photoblog47Geo consacre le "grand dossier" de son numéro 357 (août 2008) à ce qu'il présente comme "l'Atlantique celte". Le titre rappelle un peu "l'arc atlantique" des régions de l'ouest européen, mais sonne bizarrement : pas facile de faire preuve d'originalité et de pertinence sur un tel sujet. Un procédé bien commode, sans doute, pour intégrer la Galice dans les pays celtiques, à la manière du Festival Interceltique de Lorient (alors que les spécialistes en discutent), mais l'Irlande est oubliée.

En tout cas le traitement de ce dossier dans Geo contraste terriblement avec le document consacré aux mineurs clandestins d'Afrique du Sud qui, au péril de leur vie, restent des semaines et des mois au fond des mines d'or désaffectées à la recherche de quelques paillettes.

Les Celtes, c'est autrement plus poétique. Avec eux, on peut découvrir toute une Geo-graphie de l'imaginaire. Il paraît que les Irlandais, les Ecossais, les Gallois, les Bretons et même les Galiciens "partagent encore une manière de vivre et de rêver unique au monde". Il paraît qu'ils seraient le témoignage de la "résistance à un monde formaté". Il paraît que l'indéracinable goût du départ qui les caractérise pourrait, selon Claudine Glot, être… "une anomalie chromosomique". Mais où va-t-on ? "L'imagination s'enflamme vite au pays du granit", écrit le grand reporter Gilles Luneau. Il ne croit pas si bien dire.

Ce qui surprend, dans ce dossier, c'est le décalage entre l'effet d'affichage et le contenu des reportages. Bien sûr, on entend résonner les gaïtas à Ortigueira. C'est au marché aux moutons de Gaerwen qu'on entend tous les mercredis les éleveurs discuter en gallois entre eux. Et la signalétique routière bilingue progresse en Bretagne.

Mais toutes les celtitudes ne sont pas des certidudes. "Nous [les Celtes] sommes une impalpable communauté", reconnaît le musicien Jakez Le Souëf. L'écrivain Maylis de Kerangal n'arrive pas à croire que la Galice n'est pas espagnole aussi. Selon le journaliste Alain Bradfer, l'île d'Anglesey "est prête aujourd'hui à vendre son âme et ses soixante-neuf mille habitants aux touristes".

Au détour de quelques phrases ici ou là, Geo nous apprend qu'être Celte, au bout du compte, ce serait assez simple. Il suffirait de se laisser aller à "écouter un conte, la nuit, au cœur d'une forêt bretonne, d'affronter l'aurore une dernière pinte à la main" (si, si, vous avez bien lu !), de se promener au bord du lac de Brocéliande pour se croire devenir Viviane… Et si être Celte, finalement, c'était autre chose ? Un peu moins de fantasmes, un peu plus de concret.

Parler une langue celtique. Geo nous assure que le breton est la "caractéristique de la présence celte en Armorique". Qu'être gallois, "c'est parler le gallois, d'abord". Soit. Mais comme "les Anglais" achètent tout ce qui se vend sur l'île d'Anglesey, le County Council a décidé de proposer pendant cinq ans un enseignement bilingue à tous les enfants. En Bretagne, le nombre des bretonnants ne cesse de diminuer. Il y a là quelque part une contradiction que Geo n'analyse que très superficiellement : comment donc ces pays pourraient-ils rester aussi "celtes" s'ils parlent de moins en moins la langue qui, dit-on, les caractérise ? Autrement dit, l'identité est-elle liée à la langue ? L'écrivain Michel Le Bris ne le croit pas : "Joyce serait-il moins Irlandais parce qu'il n'écrivait pas en gaélique ?".

A part ça, ce numéro de Geo contient de très belles photos noir et blanc de l'Ecosse (de J.P. Gislon) et d'autres en pleine page couleur. Dont une du Breton Per-Vari Kerloc'h en grande tenue de grand druide photographié au milieu d'une grande lande, parmi les bruyères et les ajoncs. Ça ne ferait pas un peu cliché, ça ?