Le blog "langue-bretonne.org"

07 août 2018

Le groupe "Meskaj" : une musique épicée

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Je dois dire que je n'avais pas encore entendu ce groupe qui a émergé récemment de la scène musicale brestoise et qui ne propose rien de moins que de nous faire découvrir lamusique du monde. Pas celle de la terre entière, rassurez-vous. Celle qu'il interprète couvre déjà une belle palette. 

Le quintette s'est constitué au sein de la pépinière du Brest Label Orchestra sur la base d'un projet qui souhaite mélanger styles et cultures. D'où le nom "Meskaj" qu'il s'est choisi et qu'il présente sur son site comme étant "mélange" en breton. Certes. Mais c'est à condition de ne pas le prendre dans le sens premier du terme ! 

Ce que disent et ne disent pas les dictionnaires

Un dictionnaire bilingue le traduit effectivement par "mélange", tout en précisant que l'acception est péjorative, mais aussi par "désordre", quand un autre le présente comme "un mélange confus". Ces deux dictionnaires bretons (dont l'un écrit d'ailleurs "meskach") et un troisième traduisent le mot surtout par "mixture". Et je ne parle pas du "meskaj spontus" [l'horrible mixture] cité en exemple dans un dictionnaire unilingue. Mais les dictionnaires prennent-ils tous en compte les évolutions les plus récentes de l'usage d'un mot ?

Comme les dictionnaires français définissent le mot "mélange" comme pouvant être également "le produit d'un mélange", hétéroclite ou homogène, qu'il peut être synonyme de brassage et que par ailleurs un mélange peut être subtil ou explosif, on ne va pas chipoter. Prenons donc aussi "meskaj" dans un sens extensif et positivons. Puisqu'un "mélange" en français peut être un brassage, on peut très bien imaginer que "meskaj" en breton puisse être également un métissage.

Une osmose de musiques

Ce que le groupe éponyme sait faire, de toute évidence. "Meskaj" est né de la rencontre de cinq musiciens résidant ou ayant résidé à Brest, qui ont su créer une osmose musicale en s'appuyant sur la diversité de leurs origines. Ils étaient en concert dimanche soir au Môle, à Lampaul-Plouarzel, dans le cadre des soirées dominicales organisées par le Hot Club Jazz Iroise.

La musique de "Meskaj" est tonique, multicolore, fusionnelle. Elle puise astucieusement aux sources du répertoire de chacun des interprètes. L'alternance de rythmes africains, maghrébins, andalous et bretons bien sûr signe une musique métissée et épicée à souhait. L'interprétation contraste du tout au tout par rapport à celle plutôt terne d'un trio latino-américain, deux ou trois semaines plus tôt. "Meskaj", c'est une vraie dynamique, une belle ambiance, de la gaieté. Ça plaît. On ne s'ennuie pas.

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Le seul problème, au Môle, c'est la sono. C'est un concert en plein air, d'accord, mais si l'on n'est pas dans l'axe de la scène, juste devant, on n'entend plus grand-chose et c'est vraiment dommage pour les dizaines de personnes qui viennent pour ça, qu'elles soient attablées ou debout. Ça ne nuit pas à l'ambiance qui reste sympa. Mais franchement, peut mieux faire. Devrait mieux faire d'urgence. Le site s'y prête bien, et ce serait dans l'intérêt des organisateurs comme dans celui des musiciens. Et ce serait bien mieux pour le public. 

  • Philippe Abalain (trombone, guitare, chant), dit Abalip, est Breton : il m'a d'ailleurs interpellé en breton au début du concert. Il a débuté avec Storlok, la formation mythique de la fin des années 1970, puis accompagné Yvon Étienne, le Ballet national du Mali et Clarisse Lavanant. Il s'est fait remarquer dans le monde du jazz avec "Lulu jazz band" et "Les repris de justesse". 
  • Franck Fagon (saxos et clarinette basse, en remplacement de Philippe Champion) est un compositeur et saxophoniste multicarte, ayant à son actif de multiples collaborations, notamment le groupe Vertigo et Ossian en fest-noz.

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  • Les autres musiciens viennent de bien plus loin. Emmanuel Rock Dédégbé (basse, chant) est originaire du Bénin, où il est reconnu comme bassiste et percussionniste de talent. Ici, il parcourt lui aussi les fest-noz avec le groupe "Tamm Tan". Son timbre de voix lui permet de s'insérer aisément dans une formation d'instrumentistes.
  • Youssef Jouham (batterie) et Samir Aouad (oud) sont tous deux d'origine marocaine, l'un de la ville de Taroudannt, l'autre de Casablanca. Le premier est connu dans son pays pour ses prestations à à la télévision et pour ses tournées à l'international. Le second est un maître de l’oud, dont il joue depuis l'âge de huit ans et que les médias marocains considèrent comme un prodige.

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22 juin 2018

Après être revenu à Groix, le linguiste Elmar Ternes voulait aussi revoir Brest

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Il est le dernier à avoir enseigné la phonétique à l'université de Hambourg, dans le nord-est de l'Allemagne : la discipline n'attire plus guère les étudiants ni là-bas ni par ici. Lui avait suivi un cursus de linguistique à Sarrebruck, dont il était originaire. Quand il lui a fallu choisir un sujet de thèse, il a souhaité travailler sur une langue peu connue plutôt que sur une "grande" langue. En se penchant sur une carte de l'Europe, il s'est rendu compte que la Bretagne n'était finalement pas si loin de chez lui et qu'il lui suffisait de traverser la France pour entamer l'étude du breton. 

"Il n'y avait que des baraques"

Il arrive donc à Brest à la rentrée universitaire 1965 et suit les cours du professeur Pierre Trépos dans ce qui n'était pas encore la Faculté des lettres, mais un simple collège littéraire universitaire (CLU) dépendant de l'université de Rennes. 

Comme j'étais moi-même étudiant à Brest, en histoire et en celtique, c'est à ce moment-là que j'ai fait la connaissance d'Elmar Ternes : ce n'est pas surprenant, car il y avait alors bien moins d'étudiants à Brest qu'aujourd'hui. Il raconte dans Le Télégramme d'aujourd'hui (édition de Brest) sa surprise de découvrir qu'il "n'y avait pas de bâtiment en dur, il n'y avait que des baraques" ! Je me souviens très bien de l'amphithéâtre en bois, où j'ai eu l'occasion faire venir le journaliste et écrivain Xavier Grall, entre autres, pour une conférence. Hasard de l'histoire ou non, ces baraques, avenue Foch, se trouvaient à l'emplacement exact de l'actuelle Faculté Victor Ségalen.

À Brest et dans les environs, tous ceux qui s'intéressaient alors peu ou prou au breton se connaissaient. C'est ainsi qu'Elmar Ternes a fait la connaissance d'Alan J. Raude qui, outre le fait de se passionner pour le breton et encore plus pour le vannetais, était germanophone. C'est lui qui l'a convaincu de se rendre à Groix, dont sa famille était originaire, pour les besoins de sa thèse. Sans cela, qui sait si quelqu'un d'autre aurait effectué une telle recherche sur le dialecte occidental du breton de l'île de Groix tant qu'on pouvait y repérer des locuteurs et des locutrices ayant la maîtrise de la langue ? 

 La dynamique du Centre de recherche bretonne et celtique

Cinquante-trois ans plus tard, Elmar Ternes est donc revenu à Brest, se promettant de visiter la ville pour se faire une idée des changements qui y sont intervenus depuis son premier séjour et… de prendre le téléphérique. Ronan Calvez l'a accueilli à la Faculté des lettres et lui a fait visiter les locaux du Centre de recherche bretonne et celtique, et plus particulièrement la bibliothèque. 

Le professeur émérite de l'université de Hambourg a été tout à fait impressionné d'observer le développement de ce qui est aujourd'hui l'Université de Bretagne occidentale. Il a pu découvrir l'importance des fonds documentaires qui ont été rassemblés par le CRBC, qui va fêter l'an prochain son cinquantième anniversaire : une bibliothèque de 60 000 ouvrages et 2 000 périodiques anciens et vivants, accessible à tous, sans parler des archives sonores. 

Alors qu'il n'y avait qu'un seul enseignant-chercheur en breton-celtique à Brest en 1965, Elmar Ternes a pu réaliser combien les recherches sur la matière bretonne et celtique, toutes disciplines confondues, ont progressé à Brest en un demi-siècle. Il a pu notamment échanger avec Daniel Le Bris, maître de conférences à l'UBO, qui contribue à l'atlas maritime des côtes de la Manche et de l'Atlantique. Il va sans dire que les enregistrements collectés par Elmar Ternes à l'île de Groix à la fin des années 1960 l'intéressent au plus haut point.

20 juin 2018

Événement à Groix : le linguiste Elmar Ternes de retour sur l'île, 50 ans après ses premières enquêtes

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Elmar et Sabine Ternes, à Groix, le 14 juin 2018.

Et séquence émotion. Une vague d'excitation a touché les Groisillones et les Groisillons dès qu'ils ont su que ce professeur émérite de l'université de Hambourg allait revenir passer quelques jours sur l'île où il n'avait pas remis les pieds depuis les années 1966-67. C'est à ce moment-là qu'il avait effectué trois séjours successifs de deux mois sur place pour les enquêtes de terrain qu'il lui fallait réaliser en vue de sa thèse. Trois ans plus tard et après sa soutenance, sa Grammaire structurale du breton de l'île de Groix, la première du genre, paraissait en français (et non pas en allemand) à Heidelberg.

Dès la nouvelle connue, les responsables d'associations locales, Annaig Guillamet et Elizabeth Mahé notamment, se sont mobilisées pour accueillir Elmar Ternes comme il se doit. Les deux bretonnants de l'île, Jo Le Port et José Calloch, se sont naturellement impliqués, eux aussi. Le maire de Groix, Dominique Yvon, et son premier adjoint, Gilles Le Menach, l'ont très officiellement reçu à la mairie jeudi 14 juin : sous la devise "Hatoup" de l'île (dont tout le monde sait, à Groix du moins, que ça veut dire "toutes voiles dehors") ils lui ont remis la médaille de la commune. 

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Annaig Guillamet et Elizabeth Mahé. Jo Le Port et José Calloch, en compagnie d'Agathe Marin.

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Le discours de M. le maire, la prise de parole d'Elmar Ternes devant micros et caméra.

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Une belle petite tempête médiatique

Les sonneurs Alan Buhé et Loeiz er Braz ont repris du service sous un petit crachin breton pour l'accompagner au son du biniou et de la bombarde jusqu'à la salle des fêtes, où était prévu le déjeuner. En fin de journée, ce sont plus de 70 personnes qui se sont retrouvées dans cette même salle pour une table ronde sur la place de la langue bretonne à Groix jusqu'au milieu du siècle dernier. Il a également été question des spécificités du parler groisillon et de l'héritage de la langue dans la mémoire collective groisillonne.

Elmar Ternes a lui-même été surpris de l'accueil qui lui a été réservé et de la belle petite tempête médiatique qu'il a dû affronter. Tout le monde voulait le photographier et l'enregistrer. Mathieu Herry s'était déplacé pour un reportage diffusé ce mardi midi (le 19 juin) dans le journal "An taol-lagad" sur France 3 Iroise. Celui de Jean-Luc Bergot avait trouvé place le soir même (le 14 juin) dans le journal en langue bretonne de Tudi Crequer sur France Bleu Breiz-Izel. Par ailleurs, la table ronde a fait l'objet d'une double captation sonore : 

  • l'une par Aimé Calloch, considéré comme le disque dur de Groix dans la mesure où il enregistre et filme tous les événements qui s'y passent
  • l'autre par Olivier Nouchi pour le compte d'une nouvelle radio locale, Radio Balise.

Petit commentaire en passant : je trouve toujours un peu dommage que diverses actualités concernant la langue bretonne ne passent guère dans les journaux en français des radios et télés, comme si elle ne pouvait pas intéresser également les non bretonnants. Dans la presse écrite, c'est l'inverse : elle ne traite de l'actualité "langue bretonne" qu'en français ! Fermons la parenthèse.

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Éloge d'une informatrice illettrée et de deux Groisillons autodidactes

Elmar Ternes a en outre été impressionné de découvrir que plusieurs exemplaires de sa grammaire circulaient sur l'île de Groix. Il a surtout été très heureux de faire la connaissance de Jo Le Port et José Calloch, les deux seuls bretonnants de l'île désormais : s'ils ont pu se réapproprier le breton qu'ils avaient entendu dans leur jeunesse sans avoir alors appris à le parler, c'est aussi grâce à sa grammaire et à ses enregistrements. Son livre n'est pourtant pas une méthode d'apprentissage de la langue, d'autant moins que les textes en breton n'avaient été retranscrits qu'en API, soit l'alphabet phonétique international. Les deux Groisillons sont d'authentiques autodidactes : ils ont appris à le décoder !

Un autre temps fort de la venue du chercheur allemand sur l'île a été sa rencontre avec la petite-fille de l'une de ses deux principales informatrices. Quand il est arrivé sur l'île pour la première fois en février 1966, il a tout de suite observé que le français y était déjà la langue de la communication au quotidien, un français fortement influencé par le substrat breton cependant. Les moins de 50 ans (au moment de l'enquête) ne connaissaient plus que quelques bribes de breton. Parmi les 50-65 ans (nés après 1900), beaucoup pouvaient s'exprimer en breton. C'est surtout parmi les plus de 65 ans (nés avant 1900) qu'il avait repéré "une connaissance parfaite et une pratique sûre du breton." L'usage concret de la langue variait par ailleurs d'un village à l'autre. Elmar Ternes a pu questionner quantité d'informateurs, y compris lors de "conversations occasionnelles dans les rues ou dans les bistrots en buvant du 'rouge' avec les vieux marins." En venant sur l'île depuis le centre de l'Europe, il découvrait en même temps le monde de la mer.

Elmar Ternes Groix-22 Elmar Ternes Groix-23 

Jo Le Port lisant un extrait de la grammaire d'Elmar Ternes

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Annaig Guillamet et Lucien Gourong lors de la table ronde.  

L'une de ses principales informatrices l'a particulièrement marqué : Marie Tonnerre, née Guillevic en 1892 et donc âgée de 75 ans au moment de l'enquête, surnommée Chimen. Il lui doit, écrit-il, "ses plus beaux enregistrements." Elle a passé des après-midi entiers à répondre à ses questions. Dans sa thèse et lors de la table ronde, il a tenu à lui rendre hommage : "bien qu'elle soit illettrée, on ne saurait trop louer son intelligence, son agilité intellectuelle et son ouverture d'esprit." 

Lors de ses prises de parole le 14 juin, ainsi que dans l'interview qu'il a accordée à Ouest-France (lundi 18 juin, édition de Lorient), il a expliqué que c'est grâce à elle et à ses autres informateurs et informatrices qu'il a "arraché la dernière mémoire de ces femmes. C'était le dernier moment pour sauvegarder ces récits et cette langue". C'est grâce à elle qu'il a pu décrire un état "ancien" de la langue remontant au XIXe siècle. On comprend bien les raisons pour lesquelles sa petite-fille, Annaig Guillamet, était tout à la fois émue et rayonnante de la venue d'Elmar Ternes à Groix. 

Un retour en forme de déclic ?

Le linguiste remarque aussi à cette occasion que le statut symbolique de la langue s'est transformé en un demi-siècle. Rien qu'en circulant en voiture, il a découvert des panneaux de signalisation routière bilingues qui n'existaient évidemment pas au milieu des années 1960. Mais c'est sur l'île que cette transformation lui paraît la plus significative, bien qu'on n'y parle (presque) plus le breton. Au moment de son enquête, "les bretonnants de Groix sont convaincus que leur langue maternelle est sans valeur […]. Les enfants qui ne comprennent pas le breton se moquent de leurs parents bretonnants."

En revenant à Groix ces jours-ci, il ne se doutait pas que "son travail avait inspiré un tel intérêt". Et parlant de "ces deux messieurs", Jo Le Port et José Calloch, il ajoute : "c'est vraiment étonnant, ils ont le vrai accent ! Je n'aurais pas cru que ça pourrait exister." Il y voit une forme de réhabilitation du breton de Groix.

Loeiz Le Bras, Alan et Geneviève Le Buhé, les vannetisants venus du continent pour la journée "Elmar Ternes", ont entendu pour la première fois les deux Groisillons et le linguiste lui-même s'exprimer dans la forme spécifique de breton qu'on parlait dans la partie occidentale de l'île. Ils ont considéré qu'elle leur était facilement compréhensible et très proche finalement de celui qui se parle de Lorient à Vannes ! 

L'enthousiasme des uns et des autres au terme de cette journée était tel qu'ont été évoquées l'éventualité d'un cours de breton pour adultes à la rentrée prochaine et même l'ouverture à terme d'une classe bilingue : c'est l'excellent conteur et penseur Lucien Gourong (car un conteur sachant conter doit aussi y penser) qui l'a suggéré. D'ici là, les enregistrements réalisés par Elmar Ternes en cours de numérisation par l'association Dastum devraient être consultables à la médiathèque de l'île. Son retour à Groix aurait-il été un déclic ?

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Elmar Ternes a présenté une communication sur "Breton accentology" mercredi 20 juin lors de l'atelier "typologie du breton" organisé au Pôle universitaire Pierre-Jakez Hélias, à Quimper dans le cadre du colloque "Celto-Slavica". Voir message précédent.

Il sera reçu jeudi 21 juin au Centre de recherche bretonne et celtique, à la Faculté Victor Ségalen, à Brest.

Femmes de Groix

Crédit des photos signées : Alain Roupie, que je remercie vivement pour me les avoir transmises. Alain Roupie est installé comme photographe à l'île de Groix, sur le port. Il vient de publier avec le concours de Gilbert Duval un beau livre illustré sur les femmes de Groix.

Pour en savoir plus, se reporter au blog d'Anita de Groix sur ile-de-groix.info

À l'attention de ceux qui souhaitent entendre des enregistrements complémentaires de breton de l'île de Groix, se connecter à la Banque sonore des dialectes bretons, à la page http://banque.sonore.breton.free.fr/shownews.php5, proposée par Pierre-Yves Kersulec. Ce dernier s'est rendu sur place à plusieurs reprises afin de recueillir les souvenirs et expressions d'un des derniers locuteurs de breton originaire de l'île. Aucun nom ni date ne sont fournis. D'autres enregistrements de breton groisillon peuvent être repérés par le module recherche du site.

18 juin 2018

Les plus grands spécialistes en études celtiques à Quimper cette semaine

Summer school

Une "Summer school", en français, c'est tout simplement une université d'été. La particularité de celle qui vient de se dérouler à Quimper pendant deux semaines – et pour la quatrième année consécutive - est justement qu'elle se déroule en anglais. C'est Gary German, professeur d'anglais à l'U.B.O., qui en a eu l'idée. Il avait observé que les chercheurs étrangers (Américains, Brittaniques, Allemands et autres) s'intéressent assez peu à la langue bretonne, alors qu'ils travaillent beaucoup plus sur les autres langues celtiques (gallois, gaélique d'Irlande ou d'Écosse…). Vivant dans un monde anglophone ou connaissant l'anglais de toute façon, ces chercheurs étrangers ne maîtrisent généralement plus le français, ou si peu, tant et si bien, explique Gary German en substance, que le breton est la langue celtique la moins bien connue des celtisants du monde entier, alors qu'elle est pourtant la seconde la plus parlée après le gallois et qu'elle est la seule langue celtique ayant survécu sur le continent.

À partir de ce constat, il a pris l'initiative de cette université d'été qui a pour but d'initier les chercheurs anglophones au breton directement par l'entremise de l'anglais, et ce dans le cadre agréable d'une ville historique connue par ailleurs pour son festival de Cornouaille, en l'occurrence Quimper. Il suffisait d'y penser, et ça marche. Chaque année, la "Summer school", organisée sous l'égide du Centre de recherche bretonne et celtique, attire à Quimper une soixantaine d'enseignants-chercheurs d'une vingtaine de pays différents. C'est ce qui s'appelle une belle notoriété.

Celto-Slavica : ça vous dit ?

Nombre de ces stagiaires prolongent leur séjour cette semaine dans la capitale de la Cornouaille en raison de deux autres événements, organisés sous le label Celto-Slavica : un atelier et un colloque. Celto-Slavica n'est guère connu par ici, si ce n'est de spécialistes, et pour une raison bien simple, c'est qu'il ne s'était encore jamais réuni ni en Bretagne ni ailleurs en France.

La première rencontre Celto-Slavica remonte pourtant à 2005 : elle avait été organisée à l'université d'Ulster à Coleraine. Depuis, d'autres colloques ont eu lieu à Moscou, Dubrovnik (Croatie), Lodz (Pologne), Příbram (Tchéquie), Saint-Pétersbourg, Bangor (Pays de Galles) et, il y a deux ans, Heidelbeg (RFA). 

La 9édition, pilotée par Gary German et Steve Hewitt, va donc se dérouler cette semaine à Quimper, les 21 et 22 juin. La thématique abordée pendant ces deux journées a trait aux échanges linguistiques et culturels (patrimoines matériel et immatériel) entre les pays celtophones et leurs voisins.

Un atelier sur la typologie du breton

Auparavant, est annoncé un "workshop", soit un atelier, sur la typologie de la langue bretonne, les 19 et 20 juin. Les meilleurs spécialistes en études celtiques seront présents au pôle universitaire Pierre-Jakez Hélias à cette occasion. Jugez-en vous-mêmes. 

  • Ils viennent des universités de Zürich, Heildelberg, Fribourg, Marbourg, Hambourg, Édimbourg, Oxford, Indiana, Arizona, Moscou. 
  • Seront également présents des chercheurs du CNRS (tels que Mélanie Jouitteau), de l'École pratique des Hautes Études (Pierre-Yves Lambert), du CRBC-UBO-Brest (comme Gary D. Manchec-German et Tanguy Solliec), ou encore des chercheurs indépendants, notamment Steve Hewitt et Jean-Claude Le Ruyet.

Au fait, c'est quoi "la typologie du breton" ? En quelques mots, il s'agit de l’étude comparative et diachronique de la structure syntaxique de la langue. Les intervenants vont donc traiter de questions comme l'ordre des mots dans la phrase, de la syntaxe verbale, du pronom infixe en em dans les verbes réfléchis en breton moderne, de l'accentuation, des phrases sans verbe conjugué en moyen breton, des innovations grammaticales en breton prémoderne, des prépositions complexes, des consonnes finales, du marquage non canonique du sujet syntaxique… 

Deux communications devraient être présentées en français, une en breton et la plupart des autres en anglais.

Pour en avoir un aperçu, se reporter 

Pour en savoir plus : rendez-vous également sur le site du CRBC (Centre de recherche bretonne et celtique) à la page : http://summerschool.bzh/Summer-School-Breton-Studies-2018.pdf

11 juin 2018

La disparition de l'historien Jacques Charpy

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Il était le président d'honneur de la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne (SHAB), dont il fréquentait toujours assidûment les congrès. La dernière communication qu'il y a présentée ne date que de l'an dernier, à Tréguier : il y avait évoqué la figure de Mgr Eugène Boucher, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier de 1882 à 1888.

Jacques Charpy était originaire de Saint-Lô. Archiviste paléographe de formation, il a fait toute sa carrière dans le milieu des archives. En poste à Dakar, dont il avait étudié la fondation de la ville, il a été le dernier directeur des Archives de l'Afrique-Occidentale française (AOF). Il a ensuite dirigé les Archives départementales du Finistère à Quimper, avant de rejoindre celles de l'Ille-et-Vilaine en 1973. Le président du conseil départemental, Jean-Luc Chenut, a souligné combien "la communauté scientifique lui doit un nombre très important d’inventaires et de répertoires de fonds d’archives, de guides des sources". Il témoignait de ce fait d'une large connaissance de toute l'histoire de la Bretagne et de ses enjeux.

Jacques Charpy était une personnalité très attachante. Il est décédé à l'âge de 91 ans. Ses obsèques ont été célébrées ce matin en l'église Saint-Augustin de Rennes.

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06 juin 2018

Quand les Petites Folies affolent le public

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Elles n'ont pas encore la réputation d'un grand festival. Mais il n'y a peut-être jamais eu autant de monde que le week-end dernier à Lampaul-Plouarzel, pour la huitième édition d'un festival joliment nommé "Les Petites Folies". Car elle représente un record de fréquentation. J'ai les chiffres : 11 500 entrées sur deux jours, dont 9 200 payantes, 1 200 enfants, 300 bénévoles, etc. Il y a sensiblement eu plus de monde le  vendredi soir. Bref, c'était petites et grandes folies durant deux jours dans cette commune littorale au nord-est de Brest, mais sans incident majeur et sans excès. "Une bonne ambiance à tout point de vue", dit Gilles Kerebel, le président, qui parle carrément d'un week-end "fabuleux".

Nouvelle dimension 

À sa création, le festival était multisite, mais c'est Lampaul qui l'organise seul désormais au "théâtre de verdure de Porspaul", s'il vous plaît : nouvelle appellation chic qui se substitue au lieu qui n'était connu jusqu'à présent que comme "le trou de Porspaul".

Il a clairement changé de dimension. L'an dernier, les organisateurs ont été à deux doigts de jeter l'éponge : pas assez d'entrées, un budget trop serré. Cette année, ils ont fait appel à des producteurs et tourneurs comme Neonovo et surtout Caramba spectacles.

Neonovo, une société basée à Lanester, était déjà dans la boucle, puisque son responsable, Yann Autret, est également le directeur des Petites Folies. Il connaît bien tous les milieux de la musique puisqu'il préside le syndicat des sociétés de production en France. Dès aujourd'hui, Neonovo se veut "créatif pour le monde de la musique de demain" : tout un programme.

Quant à Caramba, c'est une société de production de spectacles basée à Paris, dont le gérant, Luc Gaurichon, est le plus connu des producteurs dans le monde artistique et musical. Caramba se félicite effectivement sur son site de contribuer à "une nouvelle évolution du festival [des Petites Folies] avec une programmation plus ambitieuse", c'est dire son implication. C'est avec son concours que des artistes comme Imany ou Claudio Capéo se trouvaient à l'affiche ce week-end à Lampaul. Dès sa première année de présence, elle avait délégué sur place une équipe d'une demi-douzaine de personnes.

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La programmation 2018, plus homogène, a tranché par rapport à celle des années passées : plus "grand public et famille" le vendredi, plus rock ou décalée et donc plus "jeune" le samedi, DJ et électro les deux jours après minuit. L'information autour de l'événement a été beaucoup plus présente dans la presse et sur les réseaux sociaux au travers d'interviews et d'articles multiples et variés, la  communication plus pointue et la promotion des artistes bien plus active. L'organisation aussi s'est améliorée avec le doublement du nombre de bénévoles, mis à part de longues files d'attente un peu partout le vendredi. Gwenaelle Théaud est venue sur place pour TF1 et s'est intéressée à eux, mais son reportage n'est pas passé ce soir comme espéré.

Quelle évolution d'ici 2019 ?

J'avais croisé le Brestois Gérard Pont sur le site l'an dernier (et il se dit qu'il y est revenu cette année). Je l'ai connu comme producteur TV lorsque je m'occupais des programmes en breton de France 3 Ouest. Il est aujourd'hui, notamment, le patron du groupe Morgane production et le directeur des Francofolies de La Rochelle. Il s'étonnait qu'une manifestation comme Lampaul ne bénéficie d'aucune des aides qu'attribue le ministère de la Culture aux petits festivals. Tout est changé, vous dis-je : le logo du ministère figure sur le programme 2018, c'est un signe.

J'en ai entendu plusieurs ce week-end comparer les Petites Folies au festival du Bout du monde de Crozon. On en est loin, car le site actuel de Lampaul ne peut accueillir plus de 5 à 6 000 spectateurs par jour, quand le Bout du monde en reçoit 20 000 par jour sur plusieurs jours. Gilles Kerebel se donne le temps de la réflexion. Ce n'est qu'en septembre prochain que commencera pour de vrai la préparation de l'édition 2019 des Petites Folies lampaulaises. Ce qui devrait changer la donne pour l'avenir, c'est l'intérêt du public pour la formule 2018. Et le nouveau regard des producteurs pour un festival qui jusqu'à présent était resté modeste, mais qui peut encore se permettre de grandir, un peu, plus sur le plan qualitatif que sur un plan quantitatif. Sauf si…

Lire aussi le message précédent : le groupe Mask ha gazh aux Petites Folies 2018.