Le blog "langue-bretonne.org"

16 janvier 2023

Le magazine en langue bretonne Bali Breizh passe le mois de janvier à la capitale

Joséphine Maubian 4

Il ne s’agit pas de la capitale administrative de la Bretagne, mais de Paris, carrément. La raison en est tout simplement que l’on compterait un million de Bretons en région parisienne, en comptabilisant ceux qui sont nés en Bretagne et ceux de la première, deuxième, troisième et quatrième génération. Il en est parmi eux qui parlent le breton, ça va de soi.

  • Photo ci-dessus : Joséphine Maubian, qui sera l'invitée de Goulwena an Henaff et de l’équipe de Bali Breizh, le dimanche 22 janvier, au pied de la tour Eiffel. DR

Il est donc tentant d’aller à leur rencontre. J’y suis moi-même allé à de multiples reprises, par exemple en l’an 2000 pour interviewer en compagnie d’Anna Quéré un homme au parcours fraternel, le père Yves Buannic. Originaire de Penmarc'h, il avait été le fondateur de l’association "Enfants du Monde — Droits de l’homme", qui intervenait auprès des enfants de la rue au Vietnam, à Haïti, au Brésil et ailleurs. 

Un architecte breton à Paris

J’ai effectué aussi des reportages à Paris pour le compte du journal An taol-lagad, tel celui sur les employés de la RATP dont un extrait a été rediffusé ce dimanche dans Bali Breizh. En 1985, 10 % étaient alors d’origine bretonne, soit quelque 3 000 employés.

An ti-korn Sizun-1

Le premier invité de Goulwena an Henaff ce dimanche était Gwendal Hervé qui, avec son épouse brésilienne, Monique Bastos, a fondé une agence d’architecture à Paris. Ils ont fait le choix de s’y installer pour des raisons de commodité, mais travaillent aussi en Bretagne. Après avoir conçu la nouvelle bibliothèque municipale de Sizun (photo ci-dessus : FB), ils travaillent en ce moment sur le projet de Maison-Musée Gauguin au Pouldu (Clohars-Carnoët). Gwendal Hervé expose bien son approche architecturale, mais aussi les nouvelles contraintes auxquelles il est confronté en raison de l’actuelle augmentation de tous les coûts dans le secteur du bâtiment.

Le musicien au beau tee-shirt galicien

Le chroniqueur musical de Bali Breizh, Telo Mell, s’est installé dans la cave voûtée d’un bar de la capitale pour une séquence un peu longuette en compagnie du violoniste Erwan Quintin. Ce dernier était déjà l’instigateur du groupe Kafe koefet [Café arrosé] qui s’était produit il y a quelques années au festival Yaouank de Rennes. Mais là il vient de fonder avec deux autres musiciens le groupe Norzh [Nord] dont c’était la première prestation, avec des airs de plin et de ridée en tout instrumental.

Le parcours d’Erwan est assez original puisqu’il est breton par son père et galicien par sa mère. Il arbore un superbe tee-shirt galicien et il a d’abord appris le galicien, puis le breton. Son breton manque un peu de maîtrise, puisqu’il confond "dilun" [lundi prochain] et "lun" [le lundi] et parle de la ville de Bordeaux comme étant… "Bordel" en breton, alors que c’est "Bourdel". 

Il faut dire que Telo Mell lui-même a parfois de curieuses formulations, par exemple "e vo klevet ahanout" [littéralement, tu seras entendu, pour on t’entendra] avec l’utilisation de la préposition conjuguée, inappropriée dans ce cas, alors qu’il serait tellement plus simple d’utiliser la 2e personne du singulier du futur du verbe "être" et de dire "e vi klevet" avec exactement le même sens. Ailleurs, on apprécie peu ce genre d'approximation : le "M, magazine du Monde" vient ainsi de pointer le russe d'un Français sur un média de Russie, qui "parle la langue de Tchékov de manière fluide, malgré quelques erreurs de déclinaison". Et toc.

La performance de Riwal Kermarrec

Le breton de Zulian Dupont, l’autre invité de Goulwena, est également hésitant, parfois. Dans sa famille, c’est une arrière-grand-mère qui, la première, avait émigré à Paris il y a cent ans. Lui a toujours vécu à Paris, faisant cependant des séjours en Basse-Bretagne. Son métier : développeur informatique dans une start-up au nom de "Just" qui propose un outil de paiement des salaires en ligne en un seul clic. Aujourd’hui, les bretonnants de Paris sont dans l’innovation. Ceux du siècle dernier, tel celui originaire de Plouaret dont Soazig Danielou avait fait le portrait du côté de Saint-Denis, faisaient partie de la classe ouvrière. 

Un mot tout de même sur le one-man-show de Riwal Kermarrec en fin d’émission pour conter la vie de saint Samson : le sujet ne m’a pas passionné, mais la performance doit être saluée.

  • Pour voir ou revoir l'émissioncliquer ici
  • Vous pouvez poster un commentaire en cliquant le lien ci-dessous.

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14 janvier 2023

Bloavez mad da lennerien ma blog Meilleurs vœux aux lecteurs de ce blog

Et merci à tous ceux qui l'ont visité à l'occasion des fêtes de fin d'année, tant à Noël que pour le premier de l'an. 

Glaoda-Jaouen

Ci-dessus. Céramiques de Glaoda Jaouen lors de la Foire aux croûtes 2022, place Guérin à Brest. Atelier : 38, rue Charles Berthelot 29200 Brest. Site internet et contact : cliquer ici. Photo FB

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30 décembre 2022

Hommage à l’écrivain Yann-Vadezour Lagadeg

Lagadec Yann-Vadezour-2

Originaire de Brignogan, où il était né en 1932, celui qui se fera appeler plus tard Yann-Vadezour Lagadeg, est décédé à l’âge de 90 ans ce 23 décembre.  Sa première langue, comme pour la plupart à cette époque, a été le breton et c’est à l’école qu’il a appris le français. Il travaille d’abord comme aide familial à la ferme avant de migrer à Paris, où il s’engage une dizaine d’années dans la police, préférant travailler ensuite dans le maraîchage. Comme beaucoup, c’est en région parisienne qu’il prend conscience de sa qualité de Breton. De retour en Bretagne, il s’installe avec sa femme Anne à Guipavas. En 1989, ils auront la douleur de perdre leur fille Madeleine, partie en tant qu’infirmière au Salvador, assassinée par des paramilitaires.

Lorsqu’il prend sa retraite, Yann-Vadezour Lagadeg s’investit de mille façons pour diverses actions de valorisation du breton et de la culture bretonne et il le fera pendant plus de 40 ans. À Guipavas, il prend part à la création de l’association "War roudou ar Gelted" (Sur la trace des Celtes), qui organise cours de breton et animations. Conteur de talent tant devant les publics jeunes que pour les adultes, il est aussi chanteur de fest-noz, où il contribue à la relance de la fameuse dañs-round (la danse ronde) du pays pagan. Il aura été un grand transmetteur de la culture orale.

Acteur passionné de l’expression culturelle bretonne

Dans les années 1980, Yann-Vadezour et sa femme rejoignent la troupe de théâtre Ar Vro Bagan, dont il est l’un des comédiens les plus emblématiques, jouant des rôles de premier plan dans toutes les créations. Ce fut le cas notamment dans la pièce "Ar mestr" [Le maître] de Naig Rozmor, qui racontait l’histoire véridique d’une famille de petits paysans léonards expulsés de leur ferme par le prêtre qui en était le propriétaire et qui fut un considérable succès populaire.

À l’instigation de Naig Rozmor précisément, il devient écrivain à son tour et publie quatre ouvrages aux éditions Emgleo Breiz et une trentaine d’articles dans la revue en langue bretonne Brud Nevez. Son premier roman, "Ar vastardez" [La batarde] avait été remarqué en raison de l’excellence du breton dans lequel il s’exprimait, en raison aussi de l’originalité du sujet qu’il abordait : l’histoire authentique et tragique d’une mère célibataire et de sa fille en plein pays léonard. Dans un autre de ses livres, "Dalh soñj ez out den" [Souviens-toi que tu es aussi un être humain], il exprime avec force ses convictions humanistes.

Adepte du breton populaire, engagé quand il le fallait, il aura été un acteur passionné de l’expression culturelle bretonne de ces quarante dernières années.

Ses obsèques ont été célébrées mercredi dernier dans l’église de Guipavas devant une assistance de plus de 300 personnes.

Remerciements à la famille pour la photo. DR

E memor eur Breizad a galon

  • Eun den feal eo bet Yann-Vadezour Lagadeg. Feal d'e yez kenta, ar brezoneg, goude ma oa bet e-pad bloaveziou o labourad e Pariz. Pa oa bet deuet war e leve, e-neus bet 45 bloaz da veva e Gwipavaz gand e wreg Anne, e-touez e dud hag e vignoned. Bloaveziou a zo bet kriz a-wechou, p'eo-bet lahet o merh Madalen e bro ar Salvador gand peuz-soudarded. Gras e-neus kavet avad oh ober traou e-leiz evid ar brezoneg. 
  • Komedian eo bet, forzig. Kelenner eo bet gand "Roudou ar Gelted" e Gwiapavas.  Marvailler eo bet, ken e lavare Naig Rozmor he-devoa bet plijadur atao o selaou anezañ o konta eñvorennou e yaouankiz e Bro Bagan. Hi eo he-doa aliet anezañ da skriva.
  • Sed eo bet skrivagner ive. A beb seurt e-neus skrivet, eñvorennou a-dra-zur, ha gwir romanchou ha danevellou ouspenn, skridou-buhez ive. Pevar leor e-neus embannet e ti Emgleo Breiz, hag eun tregont bennag a bennadou all e Brud Nevez. 
  • E romant kenta "Ar vastardez", ma kont ennañ eun istor gwirion bet c'hoarvezet e bro-Leon, e-neus greet berz. Gwella perz ar romant, hervez Francis Favereau, eo ar yez, mil bell deuz ar brezoneg paper ha chimik. Med n'eus lenner ebed a vefe bet dizeblant e-keñver istor eur vamm heh-unan hag he merh. 
  • Merket don eo bet ive Yann-Vadezour a-hend-all gand brezel an Aljeri, sed e-neus skrivet eul leor all, "Dalh soñj ez out den !". An den a oa ar pez a gonte ar muia evitañ. Setu derhel soñj a raim-ni deuz an den a galon eo bet, hag e neus kemeret eur perz braz e buhez sevenadurel bro-Leon e-pad daou-ugent vloaz.
  • En tu all da 300 a dud a zo bet o heulia e interamant dimerher diweza en iliz Gwipavaz.

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26 décembre 2022

Kartennou bloavez mad ! Des cartes de vœux à télécharger pour la bonne année

Mise à jour du 27 décembre 2022 à 23h53.

  • Ha setu amañ teir gartenn all a vloavez mad evid 2023. Kartennou dihortoz ha digustum !
  • Et voici trois autres propositions originales et inhabituelles de cartes de vœux en breton pour 2023…

Morvarc'h J

 Bonne année à tous les artistes, à ceux qui aiment la création et à tous les autres. "Morvarc'h", le cheval qui marchait sur la mer aux temps du roi Gradlon, du Brestois Jean-Marie Appriou, devant la gare de Rennes. Téléchargement :  Morvarc-h_J.-M. Appriou - 1.jpg

Jean Quemeneur-3

Meilleurs vœux aux amoureux, à ceux qui l'ont été, à ceux qui le sont et à ceux qui le seront. Jean Quéméneur et Fanny de Laninon à Brest, unis pour la vie par le sculpteur Jérôme Durand, à Recouvrance. Téléchargement : Jean_Quemeneur_3

Erh 2010 e Lambaol-1

Je vous souhaite une bonne année. Que les enfants s'amusent quand il neige. Et l'été par beau temps. Laq neige en bord de mer à Lampaul-Plouarzel en janvier 2010. Ça n'arrive pas souvent. Téléchargement : Erh_2010_e_Lambaol_1

 

Prometet em-oa deoh, setu int !

Je vous l’annonçais dans mon message précédent : voici donc quelques cartes téléchargeables pour fêter la nouvelle année à distance.

Sur chacune de ces cartes

  • une formule différente pour souhaiter la bonne année
  • et une légende pour situer la photo, tout ça en breton "penn-da-benn" [complètement].

Avec le lien de téléchargement, je fournis les traductions idoines à l’attention de ceux parmi vous qui ne connaissent pas ou ne maîtrisent pas bien le breton.

Je compte ajouter d’autres cartes dans les jours à venir. Vous aurez encore plus de choix !

Profitez de votre visite sur ce blog pour prendre connaissance des autres contenus : repérez les messages précédents ou les albums photos dans la colonne de droite, ainsi que le mur des tags pour cliquer l’un ou l’autre.

Trugarez deoh ha bloavez mad 2023 ! Merci, et meilleurs vœux 2023.

  • Toutes les photos : FB.

Fest an avel-1

Cerfs-volants dans le ciel bleu de Porspoder lors de l’Estivent 2022. Senior ou jeune, grand ou petit, je vous souhaite une bonne année. Téléchargement : Fest_an_avel_1 

Banniel an Ukrên-1

Solidaires des Ukrainiens. Le drapeau de l’Ukraine au fronton d’une mairie. Téléchargement : Banniel_an_Ukren_1

Bel Espoir-1

Le trois-mâts Bel Espoir aux fêtes maritimes de Brest. Une bonne année d’espérance et que bien heureux soit votre avenir. Téléchargement : Bel_Espoir_1

Kerglonou Aber-Ildud-1

Le site de Kerglonou et ses anciennes carrières sur les bords de l’Aber-Ildut. Je vous souhaite une bonne année, une santé à toute épreuve et de tranquillité. Téléchargement : Kerglonou_Aber_Ildud_1

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24 décembre 2022

Nedeleg laouen ! Joyeux Noël ! Des cartes de Noël à télécharger

Vous êtes nombreux à venir sur ce blog pour savoir comment on dit "Joyeux Noël" ou "Bonne année" en breton. Grâce aux moteurs de recherche que vous consultez, vous n’avez aucun mal à y accéder, c’est très bien. 

Si vous arrivez directement sur ce blog, sachez qu’un moteur de recherche interne, en haut de la colonne de droite, vous permet de trouver facilement en un clic ce qui vous intéresse. Vous avez aussi un tag "bloavez mad" un peu plus bas dans le mur des tags.

Je reconnais que je m’y prends un peu juste, mais j’ai eu envie cette année de vous proposer quelques bonus. Vous avez déjà compris par le titre de ce post que "Joyeux Noël" se dit "Nedeleg laouen" en breton.

Des cartes participatives

Je vous invite tout simplement à télécharger les quatre cartes de Noël ci-dessous, ou ne serait-ce qu’une seule, si ça vous dit, pour les expédier à qui vous voudrez. Le lien de téléchargement se trouve sous la carte.

  • Si vous avez conçu vous-même une carte, n’hésitez pas à me l’expédier : je la mettrai volontiers en ligne. Utilisez à cet effet l’adresse : fanch.broudic [at] brezoneg.com 
  • De même si vos enfants ou vos petits-enfants ont réalisé un dessin de Noël ou de bonne année, avec une légende en breton de préférence, mais pourquoi pas en français aussi, n’hésitez pas : scannez-le ou prenez-le en photo pour me l’expédier. Utilisez la même adresse.
  • L'envoi vaut acceptation de la mise en ligne.

Revenez ici à partir de lundi : je vous proposerai quelques cartes originales de "Bloavez 2023 mad" à télécharger également pour vos vœux de bonne année.

Nedeleg laouen-2

Acacia en fleur. Traduction : Joyeux Noël à tous chez vous. Téléchargement : Nedeleg_laouen_2

Nedeleg laouen-6

Naissance chez mes voisins. Téléchargerment : Nedeleg_laouen_6

Nedeleg laouen-8

Éoliennes à Pl;ouarzel. Téléchargement : Nedeleg_laouen_8

Nedeleg laouen-1 

Menhir de Lestriguiou, en Penmarc'h. Téléchargement : Nedeleg_laouen_1

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22 décembre 2022

La microtoponymie de Plozévet en pays bigouden : une histoire captivante

Goyat leor Plozeved  Gilles Goyat-1

Quand on parle de toponymie, tout le monde sait à peu près ce dont il s’agit. Dès qu’il est question de microtoponymie, c’est probablement moins précis. Le terme ne figure déjà pas dans tous les dictionnaires. Par contre, si l’on fait une recherche rapide sur le net, on découvre tout de suite qu’il s’agit de la toponymie relative aux lieux très localisés. 

Puisque tout le monde parlait le breton, les noms de lieux sont bretons

Pour les besoins de la thèse qu’il a consacrée en 2012 au parler breton de Plozévet, Gilles Goyat (ci-dessus, à droite) a travaillé, entre autres, sur les microtoponymes de sa commune d’origine en s’appuyant notamment sur le cadastre napoléonien. Il est le seul, à ma connaissance, à avoir mené une étude exhaustive sur un cadastre communal, en Basse-Bretagne en tout cas. Cette étude vient de paraître aux éditions Skol Vreizh, dans un format maniable, sous la forme d’un ouvrage de 251 pages.

Quel rapport, me demanderez-vous peut-être, entre ce cadastre datant du début du XIXe siècle et la langue bretonne ? Il est double. D’une part, il couvre l’ensemble du territoire communal. Comme, d’autre part, la langue usuelle était le breton à cette époque-là à Plozévet comme partout ailleurs en Basse-Bretagne, tous les noms de lieux étaient bretons, non seulement les noms de villages, mais aussi ceux des champs et des landes, ceux de la moindre parcelle, des jardins, des collines, des marais, des routes… C’est précisément à l’étude de ces noms-là que s’intéresse la microtoponymie. 

Plozevet panellou-1   Plozevet panellou-2

Le cadastre, de manière à établir une assise… pour les impôts

L’idée d’un cadastre remonte à la Révolution française. Les impôts en vigueur sous l’Ancien Régime ayant été supprimés, il avait été décidé d’établir "une contribution foncière répartie par égalité proportionnelle sur toutes les propriétés bâties et non bâties."  Il faut pourtant attendre 1807 pour que soit actée la création d’un cadastre parcellaire, et c’est la raison pour laquelle il sera connu plus tard comme étant le cadastre napoléonien.

À Plozévet les travaux préparatoires, puis la confection du plan lui-même se font entre 1824 et 1828. "Le sieur Touzé Pierre Marie" est le géomètre "commissionné" pour réaliser le cadastre. Il est originaire de la Manche et ne connaît donc pas le breton : pour la transcription des noms de parcelles, il se fait aider par des agents qui le savent. On dira cependant de lui qu’il "a appris suffisamment le Breton (sic) pour comprendre les cultivateurs." 

Le celtisant Joseph Loth (1847-1934) jugeait "qu’en Bretagne, surtout bretonnante, le cadastre est une honte". Sur la base des vérifications qu’il a pu encore faire entre 2008 et 2014, Gilles Goyat estime qu’à Plozévet les transcriptions "sont correctes dans l’ensemble, malgré quelques erreurs". Il a également comparé ces données à celles du chartrier du Guilguiffin, contenant des documents notariés du XVe au XVIIIe siècle concernant des fermes de Plozévet.

Plozevet panellou-3  Plozevet panellou-4 

L’historique des microtoponymes de Plozévet se décline en trois moments clés.

1. Des microtoponymes datant de cinq ou six siècles

Une partie des noms de parcelles du cadastre plozévétien date des XVe-XVIe siècles. Gilles Goyat a ainsi repéré plusieurs sites et bâtiments de l’époque médiévale, tels que les mots castel (désignant alors un retranchement de l’époque féodale), mouden (qui s’applique à un site fortifié), sal (demeure noble), maner ou manar (manoir) ou encore cour (comme en français, pour désigner des parcelles ayant été possessions de nobles). 

Il s’appuie sur les travaux antérieurs du chercheur Bernard Tanguy : selon lui, si aucun toponyme ne fait référence à la culture de la pomme de terre, c’est parce que la très grande majorité des noms de lieux étaient déjà fixés bien avant son introduction en Bretagne vers 1741.

2. Un parcellaire stable jusqu’au milieu du XXe siècle

La majeure partie des microtoponymes du cadastre de 1828 se retrouvent dans celui de 1954. Selon Gilles Goyat, ils étaient toujours en usage à ce moment-là chez les agriculteurs. Et pas que chez eux, sans doute : dans un témoignage qu’il m’avait lui-même transmis en 1992 pour ma propre thèse, il me signalait qu’au cours complémentaire mixte de Plozévet, pendant la guerre, les garçons entre 11 et 16 ans parlaient breton entre eux, alors que les filles utilisaient le français.

Scantourec  Plozevet panellou-5 

  • Scantourec, écrit Sclantourec en 1828, n'était alors que le nom de huit parcelles cultivées et d'un pré, au sud-ouest de Keryen. Il est devenu le nom d'un quartier de la commune à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle, et il l'est toujours. Sclantourec : lieu à conferve (algue verte filamenteuse) 

3. Le remembrement chamboule tout

À Plozévet, le remembrement entre en vigueur le 29 septembre 1965, à la fin des travaux. Il avait pour but la constitution d’exploitations agricoles d’un seul tenant sur de plus grandes parcelles afin de faciliter l’exploitation des terres. Avec l’arasement des talus et l’ouverture de nouveaux chemins d’exploitation à la place des anciens chemins et des chemins creux, le paysage rural en a été tout transformé.  

Le remembrement avait suscité oppositions et résistances dans certaines communes. Aujourd'hui, on ne parle généralement que des effets positifs qu’il a induits pour l’agriculture sur le plan économique et pour les agriculteurs pour leurs conditions de travail et de vie, de ses effets négatifs aussi parfois pour l’environnement. Mais il est une autre transformation majeure dont on ne parle jamais : les nouvelles parcelles du cadastre post-remembrement sont en effet numérotées et n’ont plus de nom. Les anciens noms de parcelles, les grandes comme les petites, ont disparu de l’usage commun des paysans et petit à petit de la mémoire collective. 

Cette évolution est intervenue parallèlement à la régression rapide de la pratique sociale du breton depuis la dernière guerre. Le corpus antérieur de microtoponymes est devenu sans objet. Il a suffi de quelques années pour raser un espace rural et effacer les strates d’une histoire remontant à plusieurs siècles. Bernard Tanguy était convaincu qu’avait dès lors été modifiée "la relation étroite qu’entretenait l’homme de la terre avec son environnement". Seuls se sont généralement maintenus les noms bretons des villages habités, comme en témoignent les photos de panneaux de signalisation de Gilles Goyat sur ce post (merci à lui).

Plozévet kartenn

  • Carte des villages de la commune de Plozévet d'après le tableau d'assemblage du cadastre, terminé sur le terrain, 1828. La carte figure en deux parties sur les pages de couverture intérieures de l'ouvrage paru aux éditions Skol Vreizh. Source : tapuscrit de la thèse de Gilles Goyat (voir plus bas).

Toute la géographie physique et humaine de Plozévet

Gilles Goyat 2007-1

C’est tout l’intérêt du livre de Gilles Goyat, y compris pour ceux qui ne vivent pas dans le pays bigouden : à partir du cadastre napoléonien de 1828, il parvient à restituer en un peu plus de deux cents pages la géographie physique et humaine de Plozévet, et c’est cela qui est captivant. Il met à notre disposition l’intégrale des appellations qu’avaient utilisées les habitants, il n’y a pas si longtemps finalement, classées par thématique.

Si vous savez le breton, c’est un bonheur. Si vous ne le savez pas, la traduction en français vous est fournie à chaque fois. Si vous êtes un linguiste, la prononciation vous est proposée en phonétique. Gilles Goyat vous renseigne sur la localisation de chaque nom et va jusqu’à vous indiquer le nombre d’occurrences de chaque appellation… 

Des montagnes sur une commune littorale ?

Juste quelques exemples. Menez, c’est la montagne : vous connaissez sûrement le Menez-Hom, le Mené-Bré et quelques autres vraies-fausses montagnes bretonnes. Plozévet a beau être une commune maritime, les Méné abondent sur son territoire, non pas pour désigner réellement une montagne, mais une hauteur, et par extension un sol pauvre ou des landes. Par exemple Mene prat ar guëar [La hauteur du pré du village], 24 occurrences. Au début du XIXe siècle, les Méné constituaient près de la moitié du territoire de Plozévet. 

D’autres dénominations se rencontrent : ros ou run dans Ros ar c’haro [Le coteau du cerf] et dans Run ar c’hoat [Le terrain élevé du bois]… Par contraste, aot désigne le littoral ou le rivage : Prat an aot est le pré du rivage et Liors od le courtil de la mer. Canté est un cercle ou une anse, goret un barrage pour pêcherie… Tout a un sens.

Je vous invite à découvrir le tout : les microtoponymes différencient les terres labourables de celles qui ne le sont pas. Ils décrivent la flore, la faune, les pratiques agricoles, les menhirs et les dolmens, les moulins et les ponts… Sont même signalés les microtoponymes de l’estran, alors qu’ils ne figurent pas au cadastre, tout simplement parce que le domaine maritime… n’est pas soumis à l’impôt !

Pour en savoir plus

  • Gilles Goyat. Plozévet : la terre et les hommes. An douar hag an dud. Microtoponymie du cadastre de 1828. Morlaix, Skol Vreizh, 2022. Disponible en librairie ou en ligne sur le site de l’éditeur.

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