arbres_06A Carhaix, l'autre jour, l'on devait débattre de "journalisme en langue bretonne". Il est plus juste de dire qu'il fut question de médias en langue bretonne. En matière de presse écrite, l'animateur se demandait pourquoi n'y avait-il pas encore de quotidien en breton, quand un autre intervenant regrettait qu'il n'y ait pas davantage de périodiques spécialisés à destination du public bretonnant. Mais il n'est pas si facile de publier en breton. Ceux qui le font sont confrontés à quantité de problèmes. Et se posent bien des questions. Faire paraître des journaux ou des revues périodiques en breton, oui. Mais pour quel public, ou… quel marché ? quelle diffusion ? et pourrait-on vraiment publier sans aide publique ?
Les plus beaux rêves butent sur la réalité. Actualité : les éditions "Keit vimp bev", basées à Laz et animées depuis le début par Yann-Fañch Jacq (pour ne pas dire qu'elles n'existeraient pas sans lui), viennent de diffuser un cri d'alarme. Leur hebdomadaire "Ya !" (un peu plus de trois ans d'existence) vient pourtant de dépasser le cap des 1 100 abonnés : il n'y en a jamais eu autant. Leurs revues pour la jeunesse sont également en progression : c'est le cas pour "Louarnig" et surtout pour "Rouzig" (650 abonnés aujourd'hui pour cette dernière). Le tirage de certains livres approche les 1 000 exemplaires.
La maison d'édition fonctionne avec 5,7 postes "équivalent temps plein". Mais la plus grande partie sont des emplois aidés (emplois jeunes, associatifs…). Keit vimp bev redoute de ne pouvoir maintenir tous ces emplois, dont elle a pourtant besoin. Le déficit pourrait se monter à 30 000 € d'ici peu : ce n'est pas une somme énorme, mais c'est beaucoup pour une association. Par ailleurs, la conjoncture n'est pas très favorable, ni pour la presse ni pour l'édition.
D'où un appel au secours : pour des dons, pour recruter de nouveaux abonnés, etc. "Il serait trop bête de parler de Ya ! et de Rouzig à l'imparfait à compter de mars 2009". Effectivement. Mais sera-t-il facile de mobiliser en peu de temps quelques centaines de nouveaux abonnés ? De déclencher en faveur de journaux en breton (que ne lisent que ceux qui peuvent le faire) un mouvement de solidarité comme ont pu le faire assez souvent les écoles Diwan pour un objectif plus fortement symbolique et plus grand public ? De décrocher de nouvelles aides de la part des collectivités locales ? Dans un tel contexte, il n'est pas plus aisé d'augmenter le prix des abonnements ou de d'imaginer des inflexions en matière de ligne éditoriale… Les mois qui viennent vont être rudes.