arbres_40Le mensuel "Armor Magazine" (n° 467, décembre 2008) a choisi Patrick Poivre d'Arvor, l'ancien présentateur du 20 heures sur TF1. "Etre Breton de l'année, ce n'était pas gagné d'avance", dit l'intéressé. Ce choix correspond pourtant assez bien à la ligne éditoriale du magazine. La rédaction n'a pas apprécié que PPDA ait été "débarqué" brutalement de la chaîne qui l'employait depuis 21 ans, ce qui a été ressenti comme "un drame, un coup de poignard" par les Bretons de Paris.
"Adieu-vat". Quelques mots de breton et puis s'en va", rappelle "Armor" à propos du dernier journal de PPDA sur TF1, le 10 juillet 2008. Mais Patrick Poivre d'Armor et "Armor Magazine" se trompent en pensant que l'expression "Adieu-vat", c'est du breton. C'est bel et bien du français ! Elle ne figure dans aucun dictionnaire breton. Par contre, elle est bien présente dans le petit Robert de la langue française, page 24, dans deux acceptions différentes :
- la première, considérée comme vieillie et archaïque, désignait dans le monde maritime le commandement de virement de bord vent devant. Aujourd'hui, le terme est remplacé par "Envoyez !".
- dans la seconde acception, moderne, "A-dieu-vat" signifie "à la grâce de Dieu ! Advienne que pourra !". Tout simplement.

Entre le sport et la littérature…
"Le Télégramme" et "Ouest-France", nos deux quotidiens régionaux, ont également désigné leur Breton de l'année 2008.
Pour "Le Télégramme" (édition du 28 décembre), c'est un footballeur : Yoann Gourcuff. Il a été plébicité à la fois par la rédaction et par les internautes (34% des voix sur près de 6 000 votants). L'écrivain Jean-Marie Le Clézio arrive loin derrière, puisqu'il n'a réuni que 18% des suffrages.
Les journalistes de "Ouest-France" ont préféré attirer l'attention de leurs lecteurs sur les Bretons qui "ont fait resplendir la Bretragne en 2008" (édition du 27 décembre). Ils sont une dizaine à être cités, notamment :
- de jeunes sauveteurs du Minihic-sur-Rance,
- Jean-Marie Le Clézio (prix Nobel de Littérature) en tant qu'explorateur de l'humanité,
- Bianca Taillard, présentée comme la miss black-Breizh
- et Yoann Gourcuff, toujours lui.

arbres_53Les bretonnants de l'année et ceux… qui ne le sont pas
vraiment
Dans le domaine de la langue bretonne, France 3 Ouest ne distinguera les bretonnants de l'année 2008 que le 24 janvier prochain, à Fouesnant : ce sera la 12e édition des "Priziou", autrement dit les prix de la création en langue bretonne.
En attendant, c'est le Webnoz qui vient d'attribuer les "Dispriziou 2008" (sur la base d'une pré-sélection effectuée par trois journalistes). De quoi s'agit-il ? Le but est de fustiger ceux qui se sont fait remarquer par les plus belles professions de mauvaise foi ou les plus belles actions complètement ratées, histoire de rire ou de grincer des dents. Il s'agit en quelque sorte des prix citron de la langue bretonne. Bien sûr, les Dispriziou n'existent que parce qu'il y a déjà les Priziou sur France 3. Le terme lui-même est d'ailleurs une pure création, sur la base d'un jeu de mot entre le vocable "dispriz" (qui veut dire "mépris") et le mot "Priziou" (autrement dit, les "Prix").
Parmi les lauréats de cette 2e édition :
- l'enseignement catholique du Morbihan, pour la non-ouverture de classes bilingues
- l'éditeur Coop Breizh, parce qu'il omet de présenter les livrets de ses CD en breton 
- TV Breizh. Le présentateur du Webnoz, Lionel Buannic, n'a pas hésité à décerner un Dispriz à la chaîne où il a lui-même été journaliste pendant plusieurs années : c'est en raison de la suppressionn de ses derniers programmes en breton.
- "les bretonnants de naissance" enfin ont été distingués dans la catégorie "vie publique".

arbres_72Qui sont donc ces bretonnants de naissance ?
Et de quoi donc sont-ils coupables à l'égard de leur propre langue ? Lorsque j'ai entendu cette info, je me suis demandé si c'était des nouveaux ou des néo-bretonnants qui leur attribuaient ce Dispriz. Toujours est-il que la raison pour laquelle on montre ainsi du doigt "les" bretonnants de naissance, est qu'ils refusent, paraît-il, de parler breton aux jeunes bretonnants. Déjà qu'on les a assez souvent bien accablés, ces bretonnants de naissance, de parler le breton. Si maintenant on leur reproche de ne pas le faire assez…
Il n'empêche qu'au-delà du clin d'œil (si c'en est un), ce Dispriz pose un vrai problème et on ne va pas le traiter ici en quelques lignes. Ce n'est pas la première fois qu'est pointée la question de l'intercompréhension entre ceux qui acquièrent le breton comme langue seconde et ceux dont c'est la langue première. C'est en même temps tout le problème de la distance entre la langue normée (plus ou moins normée d'ailleurs, en tout cas celle qu'on apprend à l'école ou en formation, celle des méthodes de breton et des publications en breton, etc…) et la langue que parlent habituellement (chez eux et autour de chez eux) les… bretonnants de naissance (ce que des chercheurs ont proposé de désigner par le terme de "badume"), et il faudrait là faire intervenir aussi la question de la variation.

Bref, l'affaire n'est pas simple, au point que les uns et les autres n'ont pas forcément l'impression de parler la même langue et ne se comprennent effectivement pas toujours. A qui la faute ? Chacun dit parler le breton. Mais pour reprendre une expression souvent entendue, "ce n'est pas le même breton" ! Il y a "le vrai breton", et celui qui est perçu comme ne l'étant pas. Ce n'est pas sans raison que le Conseil Général du Finistère a lancé l'opération "Quêteurs de mémoire".
Les "Dispriziou" vont-ils contribuer au dépassement de cette problématique ? Rien n'est moins sûr. Comme les bretonnants de naissance représentent sans doute plus de 95% de ceux qui sont capables de parler le breton,  la plupart ne se sentiront  pas vraiment concernés. Ceux qui le sont s'impliquent déjà.

Le site du webnoz : www.brezhoweb.com