Le Télégramme publie aujourd'hui en page France une interview de Jean-Guy Talamoni à l'occasion de sa venue à Carhaix pour y présider le Festival du livre qui ouvrira ses portes demain. Répondant aux questions de Stéphane Bugat, il reconnaît que cette invitation est due "à mes fonctions politiques, mais aussi au fait que je suis un auteur".

Dans cette interview le président de l'Assemblée territoriale de Corse affirme avec force qu'en Corse comme en Bretagne "la question linguistique est centrale". Oui, mais il attribue à l'abbé Gégoire des propos qu'il n'a jamais tenus ! Ce dernier a certes présenté devant la Convention nationale le 16 prairial an II (6 juin 1794) un rapport "sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser la langue française".

C'est un autre Conventionnel, Barrère de Vizac, qui assurait dans un premier rapport devant la Convention quelques semaines plus tôt, le 8 pluviôse an II (27 janvier 1794), que "le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton : l'émigration et la haine de la République parlent allemand : la contre-révolution parle italien, et le fanatisme parle basque."

Il y a donc erreur sur la personne. Certes ces deux discours sont prononcés en pleine période de la Terreur, qui est donc aussi une Terreur linguistique. Mais la Convention n'avait pas les moyens de substituer la langue française aux idiomes et aux patois. Le décalage est considérable entre le discours des Jacobins et les décisions effectives qu'ils ont prises. Il n'en est pas moins vrai que les historiens et les hommes politiques du XIXe et du XXe siècle ont été marqués par ces diatribes en faveur d'une langue nationale unique. Sur les questions linguistiques aussi, la période de la Révolution a été bien plus complexe qu'on ne le croit généralement.