ABP Breizh er mediaou-2

Ce n’est pas la catastrophe du Covid-19, car il ne s’agit que de la formulation du breton qu’on lit. Mais, quand je reçois la newsletter "Breizh er mediaoù" que diffuse ABP (Agence Bretagne Presse) tous les matins, je reconnais que ça me chiffonne. Ce ne serait pourtant pas compliqué de faire mieux. Comme personne d’autre ne semble réagir, je prends l’initiative de le faire. J’explique en même temps pourquoi.

Une remarque préliminaire sur le double titre de la missive : "Breizh er mediaoù" dans le mail et "Breizh war ar mediaou" sur le bandeau. La différence est minime : "La Bretagne dans les médias" d’une part, et "La Bretagne sur les médias" d’autre part, mais une seule dénomination ferait l’affaire. Je trouve surtout que le titre ne correspond pas au contenu de la newsletter. 

L’objet de la revue de presse n’est pas du tout "la Bretagne", puisque je relevais dimanche dernier dans les infos du jour une vidéo au titre de "Karantez padus" [Amour durable], et les jours précédents "Sexy time ", "Jazon hag an Argonoted", "Klozet, ar podkast savet dindan ar c’holc’hed" [Confinés, le podcast conçu sous la couette] (sic), "Rused… er Gran Chaco ?" [Des Russes… au Gran Chaco ? », etc. 

Une recension quotidienne de ce qui se publie en breton sur internet

De toute évidence, tout ça n’est pas spécifiquement breton. Si ce n’est que ce sont des articles rédigées en breton. La spécificité de la newsletter ABP est effectivement de recenser au jour le jour, bien qu’il y ait sans doute des oublis, les nouvelles informations rédigées et diffusées en cette langue, sur internet, en presse écrite (encore que ce qui ne paraît pas aussi sur le net n’y figure pas) ou dans l’audiovisuel.

Faudrait-il opter pour un autre titre ? Ce ne peut être qu’à l’initiative du directeur de la publication ou du webmaster, c’est la même personne, à savoir Philippe Argouarch, également reporter multimédia ABP pour la Cornouaille. Le titre pourrait être tout simplement ce qui est déjà annoncé (paradoxalement) en tête de l’autre revue de presse en français que diffuse également ABP : "Tro ar mediaou e brezhoneg". La préposition "e" [dans] est cependant superflue dans cet énoncé. Si elle était supprimée, le titre n’en serait que plus concis et plus vif : "Tro ar mediaou brezhonek".

Un surtitre problématique

"Dibab pennadou" : ce surtitre breton figure sur le bandeau de haut de page des deux newsletters, mais il n’a pas du tout le sens de "Revue de presse" auquel il est accolé, puisqu’il ne peut être compris que comme étant une "sélection d’articles". Or ce n’est pas du tout le contenu que proposent les newsletters, ce que fait Courrier international, par exemple. ABP est en réalité un agrégateur d’informations et se limite au titre de l’info, suivi des deux premières lignes de l’article référencé.

Il n’est pourtant pas compliqué de trouver la bonne restitution du français "revue de presse". Dans son Geriadur bras [Grand dictionnaire] en ligne, Francis Favereau propose "Gweladeg ar c'hazetennoù". Pourquoi pas ?

Diverses incorrections, hélas

Ce n’est pas tout. Car le texte qui apparaît comme ou "l’objet" ou le "sujet" du mail que nous recevons tous les matins dit précisément ceci : "Breizh er mediaoù : dibab pennadoù Sul 22 Meurzh 2020 08h00" (voir, supra, la captation d’écran). On lit la même chose ou presque sous le bandeau de la newsletter elle-même. Cette construction n’est pas spécialement correcte en breton. Pour plusieurs raisons.

L’enchaînement "dibab pennadoù sul" [sélection d’articles du dimanche] correspond à des compléments de nom : il s’impose dès lors que le troisième et dernier substantif soit précédé de l’article, et par conséquent d’écrire "dibab pennadou ar sul". Attention : la forme de l’article change en fonction de l’initiale du jour de la semaine ! 

La date "22 Meurzh 2020" : il est d’usage de faire précéder le nom du mois proprement dit du terme "miz" (= "mois" en breton). Ainsi, "mars" se dit et s’écrit "miz Meurz (h)". Dans le cas qui nous occupe, le substantif "miz" doit encore être précédé de la préposition "a", qui provoque une mutation à l’initiale. Résultat complet : "ar sul 22 a viz Meurz(h) 2020". 

L’heure : la transcription "08h00" ne tient pas compte du fait qu’en breton le français "heure" s’écrit sans "h" à l’initiale, soit "eur". Dans le cas présent, l’heure considérée devrait donc s’écrire "08e00".

Des intentions louables, une démarche perfectible

Une autre ligne apparaît sous le bandeau de la newsletter "brez(h)oneg" : "Evit digoumanantiñ, klikit BREMAÑ" [Pour vous désabonner, cliquer maintenant]. Stricto sensu, le choix du mot "bremañ" pour se désinscrire n’est pas inapproprié, si ce n’est qu’il apparaît comme un injonction à le faire immédiatement. Or, en français, et idem en anglais et dans bien d’autres langues, en la circonstance on écrit plutôt "ici", soit "amañ" en breton. Ne pas confondre les deux termes en raison de leur homophonie partielle. 

Bref, tout ceci témoigne d’une connaissance, disons basique du breton. L’intention est louable, le résultat mitigé. En l’occurrence, je n’accable personne. Je ne cherche pas non plus à m’afficher comme le professeur de breton que ne je suis pas, ni comme correcteur de breton, il n’en manque pas. Mais je pose la question : met-on réellement la langue bretonne en valeur en bretonnisant ses publications sans maîtriser les codes de la langue ? Quand ce n’est pas le cas, il serait préférable de s’adjoindre le concours d’une personne qualifiée, il n’en manque pas non plus.

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