Le blog "langue-bretonne.org"

11 juin 2021

Le breton incertain de la Coreff

Coreff 35 bloaz - 2

Les bars et cafés sont donc ouverts, après des mois de fermeture. Fleurissent aussi du même coup de nouveaux fanions et banderoles au-dessus des comptoirs ou sur les terrasses. Je viens ainsi de découvrir ceux de la Coreff qui nous propose de fêter ses 35 ans. Et ça me rappelle de vieux souvenirs : je crois bien avoir été le premier à faire un reportage pour la télévision régionale sur la fabrication de la Coreff à la brasserie des deux rivières, peu de temps après son lancement à Morlaix par les deux anciens employés de banque qu’étaient Jean-François Malgorn et Christian Blanchard.

Pour son anniversaire, Coreff fait aujourd’hui la promotion de sa bière en breton et en français. Très bien : la bière bretonne emblématique se devait de le faire, même s’il n’y a pas la moindre page en breton sur son site. Car l’appellation même de la bière est le terme désignant la cervoise en vieux-breton, c’est-à-dire le breton tel qu’il se parlait jusqu’au XIe siècle.

35 bloaz Coreff

Pourquoi donc le breton de la Coreff est-il approximatif ? Si vous ne connaissez pas la langue, vous ne pouvez pas vous en douter. Mieux : vous pouvez trouver qu’un oriflamme bilingue c’est sympa. Par contre, si vous la parlez ou si vous l’écrivez, vous ne mettez pas longtemps à repérer que ça ne va pas. Coreff, pourtant installé à Carhaix, semble ignorer qu’il y a plein d’experts en breton dans la capitale du Poher… et ailleurs.

  • Le texte français est limpide : Coreff fête ses 35 ans.
  • Le texte breton tente d’exprimer la même chose : Coreff a lid he 35 bloaz zo.

Sauf que personne ne dit ça comme ça ! Si je transpose cette formulation en français, ça donne : Coreff fête ses il y a 35 ans. C’est bancal non ? En breton aussi. Il aurait suffi d’écrire : Coreff a lid he 35 bloaz. Ç’aurait été la traduction mot à mot du français, mais ç’aurait été correct. 

  • On peut certes dire 35 bloaz zo, pour il y a 35 ans, mais pas dans cette construction de phrase. 
  • Ç’aurait été possible, par exemple, dans la phrase : 35 bloaz zo e reom Coreff = Il y a 35 ans que nous faisons de la Coreff.

En la circonstance, on n’est pas obligé non plus de formuler les choses exactement dans les mêmes termes dans les deux langues. Pourquoi ne pas avoir opté pour quelque chose comme…

  • 35 bloaz Coreff
  • Yehed mad !

Tout le monde aurait compris d’emblée, même ceux qui ne connaissent que trois mots de breton.

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18 mai 2021

La loi Molac sur les langues régionales : conforme ou pas conforme ?

Argol 2015-11

C'est ce mercredi que le Conseil constitutionnel devrait rendre son délibéré sur la conformité des douze articles de la loi Molac avec la Constitution de la République française. 

Elle a été votée conforme une première fois le 8 avril par l'Assemblée nationale, par rapport au texte adopté précédemment par le Sénat. Mais tout au long de la discussion en deuxième lecture à l'Assemblée, le ministre Jean-Michel Blanquer n'a pas cessé de de faire remarquer que telle ou telle formulation pouvait ne pas être conforme à la Constitution. Rien n'y a fait : une large majorité de l'Assemblée, y compris au sein du groupe LREM, a adopté la proposition de loi dans les mêmes termes que le Sénat. À chaque vote, le ministre a été mis en échec.

Qu'a donc fait l'honorable Mister Blanquer pour éviter que la loi soit promulguée en l'état ? Via son cabinet, il a téléguidé en sous-main un recours de la minorité du groupe LREM devant le Conseil constitutionnel. Le procédé n'est pas courant, mais ça se fait apparemment,  ce qui a semé la zizanie au sein même de la majorité. Tout ça, sous prétexte de renforcer la loi au regard de la Constitution. C'est curieux, mais c'est à peu près le même argument qu'avait utilisé le président Jacques Chirac quand il s'était agi de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. On sait ce qu'il en est advenu.

Une décision attendue, car lourde de conséquences

Que va faire le Conseil constitutionnel ? Il n'y a que deux possibilités. Ou il censure tout ou partie de la loi Molac. Ou il la valide. Les points de vue en la matière sont contradictoires.

Dans une vidéo postée sur Youtube, Jean-Jacques Urvoas, ancien Garde des sceaux, fait référence aux décisions antérieures du Conseil constitutionnel, notamment une datant de 1991 : "s'il y avait une contrainte [dans la loi Molac], ce ne serait pas conforme. Quand c'est une possibilité, c'est évidemment parfaitement compatible". Le Conseil constitutionnel a par ailleurs déjà statué, souligne l'ancien ministre,  sur le fait que "l'enseignement par immersion n'est pas incompatible avec les valeurs de la République, si ça n'a pas pour conséquence de soustraire les élèves de l'enseignement aux obligations du service public. Et c'est, affirme-t-il, un argument qui ne vaut pas pour la proposition de loi de Paul Molac."

À l'inverse, un illustre inconnu, mais un personnage important du nom de Jean-Éric Schoettl, qui a été de 1997 à 2007 le secrétaire général du Conseil constitutionnel, interviewé par Michel Feltin-Palas pour le site en ligne de L'Express, revient sur un article de la loi Molac imposant à la commune de résidence de l'enfant de verser le forfait scolaire à celle qu'il fréquenterait pour bénficier de l'enseignement de la langue régionale. Ce serait une première, explique-t-il en substance, et "cela s'oppose au principe de libre administration des collectivités territoriales". Quant à l'enseignementpar immersion d'une langue régionale dans l'enseignement public, il ne faut pas y penser : "j'ai beaucoup de tendresse pour les langues régionales, déclare M. Schoetl, mais je ne leur sacrifierai pas la liberté, l'égalité et l'indivisibilité de la République." De toute façon, ajoute-t-il, "les langues régionales s'éteignent naturellementIl ne servirait à rien de faire de l'acharnement artificiel".

Michel Feltin-Palas a raison d'observer que le droit constitutionnel n'a rien à voir avec une science exacte. Mais on devrait connaître sans tarder désormais la décison très attendue qu'auront prise les membres actuels du Conseil constitutionel. Quelle qu'elle soit, elle ne sera pas sans conséquences.

16 mai 2021

L’écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio alerte sur le devenir des Indiens kuna

Le Clézio Indiens Kuna-2

Six mois avant la COP26 qui doit se dérouler à Glasgow en novembre prochain, le Prix Nobel de littérature 2008 lance un cri d’alarme sur la montée des océans qui a d’ores et déjà pour effet d’obliger les Indiens kuna à quitter leurs îles au large du Panama. Il publie dans Le Monde daté de ce dimanche 16 mai et de lundi 17 une tribune dans laquelle il décrit comment la mer vient insensiblement les couvrir d’eau comme si tombait sur la terre un "très lent déluge". 

Alors que la 26e conférence mondiale sur le climat devrait décréter une nouvelle fois l’urgence des mesures à prendre "pour la décennie à venir, peut-être pour la fin du siècle", Jean-Marie Le Clézio nous apprend qu"'il existe un peuple pour qui cette catastrophe a déjà commencé" : il s’agit des Indiens kuna de l’archipel des San Blas, sur la côte Atlantique du Panama. Tant et si bien que pour "échapper à la mer", ils n’ont d’autre choix que de migrer à bord de leurs pirogues vers un "avenir incertain" quand ils se retrouvent dans la forêt inhospitalière la plus proche sur le continent.

"C’est l’homme qui appartient à la Terre"

L’écrivain a vécu sur ces îles dans un "décor fragile" lorsqu’il avait 30 ans et regrette de ne pas y être retourné depuis. C’est sa culture mauricienne et bretonne, assure-t-il, qui lui a donné "la capacité de partager avec des gens qui ne vivent que de la mer". Les Kuna ont été dans les années 1920 les premiers autochtones à proclamer leur indépendance et à fonder la République de Tulé. Ils font aujourd’hui partie de nation panaméenne. Ils sont unis par une même langue, le tule kay. "L’invasion de la mer [leur] est difficile à vivre" […]. Il sera difficile pour les gens de la mer de devenir des gens de la forêt".

Jean-Marie Gustave Le Clézio fait observer en conclusion que "nous n’arrivons pas à comprendre cette chose très simple que l’Indien Lumi Sealth avait énoncée dans son discours, en 1854, que ce n’est pas la Terre qui appartient à l’homme, mais l’homme qui appartient à la Terre". Et pose la question : Les pays riches et pollueurs auront-ils cette fois une pensée pour le peuple de Tulé, lors de la 26e conférence mondiale sur le climat en novembre, en Écosse ?" Qui donc relaiera le plaidoyer de l’écrivain lors de la COP26 à Glasgow ?

San Blas Islands

Cliquer ici pour lire son appel dans Le Monde.

Selon les données disponibles sur internet (wikipedia et d’autres sites), 50 000 Kunas vivent essentiellement du tourisme sur les plus grandes îles San Blas, alors qu’ils sont cinq fois plus nombreux au Panama, au Costa Rica et en Colombie.

08 mai 2021

Le linguiste Bernard Cerquiglini sur France Inter : la loi Paul Molac sur les langues régionales est excellente

Bernard Cerquiglini-01

Il était l’invité de Claire Servajean dans le 18-20, vendredi 7 mai, à l’occasion de la sortie de l’édition 2022 du dictionnaire Larousse, dont il est le conseiller scientifique. Au cours de ces deux heures d’émission, il a évoqué les 170 nouveaux mots qui font leur entrée dans cette nouvelle édition, en particulier ceux qu’on a beaucoup utilisés du fait de la pandémie du Covid-19. Mais il a été aussi question de la féminisation du français, de l’orthographe inclusive, de la francophonie et… des langues régionales. 

Pour la première fois, une liste des langues de France

Claire Servajean

Il n’est pas étonnant que Claire Servajean ait abordé le sujet avec Bernard Cerquiglini sur France Inter, puisqu'ils correspondent à ses centres d'intérêt. Par ailleurs, la question des langues régionales est toujours d’actualité quelques semaines après l’adoption de la loi Molac par le Parlement et dans l’attente du verdict du Conseil constitutionnel, prévu pour le 22 mai.

Son invité a eu l’opportunité de s’intéresser en tant qu'expert aux langues autres que le français que l’on parle en France, puisqu’il a été par deux fois le directeur de la DGLFLF, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, de 1989 à 1993, puis de 2001 à 2004. À la DGLFLF, il s’est notamment impliqué dès son lancement en faveur du projet d’Histoire sociale des langues de France, qui a abouti sous la direction du Professeur Georg Kremnitz à la publication de l’ouvrage du même nom en 2013.

Avant d’engager la signature de la fameuse Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, c’est lui que le gouvernement de Lionel Jospin avait sollicité en 1999 pour établir la liste des langues régionales de la France métropolitaine et de l’outre-mer. Ce qui est symptomatique de l’état de la question, alors, en France. Aucun gouvernement jusque là n’avait en effet jamais pensé qu’il pouvait y avoir un intérêt à établir un inventaire officiel de ces langues, alors que la France est le pays le plus multilingue d’Europe ! 

Il faut une loi pour utiliser le tilde ? C’est un comble !

Au cours de la première heure, dans l’émission "Une semaine en France", Claire Servajean entre d’emblée dans le vif du sujet. Faisant référence au recours déposé devant le Conseil constitutionnel contre la loi Molac par une soixantaine de députés de la majorité LREM, adoubés par le cabinet du ministre J. -M. Blanquer, elle demande à Bernard Cerquiglini si les jacobins se crispent ?

  • Les vieux jacobins ! répond le linguiste. La proposition de loi émane du Parlement, ce n’était pas la volonté du gouvernement, c’est une loi bipartisane, c’est une très bonne loi, fondée sur la notion de patrimoine immatériel. L’UNESCO depuis 30 ans rappelle que les langues sont un patrimoine immatériel. La France a un patrimoine immense, une vingtaine de langues régionales dans l’hexagone, une cinquantaine outre-mer. 
  • Quand la France a signé la Charte [européenne] des langues régionales, elle a dû produire une liste des langues reconnues. On m’a demandé de faire cette liste. Le pays qui avait reconnu le plus de langues avant nous était l’Allemagne, elle en avait 7. Moi j’ai produit une liste de 75 langues. On a un patrimoine merveilleux, la loi le rappelle, installe en trésor national les documents de ces langues. Elle permet aussi d’autoriser le tilde dans l’état - civil. Ce qui est un comble, il faut une loi pour utiliser un tilde, mais où allons-nous ? Le basque et le breton ont des prénoms, ce sont des prénoms de citoyens français, c’est tout, c’est une richesse, ce n’est pas un danger.

Un patrimoine extraordinaire, il faut le défendre !

Le téléphone sonne

La seconde partie de la tranche horaire, c’est "Le téléphone sonne." Claude, un auditeur qui  appelle d’Alsace, fustige le fait que le ministre Blanquer a piloté une saisine du Conseil constitutionnel contre la loi Molac. Il se demande donc si le ministre fait partie des vieux jacobins dont Bernard Cerquiglini avait parlé précédemment. Claire Servajean est surprise de la vivacité du propos, mais son invité acquiesce sans hésiter :

  • Je ne suis pas loin de le dire également. Merci, Claude d’avoir dénoncé l’hypocrisie de notre thème de défense de la diversité. Nous défendons la diversité dans le monde pour que le français ait une place par rapport à l’anglais. Mais chez nous, la diversité nous ne la défendons pas. Or, la France a le plus beau patrimoine linguistique d’Europe, une vingtaine de langues régionales parlées en France, dont l’alsacien bien sûr, cinquante en outre-mer. 
  • C’est un patrimoine extraordinaire, il faut le défendre ! Cette proposition de loi émane du Parlement et non pas du gouvernement. Elle est excellente, il faut la soutenir. Et je m’étonne que l’on ait piloté une saisine du Conseil constitutionnel contre ce projet qui est très bien, il défend la notion de patrimoine immatériel des langues et même parle des langues comme un trésor national à protéger. C’est remarquable et je regrette qu’il y ait eu un tel débat.

Tout cela est énoncé en termes posés.Il est vrai que Bernard Cerquiglini s'exprime en linguiste et d'un point de vue éthique. Reste à savoir si les membres du Conseil constitutionnel écoutent France Inter ou s’ils auront eu vent du plaidoyer en faveur des langues régionales d’un des plus éminents linguistes français.

Pour écouter ou réécouter Bernard Cerquiglini chez Claire Servajean sur France Inter, vendredi 7 mai :

Toutes les photos sur ce post : DR

27 avril 2021

Paul Molac : N'eo ket bemdeiz e vez votet eul lezenn evid or yezou !

Manif Kemper-6

Setu amañ ar pennad-kaoz am-oa greet e brezoneg gand Paul Molac goude ma oa bet votet d'an 9 a viz ebrel an devez-lezenn a oa bet kinniget gantañ ha gand triweh kannad all evid gwellaad stad ar yezou-rannvro e Frañs.

  • Ci-après, l'interview originale en breton de Paul Molac après le vote de sa proposition de loi sur les langues régionales le 8 avril dernier. Lire la traduction française dans le message précédent, ci-dessous.

Traou nevez a zo bet abaoe m'eo bet greet ar pennad-kaoz. P'on-oa komzet asamblez, Paul Molac ne grede ket dezañ e vije bet tra-walh deputeed evid goulenn e vefe karget Kuzul ar vamm-lezenn da studial hag-eñ e oa reiz e peb keñver evid pez a zell ar Vamm-lezenn, just a-walh. Ha bez' ez eus bet. Red eo bremañ gortoz an 22 a viz mae da gleved petra vo bet divizet da vad gand ar Huzul-meur.

Peseurt santimant eo da hini goude ma vefe bet votet da lezenn gand 247 a zeputeed, ha pa n'eus bet nemed 76 o voti a-eneb ?

  • Paul Molac : N'eo ket gand al lezenn e vo echu ar stourm, sklêr eo. Santimant am-eus memestra e cheñch an traou, n'eo ket bemdeiz e vez votet eul lezenn evid or yezou rannvro, yezou Bro-Frans. D'am zoñj, an dud o-deus chenchet ali war ar yezou. Ar pez a zo fromuz deuz eun tu, penaoz ne oa ket deuz or yezou er Stad, en deskadurez, me oar-me, se 'oa mennoz ar velestradurez-kreiz, ar re a zo o ren ar vro en eun doare, kargidi uhel, ar re-ze a ra al lezenn tamm pe damm. Em-oa gwelet erfin ar gannaded, kannaded gwir, dilennet gand ar bobl, a oa savet, ne oant ket a-du gand sonjou ar velestradurez.

Manif Kemper-5  Manif Kemper-4

Labour ar hevredigeziou

Kemend-all deputeed, ouspenn 300, biskoaz kemend-all, pa ne oah ket 50 eur bloaz 'zo evid al lennadenn genta, ar  wech-mañ oah c'hweh gwech niverusoh. Penaoz kompren ez eo bet êet ar muia niver deuz ar gannaded a-du gand ar hinnigou a-teus greet ?

  • D'am zoñj e oa labour ar hevredigeziou o-doa bountet en eur seurt emvod, toud ar re a ra war-dro ar yezou, ar sevenadur pe an deskadurez pe me oar me, evel FELCO (1), ar FLAREP (2) pe er skoliou, eur bern on-oa komzet ganto. Me zoñj din goude al lennadenn genta, o-doa gwelet al lezenn o vond tamm pe damm, adtapet gand ar Sened, greet eun dra bennag a oa souezuz, den ebed ne zoñje e vije adtapet gand ar Sened toud ar pez a oa bet votet gand ar Breujou da genta. Ouspenn-ze, o-deus votet pevar fennad diwar an deskadurez, ar pez a oa bet skarzet er breujou dre intrudu maodiern an Deskadurez tamm pe damm, an ao. Blanquer.

Manif Kemper-8

  • Goude al lennadenn er Sened, an dud o-deus soñjet ar wech-mañ eo posubl tapoud eul lezenn. Toud ar re-ze a zo bet o weled kannaded e bro Alzas, Okitania, Breiz ha toud… o lared ni on-eus c'hoant 'vefe votet an dra-ze, ar pez a zo bet votet gand ar Sened a zo brao, red eo voti al lezenn heñvel deuz pez a oa bet greet gand ar Sened. Setu eur bern kannaded o-doa sonjet, deom dezi, eur seurt gwask a zo bet laket gand ar bobl a-benn ar fin, ar hevredigeziou a zo eun tamm euz ar bobl, gand ar bobl e bro-Alzas, Katalunia, e Bro-vask… Traou a a zo fentuz pe e Bro-Savoa, Pikardia, pe e Flandrez… N'eo ket anad, n'eo ket bemdeiz e vez komzet euz ar re-ze, o-doa soñjet o-doa eur yez, hag o-doa c'hoant e vije greet eun dra bennag evid o yez.

Eun dislavar etre Macron ha Blanquer ?

Komzom euz an amzer-da-zond bremañ. Dekrejou a zo da zortial, daoust hag-eñ Blanquer ne jomo ket da ruza ?

  • Aon 'm-eus e vije greet mod-se, e vo diêz kaoud… Memez evid an tilde. Red eo gweled petra eo signes diacritiques ar brezoneg, ar hatalaneg ha toud. Ne welan ket penaoz e vije bremañ eur barner evid lavaroud n'em-eus ket c'hoant da asanti e vije skrivet Marti gand eun eur pik war an i, 'welan ket. Red eo soñjal ma ne vez ket tud o houlenn e vefe al lezenn, al lezenn a vefe maro forz penaoz. Sklêr eo, eur riskl a zo e vefe skrivet forz petra e-barz, ouspenn-ze.

Manif Kemper-13  Manif Kemper-12  Manif Kemper-11

N'eus tamm riskl ebed e vefe kaset an afer dirag Kuzul ar vamm-lezenn ? Meur a wech e-neus Blanquer komzet deuz se ?

  • Piou a rafe ? Ar gouarnamant ? D'am zoñj e vefe eun tammig iskiz. N'ouzon ket hag-eñ 'teus lennet pez a oa barz Ouest-France (3), ar re-ze a lar prezidant ar Republik a vije fall-gontant… E vije drol ma vije kaset gand ar gouarnamant dirag Kuzul ar bonreiz. Aze ez eus eun dislavar etre Macron ha Blanquer. Ha piou a zo ar mestr ? Se vije iskiz. D'am zoñj e vije diêz kaoud 60 kannad evid kas al lezenn dirag Kuzul ar bonreiz. Piou a oa a-eneb da vad, nemed LFI. Ha lod all deuz LREM. Med penaoz e vije eur seurt emgleo etre Frañs Disuj ha LREM ?
  • Ni n'on-eus nemed eun devez er bloavez evid lakad lezennou da dremen. Ne vije ket bet posubl ober an dra-ze e-barz LREM, se zo sklêr. 'Barz LREM em-oa gwelet ne oa ket posubl kakad traou mod-se da vond war-raog. Soñjet e oa red kroui eur strollad all evid kas ar yezou bihan war a-raog. Red eo lavaroud memestra e LREM eun tamm mad o-deus votet evid al lezenn, tro-dro an diou drederenn, hag eun drederenn a zo chomet mud pe a zo eet a-
  • Hirio an dud n'o-deus ket sentet ouz an urziou a oa bet roet gand ar strollad LREM. Didier Le Gac e-noa labouret mad, Kerlogot ive ha Balanant gand ar re Modem ive. Ar pez a blij din memestra, on-oa gwelet kannaded deuz an tiriadou, pe e  Breiz, Okitania,  Katalunia ha deuz Alzas zoken, peogwir ar re-ze a zo LR, pez a zo eun tammig fentuz, e oa kannaded deuz tiriadou deuz tro Bro-Hall asamblez eneb Blanquer.
  • Christophe Castaner, ar mestr en LREM, a oa o c'hoari eur seurt c'hoari drol. E-noa lavaret an traou nemed war ar frêjou-skol, se a oa an diêsa evid lavared ar wirionez. Gwir eo, lod a zo a-eneb krenn e vije roet arhant d'ar skoliou kevredigezel, se zo sklêr. Med d'am zoñj ne oa nemed eun deg bennag evid an niver braz evid ma vije votet ar pennad, ar pez a oa ar justika posubl. Evid ar zoubidigez zoken, d'am zoñj e oa 60 ouspenn, da lared eo ar Breujou 'neus votet kalz evid ar zoubidigez. Se, ma 'teus c'hoant, a ziskouez o-doa chenchet ali an dud.
  • Pa vez displeget petra eo ar zoubidigez, ar vugale ne reont nemed gand ar yez-rannvro er skol-vamm, an dud n'int ket boazet gand an dra-ze, med posubl eo ober an dra-ze e bro-Hall ? Ne vije ger galleg ebed er skol-vamm ? Med petra 'ta ? Ar vugale-ze ne gomzont ket galleg ? Hag e lavaran dezo, med geo! Ouspenn-ze o galleg a zo mad. Evel just, evid unan bennag n'e-neus ket gwelet ar vugale oh ober se er skol, se zo eur seurt… n'ouzon ket, unan bennag a zeu deuz n'ouzon ket peseurt planedenn.

Manif Kemper-9   Manif Kemper-10

Blanquer a zo evid gwir a-eneb or yezou

Blanquer e-neus kollet kaji beb taol ma zo bet da voti ?

  • Ya, beb taol, med Blanquer a zo evid gwir a-eneb or yezou, ha bremañ anad eo. Daou zoare e-neus da ginnig an traou dalhmad. Me a zo a-du gand al lezenn Molac, med red eo cheñch anezi. Me a zo a-du gand ar yezou-rannvro, med arabad ober eun dra bennag evid ma vije kelennet.

Daoust hag-eñ da lezenn a jeñcho kalz a draou ?

  • Red eo… Ma ne vije ket tapet gand an dud gand eur youl, ne zervij ket da galz a dra, me lar ar wirionez dit. Evidon-me eo sklêr, eur youl a zo a-dreñv, ez eus tud o-deus c'hoant e vije doujet ouz or gwiriou sevenadurel, setu perag e kav din e vo efeduz. D'am soñj, 'barz pennou an dud, forz penaoz eun treh politikel eo. E Bro-Hall e oa, a lavarjen, eur Stad, eur yez, eur bobl. Mod-se oa eun tammig, hag 'benn ar fin e hellom beza Gall ha komz eur yez all. Me gav din eo eur chenchamant spered.

Neuze out fier e vefe eul lezenn war da ano bremañ ?

  • Gouzout a rit, me zo eur paour kêz den diwar ar mêz, al lorh a zo evid ar re a zo veva 'barz kêr. Pa welan pez vez laret 'kostez Ploermel, celui-là il est fier tout comme, c'est pas un compliment. E klaskan ober ma lod, ma vije evid renta servij d'ar yezou, d'ar brezoneg, d'ar galloeg, d'an dud, me zo kontant.

Komzou dastumet d'an 10 a viz ebrel.

Notennou

  • (1) FELCO : Fédération des enseignants de langue et de culture d’oc
  • (2) FLAREP : Fédération pour les langues régionales dans l’enseignement public
  • (3) Hervez kazetenn Ouest-France an 9 a viz ebrel, e-nije prezidant ar Republk disklêriet, e-kerz Kuzul ar vinistred, e oa kerse gantañ e vefe re striz ar gouarnamant abaoe pevar bloaz evid pez a zell ar yezou-rannvro.

Poltrejou : FB, da geñver ar vanifestadeg a zo bet e Kemper d'an 13 a viz meurz 2021.

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12 avril 2021

Langues régionales : l’interview très politique de Paul Molac après le vote de la loi

Molac Paul-1

Je l’ai déjà écrit : l’adoption de la loi Molac à une très large majorité à l’Assemblée nationale le 9 avril fera date. Elle ne prétendait pourtant pas à définir le périmètre d’un statut de principe pour les langues de France, ce sur quoi ont peut-être plus ou moins toujours buté les propositions de loi antérieures. Non, elle ne visait qu’à régler des problèmes pratiques, pas forcément conjoncturels, des complications relativement mineures quand on y pense. Mais elles représentent des enjeux importants pour ceux qui subissent de ce fait des désagréments récurrents qu’il paraissait impossible de surmonter et que personne ne voulait ou ne savait vraiment comment les résoudre. Il y avait toujours une objection.

La proposition de loi Molac et de ses dix-huit cosignataires avait tout l’air d’une bien modeste entreprise. La preuve : en première lecture, à l’Assemblée nationale il y a un an, seules quelques dizaines de députés s’étaient déplacés, pas tous unanimes, loin de là, pour valider les mesures que prévoyait la proposition de loi. Tant et si bien que plusieurs articles avaient été rejetés. Il faut dire que Jean-Michel Blanquer y avait mis du sien. C’est bien à son instigation que les mesures concernant l’enseignement avaient été notamment écartées.

Les niets à répétition de Jean-Michel Blanquer

C’est là que le tout-puissant ministre de l’Éducation nationale s’est lourdement trompé. Car ses niets à répétition ont été ressentis comme une injustice. Les sénateurs déjà, alertés par les associations de défense des langues de France, lui ont infligé un premier camouflet, en réintroduisant dans la proposition de loi les articles dont il ne voulait pas entendre parler.

C’est à ce moment-là que les parents d’élèves, les enseignants, les militants en tout genre, tout le monde associatif gravitant autour de la question des langues régionales ont compris qu’il y avait un coup à jouer, y compris les défenseurs de langues dont on ne parle presque jamais d’habitude. Il y a eu un déclic. Et ce coup-là, Blanquer ne l’a pas vu venir. Il a campé sur ses positions, alors que plus de trois cents députés siégeaient au Palais-Bourbon. En première lecture, les députés de la majorité lui donnaient presque toujours raison. En seconde lecture, c’est l’inverse qui s’est passé : sa majorité l’a lâché, il a été mis en minorité lors de chacun des votes et en particulier sur le vote final de la loi. 

Cette journée du 9 avril au Parlement avait été précédée d’une importante manifestation rassemblant de 4 à 5 000 personnes le 13 mars à Quimper "pour que vivent nos langues." On a peut-être aussi assisté ce printemps à la naissance d’un lobby qui ne se contente plus de manifester ou de pétitionner en faveur des langues de France, mais qui a peut-être appris comment mieux s'organiser et se faire entendre des décideursi.

C’est la raison pour laquelle j’ai voulu interviewer Paul Molac sur son ressenti après le vote de la loi qui porte désormais son nom. C’est une interview très politique, forcément. Elle a eu lieu par téléphone et en breton samedi 10 avril en fin de journée. Le texte breton de l’interview sera également publié sur ce blog. J’en présente ci-après la version française. J’ai tout d’abord demandé au député du Morbihan si le vote de cette loi représente pour lui l’aboutissement de son engagement.

Manif Kemper-2    Manif Kemper-1

L'implication du monde associatif

  • La loi ne met pas un terme à notre combat. J’ai quand même l’impression que ça bouge, on n’adopte pas tous les jours une loi en faveur de nos langues régionales, les langues de France. À mon avis, on a beaucoup évolué par rapport à la question des langues. Ce qui est impressionnant d’une certaine manière, car nos langues n'existaient pas aux yeux de l’État, de l’Éducation nationale, c’était la conviction de l’administration centrale, ceux qui régentent notre pays d’une certaine manière, les hauts fonctionnaires, ceux qui font plus ou moins la loi. J’ai enfin vu les députés, de vrais députés, les élus du peuple, se mobiliser et se démarquer du point de vue de l’administration.

Ce qui est surprenant, c’est le nombre de députés présents cette fois-ci à l’Assemblée nationale, près de 350, alors que vous étiez moins d’une cinquantaine en première lecture, il y a un an. Cela fait six fois plus ! Comment expliquer qu’une majorité de députés se sont prononcés cette fois en faveur de vos propositions ?

  • C’est l'implication des associations qui a conduit à un tel rassemblement. Tous ceux qui sont investis pour nos langues, la culture ou l’enseignement, comme la FELCO (1), la FLAREP (2), dans les écoles, nous avons échangé avec énormément d’entre eux. En première lecture, ils ont vu la proposition de loi se défaire, le Sénat l’a rattrapée, les sénateurs ont créé la surprise, personne ne pensait que le Sénat serait revenu sur le vote de l’Assemblée nationale. De plus, ils ont réintégré les quatre articles sur l’enseignement que les députés avaient supprimés à l’instigation du ministre de l’Éducation nationale, J.-M. Blanquer.
  • Après l’examen de la proposition de loi au Sénat, tout le monde a eu l’impression cette fois-ci que son adoption devenait possible. On est allé à la rencontre des députés, en Alsace, en Occitanie, en Bretagne…, en leur demandant de voter pour ce texte, en leur expliquant que ce qu’avait voté le Sénat c’était bien, qu’il fallait le voter conforme. Beaucoup de députés ont alors pensé qu’il fallait y aller. Une sorte de pressing populaire s’est exprimée en quelque sorte, car le monde associatif est une partie du peuple, en Alsace, en Catalogne, au Pays basque… Ce qui s’est passé en Savoie, en Picardie ou en Flandre est assez curieux. Car ce n’est pas tous les jours qu’on parle d’eux, ils se sont rendu compte qu’ils avaient une langue et souhaitaient aussi une initiative au bénéfice de leur langue.

Des divergences entre Macron et Blanquer ?

Parlons maintenant de l’avenir. Après la promulgation de la loi, des décrets d’application devront normalement être publiés. Est-ce que Jean-Michel Blanquer ne va pas faire traîner les choses ?

  • Je crains que cela se passe comme ça, que ce soit difficile. Même pour le tilde. Il va falloir faire l’inventaire des signes diacritiques, ceux du breton, du catalan, etc. Je ne vois pas comment un juge pourra désormais décider qu’il faut écrire Marti avec un point sur le i au lieu d’un accent. S’il n’y a pas de demande sociale, la loi serait mort-née de toute façon. Il ne faudrait pas qu’on écrive n’importe quoi dans ces décrets.

N’y a-t-il aucun risque de recours devant le Conseil constitutionnel ?

  • Qui le ferait ? Le gouvernement ? Ce serait assez étrange. Je ne sais pas si vous avez lu Ouest-France, qui fait état du mécontentement du président de la République (3). Il serait bizarre que le gouvernement interpelle le Conseil Constitutionnel. Il y a une divergence de point de vue entre Macron et Blanquer. Mais c’est qui le patron ? À mon avis, il serait bien difficile de trouver 60 députés pour déposer un recours devant le Conseil constitutionnel. Il n’y a que ceux de La France insoumise qui ont voté contre, et une partie de ceux de LREM. Mais comment pourrait-il y avoir un accord entre eux ? 
  • Nous n’avons nous qu’une seule journée dans l’année pour tenter de faire adopter une proposition de loi. J’avais quitté LREM pour créer le groupe Libertés et territoires, fort heureusement. Nous n’aurions jamais réussi à prendre une initiative comme celle-là au sein de LREM, c’est évident. J’ai compris qu’il serait impossible de faire avancer ce dossier au sein de LREM. Il faut dire tout de même qu’à LREM beaucoup ont voté pour la proposition de loi, près des deux tiers, un tiers s’est abstenu ou a voté contre. Les députés n’ont pas suivi les consignes que le groupe avait données.
  • Didier Le Gac a bien travaillé, de même que Yannick Kerlogot, Erwan Balanant au sein du MODEM. Ce qui me plaît, c’est que nous avons pu rencontrer les députés des territoires, en Bretagne, en Occitanie, en Catalogne et même en Alsace, car eux sont LR, ce qui est amusant. Ce sont des députés de la périphérie qui se sont tous retrouvés contre Blanquer.
  • Christophe Castaner, le patron de LREM, a joué un drôle de jeu. Il ne s’est exprimé que sur les frais de scolarité, c’était le point d’achoppement le plus difficile. Il y a des députés qui ne veulent pas que l’on subventionne les écoles associatives, c’est vrai. Si je me souviens bien, la majorité n’a été que de dix voix sur cet article. Pour l’article concernant l’immersion, elle a même été de 60 voix. Ça montre bien combien les esprits ont évolué sur ce point.
  • Quand on explique ce qu’est l’immersion, que les enfants ne parlent que la langue régionale à l’école maternelle, on n’est pas habitué à entendre ça, ça peut donc se faire en France, pas un mot de français en maternelle, mais comment donc ? Les enfants ne parlent donc pas le français ? Je leur dis, mais si, et de plus leur français est d’un bon niveau. Bien entendu, celui qui n’a jamais vu d’enfants fonctionner ainsi à l’école, c’est comme débarquer d’une autre planète.

Blanquer en minorité sur chaque vote

Comment analysez-vous le positionnement de Jean-Michel Blanquer lors du débat en deuxième lecture à l’Assemblée ? Ne fait-il pas preuve d’un double jeu ?

  • Blanquer a été mis en échec sur tous les votes, à chaque fois. En réalité, il est hostile à nos langues, maintenant c’est évident. Il présente tout toujours de deux façons. Je suis favorable à la loi Molac, mais il faut la modifier. Je suis pour les langues régionales, mais il ne faut pas favoriser leur enseignement.

Mais est-ce que votre loi va changer quelque chose pour de vrai ?

  • Il le faut… Si on n’avait pas exprimé de volonté forte, ça ne sert à rien, c’est évident. Un volontarisme s’est exprimé, on souhaite que l’on respecte nos droits culturels, c’est la raison pour laquelle je pense qu’elle sera efficace. À mon avis, dans tous les esprits, c’est de toute façon une victoire politique. En France, il y avait, si je puis dire, un État, une langue, un peuple. C’était à peu près comme ça. Au bout du compte, nous pouvons être Français et parler une autre langue. Je considère que c’est une évolution majeure.

Paul Molac affiche-t-il de la fierté que son nom soit désormais associé à cette loi ?

  • Vous savez, moi je suis un brave gars de la campagne, la fierté c’est pour ceux qui vivent en ville. Quand je pense à ce qu’on dit du côté de Ploërmel, celui-là il est fier tout comme, c’est pas un compliment. J’essaie de faire ce que je peux, au service des langues, du breton, du gallo, de leurs locuteurs, ça me convient.

Interview et version française : Fañch Broudic

Notes

  • (1) FELCO : Fédération des enseignants de langue et de culture d’oc
  • (2) FLAREP : Fédération pour les langues régionales dans l’enseignement public
  • (3) Selon le quotidien, dans son édition du 9 avril, en page Bretagne, le président de la République aurait regretté, en Conseil des ministres, l’attitude trop fermée du gouvernement depuis quatre ans sur la question des langues régionales. 
  • Photo d'archive de Paul Molac, en haut de page : FB.
  • Manifestation du 13 mars à Quimper : intervention de P. Molac, défilé de la manifestation en ville. Photos FB.

Posté par Fanch Broudic à 23:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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