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Le blog "langue-bretonne.org"
13 décembre 2017

Hommage à l’écrivain Jean-François Coatmeur

Jean-François Coatmeur

Il est décédé lundi dernier, à l’âge de 92 ans. Jean, comme l’appelaient ses proches. Jean-François pour tous ses lecteurs. Car Jean-François Coatmeur aura été un écrivain majeur. Un auteur de polars, certes, mais Jacques Baudon le décrit comme « l’une des figures de proue de l’actuelle littérature policière française ». Auteur d’une trentaine de romans, il avait obtenu en 1976 le Grand prix de littérature policière pour « Les sirènes de minuit ».

J.-F. Coatmeur, que j’ai eu l’occasion d’interviewer plusieurs fois et de croiser à de multiples reprises, était originaire de Pouldavid (en Douarnenez), mais dès qu’il est venu à Brest comme enseignant, malgré des réticences initiales, Brest l’a adopté et il a lui-même adopté Brest. Il était un rebelle, caustique, critique, frondeur. Il était aussi, selon la belle formule de Frédérique Guiziou dans Ouest-France, « croyant, pratiquant et… anticlérical ».

Ses obsèques ont été célébrées ce mercredi 13 décembre, en l’église du Guelmeur, dans ce quartier brestois qui surplombe toute la rade où il résidait. Elles l’ont été par un temps gris, pluvieux, sous le crachin, un temps brestois, m’a dit Hervé Bellec. Et il a ajouté : dans une église brestoise. Elle est effectivement tout en béton, avec des vitraux d’une grande sobriété, pas comme celle de Saint-Louis, majestueuse dans le centre-ville, mais une église de la reconstruction comme celles des quartiers du Bouguen, du Landais, de Coataudon (déjà en Guipavas). Mais le Guelmeur n’oublie pas d’être breton et a entonné l’incontournable « Jezuz pegen braz eo » [Jésus est si grand] à la mémoire d’un homme qui regrettait bien de n’avoir qu’une connaissance passive du breton.

Hervé Bellec a bien voulu me transmettre pour publication sur ce blog le texte de l’hommage qu’il a rendu à Monsieur Coatmeur et à Jean-François lors de la cérémonie. C’est la reconnaissance d’un plus jeune écrivain à un aîné. Tous les lecteurs de Jean-François Coatmeur se retrouveront dans ce texte. Qu’il en soit remercié.

Hommage à Jean-François Coatmeur

J'ai toujours hésité entre le vouvoiement et le tutoiement et je crois que j'hésite encore. J'ai commencé par lui dire vous, bien évidemment, par l'appeler Monsieur Coatmeur quand, tout tremblotant, je lui ai tendu mon premier manuscrit, il y a de cela presque trente ans.

Imaginez mon trouble, c'était Coatmeur en personne qui me recevait, l'auteur des fameux romans noirs, noirs comme un fond de rade par une nuit de décembre, alors que rugit au loin la sirène d'un remorqueur et que toutes les misères du monde se sont donné rendez-vous au bout de la cale. Et je me suis demandé comment un type aussi gentil qu'attentionné pouvait nous pondre à travers ses bouquins de tels scénarios, de telles horreurs, nous faire le portrait de tant de salopards et d'autant de réprouvés. Ce n'était pas des romans, c'était une table de dissection. Coatmeur faisait l'autopsie méthodique de toutes les tares humaines : l'intolérance, le racisme, la cupidité, le mensonge, l'arrogance des puissants, et la violence, fille bâtarde de l'injustice, toutes ces tares contre lesquelles il n'a cessé de lutter.

Ce jour-là, Monsieur Coatmeur, vous m'avez donné ce qui compte presque autant que l'inspiration pour un jeune auteur, vous m'avez donné la confiance, le toupet. Et vous avez ajouté deux ou trois conseils rapport à la rigueur dans l'écriture. Normal, on n’est pas prof pour rien. Je sais qu'il existe sur Brest une sorte de confrérie informelle de vos anciens élèves et ces gens-là parlent encore avec une profonde admiration de la chance qu'ils ont eue de vous avoir eu comme prof, au lycée Kerichen, à Brest même, la ville qu'au départ vous n'aimiez pas. Enfin, c'est vous qui le disiez, mais le problème, c'est que Brest vous aimait.

On s'est croisé souvent dans les salons, les librairies, on a bu des coups ensemble et c'est ainsi que peu à peu, j'ai dû passer au tutoiement. Quand j'étais reçu chez vous, chez toi je veux dire, c'était en toute simplicité et avec beaucoup d'affection, toujours. La dernière fois que je suis passé, c'était par une belle journée de septembre, mais déjà, tu étais allongé sur un lit médicalisé qu'on avait installé dans ton bureau. C'était la première fois que je pénétrais dans ton antre. Il y avait là un grand bazar, les étagères pliaient sous le poids des manuscrits, des bouquins, les murs croulaient sous les articles de journaux, les photos, les souvenirs et j'étais rassuré de voir ce joyeux bazar tout autour de toi.

Par la fenêtre, on devinait un bout de rade, ta rade. Josette et Jehanne étaient également avec nous, toujours bienveillantes. On s'est serré un peu dans l'étroit bureau et on a discuté à la bonne franquette, tous les quatre. On a rigolé, oui, on a rigolé ! Tu parlais de ta vocation ecclésiastique avortée : « Rends-toi compte, j'ai failli devenir curé ! Heureusement qu'une penn-sardin traînait dans les parages pour me mettre le grappin dessus ! » Puis tu m'as parlé d'un cousin à toi, Hervé Coatmeur, un type un peu spécial, moitié clodo, moitié anar, qui publiait une petite revue qu'il vendait à la sauvette rue de Siam, et qui est mort dans l'explosion de l'abri Sadi-Carnot. « Voilà les deux héritages que je revendique, as-tu conclu : sous mes tempes résonne encore le chant des cantiques religieux alors que dans mes veines, c'est la révolte qui bouillonne. »

S'il fallait résumer ton œuvre, je parlerais volontiers d'indignation et de compassion, d'empathie et d'élégance, mais s'il fallait décrire l'homme, je ferais le portrait d'un être humain, simplement humain, mais entièrement et viscéralement humain, humain parmi les humains, témoin désolé de cette humanité souffrante.

Salut, Jean-François.
Au revoir, Monsieur Coatmeur. Et merci.

Hervé Bellec, 13 décembre 2017

Pour tout savoir sur Jean-François Coatmeur, sa vie et son œuvre : consulter le site https://jean-francois-coatmeur.bzh, dont l’un de ses neveux est le webmaster, très bien conçu, très complet, avec beaucoup de références et d’illustrations.

Photo ci-dessus : Jean-François Coatmeur devant un meuble breton, dans son appartement brestois. DR.    

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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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