nevezamzer0926Samedi, ce sera la finale de la Coupe de France. Au Stade de France, bien évidemment. Pas la finale de la Coupe de Bretagne (qui d'ailleurs n'existe pas). Mais ce seront deux équipes bretonnes qui vont s'affronter : Guingamp contre Rennes (ou vice-versa). La Coupe, de toute façon, sera bretonne.
Pour l'occasion, Mona Braz (porte-parole de l'UDB) et Jean-Yves Le Drian (Président de la Région Bretagne) ont demandé que le "Bro goz ma zadou" (Le vieux pays de mes pères) puisse être joué avant ou après "La Marseillaise" avant le match. On a fini par apprendre que ce ne sera pas possible. Enfin, pas à ce moment-là. Ce sera une heure et demi avant le début du match "au moment de l'entrée sur la pelouse", selon la Fédération française de football. Question de protocole, paraît-il. Je ne savais pas que le protocole régissant une finale de Coupe de France de foot-ball était si rigide.
D'ailleurs, s'il ne s'était pas trouvé que la finale oppose une équipe bretonne de Ligue 1 et une autre équipe bretonne de Ligue 2, quelqu'un aurait-il songé à demander que le "Bro goz" soit joué avant le match ? Et finalement, ce ne sera pas Alan Stivell qui l'interprétera, comme envisagé à un moment donné : trop complexe, paraît-il, du point de vue technique (dans un Stade de France qui accueille pourtant bien des grands concerts, et il y en a même eu qui étaient "celtiques"). Ce sont donc deux bagad qui vont le jouer (et forcément sans les paroles) dans le cadre d'une prestation d'une demi-heure sur la pelouse.
Vous savez ce qu'est le "Bro goz", bien sûr. Il est considéré par certains comme l'hymne national breton. Il a été composé en 1900 par François Jaffrennou, barde Taldir, qui avait assisté l'année précédente à un Congrès Celtique au Pays de Galles. Les paroles s'inspirent directement de l'hymne gallois "Hen Wlad fy Nhadau", que chantent tous les supporters de l'équipe de rugby du Pays de Galles, à chaque fois qu'un match du Tournoi des 6 Nations se déroule à Cardiff. Les deux hymnes bretons et gallois se chantent sur le même air, qui aurait été composé au milieu du XIXe siècle par un certain James James. Il se dit qu'on n'en chante en général que le premier couplet et le refrain : un peu comme "La Marseillaise" peut-être, ou comme 'L'internationale" en d'autres contextes.
Dans le tout récent "Dictionnaire d'histoire de Bretagne" (paru aux éditions Skol Vreizh, voir le compte-rendu sur ce blog), Jean-Yves Veillard trace l'historique du "Bro goz", qui figure pendant la dernière guerre au répertoire du PNB (Parti National Breton). Selon lui, l'usage de ce chant diffère de celui du drapeau breton "gwenn ha du" (blanc et noir) qui "fait quasiment l'unanimité" alors que l'hymne breton "dans certaines circonstances […] renvoie à une symbolique à l'opposé des valeurs démocratiques." Il ne faut pas le méconnaître, mais au Stade de France, ça n'aura évidemment pas cette connotation.
Le "Bro goz" n'est pas inconnu en Bretagne, mais il est loin d'y être aussi populaire que le "Hen Wlad fy Nhadau" au Pays de Galles. C'est sans doute la raison pour laquelle il a d'ailleurs été envisagé de distribuer 5 000 tracts pour en indiquer les paroles à l'entrée du Stade de France. Est-ce pour apprendre le breton aux supporters de Rennes ou à ceux de Guingamp ? Ou est-ce une question d'identité ? C'est fou ce que l'interprétation de ce "Bro goz" dans un lieu inhabituel peut susciter comme questions, supposer de non-dit, nécessiter de négociations…

Voir les paroles du "Bro goz", avec traduction en français sur : http://www.letelegramme.com/sports. Le site internet du Télégramme a d'ailleurs posé la question aux internautes : "Regrettez-vous que le Bro Goz ne soit pas chanté en direct dans l'necenite [lire : l'enceinte] du Stade de France ?" Sur 286 votants, ce soir, 59 % répondent oui.
Voir également le forum de RMC (mais oui…) : http://www.rmc.fr/edito/sport/
On peut aussi télécharger le "Bro Goz" interprété par Tri Yann et l'Orchestre National des Pays de la Loire sur : http://www.starzik.com/mp3/titres/Bro_gozh_ma_zadou-43492.html