FigaroEn ce 1er novembre, l'actualité d'après Le Figaro ce n'est pas la crise de l'euro ni l'annonce d'un référendum en Grèce. Ce n'est pas une paisible actualité de la Toussaint. La question sur laquelle le quotidien parisien appelle ses lecteurs à se prononcer est :

  • Faut-il réduire (sic) l'enseignement des langues régionales à l'école ?

A 15 heures 55, sur 8 792 votants, près des deux-tiers des internautes répondent oui quand 37,43 % optent pour le non.
Le sondage fait suite à un article de Marie-Estelle Pech et Nathalie Bougeard (cette dernière étant la correspondante du Figaro à Rennes) dont le titre à lui seul donne la tonalité : "L'enseignement des langues régionales en question." D'entrée de jeu, l'infographie qui illustre l'article sur fond de carte de France est inexacte, pour ce qui est du breton en tout cas : le total des élèves étudiant le breton n'est pas de 7 324 comme indiqué : rien que dans les classes bilingues, il était de 14 174 à la dernière rentrée. Si on prend également en compte ceux qui l'apprennent en initiation dans le primaire ou en option dans le secondaire, il s'élevait à plus de 26 000 au cours de la précédente année scolaire.
L'article s'appuie sur le rapport sur l'enseignement du et en breton que j'ai remis au Recteur de l'Académie de Rennes il y a près d'un an. Mais il sollicite aussi le point de vue des étudiants qui apprennent "le breton académique" à l'université de Rennes 2 et de leurs enseignants. Il évoque par ailleurs l'enseignement de l'occitan et celui de l'alsacien.
Les constats – et même les propos - que rapporte Nathalie Bougeard ne sont pas faux, puisqu'elle les a picorés dans mon rapport : je n'ai été ni interviewé ni contacté. Mais la restitution qu'elle en fait est partielle et sélective,  je dirais même univoque. Comme si son objectif était de démontrer que l'enseignement du breton et des langues régionales ne présentait aucun intérêt. Il est vrai que cet enseignement est confronté à bien des problèmes – dont, c'est exact, celui de l'intercompréhension entre les générations -, et c'est précisément ce que l'on me demandait d'analyser. C'est aussi ce qui m'a conduit à préconiser la mise en œuvre de plus de 60 mesures concrètes pour qu'il puisse bénéficier d'une relance. Est-ce parce qu'il y a des problèmes qu'il faudrait tout arrêter ?
Le Figaro fait par ailleurs l'impasse sur l'enthousiasme des enseignants de breton, sur les motivations des parents d'élèves, sur les résultats scolaires des élèves bilingues, sur l'attachement des Bretons eux-mêmes à leur langue régionale. Ce n'est pas parce que le nombre des locuteurs est passé sous la barre des 200 000 qu'elle doit déjà être considérée comme une langue morte.
Le ministre de l'Education nationale, Luc Chatel, a annoncé son intention de faire prochainement le point sur la politique de l'État en faveur des langues régionales. Les défenseurs de ces langues estiment généralement qu'il n'en fait pas assez et réclament le vote d'une loi dont le gouvernement ne veut pas. L'article du Figaro laisse entendre qu'il en fait déjà trop, que ça ne sert à rien, que ça coûte cher. Marie-Jeanne Verny, qui enseigne l'occitan à l'université de Montpellier, pose la question : "une offensive se préparerait-elle ?"

Lire l’article du Figaro : http://www.lefigaro.fr/
Le sondage : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/ : faut-il réduire l'enseignement des langues régionales à l'école ?

France Bleu Breiz-Izel doit évoquer cet article et les réactions qu'il suscite en Bretagne dans ses bulletins d'information ce mardi soir et demain matin.