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Il est surtout et d’abord connu comme ayant été en 1972 et avec l’implication de quelques autres sonneurs l’un des fondateurs de l’association Dastum. L’idée qu’ils avaient en tête, c’était de lancer le collectage à grande échelle du patrimoine oral de langue bretonne et en gallo et d’en réaliser l’inventaire en vue de sa valorisation. Dastum, dont il a été le président pendant treize ans et qui le considère de ce fait comme ayant été son père fondateur, est devenue au fil du temps une véritable institution régionale.

Il est décédé jeudi dernier, le 10 janvier, à Landévennec (Finistère), à l’âge de 74 ans. Né à Amboise (Indre-et-Loire), il rejoint la capitale où il se formera aux métiers de l’imprimerie à l’école Estienne (autrement dit l'École supérieure des arts et industries graphiques). Comme bien d’autres Bretons engagés, c’est à Paris que dans sa jeunesse il découvre la culture et la musique bretonnes et qu’il y apprend à jouer de la cornemuse ainsi que le breton. Il débute sa carrière professionnelle à Châtelaudren (Côtes-d’Armor) où s’imprimait alors le célèbre hebdomadaire L’Écho de la mode, avant de travailler chez Oberthur à Rennes, puis au sein du groupe Ouest-France à la direction industrielle de Publihebdos.

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De Dastum à l’Institut culturel de Bretagne, et plus encore

Dans la continuité de son implication pour Dastum, il avait également mené une activité de recherche sur la chanson populaire bretonne, qui l’a conduit à soutenir une thèse en 1998 à l’université de Rennes 2 dans laquelle il établissait un Catalogue de la chanson populaire de tradition orale en langue bretonne, qu’il avait entrepris de mettre en ligne méticuleursement sur un site dédié : www.kan.bzh. Sur ce site, il proposait la consultation en PDF, d’une part de 1 688 chansons types de la tradition orale en langue bretonne, et de 2 767 chansons sur feuilles volantes, d’autre part.

À compter de 2003, Patrick Malrieu devient président du Conseil culturel de Bretagne (dans son acception de l’époque, qui correspond à ce qu’est Kevre Breizh aujourd’hui) et c’est à cette occasion que j’avais eu l’opportunité de le recevoir dans l’émission « Red an amzer » sur France 3 Ouest, à la veille du printemps de la langue bretonne qui devait se tenir à Rennes quelques jours plus tard. Il a ensuite présidé l’Institut culturel de Bretagne (ICB), alors que la structure était entrée dans une zone de turbulences en 2011. Lui-même décoré du collier de l’Hermine en 1999, il  était devenu le chancelier de l’ordre il y a deux ans.

Patrick Malrieu s’impliquait également à l’international. En juin 2018, il avait ainsi représenté l’ICB au congrès de la FUEN (Federal Union of European Nationalities, en français UFCE : Union fédéraliste des communautés européennes)à Leeuwarden, aux Pays-Bas : trente nationalités s’y étaient retrouvées pour faire le point sur une pétition européenne d’un million de signataires réclamant que soient reconnus les droits des minorités nationales et linguistiques au sein de l’Union européenne.

Une personnalité d’envergure

Patrick Malrieu était d’un tempérament affable, et je l’avais croisé à nouveau en octobre dernier au salon du livre de Carhaix, où il présentait le livre d’Yvon Palamour et Yves Le Bars sur les meubles peints de Bretagne que vient d’éditer l’ICB (photo). Le néo-locuteur qu’il a toujours été s’exprimait avec aisance en breton. Il affichait avec une détermination constante de fermes convictions au service de l’idée qu’il se faisait de la Bretagne, se prononçant pour une dévolution à la catalane ou à la galloise en faveur de la Bretagne et pour une politique d’urgence pour ses langues.

Les articles de presse et les réactions à la nouvelle de son décès le font apparaître comme une personnalité d’envergure régionale, pour ne pas dire nationale. 

  • Le Télégramme fait ainsi remarquer qu’il était « de tous les combats, de la réunification aux droits linguistiques ». 
  • Ouest-France, en page régionale et sous la signature de Christian Gouérou, a titré sur « le militant breton, cheville ouvrière de Dastum ». 
  • Loïg Chesnais-Girard, président du Conseil régional de Bretagne, le désigne comme « un militant infatigable de la cause bretonne ». 
  • Kevre Breizh, coordination culturelle associative de Bretagne, souligne combien il a été une « figure emblématique de la culture bretonne ces cinquante dernières années ».
  • Selon Christian Troadec, maire de Carhaix et porte-parole du mouvement Breizh war-raok, il « avait la conviction que la Bretagne porte en elle le potentiel d’avenir pour se prendre en charge et assurer son développement économique, social et culturel ». 
  • Tudjentil Breizh (Association de la noblesse bretonne) le présente comme « un barreur dans la tempête » et tient à saluer le courage de Patrick Malrieu pour avoir repris en 2011 « dans des conditions très difficiles la présidence de l'Institut Culturel de Bretagne ».
  • A l'annonce de son décès, l'ABP (Agence Bretagne Presse) avait qualifié Patrick Malrieu de « grand patriote breton ». Elle annonce que de 300 à 400 personnes ont suivi ses obsèques en l’église de Landévennec samedi dernier. Le reporter multimédia de l’agence, Phlippe Argouach, a mis en ligne deux vidéos (malheureusement pas avec le meilleur son et de très longs plans fixes), dont l’une, captée lors de la cérémonie religieuse, du trio Annie Ebrel, Nolùen Le Buhé et Marthe Vassallo, chantant a cappella « un émouvant cantique en breton ». L’autre de l’assistance interprétant à la sortie de l’église « un dernier Bro gozh » à la mémoire du disparu.
  • Paul Molac, député du Morbihan, a tenu à « saluer la mémoire de ce militant de la première heure qui a œuvré toute sa vie en faveur de la promotion de la culture bretonne. »

MaJ : 17/01/2019.