arbres_13Le débat, à l'Assemblée Nationale, sur le projet de réforme de l'audio-visuel public va durer plusieurs jours. Le sujet est d'importance, puisqu'il va déterminer les modalités d'organisation des radios et télévisions pour de nombreuses années. Dans un premier temps, il est surtout question du financement pour compenser la perte des recettes que retiraient les chaînes du groupe France Télévisions de la publicité. La majorité promet une compensation "euro pour euro". Les syndicats craignent une liquidation à terme.

"Ouest-France", ce mardi, faisait état des inquiétudes de la rédaction nationale de France 3 qui, malgré les démentis, redoute une fusion avec celle de France 2. Mais on ne parle guère, jusqu'à présent, ni du devenir de l'information régionale, ni de celui des antennes régionales. Encore moins des programmes en langue régionale.
Le Ministère de la Culture a cependant déjà mis en ligne le projet de nouveau cahier des charges de France Télévisions. Ce cahier des charges, qui ne pourra être validé qu'après l'adoption de la nouvelle loi, définit les valeurs sur lesquelles doit se baser le service public, tout en lui laissant le soin de gérer ses grilles de programme. On apprend ainsi que France 3 est définie comme "une chaîne nationale à vocation régionale", et qu'elle doit "amplifier ses efforts sur l'information régionale, le magazine, le documentaire et la fiction régionale".
L'article 37 du projet de cahier des charges stipule par ailleurs que "la société veille à ce que, parmi les services qu’elle édite, ceux qui proposent des programmes régionaux et locaux contribuent à l'expression des principales langues régionales parlées sur le territoire métropolitain et en outre-mer".
Dans "Le Monde TéléVisions" du week-end dernier, le député (Vert) Noël Mamère considère que cette réforme "c'est la mort assurée du service public, avec la vente par appartements de France 3 à la presse régionale, qui n'attend que ça". Cette éventualité avait déjà été évoquée il y a quelque temps, avant d'être écartée.
Ce qui est certain, c'est que la presse écrite régionale est déjà fortement engagée dans les chaînes locales qui couvrent progressivement tout le territoire et qui vont trouver place sur la TNT. C'est le cas de "Ouest-France" à Nantes et à Rennes. A Brest, "Le Télégramme" pilote le projet "Canal Ouest", dont le démarrage devrait avoir lieu début 2009 et dont on dit qu'elle rediffusera le "Brezhoweb" en langue bretonne. Les deux quotidiens régionaux sont également impliqués dans le projet de chaîne DSB - "Demain Sud Bretagne" - piloté depuis Vannes par "TV Rennes 35".
Il semble bien, par ailleurs, que la région Bretagne s'apprête à soutenir financièrement ces télévisions locales existantes ou à venir. Ces dernières, dont les budgets sont limités, mais qui ont pour obligation de diffuser 14 heures de programmes frais par semaine, réfléchissent en outre à des formes de coopération (partage des investissements, mutualisation des compétences, syndication de programmes…). Ne va-t-on pas dès lors assister à l'émergence d'un groupe régional de télévisions locales ? Et ceci, sous l'égide de la presse écrite et avec le concours de banques régionales et des collectivités territoriales (région, villes, communautés de communes…).
Le paysage audio-visuel breton va donc beaucoup bouger au cours des prochains mois. Quelle place pour des programmes en langue bretonne dans ce nouveau PAB ? Que peuvent escompter les sociétés de production indépendantes (qui travaillent pas mal avec France 3 Ouest, mais dont plusieurs gardent un souvenir amer de TV Breizh) ? Comment le service public de télévision régionale tel que le représentait jusqu'à présent France 3 pourra-t-il se positionner dans ce paysage transformé ? Alors qu'il n'a pas pu avoir  ces dernières années un plein accès à la TNT, aura-t-il réellement la possibilité de se développer sous la forme du "media global" dont il est question un peu partout ?