arbres_110"Ya !" (c'est-à-dire "oui !"), c'est depuis environ 4 ans l'hebdomadaire en breton : le n° 200 devrait paraître début avril. Le journal lancé par Yann-Fañch Jacq tient le cap, avec Gwenael Dage comme rédacteur à temps plein et plusieurs autres collaborateurs. Le dernier numéro ne propose qu'un seul article sur l'actualité nationale et internationale (les événements de Guadeloupe). Mais plusieurs traitent de l'actualité régionale et spécialement de celle concernant la langue bretonne : le mouvement des étudiants rennais, la nouvelle grille de Radio-Kerne, la réunification, le gouren… L'agenda est copieux.
La particularité de "Ya !" est de publier dans chaque numéro une longue interview en dernière page. Ce sont souvent de jeunes bretonnants : un lycéen qui réalise déjà ses premiers films, un passionné de danse, un enseignant de breton à Nantes… L'écrivain Kristian Brisson, qui n'en est pas à son premier roman, a lui aussi été interviewé.
Dans le dernier numéro, c'est une jeune bibliothécaire brestoise qui répond aux questions de Franck Bodénes pour "Ya !". Après sa licence de breton, Klervi Abalain a suivi des études en Info-Com au Havre, avant d'opter pour les métiers du livre. A la Bibliothèque Municipale de Brest, elle est chargée de l'animation et organise des lectures, en breton le plus souvent, dans les maisons de retraite comme dans les écoles, aussi bien pour les anciens que pour les enfants. De toute évidence, son travail lui convient tout à fait.
Son témoignage est bien intéressant, ma foi. Certaines personnes âgées, dont le breton est la langue maternelle, ne tiennent pas à fréquenter ces animations. Mais celles qui le font sont enthousiastes : les auteurs qui les intéressent le plus sont Naig Rozmor, Jean-Marie Skragn, Jean Ropars. Ce n'est pas tant la langue qui les attire, explique Klervi Abalain, que la vie du temps de leur enfance : la langue maternelle sert alors de révélateur. "Tourner les pages d'un livre, dit-elle joliment, équivaut à leur ouvrir des portes." Une seule a demandé à emprunter des livres en breton : en général, elles ne savent ni lire ni écrire en cette langue.
La bibliothécaire organise aussi des rencontres entre les jeunes élèves de Diwan et les anciens. Le contact n'est pas toujours facile à établir : dès qu'il y a des questions que les anciens ne comprennent pas bien de la part des enfants, ils préfèrent opter pour le français. C'est ce que la sociolinguistique analyse en termes d'alternance codique (ou code-switching) d'une part et d'autre part en termes de différences entre le badume et la langue normée. L'animatrice sert alors d'interface entre les deux groupes pour que la conversation puisse se poursuivre en breton.
Contact "Ya !" : 02 98 26 87 12.