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Le blog "langue-bretonne.org"
11 septembre 2010

Comment donc écrire la langue bretonne ?

Quand j'ai présenté sur ce blog le sommaire du dernier numéro de la revue Brud Nevez sur le Japon, j'ai aussi fait allusion à deux articles parus dans ce même numéro et qui traitent de la prononciation du breton et de son orthographe (voir message du 15 juillet). Plusieurs commentaires en breton ont ensuite été postés à ce sujet. Ces questions sont également abordés par différents intervenants sur le blog http://studi.canalblog.com.
Le_D__Jean_1

Jean Le Dû, professeur émérite de celtique à l'UBO et auteur du Nouvel Atlas Linguistique de la Basse-Bretagne (qu'il a publié en 2001), fait ici le point sur ces questions.

La création de l’orthographe de 1941 avait une finalité précise : faire en sorte qu’il n’existe qu’une seule façon d’écrire le breton afin d’ôter au gouvernement de Vichy le prétexte de l’impossibilité d’enseigner une langue sans graphie fixe. Roparz Hemon avait forgé une langue normalisée à partir des prescriptions de Vallée et Mordiern, mais le vannetais restait un obstacle. Qu’à cela ne tienne ! On l’a absorbé dans la norme à l’aide de gadgets graphiques : en adjoignant à certains mots KLT le h du vannetais : kaz + kah = kazh. On y a aussi intégré le pluriel vannetais en le transformant (tadeù = tadoù), adopté une forme ultra minoritaire du Goélo (maro en KLT, marù en vannetais, marv en Goélo…)... On a aussi entrepris d’employer des mots vannetais en les « KLTicisant » (neoah devenant neoazh). Le fameux c’h a cependant été conservé comme symbole de « bretonnitude », ce qui est un peu paradoxal quand on pense qu’il a été inventé par les jésuites venus évangéliser nos ancêtres : n’étant pas bretonnants, ils ne savaient pas différencier le ch de roch (roche) en écrivant roc’h de celui de chadenn ! Ce symbole a été considéré à tort comme représentant un son guttural semblable au ch allemand de Nacht ou la jota espagnole, alors qu’il n’est, la plupart du temps, qu’un h aspiré : la prononciation lac’hañ (lazañ) au lieu de lahañ est totalement étrangère au système phonétique du breton.
On avait jusque là deux langues littéraires, on n’en aura désormais qu’une seule, scrogneuneu ! Mais cette réforme ne concerne que l’écrit : ce n’est que récemment que les néo-bretonnants sont confrontés à la prononciation de la langue en raison de l’omniprésence de l’audio-visuel. La prononciation du néo-breton est affectée par l’écrit, comme l’a justement montré Le Ruyet. Il est, semble-t-il, évident que les jeunes apprenants considèrent l’accent breton des anciens comme ridicule, voire plouc, et on aura beau faire, leur oreille restera influencée par le français, leur langue maternelle.
La graphie d’Emgleo Breiz de 1954 visait à permettre aux enfants bretonnants des campagnes d’acquérir quelques principes simples qui leur permettraient de transcrire simplement ce qu’ils disaient et ce qu’ils entendaient autour d’eux. Il ne s’agissait nullement d’imposer une forme normalisée, pas plus du Léon que d’ailleurs, comme on l’a écrit sans fondement. Ainsi, dans la plupart des mots bretons, la consonne finale est douce : écrire mat au lieu de mad est contraire au système même du breton. Quand on dit bloavez mad, le –d final est sourd (il ressemble à un –t), mais la voyelle qui le précède reste longue ; en Trégor on peut différencier entre eur pôt mad ‘un brave type’ et eur pôt mat ‘un sacré gaillard’.
Le système a admirablement fonctionné avec les concours organisés par ar Falz dans les années suivantes (An tan gwall ; al loen kollet etc.). L’idée était excellente, mais est arrivée bien tard, car on était en plein dans le changement de langue en Basse-Bretagne qui allait faire du français la langue maternelle de la plus grande partie des enfants. C’est pourtant le système mis au point par Jean-Baptiste Marcellesi et adopté par les Corses : appelé langue polynomique, il désigne le corse comme un ensemble de variétés linguistiques présentant des différences sur les plans phonétique, morphologique ou syntaxique, ce qui est aussi le cas du breton. Les écrits littéraires corses sont encore aujourd’hui très liés à l'origine territoriale…
Comment donc écrire la langue bretonne ?
Les enseignants, semble-t-il, n’ont plus le choix, ils DOIVENT employer la graphie de 1941, bien qu’aucune loi ou décret ne les y contraignent et que les candidats au CAPES soient — pour le moment encore — libres de choisir le système qu’ils préfèrent. La Région, avec son Office de la langue bretonne, y est aussi favorable, et c’est d’elle que viennent les sous…
Que dire d’autre ? Il est clair que les personnes qui veulent écrire une langue proche de celle qui était parlée par leurs aînés bretonnants souhaitent en rester proches. Ils peuvent encore le faire dans Brud Nevez, par exemple, mais on les somme de toutes parts de rentrer dans le rang. Y aurait-il une Académie Bretonne occulte ? Elle n’aura, de toutes façons, pas plus d’influence sur l’avenir de la langue bretonne que son modèle, l’Académie française, n’en a sur la langue française !

Jean Le Dû

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Commentaires
O
... même si je sais qu'il y a des choses à changer dans ce que l'on appelle le peuruvan, je sais aussi que de toute façon, il n'y aura pas d'écriture rendant parfaitement de nombreuses prononciation (hiziv, hirio, hirie, herie, hicho, hyou... : comment l'écrit-on?). <br /> <br /> Vous en voulez des exemples en français? Il y en a à la pelle (charismatique se prononce "ka...", les poules du couvent couvent, ConCert - la même lettre pour deux sons, etc.). Pour ma part, je sais bien, parce que je l'ai appris, que da c'hoari se prononce da hoari. L'écriture/lecture, c'est une chose. L'oral, c'en est une autre. C'est plutôt, à mon avis, dans ce dernier cas que l'enseignement pêche (et pas qu'un peu...). <br /> <br /> ça me rapelle un élève vannetisant que j'ai eu en CE1 chez Diwan, qui lisait un texte en peurunvan sans que ça le gêne : il prononçait automatiquement "à la vannetaise", allant même jusqu'à changer lapous en evn sans que cela ne ralentisse son débit...<br /> <br /> Bon, voila.
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K
Je prends le train en marche mais comme se disait Sénèque,( qui a beaucoup inspiré la SNCF) , tous les matins en se rasant:" ce qui compte c'est de savoir où on va , pas l'heure du départ " ;-))) <br /> Je voudrais donc apporter ma pierre à l'édifice en évoquant le parler du Goelo, le plus beau puisque c'est le mien , qui vient de faire l'objet d'une publication de l'essai de R. le Coadic resté dans les cartons depuis 10 ans on ne sait pas pourquoi ..<br /> Pourquoi le goéloard ? parce qu'il est symbolique de l'inanité de la guéguerre que se livrent les pro-peurunvan et les pro-skolveurieg à travers notamment la consonne finale V qui aurait été imposée par le peurunvan pour tenir compte justement de la prononciation du Goelo qui émet un V là où les autres dialectes émettent un O: , un o long ou bref, un ao , un aw , un au , un a:y etc...( je n'ai pas les symboles phonétiques de l'API sur mon clavier )<br /> exemple : le mot "pluie" qui a en Goelo se prononce certes "glav" dans certaines commune mais "gla:" ou "gla" dans d'autres ...<br /> La prononciation "gla:" qui se retrouve également localement en Haute-Cornouaille et en haut-vannetais et même dans une commune de la presqu'ile de Crozon si j'en crois le nouvel 'ALBB, est par ailleurs la prononciation galloise , à Rhydaman , de ce mot éminemment celte : alors pourquoi se battre sur la graphie quand la langue parlée n'empêche pas l'intercompréhension et quand bien même ...il suffit de regarder le ciel...;-)))
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A
Deux écritures n'impliquent pas deux langues non. Enfin peut être dans la mesure où la distinction entre langue et dialecte est très subjective, comme disait je ne sais plus qui : une langue, c'est un dialecte avec une armée. Après j'approuve ce qui a été fait pour le breton d'une seule orthographe bretonne, quand c'est possible, c'est préférable. Ici en Alsace en fait l'écriture est beaucoup plus phonétique, il n'y a pas d'unité de l'écriture de l'alsacien, seulement une unité de la norme utilisée. Ainsi chacun écrira comme il le prononce (avec des petites marques étymologiques quand même bien que rare), et ça se lit plutôt bien, même pour des gens n'ayant pas le même dialecte voir même par des germanophones, alors qu'à l'écoute, ce n'est pas aussi évident. La multiplicité des graphies ne fait pas qu'il existe une langue de la vallée de Munster ni une langue Sundgovienne.
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P
Bonjour,<br /> <br /> Comme je me sens une certaine proximité de préoccupations avec votre blog, je vous invite à faire un saut sur le mien.<br /> <br /> http://musiquessansnom.canalblog.com/<br /> <br /> À bientôt j'espère
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A
"La prononciation du néo-breton est affectée par l’écrit, comme l’a justement montré Le Ruyet. Il est, semble-t-il, évident que les jeunes apprenants considèrent l’accent breton des anciens comme ridicule, voire plouc, et on aura beau faire, leur oreille restera influencée par le français, leur langue maternelle."<br /> <br /> L'argumentation de Jean Le Dû manque de de cohérence (et mélange les choses) !<br /> <br /> A ce que je sache, l'écriture, unifiée ou pas, n'indique pas l'accentuation. Une "mauvaise" acentuation est donc difficilement imputable à l''orthographe !!!
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Votre blog est impressionnant autant sur le fond que sur la forme. Chapeau bas !
Un correspondant occitan, février 2020.

Trugarez deoc'h evit ho plog dedennus-kaer. [Merci pour votre blog fort intéressant].
Studier e Roazhon ha kelenner brezhoneg ivez. Miz gouere 2020. [Étudiant à Rennes et enseignant de breton. Juillet 2020].

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