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Ronan Calvez, directeur du Centre de recherche bretonne et celtique, vient de diffuser l'information suivante :

  • Hier, lundi 6 mai, en fin de journée, Fañch Morvannou est mort.
  • Membre du CRBC dès son arrivée à l'université de Brest, en 1970, Fañch Morvannou a enseigné le breton à des cohortes d'étudiants débutants, en tirant parti de sa fameuse méthode Assimil, et il a aussi enseigné le thème et la version à des étudiants confirmés, jusqu'à sa retraite en 1998. Sa très fine connaissance du breton et du français, son ironie piquante et sa vaste culture faisaient de ses cours des parenthèses enchantées.
  • Ses recherches portaient sur la littérature du breton, ainsi que sur les rapports complexes entre foi catholique et langue bretonne. Ses traductions du latin ou du français au breton sont des modèles du genre ; ses traductions du breton au français ont permis à beaucoup d'accéder à des textes jusqu'alors réservés à un lectorat restreint.
  • Ar re o deus bet kentelioù gantañ a zalc'ho soñj, a dra sur, eus ar c'helenner tomm e galon ouzh brezhoneg e re hag ouzh an oll vrezhonegoù, lemm e bluenn c'halleg koulz hag e heni vrezhoneg, ha bras e c'hoant da rannañ e ouiziegezh gant ar re all. Red esperoud e chomo e vrezhoneg ur skwer ewid ar vrezhonegerien da zond.
  • Un jour que je disais à Fañch ne pas savoir comment le remercier pour tout ce qu'il m'avait transmis, il me répondit dans un sourire : "J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé." Hier, je n'ai pas perdu qu'un prof.

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La première méthode Assimil de breton

Fañch Morvannou était effectivement un éminent bretonnant, témoignant d'une connaissance intuitive de sa langue première et s'exprimant parfaitement à l'oral comme à l'écrit. Originaire du Cloître-Pleyben, agrégé de lettres classiques, il avait d'abord été en poste à Rouen, si je ne me trompe. Je me souviens bien des échanges que nous avions eus, puis de l'avoir accueilli à Brest, au moment où je travaillais moi-même au CRBC, juste avant qu'il ne vienne enseigner le latin, puis le breton à l'Université de Bretagne occidentale. 

Docteur en celtique, il avait consacré sa thèse à la littérature bretonne vannetaise de la première moitié du XIXe siècle. Il a joué un rôle majeur pour la mise au point de l'orthographe interdialectale du breton dans les années 1970. Sa méthode Assimil de breton avait été le premier ouvrage à utiliser la nouvelle orthographe. Son dernier ouvrage aura été en 2011 une sorte de traité de la traduction en breton.

Impliqué sur de multiples terrains

C'était un homme de conviction, pleinement engagé pour la défense de la langue bretonne et de la Bretagne. Membre d'Ar Falz, il a pris part de 1979 à 1986 à la création et à la publication de la revue littéraire et culturelle "Planedenn", entièrement rédigée en langue bretonne. Il y a publié notamment une étude fournie sur le poète Armand Robin, ainsi qu'une traduction intégrale de l'Utopia de Thomas More. Au sein de l'UDB, il a été le directeur du mensuel "Pobl Vreizh" (version bretonne du journal "Le Peuple breton") de 1976 à 1982.

Profondément catholique, il a participé à la commission interdiocésaine de traduction de textes liturgiques en breton, ainsi que, pendant plusieurs années, à la commission langue et culture bretonne du diocèse de Quimper et Léon. Il avait par ailleurs publié ou traduit plusieurs livres sur des personnalités catholiques emblématiques du XXe siècle comme Frantz Stock et Marcel Callo ou sur des personnages de l'histoire religieuse comme Michel Le Nobletz et surtout le père Maunoir. Il animait également des émissions en breton sur Radio Rivages.

Enjoué, de conversation agréable, Fañch Morvannou, de par son implication en faveur de la langue bretonne sur de multiples terrains, aura marqué son époque à plus d'un titre.

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