Bretons_56a_253L'éphémère revue "Bretagne[s]" l'avait déjà fait peu de temps avant de disparaître. Elle s'était interrogée en 2008 sur ce que pourrait être la Bretagne en 2030. Elle avait fait appel pour cela à différents spécialistes pour traiter de démographie, du modèle économique, du climat, des langues et de différents autres sujets. Ce dossier n'a pas perdu de sa pertinence.
Pour la magazine "Bretons", l'horizon est un peu plus lointain puisqu'il se demande dans son numéro actuellement en kiosque ce qui restera de la Bretagne dans 30 ans. Soit : 2010 + 30 : on sera alors en 2040 ! Presqu'au milieu du XXIe siècle.
L'approche est complètement différente : "Bretons" a demandé à 20 personnalités ce que pourrait être "le visage de la région dans 30 ans". Il s'agit de (nombreux) politiques, de (plusieurs) hommes des médias, de (trois) universitaires, de (deux) chefs d'entreprise… Les femmes sont nettement sous-représentées, puisqu'elles ne sont que deux dans le panel. Le casting aurait pu être différent : je ne sais si les réponses l'auraient été aussi.
Toujours est-il que ces personnalités ont eu à dire s'il y aura toujours des habitants à Ouessant dans 30 ans (il y en a depuis le néolithique), si une équipe de Bretagne participera alors à la Coupe du monde (de football), si la Saint Yves sera fériée (les deux-tiers n'y croient pas), si la Bretagne sera autonome et/ou réunifiée, etc. On est tout à fait dans les représentations.
Vous imaginez bien que ça m'intéresserait : une question a inévitablement été posée sur la langue bretonne. "Existera-t-elle Bretons_56b_254encore" ? Question fondamentale. Pour la très grande majorité des interviewés, cela va de soi : la réponse est oui, d'autant plus que "Produit en Bretagne" n'hésite déjà pas à faire de la pub en breton dans le métro, à Paris.
Les points de vue sont quand même contrastés. Quand l'un se demande si ce qu'on parlera dans 30 ans ne sera pas "un breton aseptisé", un autre est d'avis qu'il n'y aura plus que les militants pour le parler. Un autre intervenant apprécie que ce soit "surtout l'élite" qui parle breton aujourd'hui (ce qui ne me paraît d'ailleurs pas correspondre tout à fait à la réalité). Sur ce sujet comme sur d'autres, il n'est pas aisé de faire de projections à une si lointaine échéance. Mais l'exercice n'est pas sans intérêt : il en dit autant sinon plus sur les actuelles aspirations des personnes interrogées que sur leurs certitudes par rapport à l'avenir. Comment faire de la prospective si ce n'est sur la base de ses convictions du moment ?