Le nouveau sondage que vient de réaliser l'institut CSA à ce sujet pour le compte du Conseil général du Finistère fournit une réponse actualisée à cette question et à quelques autres.

Je rappelle tout d'abord que j'ai piloté en 2007 le dernier sondage disponible pour l'ensemble de la Bretagne sur la pratique du breton avec le concours de l'institut TMO Régions. Il mettait en évidence que parmi les personnes interrogées (âgées de 15 ans et plus), les pourcentages de celles qui déclaraient parler "très bien" ou "assez bien" le breton étaient les suivants :

  • 15 % dans le département du Finistère, ce qui équivaut à 111 000 locuteurs
  • 13 % sur le territoire de la Basse-Bretagne, soit 172 000 bretonnants
  • 1 % en Haute-Bretagne, correspondant à 22 500 locuteurs
  • ce qui représente une moyenne de 5,5 % sur l'ensemble des cinq départements bretons et un nombre total de bretonnants, à la date considérée, de 194 500 (hors scolaires).

Le nouveau sondage vient d'être réalisé, comme il le fait tous les deux ans, à l'initiative de l'Observatoire de l'opinion du Finistère, lequel est un service du Conseil général. Il a donc été mené par l'institut CSA à la fin de l'année 2014 (entre le 29 septembre et le 3 octobre) auprès d'un échantillon représentatif de 1 006 personnes âgées de 18 ans et plus habitant dans le Finistère, et constitué d'après la méthode des quotas.

Ce sondage a coïncidé avec la mise en œuvre de l'évaluation de la politique de promotion de la langue bretonne du Conseil général (voir message du 23 décembre 2014). Il avait été convenu qu'un certain nombre de questions relatives au breton seraient posées dans le cadre de ce sondage CSA. Les résultats fournissent des données actualisées concernant la pratique du breton dans le département du Finistère, ainsi que sur les représentations qui lui sont liées.

 Les principaux résultats

1 CSA CG29 breton parler

Selon CSA, le taux de Finistériens pouvant parler le breton s'élève à 18 %.

Dans la mesure où la population des 18 ans et plus s'élève à 815 905 personnes dans le département, le nombre total de bretonnants en Finistère s'élèverait donc à 147 000 personnes environ.

Ces locuteurs se répartissent entre deux groupes d'importance équivalente de 73 000 personnes environ chacun :

  • 9 % déclarent parler le breton couramment
  • et 9 % ne le parlent pas couramment.
  • Par ailleurs, 23 % des personnes interrogées disent qu'elles ne parlent pas le breton mais qu'elles le comprennent.
  • Enfin, 59 % ne le parlent pas et ne le comprennent pas.

Comment interpréter ces résultats ?

La première remarque qui s'impose est qu'on ne peut apparemment pas comparer aisément les deux sondages. Le questionnement de CSA est en effet tout à fait différent de celui de TMO Régions il y a sept ans :

  •  la question de TMO Régions en fait était double, puisqu'il demandait d'une part : "Parlez-vous breton… très bien, assez bien, quelques mots, pas du tout ?" Et d'autre part : "Parlez-vous breton tous les jours, souvent, de temps en temps ou jamais ?"
  • CSA a sollicité quant à lui les personnes qu’il interrogeait en une seule question pour savoir si elles parlent le breton "couramment" ou "pas couramment". Mais aussi pour savoir si elles "comprennent sans parler" ou si elles "ne parlent pas et ne comprennent pas".

Première hypothèse

Admettons dans un premier temps, qu'on puisse cumuler les 9 % de personnes qui "ne parlent pas couramment" le breton et les 9 % qui "le parlent couramment" et qu'on puisse les considérer tous comme étant "bretonnants" : on aboutit effectivement au total de 18 % avancé par CSA.

Ce taux représenterait une augmentation inattendue de 3 points par rapport aux 15 % de Finistériens qui, selon TMO Régions, parlaient "très bien" ou "assez bien" le breton en 2007.

En nombre de locuteurs, l'augmentation serait également conséquente, puisqu'on en comptabiliserait environ 36 000 de plus : cela représenterait une croissance de 2,5 % par an sur la période considérée.

Or la tendance généralement observée depuis plusieurs dizaines d'années est celle de la diminution constante du nombre des locuteurs, même si le nombre d'élèves scolarisés en classes bilingues est en augmentation. Une telle inversion de la tendance n'est pas crédible.

Deuxième hypothèse

D'après les dictionnaires - et d'après le sens commun -, l'expression "parler une langue couramment" est comprise comme le faire "sans difficulté, aisément", mais aussi comme la parler "généralement, souvent". À l'inverse, "ne pas la parler couramment" signifie donc qu'on la parle "difficilement" ou "pas très souvent".

Sur cette base, on ne peut formellement exclure les 9 % de personnes qui ont déclaré à CSA qu'elles "ne parlent pas couramment" le breton de la catégorie des bretonnants : elles en connaissent forcément plus que ceux qui n'en ont qu'une connaissance passive et qui le comprennent sans pouvoir le parler. Mais ne pas parler couramment le breton implique bel et bien qu'on ne le parle ni facilement ni bien souvent.

Par contre, si on compare les 9 % de Finistériens qui déclarent à CSA en 2014 parler "couramment" le breton aux 15 % qui déclaraient en 2007 à TMO Régions qu'ils le parlent "très bien" ou "assez bien", on doit observer que la diminution du taux de locuteurs en sept ans (entre 2007 et 2014) est de 6 points.

Sur la même période et pour les mêmes catégories, le nombre de bretonnants serait passé quant à lui de 111 000 à 73 000, ce qui représente une diminution de 38 000 locuteurs environ. Est-ce plausible ? Ce chiffre correspond de fait à une baisse moyenne de 5 400 locuteurs par an. Je fais observer que les projections démographiques qu'avait effectuées TMO Régions en 2007 portaient sur une diminution du nombre de locuteurs de 5 000 par an au cours des années suivantes. La projection se révèle exacte. (Se reporter à mon livre "Parler breton au XXIe siècle, p. 190).

Nous retiendrons donc du sondage CSA qu'avec 9 % de Finistériens parlant couramment le breton, on compte environ 73 500 bretonnants en 2014 dans le département. Ce chiffre représente une diminution de leur nombre d'un tiers (plus précisément de 34 %) par rapport à l'enquête TMO Régions de 2007.

La répartition des bretonnants entre les pays 

2 CSA CG29 breton par pays

L’intérêt du nouveau sondage CSA est qu’il produit pour la première fois une carte de la répartition géographique des locuteurs sur la zone considérée. L'étude fournit des données pour chacun des quatre "pays" du Finsitère.

Les résultats sont les suivants :

  • Le pays du Centre Ouest Bretagne - le moins étendu et le moins peuplé du Finistère - est en apparence le plus bretonnant, avec un taux de 28 % des personnes interrogées parlant couramment ou non le breton : ce pourcentage est supérieur de 10 points à la moyenne finistérienne. Mais il convient de nuancer. Certes, le pourcentage de ceux qui "parlent couramment" est également le plus élevé du département, à hauteur de 17 %. Mais il ne correspond qu'à une population de 6 300 bretonnants, soit le chiffre le plus faible des quatre pays.
  • Le pays de Cornouaille, bien plus étendu et plus peuple, se situe à 23 % pour le cumul de ceux qui parlent couramment et de ceux qui ne le font pas. Mais le pourcentage des premiers n'est que 11 %, ce qui représente un total de 33 500 locuteurs environ s'exprimant couramment en breton : c'est le chiffre le plus important des quatre pays du Finistère.
  • Le pays de Morlaix fait état d'un taux global de 19 %. Mais le pourcentage de ceux qui peuvent parler couramment le breton n'est que de 9 %, ce qui correspond au nombre de 9 900 bretonnants.
  • Le pays de Brest enfin - le plus peuplé du département - affiche le taux le plus bas, avec 11 % seulement des personnes interrogées parlant le breton couramment ou non sur son territoire. Le pourcentage de ceux qui le parlent couramment est également le plus bas, de 6 % seulement. Mais en nombre de locuteurs "courants", le pays de Brest se classe en deuxième position, avec 21 800 bretonnants.

À suivre : les autres résultats.

Pour en savoir plus :