Pierre Noyer & Deputy Cancellor-3

Vous ne saviez pas qu’il existe un département d’études celtiques à la "Faculty of Arts and Social Sciences" de l’université de Sydney, en Australie ? Moi non plus. Pierre Noyer me l’a appris il y a quelques jours par un mail rédigé en breton de surcroît et m’annonçant que son diplôme de doctorat allait lui être remis le 3 juin dans cette université, pour une thèse sur le breton parlé dans le canton de Briec (Finistère). C’est sans doute une première dans l’hémisphère sud. Ci-dessus, l’impétrant (à droite) au côté de Richard Freudenstein, Deputy Cancellor (chancelier) de l’université.

La thèse, rédigée en anglais, s’intitule effectivement "The Breton of the the canton of Briec". Elle traite en 316 pages de la phonologie, de la morphophonologie, de la morphologie, de la syntaxe et du lexique de ce breton de Cornouaille.

Elle a été préparée sous la direction du celtisant d’origine finlandaise Anders Ahlqvist. Les examinateurs, à distance, de Pierre Noyer ont été Jean Le Dû, professeur émérite de breton et celtique à l’UBO (Brest), et le Gallois Iwan Wmffre. 

Pierre Noyer a bien voulu me transmettre le texte suivant (et les photos) dans lequel il retrace son itinéraire familial et personnel et explique la genèse de sa thèse.

Pierre Noyer & Dr Pamela O'Neill-1

  • Mon grand-père était d’Edern, né à Coat Dregat en 1897, de langue maternelle bretonne. Il a émigré à Paris dans les années 1920. Sa fille, ma mère, connaissait pas mal de phrases en breton qui m’ont été transmises (87 mots et expressions lorsque j’en ai fait l’inventaire pour ma thèse). Cependant, l’élément linguistique le plus important que j’ai reçu est la musique de la langue bretonne des locuteurs de langue maternelle, que j’ai beaucoup entendu parler dans mon enfance. 
  • Après avoir enseigné l’anglais à Paris, où je suis né, et avoir travaillé comme technicien dans le domaine de l’impression et de la transformation du film plastique, je me suis installé en Australie en 1987. J’y ai passé un diplôme d’enseignement local et j’y ai enseigné le français et l’anglais langues étrangères ainsi que l’allemand et la géographie.
  • J’ai commencé l’étude poussée du breton de Briec avec ma famille briécoise et d’autres locuteurs du canton en 2003 et j’ai entrepris de décrire le dialecte de Briec en 2003 dans une thèse de master. Puis, ayant eu une mention ‘excellent’ pour ce travail, je me suis vu décerner une bourse qui m’a permis d’entreprendre une description beaucoup plus détaillée du dialecte dans le cadre d’un doctorat. 
  • Mon très regretté directeur de thèse, terrassé par un infarctus en septembre dernier, était le professeur Anders Ahlqvist, spécialiste du celtique et gaélophone, bien que finlandais de langue minoritaire suédoise. Il m’a accompagné jusqu’à la fin du travail et que me soit décerné mon diplôme, même s’il est décédé avant la cérémonie officielle de remise. Son assistante est la docteure Pamela O’Neill qui m’a beaucoup conseillé dans le travail de mise en forme du document final. Elle a participé à la cérémonie et c’est elle que vous pouvez voir sur une des photos que je vous envoie (ci-dessus).
  • Cette thèse est le résultat d’un travail collaboratif auquel ont participé des intervenants de plusieurs pays et régions d’Europe et d’Australie et n’a pu voir le jour que grâce aux contributions de nombreux Briécois, dont André et Malou Cornec, ainsi que leur fille Aziliz qui a numérisé un dictionnaire manuscrit composé par un prêtre missionnaire de Briec, le père Jean-Louis le Scao, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce dictionnaire a joué un rôle très important dans ma recherche et sera amené à jouer dans le futur une contribution décisive dans la renaissance du cornouaillais.
  • Les examinateurs de ma thèse, Iwan Wmffre, auteur de nombreux travaux sur le breton, de mère centre-bretonne et de père gallois, et Jean Le Dû, auteur en particulier du Nouvel atlas linguistique de la Basse-Bretagne ont, par leurs commentaires joué un rôle crucial pour la qualité du produit final.

Pierre Noyer & e vugale-1

  • Je parle breton à mes enfants (photo ci-dessus, Pierre Noyer en gilet glazig sous la toge universitaire). Auguste, le cadet (9 ans), comprend parfaitement le breton de Briec et aussi le breton plus littéraire à travers des vidéos et livres pour enfants. Il y puise d’ailleurs parfois un vocabulaire que je ne connais pas moi-même. Il reste timide à parler breton, mais sa langue se délie assez lorsqu’il est en présence de locuteurs de ma famille. 
  • Mon fils aîné Sébastien et moi produisons depuis un an, avec la participation d’Auguste, des vidéos d’enseignement du breton que nous sommes assez proches de mettre en ligne. Sébastien s’occupe du montage et des aspects techniques, tandis qu’Auguste joue dans les sketches, ce qui demande qu’il s’y exprime en breton. Ni l’un ni l’autre ne seront donc ‘vendus’.
  • En dehors de ces vidéos, mon prochain projet est de traduire ma thèse en français afin qu’elle soit accessible aux francophones.

Pierre Noyer