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Avez-vous déjà fréquenté une NoNozDu ? C’est quelque part une variante des "miziou du", les mois noirs que sont novembre et décembre en Bretagne. "Noz", comme dans "fest-noz", c’est la nuit. Et "no", c’est forcément de l’anglais. Le concept a émergé cet hiver qui n’en finit pas vraiment, à Lampaul-Plouarzel s’il vous plaît, et on le doit au musicien Dom Bott, toujours porteur d’initiatives.

Associer tel ou tel terme breton (ou français tout aussi bien) à un vocable anglais (d’une ou deux seules syllabes de préférence) que tout le monde connaît, c’est tendance. C'est ainsi qu'on voit partout des "Breizhgo", l’appellation commune des transports en commun de la région Bretagne (TER, bus, bateaux…). Les marques commerciales ne s’en privent pas non plus, comme Butiful par exemple. Vous me direz si vous trouvez ça… top.

J’en reviens à Nonozdu : on peut le traduire littéralement par "non à la nuit noire", autrement dit, non à la mélancolie, surtout pas de triste nuit d’hiver. À Lampaul-Plouarzel, c’est un rendez-vous mensuel au Times Square, généralement un concert, mais en février c’était fest-noz. Avec en ouverture Alphonse Raguénès, le local de l’étape, puis Jean-Charles Guichen et le groupe Fleuves.

J’avais entendu dire que ce Guichen-là était un orchestre à lui tout seul, c’est vrai. Il est seul, vraiment seul, sur scène, mais il est habité. Il joue de la guitare comme pas deux, avec une énergie incroyable et une technique bien à lui, alternant sans répit gavottes, andro, rondes et plin… Le répertoire est inépuisable. Pas de chant, pas de voix, rien que de la guitare, une guitare qui sublime le tradi en rock. La lumière, basique ce soir-là, le fait passer du vert au rouge, au blanc ou au noir. Imperturbable, le front perlé, il fait une courte pause, pas plus de quelques secondes, avant d’enchaîner. 

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Les festou-noz façon XXIe siècle

Et les danseurs suivent, je ne sais pas comment, plus d’une heure durant. Si, je sais, car j’ai vu dans la salle un jeune femme en brassière et un vieux monsieur à chemise à carreaux tout en sueur. Il vaut mieux s’adapter dans ces cas-là. Il faut y aller, on ne s’arrête pas, on ne s’arrête jamais. Depuis qu'à la suite des Diaouled ar menez les groupes ont fait irruption dans les festou-noz, tout le monde convient que le rythme s'est accéléré, il est soutenu, intense et endiablé sans arrêt. Ce n’est plus un fest-noz, c’est une épreuve d’endurance, un semi-marathon en salle. Ce n’est plus le fest-noz d'antan, c’est la danse bretonne du XXIe, ce siècle où tout va toujours plus vite et donc la danse aussi. Les danseurs semblent apprécier. Jean-Charles Guichen, le guitariste solitaire, y contribue.

Il vient d’ailleurs de sortir "Braz live" (encore un terme breton associé à de l’anglais) un CD 9 titres, dont un seul, une adaptation assez originale du Bro goz, a été enregistré en studio. Les autres ont été captés l’été dernier lors du Festival interceltique de Lorient, en présence de 4 000 danseurs. Sur la pochette, Guichen explique qu’il dispense à lui tout seul l’énergie d’une douzaine de musiciens. Je pensais qu’il se vantait. Pas tant que ça, finalement.

Prochaine soirée Nonozdu à Lampaul-Plouarzel, samedi 13 mars avec

  • Mickael Guerrand, un musicien artisan originaire de Brest, dont le dernier album s’intitule "Il était une fois la nuit". Ce qui est raccord avec le thème de la soirée.
  • Arashka est originaire d’Iran et a vécu à l’île de La Réunion, qui l’obsède. Le site Clicanoo le présente comme "un artiste hors norme, qui a connu une notoriété mondiale au sein du groupe Ekova".

Jean-Charles Guichen. Braz Live, diffusion Coop Breizh. Site perso.