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Originaire de Plouaret, dans le Trégor, il s’était engagé pour cinq ans dans l’armée en 1946, avec l’idée qu’il y apprendrait le métier de mécanicien et se retrouve en Indochine où la guerre venait d’éclater entre le Viêt Minh et la puissance coloniale qu’était alors la France là-bas. Comme pendant la guerre de 14-18, les jeunes filles de France sont invitées à correspondre avec les militaires engagés dans le conflit. Et c’est ainsi qu’une fois démobilisé, en 1951, Jean Le Calvez a voulu faire la connaissance de sa marraine de guerre.

Photo ci-dessus : Jean Le Calvez à La Caunette, la veille de ses 90 ans, le 30 juillet 2016.

Il se rend donc à La Caunette, dans l’Hérault, sur les hauteurs du Minervois, près de 600 habitants à ce moment-là, la moitié moins aujourd’hui. Ce qui devait arriver arriva : Jacqueline devient son épouse et il s’installe dans la commune comme garagiste. Comme elle était fille de vignerons et que lui, fils de paysans bretons, connaissait aussi la terre, il s’implique simultanément sur l’exploitation du vignoble de sa belle-famille.

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Ses voisins sont d’abord intrigués, encore plus quand ils apprennent que le Breton est primé et médaillé à de multiples reprises pour la qualité de ses vins, le Château Coupe-roses. En 1989, il construit une grande nouvelle cave, fonctionnelle, façade de pierre, avec hermine au fronton. Quand je l’interviewe pour les besoins d’un portrait de lui que je voulais publier dans la revue Brud Nevez, je lui demande quel type de sol convient à la vigne, il me répond illico :

  • "Eistoh 'vid douar. Amañ zo berniou mein er gwiniegou ! Ar re wella dioute eo ar re zo ar muia a vein enne ! An heol a domm ar vein. Ar vein a dalh an tommder 'pad an noz, hag a restaol anezañ d'ar rezin ha d'ar gwiniegou. Ar plant o-devez gwriziou don. Pa vez kalz a vein war ar gwiniegou, an nebeud a hlao a gouez e-pad ar miziou hañv a diskenn beteg ar gwriziou, hag ar gwriziou 'gav anê".
  • Il n’y a pas que le sol. Dans les vignes ici il n’y a que de la pierre. Les meilleures sont celles qui ont le plus de pierre. Le soleil réchauffe la pierre. La pierre retient la chaleur pendant la nuit et la restitue au raisin et à la vigne. Les plants ont de profondes racines. Lorsqu’il y a abondance de pierres dans la vigne, le peu d’eau de pluie qui tombe les mois d’été descend jusqu’aux racines, et les racines en, tirent parti.

Je demande aussi à Jean ce qui importe le plus pour l’élaboration d’un bon vin.

  • "Toud, toud, toud. Ar pouez alkool, al liou, ar c'hwez, ar blaz, toud a gontont. Toud ar gwini 'vez ket ar memez rezin enne. Gwini 'zo a ra gwin gwenn, lod all eun tamm teñvalloh pe sklêrroh. Ar hrohen deuz ar rezin eo a ra e liou d'ar gwin. Hervez ar gwini 'vez lakaet e vez liou, muioh pe nebeutoh".
  • Tout, tout, tout. Le degré d’alcool, la couleur, les arômes, le goût, tout ça compte. Aucune vigne ne produit le même raisin. Certaines produisent du vin blanc, d’autres un vin plus foncé ou plus clair. C’est la peau du raisin qui détermine la couleur du vin. La couleur varie selon la vigne que l’on a plantée, plus ou moins.

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Jean Le Calvez a été un passionné. Il est de ceux qui ont innové et donné ses lettres de noblesse aux vins du Minervois, au point d’avoir été coopté, tout Breton et tout mécanicien qu’il fût, au sein du comité directeur de l’appellation. C’était une forte personnalité. Il s’est parfaitement intégré en Minervois, mais il aimait revenir en Bretagne, particulièrement à Ploulec'h où ses parents avaient repris une exploitation agricole quand il avait cinq ou six ans. Comme beaucoup de bretonnants émigrés, il avait conservé une rare qualité d’expression dans sa première langue et nous n’échangions qu’en breton lorsque je prenais de ses nouvelles. J’avais fait sa connaissance lorsque nous avions tourné avec lui un documentaire en breton d’une vingtaine de minutes pour le journal "An taol-lagad" [Le coup d’œil] sur les vendanges de 1987.

Jean Le Calvez est décédé du covid, à l’âge de 94 ans. Ses obsèques seront célébrées vendredi 12 février, à 10 h 30, dans la petite église de La Caunette (à gauche sur la photo du village). Toutes mes pensées à sa fille Françoise, à son gendre Pascal, à Sarah et à Mathias, ainsi qu’à toute la famille.

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  • Lire l'article en breton paru dans le n° 306 de la revue Brud Nevez : Jean_Le_Calvez_Minervois_Brud_Nevez_306
  • Écouter l'interview en breton de Jean Le Calvez par Jean-Pierre Le Guyader dans l'émission Pikous Dibikous en podcast sur Radio Kreiz Breizh http://www.rkb.bzh/emissions/abadennou/jean-kalvez-drive-ar-gwella-gwin/

Mis à jour : 15/02/2021.