Je sais, ça fait déjà déjà huit jours que “Le Monde des livres” et “Télérama“ ont publié tous deux des articles sur le plagiat. Comme par hasard. Mais ils ont raison : le copier-coller est devenu un sport international et un phénomène de société. Des auteurs, des écrivains, des journalistes (et bien d’autres) s’y adonnent allègrement. Ça arrive même à des chercheurs : tout le monde a entendu parler de la thèse du ministre allemand.
Si j’en parle, c’est parce que le procédé existe aussi dans le petit monde qui s’intéresse à la langue bretonne. Et je le fais en connaissance de cause. J’ai soutenu ma thèse sur “L’évolution de la pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours“ en 1993. Elle a été éditée aux Presses Universitaires de Rennes en 1995. Entre-temps, un auteur se présentant comme un spécialiste des pays celtiques publiait un digest sur la langue bretonne dans une collection de poche. Ce soi-disant spécialiste énonçait (à juste titre) que faute de recensements on n’a jamais pu connaître avec précision le nombre des bretonnants.

  • Ce qui est épatant, c’est qu’il considérait néanmoins que l’on pouvait suivre sans problème l’évolution des usages de langues en Basse-Bretagne depuis deux siècles. Comme par hasard, c’est précisément le sujet de ma thèse et la période sur laquelle j’ai moi-même travaillé.
  • Ce qui est déconcertant, c’est qu’il était en mesure de faire référence à “diverses enquêtes” comme s’il les avait lui-même localisées et analysées. Or je sais bien quel est l’état de la recherche et que la plupart de ces enquêtes n’avaient encore jamais été exploitées ni étudiées sous cet angle.

Cela n’empêchait pas l’auteur de prétendre que sa démarche n’avait rien à voir avec celle “de certains sociolinguistes qui estiment que […].” Ce qui était d’autant plus inélégant qu’assez peu de travaux de sociolinguistique avaient été menés à cette date sur le breton.
Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos. Je considère comme tout à fait normal que la société puisse s’approprier une recherche du type de celle que je mène sur la pratique sociale du breton : les acquis de la recherche sont faits pour être partagés. Mais il y a ceux qui oublient allègrement de citer leurs sources. Et il y a ceux qui font toujours comme si aucune recherche n’avait jamais été menée sur le sujet. C’est bizarre.