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Le blog "langue-bretonne.org"
13 décembre 2011

2011 : année de commémorations

Bretons GrallEn Bretagne, c'est comme ailleurs : on aime bien se rappeler le souvenir d'un événement marquant ou la date anniversaire de la mort de telle ou telle personnalité. Le magazine "Bretons" a quand même consacré deux couvertures cette année, l'une en juin au chanteur Glenmor, l'autre ce mois-ci au poète Xavier Grall, disparus l'un il y a quinze ans, l'autre il y a trente ans. Comme bien d'autres journaux et périodiques et comme les médias audiovisuels, il a également évoqué le 30e anniversaire de la mort d'Anjela Duval. Armand Robin, décédé lui aussi il y a trente ans, passe beaucoup plus inaperçu : doit-on considérer qu'il est moins "tendance" ? Ou qu'il ne serait pas assez "breton" ?
La revue en langue bretonne "Al Liamm" (Le lien) consacre à son tour l'essentiel de son dernier numéro à la mémoire d'Anjela Duval, incluant la reproduction d'un certain nombre de documents iconographiques originaux. On pensait tout connaître de l'œuvre de l'écrivain, puisqu'elle a fait l'objet d'une édition complète en 1 291 pages à l'initiative de Ronan Le Coadic. Mais "Al Liamm" a retrouvé dans ses archives le manuscrit d'une pièce de théâtre inédite, intitulée "Ar bern keuneud" (Le tas de petit bois à feu).
Ronan Huon, longtemps le directeur de la revue, n'avait pas cru devoir la publier quand elle lui avait été transmise. Tudual Huon reconnaît dans son éditorial qu'il ne s'agit que de théâtre de patronage, et il est vrai que ce texte des débuts (une histoire d'amours contrariés entre deux jeunes voisins à la campagne) diffère en tout point des poèmes très engagés qu'écrira A. Duval ultérieurement. Le seul intérêt qu'il paraît présenter est d'évidence patrimonial.

Al Liamm A Duval 161Mémoire et questionnements
Dans la même revue, Riwanon Kervella propose pour sa part une biographie de l'écrivain, qui sera utile à ceux qui n'en connaîtraient rien. Son récit, issu d'une conférence, est essentiellement basé sur une approche chronologique et pose la question de la mémoire : quelle image restera-t-il d'Anjela Duval, quand auront à leur tour disparu tous ceux qui l'ont connue ? Ce questionnement surprend, pour au moins deux raisons. La première est que les plus jeunes de ceux qui l'ont connue devraient encore avoir, me semble-t-il, au moins quelques dizaines d'années à vivre. Mais il présuppose aussi qu'on ne pourrait aborder l'œuvre sans la médiation de ceux qui ont côtoyé l'auteur de son vivant.
Or d'autres questionnements sont possibles, et c'est ce qui fait l'intérêt et le succès du livre de Marcel Diouris, "Une histoire de deuils impossibles". Il a certes, lui aussi, bien connu Anjela Duval, puisque ses parents tenaient la ferme la plus proche de la sienne. Alors qu'on n'évoque jamais que la venue de militants bretons les jours de moisson à Traoñ an dour, il peut témoigner dans son livre de l'aide concrète que lui fournissaient à chaque fois que nécessaire ses voisins en main-d'œuvre familiale, en chevaux et machines agricoles et même en assistance personnelle.
Diouris Anjela 142bSur la base d'une analyse fine de ses textes poétiques, Marcel Diouris n'en fait pas moins une lecture critique de l'œuvre de l'écrivain. Il décrypte la manière dont elle a pu refaire sa vie par l'écriture et par la poésie, suite au décès de ses parents. Il essaie de comprendre pourquoi elle est toujours restée attachée à des pratiques agricoles d'un autre temps. Il raconte comment elle épouse la cause du nationalisme et devient une vraie combattante de l'idée bretonne, ce qui la conduit à apporter un soutien sans faille aux activistes de l'époque. Il décrit une Anjela moralisatrice, faisant la leçon aux mères de famille qui n'élèvent plus leurs enfants en breton, aux jeunes qui émigrent en ville à la recherche d'un emploi, au clergé qui lui aussi abandonne le breton. Il ausculte son refus de la modernité, son rejet de la ville, ses désarrois face aux changements qui vont affecter durablement le monde paysan et la société rurale.
Marcel Diouris reconnaît qu'Anjela Duval est un écrivain atypique à bien des égards, non pas parce qu'elle a écrit en breton, mais par le rêve de Bretagne qu'elle exprime en discordance avec les préoccupations de la société de son temps. Même si beaucoup font plus référence à son nom qu'à son œuvre, elle n'a pas eu à proprement parler de postérité littéraire.

Le menn y 2005Un temps de poème
Pour revenir à Xavier Grall, il va en être question jeudi prochain au Carré Magique. Mais on ne va pas en parler : on va l'écouter par l'entremise d'un poète qui l'a très bien connu, Yvon Le Men. Yvon, que j'ai croisé par hasard dans le train qui nous menait l'un et l'autre vers Rennes vendredi, a choisi de dire ses poèmes dans le cadre de son rendez-vous mensuel "Il fait un temps de poème".
Mais contrairement au magazine "Bretons" qui continue d'opposer Xavier Grall et Pierre-Jakez Hélias sur la base d'une idée reçue qui paraît aujourd'hui désuète, Yvon Le Men considère qu'il est temps de les écouter tous les deux, ensemble, et nous invite à une nouvelle lecture de leur œuvre poétique. Il est vrai que l'un a écrit "Le cheval d'orgueil" et l'autre "Le cheval couché." Mais ils sont tous deux, dit-il, "les acteurs de cette histoire poétique de la Bretagne qui traverse le temps."
Yvon Le Men a donc invité Patrick Ewen à dire des poèmes en breton et en français d'Hélias en même temps qu'il dira lui ceux de Grall. "À pied ou à cheval." Et cela va se passer à Lannion, au Carré Magique.

Pour en savoir plus :
Bretons, n° 71, décembre 2011 : site internet.
Al Liamm, n° 388, septembre-octobre 2011. Contact et site internet.
Marcel Diouris. Anjela Duval, une histoire de deuils impossibles. Aux éditions Emgleo Breiz.

Il fait un temps de poème, avec Yvon Le Men et Patrick Ewen, ainsi que Loïc Le Borgne à l'accordéon : jeudi 15 décembre à 20 heures 30 au Carré Magique, à Lannion.

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Commentaires
L
Armand Robin n'est pas décédé il y a trente ans mais en 1961, dans des conditions obscures, à l'infirmerie du dépot de la préfecture de police de Paris. Votre blog est très interessant, continuez !<br /> <br /> Bonne année 2012
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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