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Comme à peu près tout le monde, les Prix de la langue bretonne ont vécu deux années de confinement et de disette. En dépit du Covid, les Priziou ont tout de même été décernés, des jurys se sont réunis et des lauréats ont été désignés. Mais la divulgation des résultats s’est faite en studio et sans public. C’est la première fois que ça arrivait depuis la création des Priziou en 1997, il y a très exactement 25 ans cette année.

Photo ci-dessus : les lauréats, toutes catégories et tous prix confondus, avec les membres du jury et les présentateurs, réunis pour la photo de groupe. Toutes les photos sur ce post : FB.

La cérémonie de mercredi 23 mars a donc été vécue comme un vrai moment de retrouvailles. Pour l’organisateur historique qu’est France 3 Bretagne tout d’abord : Mael Gwenneg, le responsable des émissions en langue bretonne, était tout guilleret sur scène, quoique strict, alors que la nouvelle directrice, Laurence Bobillier, présente et attentive dans le public, se faisait discrète. Pour elle, ça a été une découverte.

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Le retour du public, bien heureux d’être là

Comme les Prix de l’avenir de la langue bretonne (c’est la dénomination officielle) sont co-organisés depuis quelque temps par l’Office public de la langue bretonne. Sson nouveau président, Paul Molac, était également là, mais je vous rassure, il n’a pas changé de genre. Je vous dis ça, parce que dans la version bretonne du programme il est présenté comme « Prezidantez (sic) Ofis publik ar brezhoneg » [Présidente (sic) de…] ! Joli copié-collé depuis l’époque pas si lointaine où cet Office était continûment présidé par une femme.

Également co-organisatrice, la région Bretagne était représentée par le vice-président aux langues de Bretagne, Christian Troadec en personne, qui n’a pas manqué de me fournir un scoop et de me faire savoir qu’il avait commencé à suivre une formation longue au breton chez Roudour. Cela s’imposait effectivement dans sa nouvelle fonction. Aucune allusion — ce n’était ni le lieu ni le moment — à d’autres actualités pour lesquelles il fait la une de la presse jusque dans Le Monde, si ce n’est un aparté avec l’un de ses fidèles soutiens brittophones qui m’a assuré avec une once d’humour qu’il n’en avait rien lu !

Les présentations étant faites, je voudrais souligner que les Priziou ont été aussi un moment de rencontres et de bonheur partagé pour les participants en général et pour le public en particulier. Pas moins de 200 personnes, plus qu’escomptées, se sont retrouvées dans la salle du Quai 9, à Lanester. Elles n’ont mesuré ni leur adhésion ni leurs applaudissements.

Paul Molac ha Stephanie Coquillon-1   Paul Molac-1

La distinction qui crée la surprise

On connaissait déjà les lauréats dans les six premières catégories de prix et on s’attendait à découvrir sans plus tarder en fin de cérémonie le nom du brittophone de l’année lorsqu’on voit Mael Gwenneg et une membre du jury, Stéphanie Coquillard, arriver sur la scène. Ce n’était pas pour ce que l’on croyait, mais pour annoncer un coup de cœur que le jury avait décidé, comme ça, d’attribuer à Paul Molac. La salle applaudit longuement, d’autant que ce prix spécial lui est remis « pour le combat qu’il mène en faveur de la langue bretonne au cœur de l’arène politique française ».

Le député du Morbihan paraît lui-même quelque peu éberlué et le dit tout net en prenant la parole en breton, en deux temps, sur un ton personnel au début :

  • La langue bretonne, explique-t-il, est une part de mon âme. J’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose de ne pas le savoir, je l’ai donc appris. Je suis le premier de la famille à le parler et je ne serai pas le dernier. Nous avons un héritage, un parler, une mode de compréhension de la vie, ce sont les nôtres et ceux des autres, qu’ils soient d’ici ou de l’étranger, une langue parmi toutes les autres.
  • Proposer une loi, c’est quelque chose. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. C’est faire un pas sur un chemin qui sera long : transmettre le breton aux jeunes, aux générations futures. Toutes les cultures et toutes les langues sont au même niveau : le breton, le gallo, les autres langues. 

Tout en quittant la scène, il prend le temps d’ajouter les mots, certes posément énoncés, mais ils font leur effet, bien que pas tout à fait comme en 68 :

  • Kendalhom gand ar stourm !
  • Continuons le combat !

Tifenn Brendan-2

Et l’autre brittophone de l’année alors, c’est qui ? Eh bien le couple le plus sympatique des Priziou 2022 !

Il y a quand même eu un lauréat dans la catégorie considérée comme la plus prestigieuse, dont le nom va s’inscrire dans une lignée de 25 ans de bretonnants de l’année. Mais pas une individualité ou un groupe comme les autres. Un couple, et même un couple avec enfant : Tifenn Merien et Brendan Guillouzic-Gouret. Ils sont là tous les trois sur la scène, leur toute petite fille dans les bras de sa maman.

Je ne comprends pas pourquoi le jury n’a pas anticipé pour leur décerner en même temps le prix du couple bretonnant le plus sympathique des Priziou 2022. Ils sont geek en plus : quand (presque) tous les autres lauréats se sont présentés devant le micro en dépliant leur petite ou leur grande feuille de papier, eux, à l’aise, ont activé leur smartphone, tout simplement. C’est top, non ? 

Et pour dire quoi ? Qu’ils sont Nantais (ce qu’on savait déjà), qu’ils ont tranquillement obtenu de la ville de Nantes un livret de famille bilingue français/breton et que d’autres villes s’apprêteraient à suivre leur exemple (mais il y en a qui l’avaient précédée, je crois bien). Et vous savez quoi ? Iils se lancent dans l’édition de livres pour enfants en breton, qu’ils écrivent eux-mêmes. En plus, je suis sûr que si le jury les a primés, c’est parce qu’ils viennent de Nantes. Mettre en avant des Nantais sachant et parlant le breton, c’est peu courant, mais c'est hautement symbolique, non ?

À suivre, sans tarder : Priziiou.2 : de l'émotion et des questions.

Pour obtenir la liste complète des lauréats, 1er, 2e et 3e prix, en pdf, cliquer les liens suivants :