La présentation de ce livre a eu lieu en fin d'après-midi dans les locaux du Centre de Recherche Bretonne et Celtique àBlanchard Nelly-11c Brest. Pour Nelly Blanchard, qui a assuré la transcription, la traduction et la présentation de cet inédit rédigé au tout début du 20e siècle, comme pour les éditeurs, il s'agit d'un texte exceptionnel. Et ce texte n'a été redécouvert que tout récemment, une centaine d'années après sa rédaction.
Burel 030C'est en 2007 en effet que la famille de l'arrière-petit-fils d'Hervé Burel ouvre une malle restée longtemps fermée dans le grenier de la maison familiale et y découvre deux cahiers de comptes noirs : 530 pages écrites en breton à l'encre noire ou mauve, d'une écriture soignée et stylisée…

L'œuvre surprenante d'un paysan. L'aventure intellectuelle et littéraire d'Hervé Burel est inattendue :

  • un paysan qui écrit alors que son rang social aurait dû en faire un exclu de l'écriture littéraire,
  • un paysan anticlérical et anti-noble en pays léonard, un paysan breton issu d'une famille protestante,
  • une parole confinée au cadre manuscrit et donc jamais entendue jusqu'à ce jour,
  • un choix d'écriture en langue bretonne au paroxysme de l'interdiction officielle de la langue bretonne dans le cadre religieux et dans des années où le modèle linguistique français en Basse-Bretagne touche un nombre de personnes de plus en plus important,
  • un breton mondain dans la bouche d'un paysan,
  • l'ombre des romans-feuilletons français chez un bretonnant.

Une œuvre unique et surprenante…

Il avait choisi de dénoncer
Ce livre, c'est un peu les mystères autobiographiques de Basse-Bretagne, ou la généalogie de la servitude paysanne.
Burel a pris conscience de la hiérarchie sociale inégalitaire, l'assujettissement des pauvres aux classes dominantesBurel 029 incarnées par la noblesse et le clergé. Il est celui qui est en bas, celui qui est exploité, celui volontairement maintenu dans l'ignorance, volontairement maintenu de l'autre côté du fossé creusé par les classes dominantes pour empêcher le peuple d'atteindre le domaine du politique.
Mais, lui, il a vu ce fossé et a décidé de le franchir et de le dénoncer en prenant, pour partie, modèle sur les Mystères du Peuple d'Eugène Sue publié en 1849, et en retraçant son histoire et celle de ses ancêtres paysans depuis 1789.

Un nouveau Déguignet ?
L’auteur n’a pas pour projet d’incarner la voix populaire, la voix quotidienne des paysans, prise sur le vif. Au contraire, sa langue appartient à un registre élevé de breton parfois même influencé par des formes linguistiques et littéraires mondaines…
Les mémoires du paysan bas-breton Jean-Marie Déguignet (1834-1905) ont eu un succès très important il y a quelques années, lors de leur publication. Découvrir qu'un paysan avait osé écrire et qu'il l'avait fait pour dénoncer l'ordre social établi et avec une telle insolence et virulence de ton a alors stupéfait plus d'un lecteur. On pourrait penser qu'Hervé Burel est un deuxième Déguignet.
Ces deux textes dénoncent, en effet, l'injustice sociale et la misère du peuple. Pourtant Déguignet semble plus anarchiste et en révolte contre tous, et Burel davantage impliqué dans la lutte syndicale et valorisant le respect et l'émancipation face au mépris et au mensonge. Par contre, ce qui les distingue radicalement, c'est le choix de la langue d'expression :

  • Déguignet utilise la langue française parce qu'elle représente pour lui la langue de l'émancipation et de la culture.
  • Burel, lui, écrit en breton, non par militantisme, mais parce qu'il maîtrise un spectre large de registres de langue en breton et est capable d'une expression en breton cultivé.

Le résultat de leurs expressions donne finalement une image en miroir : alors que Jean-Marie Déguignet universalise par le français un discours local sur le peuple en Bretagne et l'ordre social et politique tel qu'il l'a connu, Burel localise par le breton un discours de portée universelle.

Burel 028Hervé Burel. Histor eur famill eus Breïs-Izel. Histoire d'une famille en Basse-Bretagfne. Texte traduit et présenté par Nelly Blanchard. Une co-édition CRBC (Centre de Recherche Bretonne et Celtique) – Skol Vreizh.
Un livre de 616 pages, relié, cousu, couverture quadri cartonnée, impression NB sur papier bouffant, format 16 x 24 cm.
Le livre est bilingue breton/français et paraît dans la même collection que deux autres ouvrages inédits également édités par le CRBC et qui ont été aussi des découvertes, représentant un apport inattendu pour l'histoire littéraire et pour l'histoire sociolinguistique de la Basse-Bretagne :

  • Kerenveyer. Ar farvel göapër. Le bouffon moqueur. Traduit et présenté par Ronan Calvez.
  • Yves-Marie Gabriel Laouenan. Kastel Ker Iann Koatanskour. Le Château de Kerjean-Coatanscour. Traduit et présenté par Yves Le Berre.