Atamyo équipe

Atamyo ? Vous n’avez probablement entendu ni lu ce nom jusqu’à présent. C’est celui de la société "Atamyo Therapeutics" qui vient de déposer une demande d’autorisation pour un premier essai clinique en France, au Danemark et au Royaume-Uni, en vue du traitement des dystrophies musculaires progressives. 

Photo ci-dessus : l’équipe du laboratoire Atamyo Therapeutics. DR

Ces maladies rares d’origine génétique sont également désignées comme étant des myopathies des ceintures. Liées au gène FKRP, elles touchent six personnes sur un million et se manifestent par une diminution progressive de la force des muscles du bassin et de ceux des épaules. Ce sont des maladies neuromusculaires évolutives et invalidantes, pour lesquelles on ne disposait pas de traitement jusqu’à présent. Tout va peut-être changer dans les mois qui viennent.

Que signifie Atamyo-5

Du celtique ou du breton ?

Je dois dire que je ne connaissais pas non plus le nom d’Atamyo, jusqu’à ce que je reçoive le bulletin de l’AFM (Association française contre les myopathies) à l’occasion du Téléthon qui vient de se terminer avec un résultat spectaculaire par rapport à l’année dernière : 77 millions d’euros de promesses de dons ce mercredi. En Bretagne, le montant des promesses s’élève à 1,5 million.

Or, même si vous savez le breton, il n’est pas si facile de repérer que ce nom Atamyo est du breton pour une part. Il y a bien dans cette langue une interjection "ata" utilisée comme une validation attendue dans le sens de "eh bien !". Mais l’explication qui en est fournie dans la documentation de l’AFM et sur internet est tout à fait différente, avec en prime le commentaire qui s’impose sur ce que représente ce mot en termes de communication pour l’entreprise :

  • Le nom de l’entreprise est dérivé de deux mots : Atao qui signifie « Toujours » ou « Pour toujours » dans une langue celtique et myo qui est la racine grecque de tout ce qui concerne les muscles.
  • Ce nom traduit l’esprit de l’entreprise dans son engagement à améliorer la vie des patients atteints de maladies neuromusculaires avec des traitements efficaces tout au long de la vie.

Si l’on en reste sur le terrain de la communication, "celtique" paraît en l’occurrence plus prestigieux que "breton". Ce terme générique a peut-être été jugé préférable pour une communication qui se fait aussi à l’international et en anglais forcément. En pratique, seuls ceux qui connaissent au moins un peu le breton, et de préférence celui du Léon ou de Basse-Cornouaille, savent qu’atao est un mot du vocabulaire breton. Et le breton, de fait, est une langue celtique. Mais l’élision du "o" dans atao fait qu’on ne peut le reconnaître d’emblée dans les deux premières syllabes d’Atamyo. La contrepartie positive c’est qu’on est en présence d’un nom britto-grec qui "fonctionne" bien globalement, et c’est cela qui va compter pour la plupart de ceux qui le verront. 

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Photos ci-dessus : à gauche Isabelle Richard sur le plateau de France 2, et à droite en compagnie de Marine. Captations d’écran. DR

La double fierté d’Isabelle Richard

Mais comment donc en vient-on à adopter une appellation bretonne en thérapie génique ? On le doit sans doute à Isabelle Richard, cheffe d’équipe, directrice de recherche au CNRS, co-fondatrice d’Atamyo Therapeutics et dont les spécialités sont la génétique humaine, la thérapie génique, la physiologie et la pathophysiologie du muscle. 

Le Télégramme lui a consacré toute une page vendredi 2 septembre, dans sa série "Ils sont formidables" — l’emploi du féminin aurait été pertinent dans le cas présent. La journaliste Valérie Cudennec-Riou dresse d’elle un beau portrait : celui d’une femme résolue et engagée, dynamique et sympathique. Celle qui est née à Combrit-Sainte-Marine "revendique une double fierté : celle d’être 'une pure Bigoudène' et celle d’être chercheuse au Généthon", ce qui à ses yeux n’est pas comme si elle travaillait pour une firme pharmaceutique.

Atamyo site

Le Généthon est en effet un centre de recherche constitué de plusieurs laboratoires, situé à Évry. Il développe des thérapies innovantes pour les maladies rares. Isabelle Richard travaille depuis trente ans dans un de ces laboratoires, avec toute une équipe sans laquelle, assure-t-elle, elle ne serait rien. Le Télégramme la présente comme "l’une des pionnières du Généthon" : elle vient de mettre au point un traitement porteur d’espoir pour ceux qui sont atteints de myopathie des ceintures. Les essais cliniques vont démarrer incessamment.

Isabelle Richard était également l’une des invités de France 2 ce week-end, en compagnie de Marine, une jeune fille de vingt ans qu’on a vue sur les affiches du 34e Téléthon. Il n’est pas surprenant qu’elle ait été présentée comme "la spécialiste des myopathies des ceintures", puisque c’est une des rares équipes qui travaillent sur ce domaine et que c’est dans son laboratoire qu’a été identifié le premier gène de la maladie, et qu’a été démontré que la thérapie génique peut marcher.

Marine a pour sa part mis des mots sur cette myopathie qui est en réalité une maladie invisible. Chez elle, elle se manifeste par énormément de fatigue, des lourdeurs et des courbatures dans les bras et dans les jambes qui l’obligent à se déplacer en fauteuil roulant. Marine est incluse dans les essais cliniques qui vont commencer. Il suffit de voir son sourire pour comprendre que sa vie pourrait en être transformée.

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