Charte langues Le Monde 124

Le titre à la une du Monde était, comme il sait le faire, tout à fait inattendu : dans son édition de dimanche 9 et de lundi 10 août, le quotidien annonce que François Hollande "veut relancer la bataille". Pourquoi donc ? En vue de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Cette charte a été adoptée sous les auspices du Conseil de l'Europe en 1992. La France l'a signée le 7 mai 1999 à l'initiative du gouvernement de Lionel Jospin. Mais alors que Jacques Chirac, président de la République, avait affiché son accord lors d'une visite à Quimper en mai 1996, la ratification n'est toujours pas intervenue.

D'où le titre de l'article de Jean-Baptiste de Montvalon en page 8 : "La France bégaie ses langues régionales". C'est bien trouvé. L'article se présente surtout comme un historique de la question, même s'il en pointe divers enjeux en filigrane.

Le psychodrame permanent

Le journaliste insiste ainsi sur "l'exception française" qui se traduit par une "propension à transformer en psychodrame tout débat" sur les questions relatives aux langues de France. Alors qu'un projet de loi constitutionnelle a été présenté il y a dix jours en conseil des ministres, soit le 31 juillet, le Conseil d'État a rendu une nouvelle fois un avis négatif par rapport à l'éventuelle ratification de la Charte. Il n'empêche que le président de la République envisage bel et bien de soumettre la ratification au Parlement réuni en Congrès à Versailles.

Selon Le Monde, ce serait en 2016. Et ce n'est pas gagné, car le projet de loi rencontre, écrit-il, de "vives oppositions", à l'Assemblée nationale comme au Sénat. L'Assemblée s'est pourtant largement exprimée sur un texte légèrement différent à une très large majorité. Il est vrai, par contre, que le président du Sénat – désormais à droite - a déjà fait part de son hostilité.

Un mur d'uniformité ?

Or, il faudrait que le texte soit voté dans les mêmes termes par les deux assemblées. Pourra-t-il réunir la majorité requise des trois-cinquièmes lors d'un Congrès ? Le quotidien national estime que "l'issue reste toujours aussi incertaine". Dans Le Télégramme du 6 juin dernier, Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère et président de la commission des lois à l'Assemblée, admettait prudemment que le texte n'irait au Congrès que "s'il est sûr de passer".

Le Monde serait-il pessimiste, ou seulement réaliste ? S'exprimant aussi au conditionnel, il semble considérer que cette révision de la Constitution "pourrait rejoindre d'autres réformes promises en 2012 et abandonnées depuis". Dans cette hypothèse, écrit J.-B. de Montvallon, les défenseurs des langues régionales se heurteraient une nouvelle fois au "mur d'uniformité" que la France s'est construite sur "des souvenirs ancrés dans [sa] mémoire nationale." Affaire d'autant plus à suivre que ces défenseurs ont prévu, quant à eux, de manifester à l'automne.