NHU et les migrants

Au nom de la Bretagne on peut tout écrire, le meilleur comme le plus extravagant. Le site NHU nous annonce ainsi depuis lundi 1er juillet l’arrivée "imminente" de "un million de migrants aux portes de la Bretagne" qui vont nous "envahir". 

Vous ne connaissiez pas NHU ? Ce n’est pas très connu. Et vous ne savez sans doute pas ce que signifie le sigle. C’est du breton, qu’il faut savoir lire et écrire pour le décrypter. C’est l’abréviation de "Ni hon-unan", en français "Nous-mêmes". Un calque de l’irlandais "Sinn Féin", que divers groupes bretons ont fait leur à différents moments, dans les années 1990 par exemple, à l’occasion de quelques attentats. 

Le site NHU se veut engagé, mais non partisan. Il insiste sur le fait que la Bretagne est "aussi vaste que Taïwan" : comparaison aussi lointaine qu’inattendue. Comme Taïwan n’est assurément pas un pays celtique, ce doit être l’histoire de l’île qui fascine NHU.

Un article effarant

Le site se présente comme un "média internet participatif breton et citoyen". Il aborde effectivement une assez large variété de thématiques. Tout un chacun est invité à devenir rédacteur, sans pouvoir utiliser de pseudo. Là, le post sur "l’arrivée massive de migrants" dans la région est signé de "la rédaction". Ce qui voudrait dire (d’après sa charte) que l’auteur ne voulait pas s’afficher. Mais il a suffi de quelques réactions pour que celui qui se présente ailleurs sur internet comme "initiateur et co-animateur de NHU", Rémy Penneg, reprenne la plume pour commenter les commentaires.  

Ce qu’il y a d’effarant dans cet article, présenté comme étant une dépêche de correspondants fictifs, applique aux touristes qui s’apprêtent à venir passer leurs vacances en Bretagne la terminologie exacte que les populistes d’extrême droite utilisent un peu partout pour rejeter les migrants qui veulent rejoindre l’Europe par le sud. On joue sur l'emphase, on dramatise à souhait.

Petit florilège

  • "Des familles entières, mais aussi des groupes de jeunes, auraient l’intention d’entrer en Bretagne".
  • "Des regroupements familiaux sont également à craindre". 
  • "Pourquoi ces migrants choisissent-ils la Bretagne ? Pourquoi veulent-ils venir en Pays bigouden. Mais pas dans les Ardennes françaises ?" 
  • "Les migrants climatiques sont maintenant à nos portes !"
  • "Les migrants qui vont envahir la Bretagne bientôt n’en peuvent plus de (sur) vivre là où ils sont aujourd’hui installés".
  • Ils "vont entrer en Bretagne par nos frontières de l’est".
  • "Un flux migratoire important du nord par bateaux (sic)".
  • On assiste à un "afflux migratoire exceptionnel".
  • "Beaucoup seront hébergés dans des tentes […] Mais également dans des hôtels qui se préparent à cet afflux massif, et même chez l’habitant".
  • "Ces migrants saisonniers que d’aucuns appellent aussi touristes" sont par ailleurs désobligeamment comparés à "des oiseaux qui migrent pour trouver temporairement une meilleure nourriture".

Un mauvais gag ?

On croit rêver. Cette prose est présentée comme un billet d’humeur. On peut donc tout à fait le comprendre comme du ressentiment ou comme une manifestation de mauvaise humeur. L’auteur prétend avoir voulu "traiter de façon décalée" de la migration estivale des touristes vers la Bretagne et reconnaît certes que le sort des réfugiés est "bien plus délicat". 

Sachant que la Bretagne reçoit aussi des réfugiés, c’est travestir les conditions dans lesquelles ils arrivent en Europe et cautionner le langage qu’on emploie couramment à leur encontre. Pourquoi donc de telles comparaisons ? Pourquoi utiliser ce vocabulaire stigmatisant qui n’a rien de drôle ? Quel est le but ? S’agit-il de décrédibiliser les réfugiés comme le font les ministres italiens ? Ou de dénoncer le tourisme en Bretagne et d’ostraciser ceux qui veulent profiter de "tout ce dont nous, Bretonnes et Bretons, bénéficions en permanence" ? Les réfugiés n'aiment pas trop ce type de propos. Les touristes qui arrivent en Bretagne, eux non plus, ne vont pas apprécier d'être accueillis en ces termes. C'est du mépris.

Rémy Penneg a beau vanter l'hospitalité bretonne légendaire, son propos, au fond, n'est que de mettre en évidence la différenciation entre nous et eux. Nous, on est les Bretons au sang pur et au cœur généreux, sous-entendu, on n'est pas Français. Eux, ce sont les autres, qui ne sont donc pas Bretons, puisque ce sont des Français, des Belges, des Allemands, des Britanniques, etc. On veut bien qu'ils viennent séjourner en Bretagne temporairement, pourvu qu'ils ne restent pas trop longtemps, et à condition qu'ils veuillent bien payer leur écot en franchissant la frontière (pas tout à fait invisible) entre la Bretagne et la France, au péage de la Gravelle. C'est un discours d'exclusion que les responsables du tourisme à la région comme au niveau local, ni ceux qui en vivent, ne devraient pas goûter du tout. C'est une forme de xénophobie. Le post de NHU n'est pas un mauvais gag, c'est parfaitement désagréable.