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Jean Le Dû, professeur émérite de breton et de celtique à Université de Bretagne occidentale à Brest et membre éminent du Centre de recherche bretonne et celtique, est subitement décédé ce mercredi matin à Saint-Quay-Portrieux, à l'âge de 82 ans. Originaire de Plougrescant dans les Côtes-d'Armor, il avait passé tout sa jeunesse à Dieppe où il décide un jour de ne plus s'adresser à ses parents qu'en breton ! 

Après des études d'anglais à Rennes, il choisit de consacrer sa thèse d'État au breton du Trégor tel qu'il se parle à Plougresant, dont il a extrait la matière d'un dictionnaire breton français et français breton en deux volumes de 500 pages, paru en 2012.

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Spécialiste reconnu des atlas linguistiques

Jean Le Dû était par ailleurs un spécialiste de la géographie linguistique et de dialectologie. Il a dirigé les enquêtes de terrain en vue de la réalisation du NALBB, le Nouvel atlas linguistique de la Basse-Bretagne et de sa publication en 2001 sous la forme de deux volumes grand format de 600 cartes en tout. 

Sa compétence était reconnue à l'international, puisqu'il a été le directeur de la partie celtique de l'Atlas Linguarum Europae. Il a également pris une part déterminante à la réalisation de l'Atlas linguistique des Petites Antilles concernant les parlers créoles, notamment ceux de Saint-Barthélémy, la Guadeloupe et Martinique, mettant à la disposition des chercheurs des observations qui n'avaient encore jamais été notées à leur sujet.

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Précurseur de la sociolinguistique en Bretagne

Avec son collègue Yves Le Berre, Jean Le Dû a également mené très tôt une réflexion commune sur les rapports entre langue et société en Bretagne, ce qui en fait les précurseurs des recherches en sociolinguistique sur la situation du breton. Ils ont été invités de ce fait à participer à de multiples colloques en France, en Europe et jusqu'en Afrique du Sud, et à en organiser eux-mêmes à Brest sous l'égide de la revue La Bretagne linguistique. 

Ils en sont ainsi venus à forger le concept de badume (du breton ba' du-mañ, chez nous) pour qualifier les parlers familiers ou de proximité qui se transmettent oralement de génération en génération, ce qui a représenté une contribution majeure à la compréhension et à l'analyse des usages de langues en Bretagne et ailleurs. Un ouvrage paru l'an dernier sous le titre de "Métamorphoses" rassemble les travaux qu'ils ont mené ensemble en trente de sociolinguistique à Brest, de 1984 à 2014.

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Traducteur et collecteur

Jean Le Dû avait une excellente connaissance tant intuitive que raisonnée de sa langue première, ce qui l'avait conduit à adopter la graphie dite universitaire du breton. Il a publié des articles en breton dans la revue Brud Nevez. 

Comme il avait appris le gaélique à l'occasion d'un long séjour en Irlande, il avait traduit en français depuis cette langue l'histoire de la vie d'un personnage étonnant de l'Irlande du XXe siècle, Micil Chonrai, dans un ouvrage qui n'avait même pas encore été traduit en anglais. 

Il a fait enfin œuvre de pionnier en publiant pour la première fois en 2002, sous le titre "Du café vous aurez", un inventaire de mots et de tournures empruntés au breton et que l'on peut entendre dans notre région, qu'il avait patiemment collectés. Ce petit livre, mais pas si petit, constitue le premier dictionnaire du français de Basse-Bretagne.

Je souligne enfin combien Jean Le Dû était quelqu'un d'affable et chaleureux, un homme posé et réfléchi, une personnalité attachante, de conversation agréable, toujours disposé à partager ses connaissances avec tout un chacun. Il aura fortement marqué les études bretonnes et celtiques dans la seconde moitié du XXe et au début du XXIe siècle.

En cette circonstance, je tiens à faire part à son épouse, Françoise, et à leurs deux filles, Donnaig et Maï, de toute mon empathie.

L'hommage de Ronan Calvez, directeur du CRBC

  • En 1984, en compagnie d'Yves Le Berre, il avait fondé le Groupe de Recherche sur l'Economie Linguistique de la Bretagne. Tous deux ont mis en oeuvre et animé un séminaire pluriannuel, carrefour intellectuel incontournable où se sont croisés et où ont débattu dialectologues, linguistes, sociolinguistes et littéraires du monde entier
  • Ar re o deuz bet kenteliou gantañ a zalho soñj euz ar helenner lemm e spered, ha tomm e galon ouz brezoneg e dud hag ouz an oll vrezonegou. Gouzoud a oueze ervad petra zinifie ha petra zinifi kaozeal brezoneg.
  • Mais Jean n'était pas qu'un excellent bretonnant. Il était polyglotte et pratiquait aussi avec bonheur l'anglais, l'allemand, l'espagnol, le turc ou encore le créole. Les langues étaient pour lui un moyen de tisser des liens, d'échanger et de faire des rencontres.

Pour en savoir plus :

  • À  lire ou relire sur ce blog :  2013, l'année des dictionnaires, sur Le trégorrois à Plougrescant, les deux tomes de son dictionnaire, à l'occasion de leur parution eux éditions Emgleo Breiz. Les dictionnaires avaient fait l'objet d'une mise en ligne parallèlement à la version papier.
  • Ainsi que L'atlas créole des petites Antilles conçu à Brest publié ici à l'occasion de la sortie de cet atlas en 2011.
  • Quand on le voyait, on n'avait pas besoin de se dire beaucoup de choses. Il y avait en lui je ne sais quoi d'apaisant et de souriant. Et de toujours très drôle… Voilà les premières lignes du long texte qu'écrit André Markowicz sur la relation à peine esquissée qu'il entretenait avec Jean Le DûIl revient dans ce long texte sur les engagements politiques de l'universitaire et sur la perception dont il faisait l'objet dans divers milieux, notamment au sein des mouvements bretons. À lire sur sur sa page Facebook.