Le Coadic Ronan

L'information reste un peu confidentielle et elle ne va certes pas motiver les foules, pour plusieurs raisons. Ne sont effectivement concernés que les enseignants qui peuvent prétendre à passer le concours, et seuls les titulaires d'un CAPES ou d'un master peuvent s'y inscrire. Par ailleurs, il ne s'agit pas à proprement parler d'une agrégation de breton, mais de langues de France, ouverte à sept de ces langues : le breton donc, le basque, le catalan, le corse, le créole, l'occitan-langue d'Oc et le tahitien.

Enfin, le nombre de postes à pourvoir sera restreint : pour le concours 2018, le concours n'est ouvert qu'avec les options breton, corse et occitan-langue d'Oc, les autres options devraient l'être les années suivantes. On ne connaît pas encore le nombre de postes à pourvoir : dans le cas du breton, il pourrait y en avoir un.

Ronan Le Coadic, qui enseigne à l'Université de Rennes 2, est le vice-président du groupe d'examen de l'agrégation "Langues de France". Dans une interview qu'il vient de donner à l'hebdomadaire "Ya !" (n° 643, du 6 octobre), il rappelle en quoi consisteront les épreuves du concours :

  • 3 épreuves écrites de six ou sept heures en vue de l'admissibilité, dont l'une commune aux trois langues concernées sur "La Révolution française et les langues de France". Une deuxième épreuve portera sur quatre œuvres de la littérature bretonne. La troisième sera une épreuve de traduction.
  • 3 épreuves également à l'oral : une préparation de cours, un exposé de grammaire et un exposé de littérature. Deux thématiques figurent au programme : la poésie de langue bretonne des années 1970 et le breton et l'école de la IIIe République à la loi Deixonne.

Quel est l'intérêt d'une agrégation de breton ?

Précisons qu'il s'agit du concours externe de l'agrégation. Aux yeux de Ronan Le Coadic, cet intérêt est évident. Tout d'abord, elle "donne du prestige à notre langue" dans la mesure, explique-t-il, où le concours est considéré comme le symbole suprême des études en France. Mais, ajoute le celtisant rennais, il correspond aussi à un besoin et permet de réparer une injustice : les enseignants de breton étaient les seuls à ne pas pouvoir prétendre à une telle évolution de carrière. Un agrégé de breton sera, comme les autres, mieux rémunéré, mieux considéré par l'administration et sa charge de cours diminuera de quatre heures par semaine.

Si je comprends bien, il faut se féliciter qu'un tout petit nombre de professeurs de breton puisse enfin accéder à l'élite du professorat en France : après l'obtention du CAPES de breton et l'organisation de concours pour les professeurs des écoles bilingues, ce serait, dans les faits, une nouvelle reconnaissance pour la langue bretonne. Mais – et c'est paradoxal - cette forme de normalisation intervient au moment où des voix, comme celle de Fabrice Boutilhon (qui enseigne à l'UBO à Brest), en appellent à la suppression des concours du secondaire et notamment de l'agrégation !

Il n'empêche que l'agreg n'est pas un concours si facile et qu'il faut s'y préparer activement. Déjà, la date limite d'inscription des candidats est fixée au 12 octobre. Une formation en histoire, sociolinguistique et langue bretonne leur sera dispensée sans tarder au campus Mazier à Saint-Brieuc, par des enseignants de Rennes 2 et de Brest (UBO). J'ai été contacté pour ma part pour fournir des éléments de bibliographie sur la Révolution et la langue bretonne : je vais transmettre ce que j'en sais aux demandeurs.

Et lorsqu'on saura combien il y aura de candidats, il faudra ensuite attendre un an pour savoir qui donc sera le fameux premier agrégé de langue bretonne de l'Éducation nationale !