Dage Gw 073

Les lecteurs de "Ya !" ont été surpris de découvrir ce week-end que Gwenael Dage venait de quitter leur hebdo en langue bretonne : il était en poste depuis son lancement par Yann-Fañch Jacq et par l'association "Keit vimp bev" en juin 2005. Gwenael faisait à la fois office de rédacteur en chef et de secrétaire de rédaction et coordonnait une équipe qui n'était composée par ailleurs que d'une maquettiste salariée, de quelques pigistes et de rédacteurs bénévoles. Sa signature n'apparaissait presque jamais dans le journal, mais il assurait lui-même quelques reportages et interviews. Du coup, c'est lui qui est interviewé en dernière page du journal.
Quand on lui demande quelles ont été ses plus grandes satisfactions en six ans d'exercice de ce métier et après avoir fait paraître les 320 premiers numéros de "Ya !", Gwenael Dage répond d'emblée : ne serait-ce que déjà d'avoir maintenu le journal à flot et d'en être lui-même sorti vivant ! Il reconnaît qu'il n'avait aucune expérience journalistique quand il a accepté ce poste à 22 ans, au sortir de ses études de breton à l'université de Rennes 2. Alors qu'il n'y était pas préparé, il a dû apprendre à travailler en équipe et a découvert la complexité du milieu bretonnant et celle du monde associatif : "j'ai compris, dit-il, combien il est difficile de maintenir la langue vivante, en dépit des nombreux obstacles que rencontrent tous ceux qui s'impliquent."
La question lui a également été posée de savoir pourquoi "Ya !" ne parvient pas à dépasser le cap des 1 150 abonnés. IlYa 206 ne faut pas, répond Gwenael, être si pessimiste : d'abord parce que le nombre de lecteurs reste stable malgré tout, ensuite parce que c'est le périodique en breton le plus lu actuellement. Il admet que le journal ne pourrait cependant pas tenir sans aides publiques (et ce n'est pas une spécificité de la presse en langue bretonne : tous nos quotidiens régionaux et nationaux en perçoivent aussi).
Il n'avance que des hypothèses : d'une part, le manque de moyens et le fait de ne pouvoir compter que sur deux seuls collaborateurs à temps plein, et d'autre part le niveau rédactionnel ou les réticences de lecteurs qui estiment ne pas retrouver leur breton dans le journal : "il y a en, dit-il, qui ne maîtrisent pas l'orthographe peurunvan (unifiée) ou qui ne veulent pas le faire." Le lectorat potentiel n'est pas si étendu, mais notre objectif, ajoute-t-il, est de publier en breton un journal "comme les autres" et de traiter des sujets les plus divers.
Dage Gw 075En homme discret, Gwenael Dage reconnaît que sa tâche n'a pas toujours été facile, sans en dire davantage et c'est, semble-t-il, ce qui l'amène à envisager une nouvelle orientation professionnelle. Pour l'éditeur le coup est rude, d'autant plus que ce départ intervient après le recrutement d'une autre de ses collaboratrices par un service public. Dans l'immédiat, c'est Katell Uguen (déjà maquettiste maison, après avoir travaillé à Radio-Kerne) qui va assurer la coordination de "Ya !" L'association "Keit vimp bev" vient par ailleurs d'engager une relance de "Louarnig", l'un de ses deux mensuels jeunesse en langue bretonne (j'y reviendrai).
Elle va sans doute attendre un moment avant de se réorganiser, selon les opportunités qui se présenteront. Mais y a-t-il quelqu'un qui ait le profil pour devenir le rédacteur en chef, ou à tout le moins le journaliste, du seul hebdomadaire existant en langue bretonne ? Yann-Fañch Jacq n'a pas diffusé d'offre d'emploi. Mais j'ai l'impression qu'il examinerait avec intérêt toute candidature spontanée.

Pour en savoir plus :

  • "Kenavo deoc'h lennerion ger" (Au revoir chers lecteurs), interview de Gwenael Dage dans le n° 320 de "Ya !". A suivre dans le prochain numéro.
  • Une autre interview de Gwenael Dage par Mari Kermareg dans le n° 281 de "Brud Nevez", dans laquelle il décrit sa découverte du breton à 17 ans, le pari qu'a représenté le lancement de "Ya !" et le regret qu'il aurait à quitter le journal, son intérêt pour le secteur de l'édition, ainsi que son travail à la tête du bagad de Locoal-Mendon (photo). Disponible par internet en version papier ou en pdf.