photoblog_brutdemer42Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est beaucoup plus question de la guerre 14-18, à l'occasion du 90e anniversaire de la signature de l'armistice, depuis qu'il n'y a plus aucun poilu vivant. Mais le premier conflit mondial a marqué durablement les esprits : c'est la première guerre de masse et c'est, pour la première fois dans l'histoire, celle qui connaît autant de tués. La France a plus de morts que l'Allemagne. En France, c'est en Bretagne que le nombre de morts est le plus important.
Le dossier de la revue en langue bretonne "Brud Nevez", qui sort cette semaine, revient sur sur événement non pas seulement en raison de son importance dans l'histoire, mais aussi en raison de ses conséquences sur la société bretonne pendant deux à trois générations. Si la Bretagne connaît aujourd'hui un taux de suicide aussi élevé, c'est sans doute en raison du trauma collectif vécu par les Bretons aux lendemains de la guerre (voir message du 25 août 2008).

Dans la revue, Gabriel Le Mer décrit les combats auxquels les soldats bretons ont pris part dès le début de la guerre, dans les Flandres et notamment à Dixmude. Roger Laouénan, qui a consacré une dizaine d'ouvrages aux années 14-18, explique combien la population espérait la fin de la guerre. Alain Breteau raconte l'histoire d'un hôpital de l'arrière si loin du front, à Gourin dans le Morbihan.
La mémoire de deux écrivains en langue bretonne est évoquée ;
- celle de Yann-Ber Kalloc'h : c'est F. Morvannou qui retrace l'itinéraire intellectuel et politique du poète vannetais, dont la devise était "Doue ha mem bro" (c'est-à-dire "Dieu et ma patrie") et que révulsait "les malpropretés républicaines". Il finit par accepter la République, s'engage pour la défense de la France. Il meurt au combat le 17 avril 1917, et c'est après la guerre que sera publié son recueil de poèmes bilingue "Ar en deulin / A genoux".
- et celle de Loeiz Herrieu, autre écrivain vannetais, connu pour notamment pour son journal de guerre "Kammdro an Ankou" (Le virage de la mort). Herrieu avait 39 ans en 1918 et Daniel Carré décrit son état d'esprit, une sorte de coup de blues, au moment où les canons se sont tus, après la signature de l'armistice.

Brud Nevez reproduit aussi des documents :
-    des articles de presse de l'époque : sous la plume de Corentin Le Nours, le journal "Le Courrier du Finistère" (un hebdo bilingue tirant à 26 000 exemplaires en 1914, dont il n'y a aujourd'hui aucun équivalent) raconte chaque semaine la guerre en un excellent breton à ses lecteurs. En novembre 1918, il se réjouit de la fin de "la guerre de mort" et escompte désormais une "guerre pour la vie"
  et surtout les photos retrouvées récemment au presbytère du Cloître-Pleyben et qui donnent lieu en en ce moment à une exposition au château de Trévarez : ces très belles photos, inédites, témoignent du vécu au jour le jour des soldats sur le front.

Brud Nevez : Contact mail et 10, rue de Quimper, 29200 Brest

Exposition "Armée des terres" au Château de Trévarez (à Saint-Goazec, dans le Finistère) : jusqu'au 11 novembre. www.trevarez.com