L'INA (Institut national de l'audiovisuel) a pris l'initiative d'organiser une table ronde autour de "40 ans de télévision régionale". Une telle table-ronde sur un tel sujet ne pouvait avoir lieu qu'à Paris : elle s'est donc déroulée le 17 décembre dernier, dans les locaux de la BNF et dans le cadre des « Lundis de l’Ina ».

Le prétexte de ce débat est le lancement de FR3 en décembre 1972, il y a effectivement 40 ans. Il a été animé par Hervé Brusini, journaliste, ancien Directeur délégué à l’information de France 3 (2004 – 2008). Les participants étaient :

  • Xavier Gouyou-Beauchamps, ancien PDG de France Télévision
  • François Guilbeau, actuel directeur de France 3
  • Benoît Lafon, sociologue des médias, auteur d’une "Histoire de la télévision régionale de la RTF à la 3, 1950 – 2012", à paraître en janvier 2013
  • Roger-André Larrieu, ancien directeur des programmes de France 3
  • Jean Réveillon, directeur de France 2
  • Monique Sauvage, sociologue des médias, ancienne directrice régionale de France 3

Le réalisateur Didier Boussard a assisté à la table ronde. Il a bien voulu en rédiger un compte-rendu pour ce blog.

Les origines bien datées de France 3

Table ronde INA Tv régionale c

Benoît Lafon et Roger-André Larrieu introduisent le débat et font un bref rappel historique. Les stations d’actualité régionale existent depuis le début des années 1950 à Lille, Marseille, Strasbourg et Lyon, et plus tard à Rennes et Toulouse.  Au début, ce ne sont que des centres d’actualités télévisées qui alimentent la RTF, puis l’ORTF, en petits sujets d’information. 

L’idée d’une véritable chaîne régionale est à l’étude dès la création de la Ve République. Cette chaîne doit être encadrée et pilotée depuis Paris et surtout accompagner le développement économique de la France mis en place par le Général de Gaulle. C’est la télévision des préfets de régions. Nous visionnons un extrait d’une archive de l’Ina dans laquelle Alain Peyreffitte., ministre de l’Information, justifie la création de la 3e chaîne : un grand moment de langue de bois !

Le projet réel d’une chaîne régionale sera mis en chantier sous la présidence de Georges Pompidou. Très vite, le torchon brûle entre Pompidou et son Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas. Chaban veut une vraie régionalisation, une vraie télévision de proximité. Pompidou impose une structure de chaîne nationale pyramidale avec des contributions régionales. La 3e chaîne est créée le 31 décembre 1972. La chaîne s’appellera FR3 jusqu’en 1992, puis France 3 jusqu’à aujourd’hui.

France 3, c’est une chaîne avant tout d’information. Il y a beaucoup de magazines, de collections, mais en fait très peu de programmes typiquement régionaux. Nous ne sommes ni en Grande-Bretagne ni en Allemagne. Les chaînes allemandes fonctionnent sur un modèle de syndication : ce n’est pas le cas en France. Le fait d’avoir donné à France 3 des moyens de production (régies mobiles, plateaux de tournages) n'était motivé à l'époque que par une perspective d’aménagement du territoire. 

France 3 a traversé beaucoup de crises : celle de 1997, l’échec de la TNR (Télévision numérique régionale), le rapport Boyon qui s'oppose à la création d’une chaîne tout info par le service public. En 1995, le Premier Ministre Edouard Balladur n’aime pas France Télévision : il soutient la création de LCI et d’Eurosport, filiales de TF1.

Xavier Gouyou-Beauchamps martèle le credo qui était le sien à la tête de France 3 : curiosité et proximité.

Vous avez dit "télévision régionale" ?

Cette table ronde a occulté le fait que France 3 ce n’est pas seulement de l’information : la chaîne diffuse aussi des programmes de divertissement, des documentaires, de la fiction et des créations originales. Ce sont aussi des programmes en langue régionale, à peine évoqués au cours de ce débat.

François Guilbeau, actuel directeur de France, 3 fait de l’information son cheval de bataille dans un contexte d’offres télévisuelles multiples (TNT, Internet, mobiles, etc.). L’information régionale est et doit rester le pivot de France 3 avec en moyenne 18 % de part de marché. 

Il n’y a rien à faire. La vision de ces acteurs qui ont eu ou ont encore un rôle à la direction de France 3, est une vision jacobine, centralisée et soumise au pouvoir parisien : surtout aucune vague par rapport à la tutelle. Leur perception de la réalité des antennes régionales est pleine de condescendance. Les journalistes, producteurs et réalisateurs de France 3 sont vus un peu comme de gentils cousins de province, un peu simplets et arriérés ! La vérité est parisienne. 

Les intervenants n’ont aucune notion des diversités culturelles de la France ! Les 4/5 des Français n’habitent pas à Paris ! Quand les directeurs de France 3 « descendent » visiter leurs stations de province, il y a ce côté petit marquis poudré descendant du carrosse et faisant attention à ne pas mettre de boue sur leurs jolis souliers. 

Au final, une table ronde assez médiocre, ne reflétant aucunement la belle histoire de la télévision régionale. Par contre, le livre annoncé de Benoît Lafon sur la télévision régionale de 1950 à 2012 me paraît être une étude sérieuse. A lire, dès sa sortie prévue au début de la nouvelle année.

Didier Boussard, réalisateur

Pour en savoir plus :

Sur la thèse de Benoît Lafon : http://www.afsp.msh-paris.fr/archives/2001/salontxt/lafon.pdf

Sur son livre, à paraître aux éditions Decitre en janvier 2013 : La télévision régionale, histoire et programmes. De la RTF à France 3. 1950-2010. Voir le site de l'éditeur.