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Le bretonisme (qui n’a rien à voir avec les bretonnismes) est le courant d’idées dans lequel se retrouvent les historiens qui décrivent l’histoire de la Bretagne comme hétérogène par rapport à celle du reste de la France. Ce courant émerge dans la première moitié du dix-neuvième siècle et c’est Arthur de la Borderie qui invente le terme sous la forme de l’adjectif bretoniste. Il y avait un réel intérêt à étudier cette mouvance, dont on peut encore retrouver certaines thèses ici ou là dans des ouvrages plus ou moins récents, comme si notre regard sur l’histoire de la Bretagne devait se figer indéfiniment en dépit des acquis constamment renouvelés de la recherche.

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Cette étude, c’est Jean-Yves Guiomar (1940-2017) (photo c. 2000) qui l’a menée en moins de quatre ans, entre 1982 et 1986, année de sa soutenance de thèse, précisément consacrée au bretonisme. Originaire de Lambézellec (qui n’avait pas encore été rattachée à Brest), il fut un chercheur passionné et, sur la base de connaissances phénoménales, l’auteur de plusieurs dizaines d’ouvrages et d’articles, dans lesquels il a décrypté tour à tour ou en même temps l’histoire, mais aussi "l’invention" de la Bretagne, ainsi que l’idéologie nationale, ses deux grands centres d’intérêt.

Signe de l’intérêt suscité par sa thèse, elle est publiée dès 1987 par la SHAB (Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne). Michel Denis, qui fut son directeur de thèse, préfaçait cette première édition. Dans un ouvrage fondé sur "les plus solides méthodes universitaires", écrivait-il, Jean-Yves Guiomar "comme tant d’autres s’est demandé avec fierté, mais avec lucidité ce que c’est que d’être breton." Si ce n’est qu’il s’est interdit "les simplifications déformatrices de tout bord" et donnait "ses lettres de noblesse à l’histoire spécifiquement culturelle de la Bretagne". 

Le bretonisme étant épuisé depuis longtemps, une nouvelle édition en a été préparée et coordonnée à l’initiative de la SHAB par Philippe Guigon et vient d’être publiée aux Presses universitaires de Rennes, donnant ainsi à chacun la possibilité de découvrir ou redécouvrir "un vaste mouvement de connaissance qui a permis la transmission au monde moderne d’un héritage prestigieux". Cette histoire, Jean-Yves Guiomar l’aborde sous trois angles différents :

  • celui des milieux formés par les sociétés savantes et l’Association bretonne
  • celui des débats soulevés, des courants qui s’affrontent, tel celui qui oppose les bretonistes, tenants d’une Bretagne receltisée au ve siècle, et les romanistes attachés à une Bretagne prolongeant l’Armorique gallo-romaine 
  • celui de la construction d’une Bretagne comme une terre celtique, patrie des saints et des héros. 

La réédition a fait l’objet d’une présentation lors du congrès de SHAB à Vannes le 7 septembre dernier. On lira ci-après le texte des interventions de Philippe Guigon, historien et secrétaire général de la SHAB, et de Marie-Thérèse Lorain, historienne et amie de longue date de Jean-Yves Guiomar. Merci à eux de m’avoir autorisé à publier leur texte sur ce blog.

  • Jean-Yves Guiomar. Le bretonisme. Les historiens bretons au XIXe siècle. Avant-propos de Bruno Isbled. Préfaces de Michel Denis et de Jean Le Bihan. Postface de Marie-Thérèse Lorain. Nouvelle édition coordonnée par Philippe Guigon. Presses universitaires de Rennes, 2019, 457 p.
  • La réédition comporte un cahier d’illustrations de 24 pages, une bibliographie des travaux de Jean-Yves Guiomar et un index des noms de personnes et de lieux.

À noter également :

  • Jean-Yves Guiomar. Peuple, région, nation. Brest, Université de Bretagne occidentale, 2015. (Collection Lire et relire). Reprise de dix-sept articles dispersés de l’auteur, incluant deux inédits.

 

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Pourquoi rééditer Le bretonisme

La présentation de Philippe Guigon

En 1987, sous la houlette de son président, Jacques Charpy, la SHAB éditait la thèse de Jean-Yves Guiomar soutenue l’année précédente devant l’Université de Rennes 2, Le bretonisme. Les historiens bretons au xixe siècle. Qualifié dès sa sortie de livre important, épuisé depuis longtemps, l’intérêt de cet ouvrage n’a pas faibli, aussi avons-nous suivi avec enthousiasme la suggestion émise par Daniel Le Couédic, au congrès de Quimperlé de la SHAB, il y a tout juste trois ans, de le rééditer. 

À ce travail collégial ont participé les « shabistes » Christine Berthou, Isabelle Berthou, Bruno Isbled, Catherine Laurent et moi-même. Le principe était de ne « toucher à rien » (sans rajouter, par exemple, une sélection bibliographique des travaux parus sur ce thème depuis 1987), mais d’agrémenter ce livre par des illustrations et des annexes, choix entérinés par les toujours efficaces Presses universitaires de Rennes. Il a de surcroît bénéficié d’une seconde préface de Jean Le Bihan, dont nous nous inspirerons ici, et d’une postface écrite par Marie-Thérèse Lorain.

La perception de la Bretagne comme étant distincte du reste de la France

Depuis plus de trente ans, Le bretonisme constitue une excellente contribution à l’histoire de l’idée nationale, qui s’est déployée dans l’Europe du premier xixe siècle. Le terme « bretonisme » dérive du néologisme « bretoniste » forgé en 1857 par Arthur de La Borderie pour dénommer l’historien d’une province qui ne devrait rien, ou si peu, au monde gallo-romain. Mais, selon Jean-Yves Guiomar, il signifie bien plus que cela, désignant tout historien ayant dépeint la Bretagne comme distincte du reste de la France. Aussi a-t-il accompli une tâche immense, compulsant des masses d’archives aussi variées que considérables, et lisant des milliers d’articles et d’ouvrages produits par nos grands anciens entre 1840 et 1900 dans les sociétés savantes bretonnes. 

Il a débrouillé la genèse parfois compliquée de ces associations, telle la vénérable ancêtre, née en 1826 et qui nous reçoit sympathiquement aujourd’hui, notre chère Société polymathique du Morbihan… Il a mis en évidence le rôle fondamental de l’Association bretonne, cousine de l’Association normande d’Arcisse de Caumont et mère de plusieurs de nos actuelles sociétés départementales, portée sur les fonts baptismaux à Vannes en 1843 par Jules Rieffel, avec d’abord sa classe d’agriculture, d’où s’émancipe l’année suivante la turbulente classe d’archéologie. 

Les archéologues, terme lors consacré pour désigner toute personne s’occupant du passé, proche ou lointain, à partir de ses monuments, vont être à l’origine de multiples avatars, allant de la suspension de l’Association bretonne par le pouvoir impérial en 1854 à sa dissolution pure et simple en 1859. Elle ne ressuscitera qu’en 1873.

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  • De gauche à droite : Théodore Hersart de la Villemarqué, Arthur de la Borderie.
  • Arthur de la Borderie : portrait  par Gustave Marquerie, 1872. Ville de Nantes, Bibliothèque municipale.

Comment sont apparus les discours particularisants sur le passé breton

Quels sont les apports les plus décisifs du Bretonisme ? Tout d’abord, ce livre décrit très précisément comment s’est élaboré un ensemble de discours particularisants sur le passé breton, en donnant de la chair à des hommes, certains célèbres, d’autres parfois méconnus (bien évidemment à aucune femme en ce siècle misogyne !) Ainsi apparaissent 

  • Théodore Hersart de La Villemarqué, 
  • Aurélien de Courson,
  • Aymard de Blois,
  • Louis de Carné, 
  • Guillaume Lejean 
  • et Julien-Marie Le Huerou, ce dernier, maître de… 
  • La Borderie, qui est au fond le véritable héros du livre. 

En effet, ses théories, énoncées dès ses vingt ans, ont lourdement marqué de leur sceau notre historiographie jusqu’à une période fort avancée du xxe siècle, voire peut-être plus tard encore. 

Les Bretons très bien intégrés aux réseaux sociaux parisiens de l'époque

Autre conclusion, portant sur les historiens eux-mêmes, qu’ils soient bretonistes ou romanistes : contrairement à ce qu’estimait Charles-Olivier Carbonnel dix ans avant que la thèse de Jean-Yves Guiomar ne ruine sa rugueuse affirmation d’une « Bretagne paresseuse », ils sont très dynamiques. 

Loin d’être isolationnistes, nos Bretons sont pleinement intégrés à des réseaux sociaux et intellectuels centrés sur Paris, tels le Comité des travaux historiques ou la Commission des monuments historiques. Enfin, quoi que l’on en ait dit, ils ne forment pas un bloc si réactionnaire que cela, même si certains d’entre eux ont été de purs traditionalistes : ce renouveau historiographique plonge tout d’abord ses racines dans un catholicisme libéral inspiré par Félicité de Lamennais, aux aspirations modernisatrices, voire progressistes.

Un champ d'études complètement transformé depuis le milieu du XXe siècle

Qu’est devenu ce champ d’études sur lequel Jean-Yves Guiomar lui-même, accaparé par d’autres thèmes de recherches, ne revint que très peu ? De multiples études, à caractère monographique, s’intéressant à l’activité d’une société savante ou au travail d’un érudit, ont contribué à l’enrichir au fil des ans. Envisageons quelques exemples. 

La « querelle du Barzaz-Breiz », allumée par François-Marie Luzel et qui a couvé durant plus d’un siècle, semble définitivement close suite aux travaux de Donatien Laurent et de Jean-Yves Guiomar lui-même. En 2006, Nelly Blanchard peut ainsi réutiliser la formule d’Yves-Marie Rudel en 1950, pour qui l’ouvrage du « barde de Nizon » est une création esthétique, « une véritable légende des siècles celtiques, qui semble douée d’une éternelle jeunesse ». 

Autre chantier, l’étude de la vie et de l’œuvre d'Arthur de La Borderie, relancée en 2002 à l’occasion du centenaire de sa mort. Le seul historien breton dont le nom soit aujourd’hui connu du grand public, aux méthodes de travail parfois étonnantes, bien qu’il fût chartiste, a vu ses idées-forces progressivement battues en brèche. Ainsi l’arrivée des Bretons, guidés par leurs saints, dans une péninsule déserte au ve siècle, son « hagiographolâtrie » remise en cause par, entre autres, Bernard Merdrignac, l’exaltation d’un Nominoë « père de la patrie » et des Bretons vus comme un peuple résistant, ne sont plus guère de mise aujourd’hui : que l’on se souvienne de la charge menée au congrès de la SHAB à Morlaix par notre ami Hubert Guillotel, déplorant la nocivité historiographique à long terme du « bénédictin laïque » ! 

Troisième et dernier point, l’étude de l’archéologie de la Bretagne du xixe siècle. La péninsule, contrairement à ce que professait le chevalier de Fréminville, suivi par de nombreux bretonistes, ne resta pas à l’écart du monde antique ; aussi justice a-t-elle été rendue au romaniste Louis Bizeul, en dépit de son obsession à voir partout des voies romaines (auxquelles sont aujourd’hui attribuées une généalogie beaucoup plus longue). 

Autre thème important, l’étude du mégalithisme, où les Morbihannais furent pour des raisons évidentes à la pointe de la recherche, ne s’est que lentement débarrassée de ses oripeaux « druidiques ». Mais ce n’est que récemment que lui a été restituée sa complexité : ainsi, en 1983, Jean L’Helgouac’h et Charles-Tanguy Le Roux se sont rendus compte qu’un sanctuaire très ancien avait été démantelé, puisque les dalles de couverture de la Table des Marchands, Gavrinis et d’Er Grah recollaient entre elles ! 

Encore s’agit-il de périodes « récentes » ; en effet, la très longue durée du Paléolithique (un foyer de 450 000 ans mis au jour à Menez Dregan) a bouleversé de fond en comble des perspectives inimaginables à l’époque de René Kerviler, tentant vainement de faire coller la stratigraphie du « chronomètre préhistorique » de Penhouët à la chronologie biblique…

Quels liens avec le mouvement des nationalités en Europe et avec les mouvements bretons ?

Y a-t-il des liens tissés entre le bretonisme et les origines du mouvement breton ? Se posant la question de savoir « si le mouvement que nous avons étudié doit ou non être lié au mouvement des nationalités », l’un des faits dominants de l’histoire au xixe siècle, Jean-Yves Guiomar répondait par la négative, car, selon lui, les bretonistes ne se sont pas « compris comme l’expression d’un mouvement national, même latent ». 

Au sein de l’Association bretonne, les archéologues se montraient, dès 1844, sensibles à la cause de la Bretagne ; aussi la classe d’archéologie, avec son bureau destiné à coiffer les sociétés départementales, peut être considérée comme une tentative d’élaborer un « parti culturel breton ». Mais ceci n’aboutira qu’avec la création, par Régis de L’Estourbeillon, de l’Union régionaliste bretonne en 1898, date retenue par Jean-Yves Guiomar comme la naissance du premier Emsav.

Terminons en citant la conclusion de Jean Le Bihan, qui préface la seconde édition du livre Le bretonisme :

  • Pièce centrale de l’œuvre de Jean-Yves Guiomar, Le Bretonisme n’a pas fini de nous faire réfléchir : aux historiens bretons du xixe siècle, mais aussi à l’invention de l’idée bretonne et même au déploiement, aussi foisonnant que complexe, des identités territoriales au sein de l’Europe contemporaine. À l’issue de trente années qui ont vu le Vieux Continent de nouveau ébranlé, par la chute du Mur, par la tragédie yougoslave, par le Brexit, alors que le temps est à la houle et aux mauvaises froidures, il y a certainement urgence à penser, de façon précise, ouverte et sur la longue durée, ce que sont et ce que ne sont pas les peuples d’Europe. Assurément, Guiomar peut nous y aider.

Philippe Guigon 

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La Bretagne dans la vie et l’œuvre de Jean-Yves Guiomar

La présentation de Marie-Thérèse Lorain

Notre rencontre date de février 1973 : un collègue de lycée, membre de La Taupe bretonne, avait amené chez moi pour une émission sur l’Anschluss Jean-Yves Guiomar, autre membre actif de La Taupe. Tout pouvait finir là, mais c’était sans compter sur la vitesse des décisions prises par lui : le lendemain, il frappait à ma porte et m’apportait son premier livre, Émile Masson, les Bretons et le socialisme. Il me demandait aussi de lire son travail sur l’idéologie nationale. Donc, dès le début de cette relation née sur fond d’histoire, il a d’emblée jeté la Bretagne dans la balance, pour équilibrer ce qu’il comptait mettre dans cette relation d’histoire, de confiance et de travail.

Le thème de la Bretagne et celui sur l'idéologie nationale

Né à Lambézellec en décembre 1940 pendant un bombardement, il a 33 ans en 1973. Il vit à Paris depuis 1966 et ne le quittera plus. Un bref regard sur la chronologie, méthode qu’il employait et recommandait, permet d’envisager une réponse à la question posée. On y trouve trente titres sur la Bretagne et vingt sur l’idéologie nationale. Si les deux thèmes sont mêlés au long de sa vie, il y a cependant une prédominance de ses travaux sur la Bretagne de 1980 à 2000, et leur arrêt presque complet après l’an 2000, comme s’il était content d’avoir accompli son programme intellectuel pour la Bretagne. 

De nombreux thèmes sont successivement traités, convergeant tous dans la recherche de l’identité bretonne. Son abord commence par histoire et historiographie, soit la trinité bretonne qui contient beaucoup sur dom Lobineau et dom Morice. Puis la thèse sur les historiens bretons du xixe siècle, rondement menée. En 1982, Michel Denis accepte le sujet, elle est soutenue à Rennes II en mai 1986. Réécrite, elle est publiée par la SHAB (Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne) en 1987. Il veille alors sur les comptes rendus de presse et les commandes des libraires avec tout son professionnalisme.

L’ère des commémorations du bicentenaire de 1789 en Bretagne lui assure une grande activité. Clermont-Ferrand en 1980, Brest en 1988, Saint-Brieuc en 1989 (les Bleus de Bretagne). Il va à tous ces colloques, il rédige des comptes rendus, il analyse les livres présentés par les intervenants. Il reprendra plus tard, en 2006, Charrette et Cadoudal, deux récits historiques de Guillaume Lejean extraits de la Bibliographie bretonne de Prosper Levot.

Les historiens bretons en cinq articles

Parallèlement, il y ajoute un travail de sémantique pour faire le tour des caractères des historiens bretons, en cinq articles qui se complètent les uns les autres 

  • Les historiens bretons et la langue bretonne au xixe siècle (1984) 
  • Les historiens libéraux et républicains bretons et la Révolution française (1988)
  • Le celtisme chez les intellectuels français/bretons de gauche au xixe siècle (1991)
  • La Révolution française et les origines celtiques de la Bretagne (AHRF, 1992)
  • Le Bretonisme, une expression de la droite française (1996).

Il n’a pas peur des problèmes complexes qu’il comprend rapidement et explique clairement. Il aborde aussi le domaine littéraire. C’est d’abord Émile Masson, les Bretons et le socialisme (1972). Puis, au cours de l’année 1992, il s’occupe beaucoup de l’abbé Gervais de La Rue, qui a cherché les sources des romans de la Table Ronde autour du roi Arthur et donnait des sources bretonnes à Chrétien de Troyes et Marie de France : il dégageait ainsi la notion d’anglo-normand. 

J.-Y. Guiomar reprend ce problème par trois fois en 1992, dans 

  • La Révolution française et les origines celtiques de la France (Annales historiques de la Révolution française, janvier-mars 1992)
  • Le Barzaz-Breiz pour les Lieux de mémoire de Pierre Nora en 1992
  • L'introduction en France des ides sur l'origine de la littérature français par l'abbé Gervais de la Rue dans La Bretagne linguistique (UBO), article de 80 pages en 1991-1992. 

En 1993, il étudie la Galerie bretonne, une œuvre ambiguë, et fait paraître aussi la Correspondance entre Guillaume Lejean et Charles Alexandre, gros texte qui aborde la place des correspondances pour leur connaissance d’une époque. 

Thèmes artistiques enfin dans Le désir d’un tableau (Le Débat, 1983) et La fonction du sublime dans la construction du signe esthétique en Bretagne en l’honneur de Denise Delouche (1997).

Un demi-siècle de recherche

Ses méthodes de travail vont des petites fiches 21 x 29,7 pliées en deux, élaborées en bibliothèques, au grand randonneur qui fait des kilomètres à la recherche de ses sources. S’ajoute à cela un autre élément de sa méthode : les lettres privées qu’il écrit quand il donne à lire sa thèse chapitre après chapitre. Il y voit à la fois un plaisir et une volonté de « se donner en donnant ses mots à lire » avant qu’ils ne soient publiés. Ajoutons une rigueur qui le met au-dessus des modes du langage universitaire qu’il critique à la fin de sa vie.

Sa vie est donc faite de 50 années de recherche, dont une majorité vouée à la Bretagne. Le sentiment n’apparaît pas dans son regard lucide, sauf le bonheur que lui donne la parution de son dernier ouvrage, fait avec le CRBC (Centre de recherche bretonne et celtique) pour réunir ses articles sur la Bretagne. Émotion vive aussi quand il sut le projet de la SHAB de faire cette nouvelle publication du Bretonisme : projet accompli de belle manière.

Marie-Thérèse Lorain