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Le blog "langue-bretonne.org"
20 août 2015

Georges Cadiou, la gauche et la question bretonne

Cadiou Georges 3b

Lui, c'est un Breton et, c'est sûr, un Breton de gauche. C'est en séjournant à la Martinique qu'il a découvert la Bretagne et le combat anticolonialiste. En région parisienne, il reste une dizaine d'années dans la mouvance communiste, avant de rejoindre l'UDB bien plus tard et de la quitter à son tour. Mais pas question pour lui de basculer de l'autre côté du spectre politique : il reste ferme dans ses convictions d'homme de gauche.

Il le dit dans un essai paru dans un format de poche au printemps dernier, intitulé "La gauche et la revendication bretonne." C'est une sorte de panorama des positions que prennent des forces ou des personnalités qui vont – comment dirait-on aujourd'hui ? – de la gauche radicale à la gauche molle, et tout cela tout au long d'une histoire que l'auteur fait démarrer en 1789 et qui se termine provisoirement dans la perspective des prochaines élections régionales. L'histoire s'écrit au jour le jour, n'est-ce pas ?

Georges Cadiou a beaucoup parlé dans sa vie, puisqu'il a été journaliste de radio, et il a déjà beaucoup écrit, dans la presse papier, des livres – de sport surtout -, mais aussi des ouvrages en rapport avec la Bretagne, ne serait-ce que "L'hermine et la croix gammée", qui a d'ailleurs donné lieu à un documentaire. Son nouvel opus paraît avoir été rapidement écrit et la lecture n'en est pas si agréable.

Il présente l'intérêt de s'appuyer sur de multiples lectures et de fournir un grand nombre de citations, presque trop, et si certaines sont référencées en note, bien d'autres ne le sont pas du tout ou de manière incomplète. L'auteur multiplie par ailleurs les détours et les digressions, donnant l'impression de sautiller en permanence d'une association d'idées à l'autre.

 

Cadiou Georges

Un certain sentiment breton

Les premiers chapitres posent une double question : qu'est-ce que la gauche ? qu'est-ce que l'idée bretonne ? Le questionnement est pertinent, mais les réponses fournies sont plutôt basées sur une approche historique et subjective, bien plus que sur des concepts. La définition de ce que serait une "idée bretonne" paraît comme une tâche ardue, pour ne pas dire impossible, car sur les quatre pages de ce chapitre, plus de deux traitent en fait de l'idéologie française et de la multiplication du nombre des États à travers le monde de 1914 à aujourd'hui.

Au bout du compte, mis à part quelques considérations sur les nations d'Ancien Régime, on croit comprendre qu'il s'agit d'identité bretonne, mais celle-ci ne serait rien si elle n'est pas corrélée à un certain "sentiment breton". Ce n'est pas une formulation un peu impressionniste, ça ?

D'un chapitre à l'autre, on croise des personnalités qui ont fait l'histoire. On navigue entre les débats, les polémiques et les divergences qui ont marqué l'histoire de la gauche singulièrement. On rencontre au fil des pages Marx et Proud'hon, Jaurès, Tanguy-Prigent, Marchais, Rocard… De nombreux Bretons sont cités, forcément : Charles Brunellière, Marcel Cachin, Yann Sohier, Yves Person… Armand Keravel aussi, à de multiples reprises sur deux ou trois lignes à chaque fois, mais ce n'est pas encore cette fois-ci que l'on met en évidence le rôle central qu'il a joué de 1944 jusqu'autour de 1990. L'auteur souligne par contre celui des Bretons émancipés dans la région parisienne avant-guerre ou celui de l'UDB depuis sa création pour "replacer l'idée bretonne à gauche".

Les véritables défenseurs de la Bretagne et les autres

Ceux qui l'ignoreraient apprendront anecdotiquement que Lénine a séjourné quelques mois à Loguivy-de-la-Mer, près de Paimpol, à l'été 1902, ce qui n'a été déterminant ni pour lui ni pour la Bretagne. G. Cadiou se réjouit des petites piques qu'il place ici ou là, par exemple à l'égard du PSU ou des maoïstes. Certaines lacunes sont gênantes. Je ne prends qu'un exemple, concernant la pensée d'Émile Masson : une ligne à peine pour évoquer la revue Brug qu'a effectivement créée ce dernier en 1913, des sources qui se limitent au volume édité par Jean-Yves Guiomar il y a quarante-trois ans, aucune allusion au colloque qui s'est tenu à Pontivy en 2003 et dont les actes ont pourtant été publiés.

Le nouveau livre de G. Cadiou n'est pas sans intérêt. Mais je suis tenté de dire qu'abondance de citations ne vaut pas analyse : on se demande bien ce que l'auteur veut prouver. Les prochaines élections régionales doivent se jouer, affirme-t-il, sur les axes principaux qu'il énonce comme étant "les trois points de césure entre les véritables [je mets le terme en italique] défenseurs de la Bretagne et les autres", à savoir les pouvoirs du Conseil régional, la charte des langues et la réunification. Soit. Mais la nouvelle assemblée régionale n'aura même pas compétence pour en décider !

Georges Cadiou est quelqu'un de chaleureux, sympathique, passionné et à la conversation passionnante. Sur la mouvance bretonne, il sait beaucoup de choses et n'hésite pas à pointer les questions qui font mal quand il le faut, qu'elles s'adressent aux nationalistes bretons ou aux dirigeants des partis de gauche. Celle qu'on a envie de lui poser n'est que de savoir s'il ne se situe pas quant à lui par rapport à la Bretagne sur une posture essentialiste, fondant "la" revendication bretonne sur une forme d'immanence. Autrement dit, les revendications bretonnes du XXIe siècle seraient-elles celles du XXe, voire du XIXe ?

Encore un mot. Les premières pages du livre sont écrites à la première personne du singulier : je suis… je fus… j'étais… La dernière phrase l'est à la première personne du pluriel : pour notre part, nous sommes prêts… "Nous", c'est qui ?

Pour en savoir plus :

Georges Cadiou. La gauche et la revendication bretonne. S.l., Yoran embanner, 2015, 212 p., 10 €.

Commentaires
T
Pauvre Fanch Broudic. Vous auriez dû attendre quelques jours avant de publier votre commentaire sur le bouquin de G. Cadiou, ça vous aurait évité de vous planter. C'est sûr, vous avez grillé le Télégramme, qui en parle seulement aujourd'hui, mais ce qu'il en dit est très très positif, alors que vous êtes plutôt critique. Tout ça me donne l'impression que son livre est bien dans la ligne de l'Emsav, de gauche évidemment, mais Emsav quand même. Je me demande si ça vaut la peine de le lire.
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S
Réponses à deux sous à la question au-dessus : "nous" c'est eux. Et les menteurs mon cher Ouatesonne !
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Le blog "langue-bretonne.org"
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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