Bretons 154 Marielle 311

Il n’est temps que je chronique le n° 159 du magazine "Bretons", avant que paraisse dans quelques jours le numéro de juillet. Car la couverture m’a beaucoup surpris, avec Jean-Pierre Marielle à la une, comme ayant "marqué le cinéma breton". L’article de Maiwenn Raynaudon-Kerzerho est encore plus catégorique puisqu’elle fait de l’acteur "un seigneur du cinéma breton", tout en concédant que, de par son origine, "il n’avait pas grand-chose de breton". 

Il est certes truculent en marquis de Pontcallec dans "Que la fête commence", transgressif en peintre libéré dans "Les Galettes de Pont-Aven", volontariste en maire de Molène dans "Les Seigneurs". Ces trois films ont effectivement été tournés en Bretagne. Il est exact que l’on voit Joy Starr entonner "Tri martolod" comme il le peut dans le dernier. Marielle lui-même avait dû sortir une réplique en breton dans "Que la fête commence", ce qui l’avait mis dans tous ses états (Ouest-France du 26 avril 2019).

Mais, franchement, ces films-là sont des films français à part entière, tournés par des réalisateurs français, avec des comédiens français, destinés à un public français, avec tous les codes de l’humour et de la grivoiserie à la française, et ceux du cinéma français. On peut trouver un intérêt à les visionner et "Les galettes de Pont-Aven", par exemple, a connu le succès au point de devenir le film cul-te que l’on sait. Il n’empêche qu’il a été le plus souvent considéré comme un navet par la critique. Et la Bretagne dans ces films-là n’est qu’un cadre, un décor, un prétexte. On pourrait sans aucun doute aussi disserter sur l’image des Bretons qu’ils véhiculent. Ce n’est pas une raison pour les censurer ou pour les boycotter, il est d’ailleurs un peu tard pour le faire.

Je ne sais pas comment a pu être perçu du côté de Douarnenez que le qualificatif de "cinéma breton" soit accolé au nom de Jean-Pierre Marielle. Lui-même, ça l’aurait probablement fait s’esclaffer. Je ne sais même pas quelle pourrait être la définition qui puisse faire consensus de ce que serait un "cinéma breton". Je ferai seulement remarquer que, pour le film "Que la fête commence" sorti en 1975, le nom de Bertrand Tavernier ne figure pas dans "Le panorama de l’audiovisuel en Bretagne" publié dix ans plus tard par André Colleu et Mathilde Valverde. Alors ?