famille bilingue. Toutes les écoles de la ville proposent par ailleurs une filière bilingue. La signalétique est également bilingue dans Vorgium, centre d’interprétation archéologique virtuel.
  • 2e prix : la ville de Rennes, en raison du développement de la signalétique bilingue, de son soutien à la création d’une crèche bilingue et de son offre d'hébergement au centre de formation "Skol an Emsav".
  • 3e prix : le musée de l’ancienne abbaye de Landévennec pour la présentation en breton de son exposition "La Bretagne au temps des rois".

Catégorie "Création audiovisuelle"

Bastian Guillou-1

  • 1er prix : "Gwallzarvoud ar fisel" [L’accident de M. Fisel], documentaire de Sébastien Le Guillou (France 3 Bretagne).
  • 2e prix : Ar pevarad kerniel [Le quatuor à cornes], film d'animation de Benjamin Botella et Arnaud Demuynck (Vivement Lundi !)
  • 3e prix : Zao ! Série documentaire de Perynn Bleunven et Mai Lincoln (Kalanna Production). 

Catégorie "Entreprise"

Lorcyber-1-2

  • 1er prix : Lorcyber, une entreprise de cybersécurité qui a fait traduire son site internet et sa plaquette en breton.
  • 2e prix : la fondation Crédit Agricole du Finistère, qui récompense les initiatives permettant le développement de la langue bretonne.
  • 3e prix : "Penn ar box", qui a également fait traduire en breton le site internet sur lequel il propose des kits de produits bretons.

Catégorie "Disque chanté en breton"

Nolwenn Le Normand-1

  • 1er prix : "Mil Hent" [Mille chemins], de Denez (Coop Breizh). Le chanteur n'ayant pas pu se déplacer, c'est Morwenn Le Normand (lauréate l'an dernier avec le groupe "Loened fur ha foll") qui lui remettra son trophée ultérieurement.
  • 2e prix : "Kan ar bed" [Le chant du monde], œuvre collective (Bannoù-Heol).
  • 3e prix : "A-dreñv ar vrumenn" [Au-delà du brouillard], de Möhrkvlth (Asgard Hass).

Et les "Brittophones de l'année" sont…

Arno Elegoed-1

  • 1er prix : Arno Elegoed, pour avoir porté à bout de bras le projet de livre-CD "Kan ar Bed" [Le chant du monde] à travers sa maison d’édition Bannoù-Heol.
  • 2e prix : Ismaël Morvan, président de l’association "Bak e Brezhoneg" qui réunit les lycéens ayant souhaité passer les épreuves du baccalauréat en breton.
  • 3e prix : Paskal Nignol qui organise des visites guidées et des ateliers de discussionen breton auMusée de Bretagne à Rennes. 

19 février 2019

Brest et les Bretons aussi manifestent contre l'antisémitisme

manif Brest-2

Les représentants de la communauté juive de Brest le reconnaissent volontiers : il n'a pas été constaté d'actes antisémites par ici depuis des années. Il n'empêche que le contexte national est prégnant et que les attaques contre les personnes ou les lieux de mémoire qu'on observe depuis quelques jours à Paris, à Strasbourg ou ailleurs deviennent bien préoccupants. Brest n'a donc pas manqué de répondre à l'appel lancé au niveau national par le Parti socialiste. Une vingtaine de formations politiques et d'associations diverses se sont retrouvées ce soir place de la Liberté, beaucoup venant de la gauche.  Des élus de droite et du centre, dont certains venus de Quimper, étaient également présents. Le Rassemblement national était absent. 

Brest était l'un des 70 rassemblements qui ont eu lieu ce soir en France. Les quelque 1 500 manifestants ont été sobrement accueillis par Yohann Nédélec (secrétaire du PS finistérien), qui a immédiatement passé la parole à Frédérique Ronot. Au nom de la Ligue des droits de l'homme, elle a stigmatisé la montée de l'antisémitisme dans notre pays et pointé le fonctionnement des réseaux sociaux : "aucune parole de haine, a-t-elle déclaré, ne doit être banalisée, car encourageant un passage à l'acte intolérable." 

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Et la présidente de la LDH d'ajouter que le risque de la banalisation c'est d'accepter que "chacun puisse être menacé, insulté, voire tué, en raison de sa religion, de qu'il est ou de ce qu'il est supposé être." Propos vivement applaudis par la foule. La chorale "Peuple et chansons" a alors interprété a capella "Nuit et brouillard", la chanson bien connue de Ferrat : "Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers…"

Aucune pancarte, pour ainsi dire, ni fanion dans la manifestation, à l'exception de quelques drapeaux de l'UDB. Une petite quinzaine de Gilets jaunes se sont fait remarquer en montant sur les marches de la mairie en brandissant de petites pancartes dont les slogans paraissaient en décalage par rapport à l'objet de la manifestation de ce soir.

Un certain "Parti breton" a par ailleurs diffusé ce jour un curieux communiqué dans lequel il "assure de son soutien les juifs de Bretagne" (et pas les autres ?) et "dénonce l'indignation sélective de la France" au motif que les manifestants de ce soir, je cite, "ne s'indignent pas des discriminations faites aux Bretons", etc. L'amalgame est indécent, et c'est l'indignation du Parti breton qui paraît outrageusement sélective. Les Bretons ce soir étaient dans la rue, peut-être pas assez nombreux, mais ils y étaient.

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10 février 2019

Langue bretonne : question hautement inflammable ?

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Ce n’était pas vraiment le cas vendredi après-midi, lorsque le Conseil régional a débattu du budget des langues de Bretagne. Le débat a été, somme toute, tout à fait paisible. La vice-présidente Lena Louarn s’est félicitée de l’augmentation de ce budget de 150 000 € par rapport à 2018, tout en soulignant qu’il « reste du chemin à parcourir » et qu’en ce qui concerne la convention État-Région, « le compte n’y est pas sur certains points ». Pour ce qui est du gallo, Kaourintine Hulaud a fait état d’un « vrai projet de développement pour notre langue ». 

Lors de la discussion, Paul Molac a présenté les deux langues comme étant « les couleurs de la Bretagne ». Catherine Saint-James a demandé « d’intensifier l’effort », en soulignant que nos langues sont « au défi d’un cadre juridique ». Pour sa part, Isabelle Le Bal a considéré le budget des langues comme « insuffisant » et demandé - sans illusion - qu’il soit augmenté de 500 000 €. De fait, l’amendement qu’elle a proposé en ce sens a été rejeté et le budget voté en l’état. L’opposition de droite et du centre s’est abstenue.

Politique linguistique : la fin de l’unanimité ?

Ce vote est dans la continuité de celui intervenu le 14 décembre dernier lorsque le Conseil régional a adopté les nouvelles orientations de sa politique linguistique en faveur des langues de Bretagne. On n’en a quasiment pas parlé à ce moment-là, même dans la presse, puisqu’il n’était alors question que de la pétition des 100 000 signataires réclamant la réunification administrative de la Bretagne et de la délibération qu’adopterait le Conseil départemental de Loire-Atlantique.

Ce 14 décembre-là déjà, à Rennes, l’opposition de droite et du centre s’était abstenue. Depuis l’adoption du premier plan de politique linguistique de la région le 17 décembre 2004, c’est la première fois, me semble-t-il, que cette politique linguistique n’a pas été votée à l’unanimité. Faut-il le voir comme un signe que les temps changent ?

Des annonces en rafale

Depuis une quinzaine de jours pourtant, l’actualité autour de la langue bretonne a paru s’emballer. Coup sur coup, plusieurs annonces ont été faites en rafale.

  • Le Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine a validé le principe de l’ouverture d’un nouveau collège Diwan dès 2020 à Guipry-Messac, dans les locaux « ultramodernes » du collège public et avec un internat en 2023.
  • Pour compenser la suppression des emplois aidés dont bénéficiait Diwan, l'Éducation nationale va lui attribuer, via la Région, une dotation complémentaire de 300 000 €. C’est, de facto, une reconnaissance de plus de la filière d’enseignement du breton par immersion des écoles associatives (sachant que les enseignants sont déjà rémunérés par l'État, sauf lors de l’ouverture d’une nouvelle école).
  • Par ailleurs, sur proposition de plusieurs parlementaires de la majorité, un amendement sera discuté dès la semaine prochaine à l’Assemblée nationale pour que les écoles Diwan puissent bénéficier du forfait scolaire, comme le font les écoles publiques. Les élus locaux étaient souvent réticents, de peur que leurs écoles communales perdent des effectifs. Le nouveau dispositif leur imposerait de verser ce forfait, au prorata du nombre d’enfants de la commune inscrits dans une école Diwan établie sur une autre commune.
  • L’État, enfin, serait disposé à engager une réflexion pour que les signes diacritiques du breton (et des autres langues régionales ?) puissent être utilisés dans l’état civil au bénéfice de prénoms bretons.

Le lobbying plus efficace qu'une manif ?

Il n’y a pourtant pas eu depuis longtemps de grandes manifestations ni de campagnes de revendications en faveur de la langue bretonne, comme il y en a eu périodiquement à Quimper, Rennes ou Carhaix. Quelques actions locales tout de même : des parents d’élèves Diwan de Châteaulin et du Faou ont ainsi interpellé les municipalités des alentours ces derniers jours, précisément au sujet du forfait scolaire.

La dramatisation est venue d’ailleurs. En premier lieu du Conseil culturel de Bretagne. Le 26 janvier, l’assemblée consultative que préside Bernez Rouz s’est fâchée tout rouge. D’abord parce que l’augmentation de 2,3 % du budget des langues de Bretagne à la région ne lui paraissait pas à la hauteur des enjeux d’avenir. Ensuite, parce que l'État donne l’impression de freiner des quatre fers et de placer « des cadenas partout ».

Puis ça a été au tour de Jean-Yves Le Boulanger de décréter l’état d’urgence en assurant sur son compte twitter que les écoles Diwan risquaient de se trouver sans tarder en cessation de paiement s’il ne se passait rien. Le premier Vice-président à la région ajoutant qu’il « en va de la survie de la langue bretonne ». 

Un véritable « bras de fer » s’est engagé entre la région, des parlementaires et l’État, notamment les services de l'Éducation nationale, Loïg Chesnais-Girard menaçant même de ne pas signer le Pacte d’accessibilité pour la Bretagne qu’Édouard Philippe, venait parapher ce vendredi. Finalement le président de la région Bretagne et le Premier ministre, l’ont signé vendredi après-midi. Et ils en ont signé un deuxième dans la foulée, sous le nom de Contrat d’avenir régional, actant les différentes mesures attendues concernant les langues de Bretagne, et notamment les écoles Diwan.

Il faut croire qu’un lobbying associant étroitement les acteurs de terrain et les élus s’est révélé plus efficace qu'une manifestation. Le contexte volatil du moment n’y est sans doute pas pour rien. L’État a lâché du lest. Mais seules les urgences ont été traitées. Bien d’autres questions restent en suspens, ne serait-ce que cette épineuse question de la mise en concurrence des langues régionales avec les langues étrangères au baccalauréat. Lena Louarn déclare qu’il « faut réformer la réforme », mais qui va en décider ? Catherine Saint-James fait le constat de « la forte précarité juridique » des langues de France, mais on ne parvient pas à la surmonter.

La première échéance immédiate est celle de la mise en œuvre effective des dispositions du Contrat d’avenir. Deux autres suivront sans tarder : la négociation de la nouvelle convention État-Région, la mise en place de la Conférence territoriale des langues de Bretagne. La langue bretonne et le gallo resteront-ils toujours une question hautement inflammable ?