Transmission-2Comment témoigner de la transmission en images ? C'est le pari qu'a tenté Gilbert Le Gall dans l'exposition de ses photos, qui vient de débuter son tour de Bretagne par Rennes. La transmission, nous explique-t-il, est l’action par laquelle une société assure la pérennité de ses valeurs, de sa culture, de son mode de vie dans le temps en les enseignant aux nouvelles générations. Quoi de plus naturel et de plus beau, demande le sonneur Jean Baron ? Transmettre est une évidente nécessité, dit le chanteur Charles Quimbert.
La transmission intergénérationnelle paraît aller de soi, mais elle peut aussi connaître des ruptures. Le sociologue Ronan Le Coadic fait allusion à ceux qui ont été gênés par la dimension rurale de la langue bretonne et qui ne l'ont donc pas transmise à leurs enfants. Toutes sortes d'outils existent aujourd'hui pour remonter le temps en quelque sorte.
De toute évidence, la transmission de la musique ou de la danse est ce qu'il y a de plus facile à illustrer. Les photos de Gilbert Le Gall rapportent des ambiances, un contexte. Presque toutes  représentent des enfants ou des jeunes à l'écoute de musiciens comme ErikTransmission-1 Marchand (photo) ou s'essayant eux-mêmes au chant en public devant un micro. Ces photos, dont les plus anciennes remontent à 1996, ont été prises dans le cadre de diverses manifestations comme le festival de la danse plin du Danouët par exemple. Elles sont présentées en noir et blanc et en grand format. L'affiche, par contre, est en couleurs et fait contraste.
Sous chaque photo, sont retranscrits les propos de vedettes de la chanson ou de la musique bretonnes : Marthe Vassallo, Ifig Troadec, Yann-Fañch Kemener, Louis-Jacques Suignard… Bizarrement, les légendes sont généralement rédigées en français, à deux ou trois exceptions près, comme pour signifier de manière subliminale que la langue s'est bien moins transmise que la musique.
Un tel sujet mériterait qu'on en discute.  Ne peut-on revendiquer ou assumer une rupture ? On peut, on doit même se rebeller contre la tradition. Les moyens de la transmission aussi peuvent donner lieu à de belles discussions, de même que les démarches de réappropriation à rebours. La transmission elle-même n'est pas immanente : pour ne prendre qu'un exemple, le fest-noz n'est plus ce qu'il était et il se transforme d'une génération à l'autre. La photo elle-m^me ne risque-t-elle pas de figer quelque peu les enjeux de la transmission ? Mais je ne sais pas s'il est prévu des débats autour de cette exposition.
Je l'ai visitée dans le cadre prestigieux du Parlement de Bretagne à Rennes (où l'on n'entre évidemment pas sans montrer patte blanche). Elle y reste jusqu'au 2 mars, avant de s'installer aussitôt au Cercle Celtique de Rennes à Villejean, puis de migrer vers Lannion, Landerneau, Locoal-Mendon et Cavan d'ici l'été. Elle a été conçue par Dastum Bro-Dreger.