Lunettes Naoned 3

Rien à voir, apparemment, avec la méga-manif qui a réuni de 13 000 à 40 000 personnes (selon les sources), dimanche dernier, pour réclamer pour la Nième fois la réunification de la Bretagne et que les habitants de la Loire-Atlantique puissent décider eux-mêmes de changer de région d'appartenance.

En fait, l'actualité, le week-end dernier, c'était aussi le SILMO. Vous ne connaissez pas ? Moi non plus. Je décrypte : Salon International de la Lunetterie, de l’optique oculaire et du Matériel pour Opticiens. À Villepinte, près de Paris, forcément. À cette occasion, Ouest-France publiait hier en page Cultures-Magazine un papier tendance sur les lunettes qu'on remarque et qu'on ne perd pas.

Des montures "Montroulez"

Plus haut dans le journal, coincée entre les Sports et la Bourse, se nichait une page Entreprendre sur laquelle on s'arrête un peu par hasard. Le titre est intriguant : "Il dessine et vend des lunettes 100 % nantaises". L'article l'est encore plus, puisqu'il présente Jean-Philippe Douis, un opticien d'origine choletaise, installé à Nantes et qui a décidé de concevoir sa propre collection de lunettes.

LogoNAONED

Et comment s'appelle-t-elle, cette collection ? "Naoned". Du nom en langue bretonne de la ville de Nantes. L'article de Marylise Couraud raconte tout sur la genèse et le succès des lunettes siglées Naoned, dont chaque monture porte de surcroît le nom d'une ville bretonne. Oui, mais… ce qu'elle ne précise pas c'est qu'il ne s'agit pas du nom que tout le monde connaît pour les villes de Bretagne, mais bien du nom breton de chacune d'entre elles : Gwened (Vannes), Kemper (Quimper), Konk Kerne (Concarneau), Montroulez (Morlaix)… Il y en a une trentaine en tout.

Je vais de découverte en découverte en visitant le site des lunettes Naoned, car il est accessible en trois langues différentes : en français (ça va de soi), en anglais (comment faire autrement pour vendre à l'international ?) et en breton. Sur sa page Facebook, la marque affiche un slogan en breton : "Lunedoù a zu màn" (Les lunettes de chez nous). Tout ceci demandait investigation.

Naoned Douis Melou b

Un choix porteur ?

J'ai pu joindre Jean-Philippe Douis ce matin au téléphone. Sa motivation tient tout d'abord à son itinéraire personnel. Après ses études d'optique, il a eu l'opportunité de faire de multiples remplacements en Bretagne : il y a trouvé, dit-il un accueil et une chaleur humaine rares. Il a fréquenté Les Vieilles Charrues et ses bénévoles : Aristide Melou, le fils de l'un d'entre eux, est devenu son associé.

Quand il a voulu lancer sa propre marque de lunettes, il s'est souvenu d'un slogan des années 90 : "nos emplettes sont nos emplois". Ses lunettes sont donc entièrement conçues et fabriquées à Nantes. Je lui ai demandé si le choix du breton est porteur ? Réponse :

  • "Ça ne nuit en rien. Ça déclenche plus de sourires que de business. Mais le retour est positif. Ça amuse les clients, et ça va droit au cœur. Ça suscite un capital sympathie, puis ça déclenche l'acte d'achat. À design équivalent, les gens préfèrent des lunettes qui portent le nom de la ville de leur grand'mère ou de celle où ils vivent."

L'envie du moment

Jean-Philippe Douis ne donne pas dans le marketing à tout crin : le nom de marque "Naoned" n'est pas écrit en grosses lettres voyantes sur la monture, mais discrètement sur la branche, à l'intérieur. Il a observé que ses clients identifient bien la langue bretonne : "ils sont fiers de porter des lunettes bretonnes, et le retour est excellent". Même les grossistes, précise-t-il, sont sensibles à l'idée de vendre des produits localisés.

L'aventure des lunettes Naoned a débuté il y a quatre ans et son développement va encore prendre du temps. Mais elle est stimulante. Pour l'instant, les porteurs du projet n'ont pas les moyens d'adhérer à "Produit en Bretagne". Pour l'instant, ils travaillent énormément et n'ont vraiment pas le temps d'apprendre le breton : ils ont donc dû faire appel aux traducteurs de l'Office public de la langue bretonne pour la version bretonne de leur site. Il devrait être en .bzh sans tarder. Leur envie secrète du moment ? Organiser d'ici quelques semaines un grand fest-noz à Nantes pour faire le buzz. Dans leur esprit, Nantes est déjà bel et bien en Bretagne.

Pour en savoir plus :

  •   L'article de Marylise Couraud dans Ouest-France, page "Entreprendre", 30 septembre 2014.
  •   "Voir la vie en Breizh", un article de Maiwenn Raynaudon-Kerzerho, dans le n° 99 du magazine "Bretons".