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Elle s'est déroulée comme à chaque fois à l'hôtel de Courcy, à Rennes, dans l'hémicycle René Pléven, c'est-à-dire à l'endroit même où se tiennent les sessions du Conseil régional de Bretagne. D'ailleurs, il serait plus approprié de parler de sessions également pour le Conseil culturel de Bretagne, car on n'est pas du tout au cinéma. Pour ceux qui l'ignoreraient encore, le CCB est une instance consultative créée il y a sept ans à l'initiative de la région Bretagne, constituée de 70 personnalités issues du monde associatif ou institutionnel, qui donne un avis sur toutes les questions relatives aux langues et cultures de Bretagne sur lesquelles l'assemblée régionale elle-même doit délibérer par la suite.

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Bretagne : les acceptions du terme

La dernière session de la deuxième mandature a eu lieu samedi 3 décembre. L'ordre du jour prévoyait surtout qu'un avis soit donné sur les orientations budgétaires 2017 de la région, pour ce qui est de leur versant culturel. L'un des points que le Conseil culturel a particulièrement appréciés concerne l'augmentation du nombre de formations de locuteurs et locutrices de breton adultes. Le budget 2017 de la Bretagne devrait en effet mettre fin à l'incohérence entre l'insuffisance de places disponibles dans les centres de formation (type Stumdi) et le nombre de candidats à l'apprentissage du breton en six mois.

Un amendement au projet d'avis déposé par un membre du CCB, Alan ar Gall, et intégré dans ce projet d'avis par le bureau a donné lieu à un long échange en commission. Cet amendement énonçait le constat – et ce n'est pas nouveau – que la confusion était faite de manière récurrente entre "la" Bretagne et la région administrative Bretagne. En vertu de quoi, l'amendement visait à rappeler que "le mot Bretagne désigne le territoire constitué de cinq départements" (ce qui n'est assurément pas faux à plus d'un titre) et invitait le Conseil régional de Bretagne "à cesser cette confusion".

J'ai cependant exprimé de sérieux doutes et n'ai pas été le seul à le faire quant à la pertinence de l'amendement. D'une part, les termes "Bretagne" et "Conseil régional de Bretagne" sont bien, quoi qu'on en dise, les appellations officielles de la région et de l'institution régionale : on ne peut pas aisément les occulter.

D'autre part, envisager que les élus régionaux, l'administration, les médias et tout un chacun ne puissent plus parler de la collectivité territoriale "Bretagne" qu'en lui accolant la précision "région administrative", paraît parfaitement illusoire, sans préjudice du fait qu'une telle velléité de normer le vocabulaire et les usages de langue en la matière serait forcément perçue comme abusive. Finalement, les deux dernières phrases de l'amendement ont été retirées.

Les activités culturelles : quel impact économique ?

L'autre point de cette dernière session consistait en la présentation d'une étude conséquente (291 pages au format A4) dont l'intitulé quelque peu austère – "Panorama économique des activités culturelles et patrimoniales en Bretagne" – ne laisse guère entrevoir toute la diversité de son contenu et l'intérêt de son apport.

Il faut savoir que le Conseil culturel a la capacité de se saisir de toute question relevant de ses compétences en vue d'étude ou de recommandations, ce qu'il ne fait cependant que rarement. Il l'avait déjà fait (et d'intéressante façon) à l'occasion d'un état des lieux du gallo en Haute-Bretagne et il le fait donc à nouveau concernant l'impact économique des activités culturelles.

La question a longtemps été taboue, parce qu'elle pouvait laisser entendre que les politiques culturelles n'auraient de légitimité qu'en raison de leur impact économique. Mais elles l'ont sur bien d'autres plans, dès lors qu'il s'agit, écrit l'étude dans son introduction, "de proposer des réponses à la perte des repères individuels et collectifs [et] d'envisager les enjeux d'intégration de tous dans la société", sans exclure bien évidemment l'intérêt que suscitent et le plaisir que procurent les activités culturelles en elles-mêmes. Le fait est que la culture est désormais perçue comme pouvant être également une source de développement pour les sociétés post-industrielles.

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Une première : un rapport sur l'économie de la culture en région

On peut déjà assurer que le  panorama en cours de finalisation au sein du Conseil culturel concernant l'économie de la culture en Bretagne constitue un événement. Sur le plan national, on disposait surtout jusqu'à présent de deux études selon lesquelles les activités culturelles et patrimoniales représentent entre 3,2 % et 4 % du PIB (soit 7 fois plus que le produit intérieur brut de l'industrie automobile, par exemple) et génèrent entre 670 000 et 1,3 million d'emplois.

Pour diverses raisons de faisabilité, le groupe de travail du CCB qui s'est penché sur le sujet n'a pas pu viser à une semblable quantification concernant la Bretagne, mais d'autres organismes travaillent d'ores et déjà sur des projets complémentaires. Par contre, c'est la première fois que dans une région spécifique sont observés les modèles économiques et les tendances de la culture, les problématiques tout comme les dynamiques. L'originalité de la démarche tient aussi à la prise en compte de ce qui pourrait être une particularité bretonne, à savoir les activités bénévoles et les pratiques amateurs.

Neuf filières ont été identifiées et chacune donne lieu à la présentation de repères chiffrés, d'un schéma en forme d'organigramme, de restitutions de témoignages, de focus et d'analyses. Ces filières sont :

  • Le spectacle vivant
  • La musique
  • L'audiovisuel
  • Le livre
  • Les arts plastiques
  • La culture scientifique et technique
  • Le patrimoine
  • L'archéologie
  • Et les métiers d'art.

CCB économie culture

Exit les sciences humaines ?

Sans avoir pu prendre connaissance avant cette session du CCB de l'intégralité du prérapport de panorama, j'ai tenu à faire part de mon étonnement sur un point précis concernant la filière "culture scientifique". Car, tenez-vous bien, dans les douze pages qui lui étaient consacrées, il n'était question que de culture scientifique, technique et industrielle. Que la Bretagne soit "terre d'excellence" en la matière n'est pas contestable, et cette approche exclusive est cohérente par rapport à la gestion de la culture scientifique telle qu'elle a été déléguée à la région. Mais il y a là une lacune, et de taille.

Car pas la moindre allusion n'y était faite aux sciences humaines et sociales ! Quant on sait tout l'apport de l'histoire, de la géographie, de l'ethnologie, de la linguistique, de la sociolinguistique, de la sociologie et de bien d'autres disciplines à la connaissance du passé et du présent de la Bretagne, voire de leur contribution à certaines évaluations prospectives, ne rien en dire dans un rapport traitant de la culture en Bretagne et émanant de surcroît du Conseil culturel me paraissait incompréhensible.

L'historien Christian Bougeard, également membre du CCB, est intervenu dans le même sens en faisant observer que ce sont plus d'un millier de chercheurs et enseignants-chercheurs, issus de quatre universités et du CNRS, qui sont référencés à la Maison des sciences de l'homme de Rennes. Quelle perception aurions-nous de la culture en Bretagne aujourd'hui sans leurs recherches, sans leurs travaux et sans leurs publications ? Des centaines, sinon des milliers de bénévoles y contribuent également.

Le rapport final devrait revenir sur cet oubli et intégrer un développement sur la part que prennent les sciences humaines et sociales à l'économie de la culture dans notre région. Cela s'impose en effet. Mais au-delà de cette prise en compte, il serait bien que les politiques publiques les considèrent davantage comme constituant elles aussi un pôle d'excellence.

 Pour en savoir plus

  • Un groupe de travail avait été constitué au sein du CCB pour travailler sur le panorama économique des activités culturelles en Bretagne. 65 personnes ont été auditionnées et près de 800 études et documents analysés.
  • Le rapporteur est Paul Robert-Kerouédan (de la Fédération régionale pour la culture et le patrimoine maritime en Bretagne – photo ci-dessus).
  • La rédaction du rapport a été assurée par Gwennaël Fauchille (de la Direction de la culture et des pratiques culturelles au sein du Conseil régional).
  • Ne pas se fier à la couverture qui propose un titre FBG, soit en trois langues (français, breton et gallo). L'étude elle-même est intégralement rédigée en français.
  • Le rapport final devrait être disponible courant janvier 2017.

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Renouvellement à l'ordre du jour

Et c'est ainsi que s'achève cette dernière session de la deuxième mandature du Conseil culturel de Bretagne (prolongée d'un an, photo d'archive). Certains membres seront toujours là pour la troisième mandature : je n'en serai pas pour une raison bien simple, c'est que l'association que je représentais n'existe plus. Des nouveaux feront leur entrée, comme il est d'usage. Le président du Conseil régional de Bretagne devrait entériner sans tarder la liste des nouveaux conseillers. Le nouveau CCB devrait être à périmètre plus restreint.

Selon des informations convergentes, le président sortant, Jean-Bernard Vighetti, hésite à se représenter. Pour son bilan, il peut arguer d'avoir lancé l'étude sur l'économie de la culture dont il est question supra, mais il lui est trop souvent arrivé de procéder par approximation.

Il est inévitable qu'au sein du nouveau Conseil culturel émergent de nouvelles candidatures. Si le nouveau président peut se targuer d'une réelle maîtrise des dossiers culturels autant que linguistiques, avec un sens plus aigu de l'initiative, avec aussi un budget quelque peu conforté, il pourrait en dehors de tout esprit partisan insuffler une nouvelle dynamique et assurer une meilleure visibilité à la troisième assemblée régionale, en en faisant une sorte de CESER culturel. C'est ce qui lui fait défaut depuis quelque temps.

Sur ce,

Nedeleg laouen d'an oll

Joyeux Noël à tous