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Il faisait un temps à grains aujourd'hui, avec de belles éclaircies. La mer était houleuse à la côte. C'est aujourd'hui que devait naître le premier arrière-petit-enfant d'Alphonse Arzel. Et c'est cet après-midi qu'ont été célébrées ses obsèques à Ploudamézeau. L'église était bondée.

On ne résume pas la vie d'Alphonse Arzel, a précisé d'emblée Bernard Christian, curé doyen de Saint-Renan et des paroisses du Noroît. C'est par petites touches que tous ceux qui ont pris la parole au cours de la cérémonie ont raconté son incroyable itinéraire et sa personnalité de légende, non sans humour souvent. Ses petits-enfants ont évoqué son accent à couper au couteau et son rire à faire trembler la côte.

Paysan, et défenseur du littoral

Deux de ses filles ont rappelé comment il a été le premier agriculteur à être élu maire de la commune de Ploudalmézeau en 1961. Il n'avait pourtant pas été bien longtemps à l'école, mais il avait suivi les cours par correspondance de l'Office Central. Il avait surtout été repéré par l'abbé Favé, futur évêque coadjuteur de Quimper, qui en avait fait un animateur de la JAC (Jeunesse agricole catholique). Plus tard, Alphonse Arzel est devenu président de la Chambre d'agriculture du Finistère, avant d'être élu sénateur.

Il était centriste dans l'âme, ont dit ses filles : homme d'action, il a été jusqu'au bout de ses combats et a toujours gardé le cap. Né paysan, il est resté paysan toute sa vie, a ajouté Marguerite Lamour, l'actuelle maire de Ploudalmézeau : jovial et convivial, il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait.

L'étonnant est que cet homme de la terre s'est mué en grand défenseur du littoral. On le doit bien sûr aux circonstances et, singulièrement, à la catastrophe de l'Amoco Cadiz : la marée noire sera suivie d'une quinzaine d'années d'épuisantes bagarres, que soldera enfin une victoire sans précédent. L'abbé Christian y voit un refus du fatalisme et une manière de scruter les signes du temps : si saint Pierre, dit-il, est bien là-haut au bureau des entrées, il va le voir, Alphonse, et il va l'entendre !

Alphonse Arzel, bretonnant émérite

Alphonse Arzel aimait chanter aussi, en chœur, et ses filles ont rappelé comment il avait interprété le "Bro goz" sur les dunes de Tréompan avec d'autres élus, pour célébrer la victoire du procès de l'Amoco (et en d'autres circonstances). Ce n'est pas sans raison que les chanteurs de plusieurs chorales de la région ont pris part à la cérémonie, sous la direction de René Abjean.

Plusieurs fois, il a été précisé que le breton était sa langue maternelle et qu'il était un excellent bretonnant. Ça, je peux en témoigner, puisque c'est ainsi que j'ai fait sa connaissance. Je ne pourrai pas dire combien de fois j'ai eu l'occasion (et bien d'autres aussi) de l'interviewer ou de le faire participer à des débats, sur Radio Armorique au début, puis sur France 3.

Il est certain qu'il s'exprimait très bien en breton, peut-être même avec plus d'aisance et de précision qu'en français. Au début en tout cas, car vers la fin de sa vie il tendait à penser qu'il ne connaissait plus aussi bien sa langue première ! Il avait un sens de la répartie à toute épreuve. Le premier débat que j'avais organisé à la radio entre lui et Louis Goasduff portait sur le remembrement. Et quand il a annoncé qu'il mettait un terme à sa vie publique, j'ai pu enregistrer une dernière émission avec lui dans "sa" mairie de Ploudalmézeau : elle a été diffusée le 11 février 2001.

Son décès suit de peu celui de Louis Goasduff (UMP, Plabennec) et celui de Michel Mazéas (PCF, Douarnenez). C'est toute une génération d'hommes politiques bretonnants, tous nés dans les années vingt après la Première Guerre Mondiale, qui disparaît ainsi en quelques mois. Il est certain que leur participation aux émissions en langue bretonne de la radio et de la télévision a contribué tant à leur notoriété qu'au débat public. Elle a aussi contribué à donner une réelle visibilité à la langue elle-même dans le dernier quart du XXe siècle.

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